Chapitre 14 : Petit et grand
Horohoro détailla les invités qu'ils avaient pour le souper. Pirika avait fait sa célèbre soupe de poisson et Horohoro s'était occupé de couper les légumes. Il détestait ça et le fait d'avoir dû en couper le triple de d'habitude ne le mettait pas de très bonne humeur.
- La soupe est délicieuse Pirika, la félicita Jeanne en buvant à la cuillère.
- Merci, répondit la cuisinière en portant son bol à ses lèvres et en engloutissant sa soupe en moins d'une minute chronométrée.
Horohoro détourna son attention de la dirigeante des Loups Blancs qui, bien qu'affamée, s'évertuait à avaler très lentement son bouillon louche par louche. Marco, Kevin et Meene faisaient de même.
- Pourquoi vous êtes dans le coin déjà ? demanda-t-il.
- Les Hanagumi ont été vues près de notre campement principal, en Chine, explicita Kevin. Elles y sont sans doute pour démanteler le marché noir mais nous avons eu peur qu'un attroupement de shamans les alerte.
- Vous n'êtes que quatre, pas de quoi faire un attroupement, maugréa Horohoro.
- Six, rectifia Meene. Il faut également compter Ryu et Tamao qui logent près de chez nous.
Horohoro releva les yeux de son repas, désireux d'avoir des nouvelles de ses anciens compagnons.
- Aux dernières nouvelles ils allaient bien, indiqua Meene.
- Et de quand datent vos dernières nouvelles ? voulut savoir Horohoro.
Jeanne sembla gênée par la question mais Marco répondit d'une voix tranchante.
- 8 mois.
Horohoro se retint d'émettre le moindre commentaire. Ce qu'ils pouvaient l'agacer, cette bande de justiciers inutiles qui courraient partout en pure perte.
- Que faites-vous en ce moment ? demanda Pirika d'une voix joyeuse.
- Nous essayons de rendre le monde meilleur, répondit Jeanne, enjouée. Nous guérissons les malades et nous traquons les personnes malhonnêtes qui profitent de ces temps troublés pour faire du tort.
- Faire du tort ? répéta Pirika.
- Voler, piller, blesser, tuer, énuméra Marco sans lever les yeux de ses légumes.
La jeune fille ne répondit pas.
- Vous comptez rester longtemps ? s'enquit Horohoro.
- Nous vous remercions pour votre hospitalité, mais rassurez-vous, nous n'abuserons pas de votre gentillesse. Nous quitterons le Japon dans moins d'une semaine.
Aucun des deux Usui ne commenta cette déclaration.
Après le souper, Pirika les mena à la vieille remise où ils pourraient dormir. Il y avait sur place quelques matelas troués, des vieux rideaux qui pouvaient faire office de draps et des malles poussiéreuses avec des coussins, certains à moitié éventrés. Les Loups Blancs ne firent aucune remarque et se contentèrent de remercier la jeune fille d'un signe de tête. Cette dernière retourna auprès de son frère qui était occupé à laver frénétiquement la vaisselle.
- Horo ? appela-t-elle d'une petite voix. Ca va ?
Son frère fit "oui" de la tête.
- Ca n'a pas l'air, insista-t-elle.
Horo prit une profonde inspiration avant de répondre et cessa de frotter.
- Je n'aime pas qu'ils viennent rôder par ici. Que ce soient eux ou l'autre prêtre à chapeau.
Pirika comprit qu'il parlait de Rakist.
- Nous n'avons rien à cacher, déclara-t-elle d'une voix claire. Pas vrai ? ajouta-t-elle, d'une voix moins certaine.
Son frère confirma d'un hochement de tête. Il suivit Pirika des yeux lorsqu'elle alla se coucher et ne se détendit que lorsqu'elle fut sortie. Peut-être qu'il aurait dû lui en parler.
Kororo apparut près de lui, sensible au trouble de son maître et cherchant à l'apaiser.
- Heureusement que tu es là, lui dit le shaman d'une voix douce. L'autre ne te remplacera jamais.
Son fantôme gardien lui sourit, n'ayant pas eu un seul instant de doute sur la question. Cela faisait presqu'un an que Horohoro l'avait trouvé et jamais il ne l'avait préféré au koropockle. En même temps, cela paraissait normal étant donné qu'il passait son temps à le cacher à tout le monde, si on exceptait les rares fois où il avait utilisé ses pouvoirs pour abreuver les champs de fukis assoiffés.
- Où est-ce que tout ça va nous mener, Kororo, murmura Horohoro, le regard fixé sur la forêt à travers la vitre.
Le petit esprit n'avait pas la réponse.
