Note : Je suis arrivée au bout de mes chapitres pré-écrits, alors je suis fière d'arriver malgré tout à tenir le rythme ! Bonne lecture à tous =D


Chapitre 13 : Flocons perdus

Ryu était en train de sculpter une commode. Cela faisait bien deux mois qu'il travaillait sur le meuble, c'était un travail qu'il appréciait depuis qu'il avait commencé à s'y mettre. Tous les meubles de leur petit logis étaient de lui. Manta pour sa part repeignait les gamelles. Elles commençaient à être ternes et usées alors il avait écrasé les rares baies qu'il avait trouvées et les dernières feuilles d'automne soigneusement conservées pour recolorer les objets. Tamao n'était pas très loin, ramassant des fagots de bois pour le feu.

La jeune femme partit soudain à toute allure en direction de la maison et Manta la regarda détaler sans comprendre. Elle était déjà rentrée dans la maison quand il se mit en mouvement pour la suivre mais Ryu lui bloqua la route. Le visage fermé, la mâchoire serrée, le shaman refusa d'expliquer ce qui avait bouleversé Tamao. Au bout de quelques minutes il se détendit et reprit sa sculpture.

- Qu'est-ce qui s'est passé, dis-moi ! s'énerva Manta.

- Hao, répondit Ryu d'une voix neutre.

Manta resta perplexe mais comprit qu'il ne tirerait rien de plus. Il poussa un léger soupir, créant un nuage de vapeur devant sa bouche, et reprit sa peinture. Il regrettait que Chocolove et Lyserg soient repartis si vite, ça lui avait fait plaisir de les voir, mais surtout de parler à d'autres personnes que Tamao et Ryu. La seule journée qu'ils avaient passée avec eux avait paru beaucoup trop courte au jeune homme.
Chocolove était reparti à l'aube pour s'occuper des affaires du marché noir. Il avait rendez-vous avec un petit jet qui devrait le ramener en Europe. Lyserg pour sa part était parti à la recherche de quelque chose qui était apparemment dans les environs mais n'avait pas voulu s'étendre sur le sujet. Il avait juste précisé qu'il serait de retour avant la nuit et il tardait à Manta son retour.

Au bout d'environ une demi-heure, Tamao ressortit de la maison, l'air moins bouleversé que lorsqu'elle s'y était précipitée, et monta sur le toit. Manta laissa la brindille qui lui servait de pinceau de côté et la rejoignit, escaladant la couche de neige recouvrant la maison. Il s'assit auprès de la jeune femme, regardant avec une légère fascination l'air chaud qui sortait par sa bouche. Elle avait les joues du même rose que ses cheveux et les lèvres bleuies par le froid.

- Ca va ?

Tamao hocha frénétiquement la tête.

- Qu'est-qui s'est passé ? Ryu n'a pas voulu me l'expliquer, il m'a juste dit qu'il y avait un rapport avec Hao.

Un silence s'écoula avant que la jeune femme ne puisse répondre.

- Il est venu, lâcha-t-elle finalement à mi-voix. Il s'est approché d'Hana, il était chez nous, il...

La voix tremblante, elle s'arrêta, ne réussissant pas à continuer. Manta ne savait pas quoi dire. Tamao rejeta soudain sa tête en arrière, faisant presque voler son chapeau de laine, et inspira profondément, les yeux à moitié clos.

- Je crois que je n'ai jamais au aussi peur, lui confia-t-elle. Et que je n'ai jamais été autant en colère aussi.

- En colère ? s'étonna Manta.

Tamao approuva brièvement de la tête.

- Mais c'est passé, conclut-elle en rouvrant les yeux.

Un nouveau silence s'installa, seulement rompu par le bruit du vent entre les aiguilles des sapins et le grondement du torrent bien plus loin en contrebas.

- Il a soigné Hana, reprit Tamao.

- Hao ? sursauta Manta. Tu veux dire qu'Hana est hors de danger ?

- Complètement guéri, confirma la jeune femme.

Manta sourit sans réussir à s'en empêcher. Il semblait que Yoh avait eu raison au sujet de son frère, quand il disait qu'il n'était pas si mauvais. C'était juste tellement dommage que le Shaman Fight se soit fini de cette façon.

- Comme quoi finalement sa visite a apporté plus de bien que de mal, déclara-t-il, le mal étant d'après lui la frayeur qu'il avait causé à Tamao.

Cette dernière acquiesça.

- Il doit se sentir... tellement seul, murmura-t-elle plus pour elle-même que pour Manta. Tu sais, reprit-elle d'une voix normale, je ne lui en veux pas. J'ai eu très peur, j'ai été très en colère contre lui, je l'ai haï de chaque pore de ma peau, mais si je lui en ai voulu tout à l'heure je ne lui en veux plus. Après tout, je devrais lui être reconnaissante.

- Pour Hana ? voulut se voir confirmer Manta.

- Oui, pour Hana.

La voix de Tamao s'était calmée, posée. Son visage paraissait plus serein. Elle se mit à chanter, d'abord doucement puis plus fort, d'une voix claire qui résonna dans la forêt. Quelques flocons se mirent à tomber et Tamao tendit la main pour en saisir un au creux de son gant, sans pour autant arrêter sa mélodie. Manta regarda la poudre blanche parsemait les quelques mèches roses qui échappaient au bonnet de neige de la jeune femme, éclats d'un blanc brillant sur fond coloré. Tamao était devenue vraiment très belle ces trois dernières années.

Quand la jeune eut lancé les dernières notes, le silence revint, paisible et froid.

- J'aimerai bien le comprendre, souffla-t-elle, sa chanson achevée.

- Pour cela, il faudrait qu'il revienne, lui fit remarquer Manta.

Tamao ne répondit pas.