Et bien, je suis légèrement en retard. Deux semaines pour faire ce chapitre... Je m'en excuse, j'ai beaucoup de boulot à côté.

Je rappelle que tout appartient à JRR Tolkien et ses descendants. Sauf Andùnë. :)

Bonne lecture.


Chapitre 1 : Rencontres

Les craquements sourds que firent ses os lors d'un énième battement d'ailes arrachèrent une grimace à Andùnë. Elle volait depuis longtemps, haut dans le ciel la journée pour ne pas se faire repérer, plus bas dans la nuit, se permettant de planer pour se reposer. Toutefois, elle sentait ses forces décliner. Voilà bien une semaine qu'elle ne s'était pas posée, mangeant dans les airs, dormant par petits coups. Si elle s'entêtait encore, elle risquait des blessures aussi inutiles que gênantes. Poussant un soupir, la dragonne entreprit de se poser sur le sol, ne troublant le calme de la nuit que lorsque son corps massif entra en contact avec la pierre.

Elle était arrivée dans les grandes étendues de plaines du Rohan.

Ce n'était pas pour lui plaire. Elle aurait voulu aller plus loin pour se poser dans un endroit moins découvert. Sur ces plaines, sa hauteur et sa riche couleur faisaient qu'elle était visible à des lieux à la ronde. Un son lointain la fit soudain darder la langue tandis qu'elle s'aplatissait au sol. Voilà bien ce qu'elle craignait : des cavaliers approchaient en nombre et à grande vitesse.

Elle devait se dépêcher.

Otant sa sacoche, Andùnë ferma les yeux et murmura quelques mots en une langue ancienne que peu devaient la connaître, hormis les sages Istari et les elfes immortels. Ses ailes rentrèrent dans son dos et elle rapetissa petit à petit, se redressant sur ses pattes arrières, perdant crocs, écailles, cornes et le mortel fouet de sa queue. Frissonnant de se retrouver ainsi dénudée, autant de sa cuirasse que d'étoffes, elle se précipita vers sa sacoche et en sortit ses vêtements de voyage, se faisant la remarque qu'elle devrait penser à en acheter des nouveaux car ils ne faisaient vieux et troués.

-La barbe que ces habits !, se mit-elle à pester quand elle s'embrouilla dans les étoffes, cela faisant de longues années qu'elle ne s'était pas vêtue, vivant intégralement sous sa forme de dragonne tout le temps passé au Harad, qui, maintenant qu'elle y pensait, avait été plus long qu'elle ne l'aurait cru. Elle espérait qu'ils n'étaient pas trop démodés, attirant de ce fait sur eux une attention et des questions qu'elle préférait éviter. Elle n'eut le temps que de fermer la boucle de sa ceinture et remettre sa sacoche sur son épaule qu'une dizaine de chevaux déboula autour d'elle. Se forçant au calme-car quoi de plus appétissant que des proies lui tournant autour ?- Andùnë afficha un sourire qu'elle voulait n'être pas trop insolent. Connaissant son caractère, elle doutait que c'était là plus un espoir qu'une réalité.

Le chef des Rohirrims, car il s'agissait bien des hommes de la Marche, avança sa monture vers elle et, la regardant de haut, demanda d'une voix forte :

-Que fait donc une femme loin des villages ?

Andùnë sentit son sourire s'agrandir, se parant de l'insolence qu'elle aurait voulu éviter, et elle ne put s'empêcher de lancer :

-On saute les salutations, homme de la Marche ?

Elle sentit clairement l'hostilité des Rohirrims monter d'un cran tout comme elle les vit s'agiter sur leurs chevaux. Leur chef la fusilla du regard mais ordonna le calme à ses troupes avant de se présenter :

-Je suis Eolhem, chef de cette patrouille. Et vous, voyageuse ?

-L'on me connaît sous le nom d'Andùnë. Je suis une amie de Gandalf.

En voyant les yeux du Rohirrim s'agrandirent de surprise, Andùnë sut qu'elle avait gagné la partie. Autant qu'elle avait pu être en danger. Ces hommes n'auraient pas fait le poids contre elle dans le cas d'un conflit. De plus, elle avait remarqué que le nom de Gandalf lui ouvrait bien des portes en la Terre du Milieu. Le vieil Istar était connu et respecté dans de nombreux lieux.

-Une amie du Pèlerin Gris ?, répéta Eolhem d'un air surpris, Et une elfe ? Que faites-vous sur ces terres ?

Andùnë se félicita d'avoir pris une forme elfique et non humaine. Il aurait déjà été pénible d'expliquer son nom en quenya dans le second cas mais en plus devoir trouver une raison de sa présence en ces lieux ! Qu'une elfe voyage seule semblait déjà bien plus véridique qu'une humaine.

-Je vais rendre visite à des cousins de Lorien, mentit Andùnë, préférant faire ce petit détour par le nord-ouest au lieu d'aller vers l'est que de risquer de se faire arrêter par un patrouilleur trop scrupuleux. Eolhem fronça les sourcils devant cette explication avant de lui demander d'une voix encore soupçonneuse :

-Vous y allez seule ? Et sans monture ?

Andùnë retint la grimace qu'elle aurait voulu faire devant ces questions. Il avait fallu qu'elle tombe sur un gars qui savait utiliser sa cervelle pour remarquer ce qu'il clochait dans son histoire.

« Bien, se dit la dragonne, Essayons le côté hautain et seigneurial des elfes. »

-Je vais où cela me chante, Eolhem des Rohirrims, assena-t-elle d'un ton plus courroucé qu'elle ne l'était en vérité, et avec la compagnie qu'il me plaît.

-Certes, marmonna l'humain, soudain gêné sous le regard souverain de celle qu'il croyait être une elfe, Mais sans monture ?

-J'ai perdu ma jument il y a quelques jours déjà. J'étais allé chercher des herbes quand elle a eu peur de quelque chose et elle s'est enfuie. Je savais bien qu'acheter un cheval à un pauvre village ne m'apporterait que des ennuis comme celui-ci. Seuls les chevaux du Rohan peuvent rivaliser avec les nôtres.

Eolhem se regorgea de fierté devant ces mots et Andùnë dut se faire fureur pour ne pas rire ouvertement. Sa ruse avait parfaitement fonctionné. Les hommes étaient arrogants, qu'importe la race, et il était connu de tous que les Rohirrims étaient extrêmement fiers de leurs chevaux. Flatter leurs montures devrait suffire à ce qu'ils prennent ses explications comme vraies. Voyant que les Rohirrims se faisaient plus affables, se détendant sur leurs selles et abaissant leurs lances, Andùnë abattit sa carte maîtresse :

-Je suis sûre que vous pouvez m'indiquer un endroit où je pourrai acheter une bonne monture pour continuer mon voyage.

-Ne cherchez plus, Dame elfe, répondit Eolhem en indiquant quelque chose à l'un de ses hommes. Andùnë se figea, obligeant son corps à rester immobile malgré sa soudaine envie d'attaquer, croyant à un piège. Mais les paroles suivantes du Rohirrim la détendirent : Nous avons eu quelques altercations avec les hommes de Dun il y a deux jours. L'un des nôtres est tombé. Voyez si ce cheval vous convient.

Andùnë lâcha un sifflement admirateur quand elle posa les yeux sur le bel étalon gris souris qu'un des Rohirrims avait amené. Son équipement était de bonne qualité et en bon état, quoi de plus normal pour un cheval du Rohan, et il avait des yeux que la dragonne jugea intelligents. Il lui plut de suite, tellement qu'elle se surprit à vouloir qu'il ne lui arrive aucun mal. Mais il n'était pas encore sien et il ne fallait pas qu'elle montre trop son intérêt avant d'avoir fini de marchander la bête.

Après tout, ils n'allaient pas la lui donner.

-Une bonne bête, dit-elle d'une façon assez neutre mais pas trop désintéressée, ne voulant pas attirer la colère d'Eolhem s'il croyait qu'elle méprisait l'étalon. Le regard du Rohirrim se fit calculateur et Andùnë comprit qu'elle n'arriverait pas à marchander un prix plus bas que celui qu'il faudrait. Ils parlementèrent pendant une bonne heure, aucun des deux ne voulant lâcher l'affaire. La journée qui s'avançait inexorablement l'aidant, Andùnë réussit à fixer le prix à la somme que Gandalf lui avait prêté pour acheter un cheval. Eolhem paraissait aussi satisfait qu'elle-même et Andùnë savait que, grâce à cette transaction, il ne parlerait pas de sa présence sur les terres du Rohan en des termes trop soupçonneux.

Elle avait apaisé ses éventuelles craintes.

-Son nom est Glaer. Il est rapide et fort, même s'il a un certain caractère. Prenez soin de lui et de vous, Dame Andùnë.

-Vous de même, Eolhem.

Eolhem la salua avant d'aboyer en rohirric un ordre. Les Rohirrims firent volter leurs montures comme un seul homme et bientôt ils eurent disparu à l'horizon, chevauchant quelque part dans les grandes plaines du Rohan. Andùnë resta à les regarder disparaître, presque à s'avouer qu'elle était impressionnée par leur grâce et leur talent à cheval, puis elle se jeta d'un bond leste sur le dos de Glaer. Le cheval renâcla et fit un écart, les oreilles couchées le long de sa tête et les yeux affolés.

-J'ai été trop brusque ?, demanda Andùnë, qui avait failli finir par terre à cause du mouvement de la bête. Son ton, loin d'être venimeux, était pourtant sarcastique, montrant ce qu'elle pensait de la peur de l'animal. Glaer ne sembla pas apprécier ce mépris et il lui fit sentit par une puissante ruade et un hennissement strident. Andùnë, qui ne se retenait qu'à grand peine, accrochée à l'encolure, ne put que marmonner :

-Satané canasson avec un satané caractère. Eolhem aurait pu le dire avant que je ne t'achète. Mais bon, je préfère un cheval comme toi qu'une mule peureuse. Peut-être est-ce plus mon odeur, qui tient encore beaucoup du dragon, qui t'a ainsi déplu.

Et pour sceller la paix, elle tapota tranquillement l'encolure du cheval qui inclina la tête au sol, calme et discipliné. La dragonne tourna alors la tête vers l'est, cet horizon inconnu qu'elle souhaitait atteindre. Poussant un soupir résigné, elle tourna les rênes vers le nord-ouest. Elle ne pouvait pas prendre le risque que d'autres patrouilles, mises au courant de sa présence, ne la trouvent dans une autre direction que la Lorien. Il lui fallait faire comme s'il elle s'y rendait avant d'obliquer à nouveau vers l'est. Mais ce détour ne lui plaisait pas du tout. Elle allait devoir s'approcher de la Lorien et de Mirkwook bien plus qu'elle ne l'aurait voulu.

Elle fut sortie de ses noires pensées par Glaer qui lui arracha soudain les rênes des mains avant de partir dans un galop effréné. Andùnë ne put réprimer un cri de surprise devant ce brusque changement d'allure. Le cheval était devenu comme fou, ruant et bondissant comme un cabri, énervé d'avoir été retenu par sa cavalière qui, bien inconsciemment, lui disait avec ses mains d'aller à l'ouest mais avec ses jambes d'aller à l'est ! Il lui fallut une bonne heure avant de se calmer, arrêtant ses mouvements désordonnés, l'écume à la bouche et le poil collé. Soufflant avec force, il s'ébrouant avant de se mettre à brouter comme si de rien n'était.

-Je vais te bouffer…

Le grognement ne sembla n'avoir aucun effet sur Glaer qui continuait à arracher méthodiquement les brins d'herbe. Andùnë n'avait pas belle allure, pâle et chancelante sur le dos de l'animal. Elle pouvait faire mille cabrioles dans le ciel, voler à l'envers, faire un salto arrière mais ça ! Elle ne pouvait le supporter. Elle avait eu l'impression d'être sur un bateau perdu dans une tempête terrible.

Et elle détestait être sur un bateau !

-Je vais vraiment te manger, continua la dragonne quand son état le lui permit. Ses crocs saillaient de sa bouche malgré le fait qu'elle soit encore transformée mais Glaer ne leur prêta pas attention. Andùnë poussa alors un long soupir et son aura menaçante s'estompa.

-Tu as de la chance, l'canasson, que je doive rentre son argent à Gandalf ! Ou je t'aurai vraiment mangé. Allez, on arrête de brouter, et on se met en route. Vers l'ouest.

Glaer obéit sagement, au contraire qu'Andùnë le pensait, et se mit au pas. La dragonne adressa un dernier regard à l'est puis soupira une énième fois avant de se tourner résolument vers l'ouest.

-J'espère que tu sais éviter les flèches, dit-elle soudain, mi-figue, mi-raisin, Je ne suis pas sûre que la Dame Blanche de Lorien se fasse avoir par cette apparence. Et les elfes n'aiment pas les dragons.


Il avait fallu qu'il pleuve. Il avait vraiment fallu qu'il se mette à pleuvoir. Et pas une petite pluie ! Ah, non ! Ça aurait été trop gentil. Il fallait que ce soit une averse où les gouttes tombaient drues. Andùnë avait d'abord été transie de froid puis elle avait appelé à elle sa chaleur interne mais, ce faisant, elle avait repris quelque peu sa véritable forme, affolant Glaer par la même occasion. Après s'être retrouvée, par deux fois, les quatre pattes dans la boue, évitant de peu d'y finir avec le visage, et avoir couru, autant de fois, derrière son cheval, Andùnë avait décidé de s'arrêter et de se reposer, avant que sa fureur ne prenne le pas sur sa raison.

Manger Glaer, brûler les alentours et se diriger à toute allure vers Erebor seraient une très mauvaise idée.

Elle était donc maintenant blottie contre un rocher, surveillant Glaer qu'elle avait entravé du mieux qu'elle le pouvait avec sa corde trempée. Voyant que l'animal ne bronchait plus à chacun de ses mouvements, et étant sûre que personne ne pourrait la voir sous cette pluie, Andùnë se retransforma en dragonne. Pestant dans son coin, elle entreprit d'étaler ses vêtements sur sa queue qu'elle colla ensuite contre son ventre, là où son feu intérieur brûlait de toute sa force. Elle recouvrit ensuite le tout avec son aile avant de mettre sa tête en-dessous de l'autre.

-Au moins je suis à l'abri et mes vêtements seront secs et propres demain matin, dit-elle dans un essai d'optimiste forcé. Mais vite son sourire factice se transforma en la grimace qu'il devait être. Elle n'avait pas vraiment envie d'être optimiste. Elle était trempée, sous la pluie, en plein milieu du Rohan, en route pour la Lorien qu'elle ne voulait pas approcher et ce avec la seule compagnie d'un cheval au sale caractère. Qui plus est : tout cela pour aller voir Smaug ! Rien ne pouvait aller plus mal. Le grognement que son ventre émis soudain lui rappela que, si, il y avait encore une mauvaise chose à rajouter à sa liste déjà longue.

Elle avait faim.

Et elle ne pouvait même pas manger Glaer ! Andùnë poussa un long soupir avant de laisser ses yeux se fermer, prenant une pose plus reposée. S'il n'y avait pas eu ses flancs se soulevant à rythme régulier, on aurait pu la prendre pour la continuité du rocher contre lequel elle s'accolait. Un rocher rouge tout du moins.

Elle devait être plus fatiguée qu'elle ne le pensait car son esprit se mit à voguer dans les flots de ses souvenirs. Ils la ramenèrent loin en arrière quand ses ailes étaient encore que des bosses sur son dos et son feu à peine capable d'allumer un foyer. Elle avait commencé sa longue errance, seule avec sa ruse et son instinct de survie, ne survivant que grâce à ces derniers. Et par une chance qu'elle vénérait maintenant. Bien que la roue de la fortune n'ait pas été bonne pour elle dans l'affaire avec ce sanglier. Et après ?

Après, elle avait rencontré Smaug. Elle s'en rappelait encore nettement.


Andùnë rampait dans les buissons fournis de la forêt. Sérieusement blessée par son altercation avec un sanglier quelques jours plus tôt, elle avait pris la décision de laisser passer la prudence avant la fierté. Elle pouvait être considérée comme une proie, ainsi affaiblie, et elle savait que des loups ou des ours affamés n'hésiteraient pas à l'attaquer. Soudain elle sentit un lapin détaler en sa direction. Salivant d'avance devant ce bon repas, n'écoutant pas sa raison lui hurler qu'un lapin ne fuyait pas comme ça pour rien, la jeune dragonne s'était jetée sur l'animal.

En même temps que son chasseur.

Ni Andùnë, ni le nouvel arrivant ne comprirent pourquoi ils se fracassèrent l'un sur l'autre au lieu d'atterrir sur leur proie, qui s'enfuit sans demander son reste. Grognant de dépit, Andùnë entreprit de débloquer ses cornes de celles de l'autre dragon, car oui il avait fallu qu'elle tombe sur l'un des siens malgré leur rareté, avant de s'asseoir sur son arrière-train. L'autre dragon était un mâle rouge doré qui semblait moins âgé qu'elle, si elle se fiait à son odeur, loin de celle du souffre des dragons possédant le feu, et non à sa taille. Car il était grand, plus qu'elle-même, et bien bâti. Et cela se voyait malgré ses airs faméliques.

En un mot : dangereux.

Il devait avoir eu la même pensée, vu comment il la dévisageait. Andùnë avait beau être plus petite que lui, il ne pouvait manquer de sentir les fragrances de souffre, de feu et de cendres qui entouraient la jeune dragonne. Elle avait remarqué qu'il s'était arrêté sur ses blessures, évaluant ses chances en cas d'attaque. Elle, elle s'attardait plutôt sur les muscles puissants, cherchant le point faible, là où elle pourrait frapper et tuer en un coup. Et elle remarqua que ses écailles étaient loin d'être solides, surtout aux niveaux des yeux et du cou.

Ce fut lui qui rompit la tension qui régnait dans l'air, en baillant sans aucune retenue.

-Que ta journée soit bonne, détentrice du feu, dit-il ensuite, testant le terrain avec un ton qui oscillait entre l'insolence et le respect. Andùnë devina qu'il choisirait quel camp adopter selon sa réponse.

-Que soient fécondes tes errances, fils du ciel.

Elle avait choisi une appellation plus neutre que lui. Tout dragon, avec ou sans ailes, pouvait se faire nommer fils du ciel. Mais seuls ceux possédant le feu pouvaient être appelés comme il l'avait fait. Cela la plaçait au-dessus du mâle et ce par la propre perche qu'il lui avait tendu. En comprenant cela, il plissa les yeux, son léger énervement se voyant par un mouvement brusque de sa queue, occasionnant une remontée de feu chez Andùnë, la fumée sortant de ses mâchoires fermées, puis il sourit avant de dire avec une simplicité feinte :

-Je suis Smaug.

On donnant son nom, il mettait leur conversation sous les signes de la confiance et l'amitié. Andùnë se détendit légèrement et la fumée se dissipa dans l'air. Elle le laissa regarder les dernières volutes disparaître avant de lui rendre la pareille :

-Je suis Andùnë. Elle fit alors une pause, son museau plissé dans la réflexion. Puis elle continua : Que fais-tu sur ces terres?

-Sont-elles tiennes ?, demanda-t-il au quart de tout, occasionnant un silence gêné chez la dragonne. Ils restèrent ainsi à se dévisager sans bruit pendant de longues minutes. Mais vite Andùnë comprit qu'elle devait réagir. La situation présente n'était pas à son avantage : plus le temps passait, plus ses forces déclinaient avec son sang s'échappant de sa plaie, rouverte par son saut. Elle cligna des yeux puis s'avança vers Smaug, un sourire malicieux étirant ses lèvres écailleuses :

-Tu as l'air d'avoir faim.

Le mâle grogna légèrement à cette mention, la foudroyant du regard, piqué par son ton condescendant. Puis il se leva à son tour, son sourire étant un miroir de celui d'Andùnë, et vint positionner ses yeux en face de ceux de la dragonne.

-Je te renvoie le commentaire, murmura-t-il en essayant d'en imposer par sa taille à sa plus petite comparse.

-Je n'ai pas la peau sur les os au contraire d'un certain mâle de ma connaissance, ronronna Andùnë en se redressant de toute sa hauteur, faisant en même temps fonctionner son four intérieur à plein régime ce qui résulta qu'elle fut environnée d'une fumée qui la faisait paraître le double de son poids. Légèrement impressionné, Smaug s'arrêta dans ses tentatives d'intimidation mais ne baissa pas les yeux, pas plus qu'il n'inclina la tête. Le silence reprit, au grand damne d'Andùnë, bien qu'elle ne le laissa pas paraître, mais il ne dura pas très longtemps.

Smaug s'assit soudain et se mit à lécher l'une de ses griffes.

Sa pose étant nettement moins menaçante, Andùnë se relâcha elle-aussi. Elle en profita pour lécher sa plaie, la refermant par la même occasion et la désinfectant. Si elle faisait attention et qu'elle mangeait à sa faim, elle devrait pouvoir se soigner d'ici une semaine. Mais là était le problème.

Elle devait manger.

Or elle n'avait pas la force de chasser seule. C'est ce constat qui la poussa à reprendre la conversation avec Smaug :

-Je suis blessée et toi sans feu.

Smaug darda sa langue d'incompréhension avant de demander d'un ton à la limite de la hargne :

-Et alors ? Que veux-tu dire ?

Andùnë dû se faire fureur pour ne pas renifler de mépris devant l'arrogance de ce mâle qui avait mal pris le constat de sa jeunesse, et donc de son incapacité à cracher le feu. C'est tout de même d'une voix sèche qu'elle lui répondit :

-Je te propose une alliance, n'est-ce pas évident ? Seuls nous avons du mal à chasser. A deux nous pourrons réussir à avoir une biche. Andùnë leva alors le museau au ciel, reniflant les odeurs des alentours, ce qui lui permit de vérifier ce qu'elle avait déjà senti. Retournant son attention sur Smaug elle reprit : Qu'en dis-tu ? Il y en a une dans les environs.

Smaug fronça ses arcades sourcilières avant de renifler l'air à son tour. Le petit sourire qu'il eut montra qu'il avait lui aussi senti la proie. Il reposa son regard sur la dragonne. Un regard calculateur. Mine de rien, Andùnë lâcha une petite flammèche, rappelant quelle utilité elle pourrait apporter. Smaug inclina la tête, signe qu'il avait compris le message. Il allait s'en retourner, pensant que le contrat avait déjà été conclu entre eux, mais Andùnë l'arrêta :

-Donnons notre parole de ne pas nous trahir, de partager la proie en parts égales et ne pas nuire à l'autre.

Smaug la regarda d'un air à la limite de la moue et marmonna légèrement contre le manque de confiance évident de la dragonne. Mais, voyant qu'elle commençait à s'énerver de son attitude, il leva une patte et dit d'une voix compréhensible :

-Moi, Smaug des Grands Vers, jure par la parole de ne pas nuire à Andùnë, de partager avec elle ma proie en part égales et de ne pas la trahir. Cela ira ?

Andùnë acquiesça avant de prêter à son tour serment puis les deux dragons se mirent en route. Ils établirent vite une tactique car attendre trop longtemps ferait que la biche partirait trop loin. Andùnë, ne pouvant courir du fait de sa blessure ni attaquer de front, devait se percher sur une branche tandis que Smaug rabattrait la proie vers elle. Elle devrait alors couper la route de la biche par ses flammes pour laisser l'opportunité à Smaug de lui briser le cou.

Après s'être mis d'accord sur ces points, les deux chasseurs se séparèrent. Andùnë grimpa agilement sur un grand chêne et se camoufla dans ses branches, seuls ses deux yeux luisants trahissant sa position. Humant l'air, elle essaya de déterminer l'avancée de la biche et de Smaug. Elle sourit en sentant une brise fraîche caresser son museau. Smaug était intelligent : aux vues de ce qu'elle sentait, il rabattait la proie dans le sens du vent, de façon à ce qu'elle ne puisse pas la rater.

« Et moi, ainsi contre le vent, je suis pour elle invisible. »

Andùnë n'eut pas à attendre encore très longtemps. Un bruit de sabots se fit soudain entendre. Elle banda ses muscles et focalisa ses sens. Et quand la biche jaillit enfin des fourrés, elle était prête. Sa flamme jaillit, belle et précise, et s'éleva comme un rempart entre l'animal et sa fuite. La biche cabra, totalement affolée, ses antérieurs battant inutilement l'air, avant de faire demi-tour, voulant quitter cet endroit au plus vite.

Mais Smaug l'attendait.

D'une détente prodigieuse, le jeune dragon sauta au cou du cervidé et referma ses mâchoires sur sa jugulaire. Sur son arbre, Andùnë comprit que ce coup n'allait pas parvenir à tuer rapidement la bête, Smaug étant encore assez petit, à peine plus grand qu'un chien. De plus, elle ne pouvait le laisser retirer tout le mérite de la chasse. Elle attendit que les deux adversaires soient en dessous d'elle puis elle se laissa tomber sur le dos de la biche.

Et ses crocs se refermèrent sur sa nuque.

Etranglée de part et d'autre, l'animal n'eut plus aucune chance. Ses mouvements devinrent de plus en plus désordonnés puis elle cessa de se débattre et s'inclina gracieusement, comme un grand arbre que l'on abat. La sentant morte, les deux chasseurs la lâchèrent avant de se regarder en grognant sourdement. Le sang de l'animal coulait de leurs mâchoires, ouvertes sur leurs crocs qui, bien qu'encore petits, rivalisaient avec la plus belle dentition d'un warg. L'euphorie de la chasse faisait battre leurs cœurs sur une symphonie sauvage, réveillant leurs instincts les plus primitifs.

Ils avaient faim et il n'y avait qu'une seule proie.

Plus âgée et plus sage, Andùnë se rappela le contexte de leur chasse et se força au silence. Ses grognements cessèrent et ses crocs furent rentrés. Voyant cela, Smaug se calma à son tour, ne voulant pas déclencher un combat qu'il n'était pas sûr de pouvoir gagner.

-Voilà une belle chasse, dit alors Andùnë, cassant le lourd silence qui les environnait. Smaug acquiesça et la pression redescendit de quelques crans. Comme si cela était un signal, les bruits des oiseaux et de la forêt reprirent, achevant de briser la tension entre les deux dragons. Assis de part et d'autres de la biche, ils laissèrent courir leurs regards sur cette viande fraîche qui les appelait. Toutefois, il restait un dernier problème.

Comment partager en parts égales ?

Les discussions reprirent et faillirent s'envenimer. Smaug avançait les arguments de sa jeunesse et de masculinité pour manger plus, disant qu'il en avait besoin pour se développer. Andùnë lui rappela qu'elle était blessée et qu'elle avait besoin de se remplir l'estomac pour accélérer la guérison. Au moment où ils allaient en venir aux coups, ils eurent tous deux la sagesse de se rappeler de leur promesse et la dispute mourut. Le repas se passa en silence, autant que deux dragons puissent manger sans bruit. La chair glissait sur les os quand ils l'arrachaient et ces derniers craquaient violemment tandis qu'ils les brisaient pour atteindre la moelle.

Quand le soleil se coucha à l'ouest, ses derniers rayons dardant à travers les feuillages faisant briller de mille feux le rouge et l'or de leurs écailles, les deux dragons n'avaient laissé de la biche qu'une petite tache de sang et quelques éclats d'os ayant échappés à leur féroce appétit. Andùnë était maintenant étalée sur un rocher, profitant des derniers rayons, et Smaug s'était avachi à même le sol, grattant ses jeunes cornes sur un arbre.

Un autre appétit se réveilla alors chez Andùnë et elle entreprit d'attraper la petite sacoche en peau de lapin qu'elle avait réussi à confectionner. C'était là un talent qu'elle avait découvert très jeune : elle était très habile de ses mains, presque autant que les humanoïdes. Sautant un regard méfiant vers Smaug, qui, pour le moment, l'occultait complétement, elle défit la lanière de la sacoche et attrapa les quelques clous qu'elle contenait. Elle devait en avoir une petite vingtaine de beaux clous en un fer encore épargné par la rouille qu'elle avait trouvé dans ses errances, sûrement perdus par un voyageur imprudent.

Elle en prit cinq et allait ranger le reste quand son regard fut à nouveau attiré vers Smaug. Elle se rappela la faiblesse qu'elle avait vue dans ses écailles et le terne éclat qu'elles avaient toujours malgré la viande et le soleil. Cela devait faire longtemps qu'il n'avait pas mangé de métal. Soupirant et marmonnant que sa gentillesse finirait par la perdre, Andùnë récupéra cinq clous de plus avant de se tourner vers son comparse doré.

-Cela te dit-il ?, lui demanda-t-elle en tendant sa patte où trônaient les cinq petits bouts de métal. Les oreilles de Smaug se dressèrent d'un coup et elle l'entendit bien inspirer avec force, gorgeant ses naseaux de la délicieuse odeur dégagée par le métal, soit-il seulement du fer. Il se leva alors, l'éclat de l'envie dans les yeux, et s'approcha d'Andùnë pour prendre les clous.

-Merci, pensa-t-il tout de même à grommeler avant d'aller se recoucher, tournant et retournant les clous sans toutefois faire mine de les manger. Andùnë haussa les épaules, se disant qu'il devait profiter de cette odeur et cette vue si rares pour eux qui n'avaient pas de trésor. Elle-même se mit à manger ses clous, savourant leur goût sur sa langue et le bruit métallique de ses crocs les broyant. L'entendant mâchonner, Smaug ne put plus résister et enfourna les cinq clous d'un coup, trop pressé de manger enfin du métal. Les craquements sinistres qu'il dégagea alors firent frissonner Andùnë bien qu'elle ne sache pas pourquoi. Se désintéressant de la question, elle sortit discrètement une pièce d'or avant de se maudire de l'avoir fait.

Smaug la regardait avec des yeux affamés.

Evidemment, cette fois-ci aux aguets, il avait tout de suite senti l'odeur du métal. Et pas de n'importe quel métal. De l'or. Le meilleur qui soit. Andùnë ne put s'empêcher de grogner devant le regard de Smaug. Cet or était le dernier vestige du temps où ses parents étaient en vie. Elle se rappelait nettement sa mère lui donner une dizaine de pièces d'or, les seules qu'il leur restait, avant de lui ordonner de fuir. Cela faisait déjà une année et elle les avait mangées avec parcimonie. Il ne lui en restait maintenant que deux. Elle ne voulait pas les partager.

Mais Smaug n'était qu'un jeune dragon. Et il en avait besoin.

Andùnë sentit son cœur trop tendre faiblir devant ce constat. Elle soupira avec force, vaincue par son propre raisonnement, avant de sortir l'autre pièce et la lancer jusqu'à Smaug. Elle se dressa ensuite de toute sa hauteur et lui dit :

-Ce sera la dernière faveur que je t'accorde.

Si Smaug se sentit insulté par son ton altier, il ne le montra pas, trop pris par le jeu du soleil sur l'or de la pièce. Andùnë souffla avant d'aller se coller contre une pierre, son flanc blessé protégé par cet allié minéral, l'autre flanc face à Smaug, prête à le défendre en cas de besoin. Elle avait conscience que c'était là une marque d'une méfiance à l'égard de l'autre dragon mais elle ne pouvait lui faire confiance.

Pas après avoir vu l'éclat malsain que ses yeux avaient pris devant le métal.

Andùnë se décida enfin à déguster sa pièce d'or, son goût si agréable lui tirant un gémissement de plaisir. Elle ne la croqua pas comme elle l'avait fait avec les clous mais la colla sous son palet, laissant sa salive se charger de la faire fondre. Elle ne sentit pas le sommeil la prendre, et si cela avait été le cas elle ne se serait pas laisser glisser dans cette torpeur, pas plus qu'elle ne vit le regard calculateur que Smaug lui jeta.

Et encore mois l'ombre que son corps jeta quand il s'approcha d'elle.


La première sensation qui vint à Andùnë quand elle se réveilla fut qu'il lui manquait quelque chose. Les dragons avaient cet instinct de le savoir avant même d'ouvrir les yeux. Et Andùnë le sut dès que son esprit fut éveillé.

On l'avait volé.

Ouvrant les yeux d'un coup, la dragonne chargea fébrilement autour d'elle et ses yeux se posèrent sur sa sacoche, la lanière gisant en morceaux, la peau de lapin abîmée par des griffes trop pressées. Et le contenu : vide. Poussant un cri de colère, Andùnë se leva et regarda les alentours. Mais elle était seule dans la clairière.

Smaug était parti.

Et il avait pris ce qu'il restait de ses clous. Andùnë n'en revenait pas. Elle lui avait offert du métal et même sa dernière pièce d'or sans rien demander en retour. Et lui, ce vil ! Ce fourbe ! Il avait profité de son sommeil pour la voler. Il savait pourtant qu'elle était blessée. Il savait parfaitement qu'elle avait besoin de ce métal pour guérir. Et même en connaissance de cause, il l'avait volé.

Elle aurait vraiment dû se méfier.

Andùnë releva la tête au ciel et poussa une lamentation qui se mua en un lugubre son de colère. Les oiseaux s'envolèrent et les sons de la forêt cessèrent. Andùnë se tut alors, légèrement inquiète, et se morigéna de son inconscience.

Cette forêt n'était pas inhabitée.

Elle le savait et elle y était pourtant venue car la faim l'y avait poussée. Le Terre des Dragons n'était que montagnes désertes et froides. Elle l'avait quittée pour la plaine qui s'étendait à ses pieds. Et elle s'était aventurée dans la forêt en quête d'un environnement plus propice aux proies. Une forêt appelée Vertbois-le-Grand ou encore Forêt Noire.

Là où vivaient les elfes sylvestres.

Et Andùnë se savait vraiment proche de leurs demeures. De plus en plus inquiète à cause du bruit qu'elle avait fait, elle huma l'air et écouta les sons. C'était faible mais elle entendit comme des pas légers courants en sa direction. Et son instinct lui hurlait de fuir au plus vite. Il avait bien raison.

Les elfes l'avaient entendue. Et ils la prenaient en chasse.

Andùnë gémit légèrement avant de récupérer sa sacoche et partir dans une course folle, ne s'attardant pas pour vérifier si elle était vraiment poursuivie. Une douleur aigüe lui apprit de sa blessure, qui commençait à peine à se cicatriser, venait de se rouvrir. Andùnë pesta : les elfes, qu'elle entendait bien maintenant, allaient pouvoir la suivre facilement. Si ses traces de griffes ne la trahissaient pas, malgré le fait qu'elle essaye de courir sur les racines des arbres et les pierres au lieu de sur la terre, les tâches de sang qu'elle laissait formaient une piste difficile à rater. Pestant une nouvelle fois, Andùnê tacha d'augmenter ses foulées. Si elle sortait de la forêt avant que les elfes ne la rattrapent, elle pourrait être sauve. Il fallait juste qu'elle ne soit pas à portée de leurs flèches. Ses écailles étaient encore trop jeunes et molles pour y résister.

La peur tordant son ventre, Andùnë continua de courir.

Et là, enfin, elle vit la fin des arbres. Elle accéléra encore et réussit à passer l'orée de la forêt. Au moment où la joie d'avoir réussi aller lui tirer un cri de victoire, elle entendit le son vibrant caractéristique de la corde d'un arc que l'on lâchait. Glapissant d'effroi, elle zigzagua pour éviter les flèches et ne vit donc pas la pente qui s'étalait à ses pieds.

Il eut un dernier glapissement puis la dragonne disparut aux yeux des elfes.

Elle atterrit quelques mètres plus loin, gémissant à chaque impact, avant de se fracasser dans les restes rouillés d'une roulotte. Une fois-là, elle se força à l'immobilité et au silence, malgré le son sourd que faisait son cœur battant la chamade, et attendit. Mais les elfes n'avaient pas dû remarquer qu'elle était une dragonne. Elle ressemblait plus à un gros lézard ou un chien étrange. Et ils avaient dû abandonner la chasse puisqu'elle était sortie de leur forêt. Soupirant, Andùnë se redressa en grimaçant, contusionnées de partout et sa blessure la lançant.

Elle maudit Smaug pour cela. Si elle le revoyait elle lui arracherait la jugulaire.

Puis elle vit où elle se trouvait et bénit sa chance. Malgré la rouille, elle mangea tout le fer de la roulotte, se rendant malade pendant de longs jours où elle maudit encore et encore le mâle doré qu'elle avait eu le malheur de croiser. Toutefois elle devait s'estimer heureuse car sa blessure, déjà grave et qui plus est malmenée à plusieurs reprises, s'était enfin guérie.

Mais sa colère restait présente.


Andùnë ouvrit les yeux en entendant Glaer hennir et s'agiter. Elle n'avait même pas eu conscience de s'assoupir. Mais quelle imprudence elle pouvait faire preuve des fois ! N'avait-elle rien retenu de sa mésaventure avec Smaug ?

Dépliant ses ailes, la dragonne s'étira en baillant avec force, déclencha une ruade affolée de la part du cheval gris. Elle ignora et leva la tête au ciel. La pluie avait cessé, malgré qu'il fasse encore gris, et le soleil essayait de revenir sur ces terres. Il était temps qu'elle reprenne forme humanoïde. Et la bonne nouvelle était que ses vêtements étaient secs bien que froissés.

Une fois remontée sur le dos de Glaer, Andùnë repensa à sa rencontre avec Smaug. Elle ne pouvait nier avoir apprécié l'esprit rusé et vif du dragon doré. Du moins jusqu'à qu'il le mette en pratique pour la voler. Et elle avait été de mauvaise foi en disant qu'il était geignard. Certes il avait mal pris certains de ses propos mais il ne s'était pas plaint comme elle l'avait décrit à Gandalf.

Andùnë se demanda s'il avait changé. Sa nature vile devait être plus grande maintenant que l'enfance l'avait quitté. Et son envie de l'or devait l'avoir submergé pour s'en prendre ainsi aux nains d'Erebor. Ce ne serait sûrement pas le Smaug qu'elle avait connu qu'elle verrait à la Montagne solitaire. Andùnë haussa les épaules. Pourquoi s'en inquiétait-elle ? Elle-même avait changé. Et puis elle ne mettait pas Smaug dans la catégorie des alliés et encore moins des amis !

Elle talonna Glaer et le mit au galop, en direction de la Lorien. Elle n'avait jamais eu d'altercation avec ces elfes-ci. D'ailleurs elle avait oublié de préciser à Gandalf la petite course-poursuite avec les elfes de Mirkwook. C'était là un souvenir qu'elle préférait oublier, trop douloureux et honteux. Depuis quand un dragon s'enfuyait comme un lapin ?

Heureusement elle ne croisa pas d'autres patrouilles du Rohan et put changer de direction assez vite, évitant de trop se rapprocher des vertes ramures de la Lorien et surtout de celles de Mirkwook.

Elle fut très impressionnée par Glaer. Il était rapide et fort. Son endurance n'avait de plus d'égal que son sale caractère. Andùnë n'avait jamais vraiment apprécié monter mais elle devait s'avouer que chevaucher ce cheval-là n'était pas désagréable. Il avait un bon pas et les selles du Rohan étaient de bonne qualité. Et puis il s'habitua assez vite à sa vraie nature. Tant qu'elle ne manifestait pas d'hostilité à son égard, le cheval se contentait de l'ignorer, lui permettant ainsi de reprendre quelques fois sa véritable forme.

Ils voyagèrent ainsi pendant plusieurs jours. Andùnë faisait en sorte d'éviter les villages et les patrouilles. Glaer n'avait pas l'air d'apprécier son régime à l'herbe mais la dragonne, qui jeunait depuis son arrivée au Rohan, n'allait pas se mettre en danger pour lui trouver de l'avoine et du foin. Bientôt les terres du Rohan laissèrent place aux vastes et désertes Terres Sauvages. Andùnë avait dans l'idée de remonter jusqu'à Esgaroth en longeant le Celduin dès qu'elle l'aurait atteint en allant vers le nord-est. Elle ne voulait pas approcher de Mirkwook. Surtout de sa partie sud. Elle sentait une menace planer dans ces environs.

Une menace qui n'était pas elfique.

Toutefois, si elle y allait à cheval, elle en aurait pour des semaines voire des mois. Souriant à la pensée de ce qui allait suivre, Andùnë démonta et alla se poster devant Glaer. Prenant la grosse tête grise entre ses mains, elle plongea son regard dans les grands yeux bruns de l'animal.

-Tu ne vas pas aimer la suite des évènements, lui dit-elle d'un ton presque désolé. Glaer sembla comprendre et il coucha les oreilles en tapant de l'antérieur droit. Andùnë eut un petit rire avant de continuer :

-Je vais me transformer en dragonne et voler jusqu'au Celduin. Une fois là-bas, je rejoindrai Esgaroth à cheval. Ce cheval c'est toi. Tu comprends ce qu'il va se passer ?

Glaer bougea une oreille vers l'avant puis la rabattit en arrière tandis que l'autre s'avançait. Il répéta se manège plusieurs fois et Andùnë dû se rendre à l'évidence qu'il ne la comprenait pas. Après tout c'était un cheval. Elle lui tapota gentiment l'encolure tout en disant :

-Sois un bon cheval et laisse-toi porter.

Elle recula ensuite pour avoir la place de se transformer. Quand il vit le mastodonte rouge se dresser devant lui, Glaer cabra, battant l'air de ses antérieurs, prêt à en découdre. Andùnë sourit devant ces fanfaronnades puis décolla, occasionnant un recul du cheval, légèrement soufflé par le vent. Elle monta vers le ciel puis se retourna et piqua vers Glaer. Ce dernier ne comprit pas ce qu'il se passait. Il hennit de terreur quand il se sentit soudain soulever du sol par des griffes puissantes. Andùnë tacha de ne pas le blesser puis elle vérifier que sa sacoche contenait assez d'herbes pour le nourrir pendant le voyage. Elle savait qu'il n'en mourrait pas, de peur ou de faim. Il était fort et endurant.

Et surtout il était têtu et avait un sale caractère.

Andùnë tourna ses ailes vers l'est et claironna d'une vois joyeuse :

-Nous serons à Erebor sous peu de temps !


Andùnë n'avance pas beaucoup dans ce chapitre mais je voulais parler plus en détails de sa rencontre avec Smaug. Dans le prochain chapitre, elle devrait atteindre Esgaroth et peut-être avoir les premiers instants de sa confrontation avec le doré. :)

Le nom d'Eolhem a été inventé. J'ai essayé de faire en sorte que ça face rohirrim. Glaer signifie ambre gris en anglo-saxon. Je viens d'apprendre, en vérifiant l'orthographe, que c'était aussi le nom d'un cheval des dieux dans la mythologie nordique.

En espérant que cela vous est plu. :)