Me revoilà avec le chapitre suivant. Oui je sais, je suis trèèès en retard. Je m'en excuse, j'ai eu beaucoup de boulot.

Dans ce chapitre, je m'attache, en plus de continuer la fic, à expliquer un peu plus le "don" d'Andùnë pour se transformer. Déjà j'aimerais que cela soit clair: c'est une pure invention de ma part. Je considère les dragons comme des créatures magiques et cette dragonne-là à ce pouvoir là en particulier. Toutefois ce ne serait pas normal qu'il n'ait pas de limites, non? ;)

Bonne lecture.^^


Chapitre 2 : Pénétrer dans la montagne

L'eau se fendit sous le pas puissant du cheval gris et des gouttes perlèrent autour de lui. Le silence était grand et les sabots de l'animal claquaient violemment contre les pierres froides qui gisaient dans la rivière. De temps à autre, un oiseau chantonnait gaiement et son cri haut perché était repris en écho par ses compagnons. Le soleil était présent et ses lueurs rayonnaient sur la roche et l'herbe qui brillaient comme l'or.

Andùnë sourit.

Elle aimait le calme plus qu'aucune autre chose. Même la sensation du sang et de la chair d'une proie fraichement chassée ne lui plaisait autant. Ni même le goût sans comparaison qu'avaient l'or et les bijoux. Au calme, elle pouvait se laisser aller, abaisser ses défenses, se permettre de vrais sourires parfois, dans une clairière perdue dans les bois, elle pouvait rester des jours durant à dormir les écailles baissées, les yeux clos et le dos sous le soleil.

Il n'y avait rien qui soit plus précieux que ces instants.

Un écart de Glaer la ramena au présent. L'animal s'était arrêté juste devant le gué de la Grande Route de l'est. De part et autre s'étendait le sentier battu qui menait, à l'est, vers Esgaroth et Erebor et, à l'ouest, dans les sombres bois de Mirkwook. Andùnë laissa glisser son regard sur la forêt qui s'étendait sur la rive gauche du Celduin. Depuis combien d'années n'y était-elle pas allée ?

Là où toute cette histoire avait commencé.

La forêt avait pourtant changé. La dragonne sentait un mal rampant qu'elle n'avait pas remarqué des siècles auparavant. Ainsi les ouï-dire qui étaient arrivés à ses oreilles étaient vrais.

L'Ombre avait envahi ces lieux.

-Et l'ironie du sort, murmura Andùnë avec un sourire grimaçant, c'est que ni Smaug ni moi n'y sommes à l'origine.

Se désintéressant de la forêt, Andùnë engagea Glaer sur la Grande Route de l'est. Le cheval s'ébroua quand il fut sur la terre ferme et seule la poigne ferme de sa cavalière l'empêcha de piquer un galop. S'en résulta quelques sauts de mouton et des hennissements stridents qui firent s'envoler les oiseaux environnants.

-Par mes écailles, grogna Andùnë, tu es vraiment affreux dans ton genre. Ne peux-tu pas te tenir tranquille plus d'une journée ?

Glaer renifla en roulant les yeux mais se calma et arrêta d'essayer d'arracher les rênes des mains de sa cavalière. Alors qu'elle allait se remettre en route, Andùnë sentit une présence approcher. Ecarquillant légèrement les yeux de panique, la dragonne transformée tacha de rendre son apparence tout ce qu'il a de plus humain. Elle ne put toutefois pas retenir un grognement animal quand le contre coup de son don, comme l'avait appelé Gandalf, lui ôta une grande partie de ce qu'il lui restait d'énergie. Elle chancela et eut la surprise de sentir Glaer bouger avec elle, de façon à ce qu'elle n'en tombe pas de sa selle. Flattant l'encolure de sa monture en remerciement, Andùnë releva la tête, prête à accueillir son visiteur.

Même si elle avait la tête ailleurs.

Son état commençait à l'inquiéter. Elle n'avait pas mangé pendant toute la traversée du Rohan jusqu'au Celduin et, le long du fleuve, elle ne s'était régalée que de quelques lapins, oiseaux ou poissons attrapés quand la chance lui souriait. Et, alors qu'elle avait perdu cette habitude, elle s'était transformée plusieurs fois pendant le trajet. A chaque fois qu'elle le faisait, une partie de son énergie partait dans la magie et seule une bonne chair lui permettait de la restituer. Il allait falloir qu'elle reprenne toutes ses forces, par moyen de bons repas et de grands repos, avant d'aller engager les négociations avec Smaug.

Et elle espérait avoir tout cela à Esgaroth.

-Vous avez une sacrée bête, messire, fit soudain une voix à ses côtés et Andùnë dû se fait fureur pour ne pas sursauter. Un temps supplémentaire lui fut nécessaire pour se rappeler qu'elle avait pris une apparence masculine pour ne pas éveiller encore plus de soupçons et de questions.

Elle avait retenu ce qu'il s'était passé au Rohan.

-Glaer a un sacré caractère en effet, répondit-elle à l'homme vêtu de brun et s'appuyant sur un bâton noueux, Mais n'est-ce pas normal pour un étalon du Rohan ?

L'homme siffla d'admiration en entendant la provenance de l'animal. Ayant sûrement compris qu'on le vantait, Glaer prit une pose majestueuse qui fit sourire sa cavalière. Ce cheval n'arrêtait pas de la surprendre.

-Vous venez du Rohan, messire ?, reprit son interlocuteur, J'ai pourtant entendu dire que là-bas, les hommes avaient les cheveux blonds comme le blé.

Andùnë s'injuria mentalement. Evidemment ses cheveux étaient aussi rouges que ses écailles. Elle n'avait pas fait vraiment attention, trop occupée à préserver la quantité d'énergie qui lui restait. Maintenant elle devait faire face aux difficultés engendrées par ce choix.

-On dit souvent que le soleil couchant a teinté mes cheveux de ses rayons, dit-elle avec un sourire mystérieux. L'homme partit dans un léger rire avant de déclarer que cela était bien vrai. Puis il s'avança près de Glaer et se mit à flatter son encolure. Andùnë allait lui dire de faire attention car Glaer n'était pas un cheval placide mais elle se tut en voyant que sa monture se laissait faire et appréciait les caresses.

« Pourquoi dois-je croiser des gens là où il ne devrait pas en avoir ? », se désola Andùnë qui ne savait pas trop comment se débarrasser poliment de l'homme. Certes, elle pouvait partir au galop et le laisser en plan mais il restait l'inconnue de sa position dans la région. Peut-être était-il assez important, aussi incongru que cela pourrait l'être, pour les habitants d'Esgaroth.

-Quel est votre nom, messire ?, s'enquit alors l'homme et Andùnë perçut un éclat plus intelligent dans ses prunelles sombres. Il n'était peut-être pas aussi simplet qu'elle l'eut cru au premier abord.

-Je suis Andùn, dit la dragonne en raccourcissant son nom à la dernière seconde. L'homme fronça ses sourcils broussailleux et arrêta ses caresses. Puis il s'appuya sur son bâton et demanda d'une voix plus sérieuse :

-En êtes-vous sûr ? J'ai entendu parler de vous sous un autre nom, Angulocë.

Andùnë se figea. Que racontait cet homme ? Qu'y était-il ? Que savait-il ? Comment avait-il pu deviner sa nature et surtout le fait qu'elle se nomme toujours dans la langue des Noldor et non celle des Sindar, pourtant plus en vogue ? Laissant de côté toutes ces questions, Andùnë répondit à cette menace.

En pointant sa queue sur la gorge de l'homme qui écarquilla les yeux en la voyant.

Yeux qui se tintèrent d'une couche supplémentaire de surprise en voyant l'or reptilien et les écailles rouges qu'abordaient maintenant le cavalier. Un certain éclat de peur vint s'y rajouter en voyant les crocs abondant et les griffes qui étaient aussi sorties.

Un gifle et il serait décapité.

Mais Andùnë ne l'attaqua pas. L'éclat dans les yeux de cet homme lui en rappelait d'autres, d'une personne différente. Ce n'était pas un éclat de pure terreur mais celui d'une peur contrôlée d'une personne qui reconnaissait sa force mais savait pouvoir y faire face s'il le fallait. Et ce genre d'éclat, elle ne l'avait vu que chez deux personnes : Smaug, dont la force égalait alors la sienne, et…

Gandalf.

-Êtes-vous l'un des Istari ?, demanda-t-elle en lorgnant le bâton noueux auquel elle n'avait jusqu'alors peu fait attention. Puis elle passa au chapeau et à la longue robe brune. La mise de cet homme ressemblait vraiment à celle de Gandalf mais en brun.

-Oui, en effet, répondit, assez rapidement, le vieillard qui louchait toujours sur la queue acérée qui menaçait sa gorge. Andùnë la recula de quelques centimètres mais ne rangea pas complètement la menace. Elle n'avait que la parole de cet homme, et ses propres contestations, pour être sûre de son identité.

-Je suis Radagast le Brun, continua le vieillard avant d'ajouter quand Andùnë haussa un sourcil : Un ami de Gandalf le Gris et bien un membre de l'Ordre des Istari.

-Le mage qui est proche des animaux, murmura Andùnë en se souvenant de quelques paroles que Gandalf avait eu sur son collègue, Et dont le domaine, Rhosgobel, se trouve du côté-ouest de Mirkwook : à des lieux d'ici !

-Hum, cela est vrai, je suis loin de ma demeure mais je n'y réside pas beaucoup en fait. Je vais et viens dans les forêts du monde et j'aide parfois Gandalf quand il me le demande.

-Est-ce pour cela que vous êtes venu à moi ?, s'enquit Andùnë qui commençait vraiment à se détendre. Certes, elle ne faisait pas confiance à cet Istar autant qu'elle le ferait à Gandalf, mais il ne lui paraissait pas être un grand danger pour elle. Rien dans son attitude n'était menaçant.

-Etes-vous vraiment la bonne personne ? Gandalf a parlé d'une dragonne qui répondait au nom d'Andùnë Angulocë or j'ai devant moi un homme bien étrange.

-Mes attributs draconiens et ma méfiance à l'énonciation de mon second nom ne vous suffisent pas ?, grogna Andûnë qui maintenant s'énervait, Je ne gaspillerai ni mon temps ni mon énergie à un aveugle qui ne sait reconnaître ce qu'il a sous les yeux.

Et sur ces mots, la dragonne transformée talonna Glaer qui partit au petit trop, ne se faisant pas prier pour se remettre en route. Radagast pesta doucement dans son coin avant de se lancer à la poursuite du cheval tout en disant :

-Attendez ! Attendez ! Vous savez, par les temps qui courent, on n'est jamais trop prudent. Il serait bête que vous ne receviez pas la lettre de Gandalf.

Andùnë serra les rênes, arrêtant Glaer, et se tourner vers l'Istar avec une moue interrogatrice.

-Quelle lettre ?

-Celle-ci, dit le magicien en finissant d'arriver à sa hauteur et en tendant une enveloppe quelque peu froissée. Andùnë voulut la prendre mais Radagast sembla se rendre compte de sa tenue et il retira sa main le temps de lisser le parchemin. Puis, avisant l'or qui tournait au rouge dans les yeux de son dangereux interlocuteur, il lui passa sans plus tarder la lettre.

-Pourquoi une telle attention ?, demanda Andùnë en tournant l'objet pour y déceler une possible indication. Mais l'enveloppe ne contenait comme inscription que son nom, écrit dans une écriture fine qu'elle reconnut être bien celle de Gandalf.

-Il m'a dit que vous ne connaissiez guère les régions et qu'il vous faudrait quelques indications.

-Quelle charmante attention, ricana la dragonne avant de maugréer pour elle-même : Mais je peux m'occuper de moi toute seule.

-Un dragon est déjà un morceau de choix en termes de danger, la reprit, assez sévèrement, Radagast, N'ayez pas la prétention d'y rajouter la non-connaissance du terrain.

-Tiens, vous êtes stratège militaire vous ?, ironisa Andùnë en jetant un regard amusé sur la mise de son interlocuteurs. Les vêtements bruns étaient sales et vieux, des trous les parsemaient et son chapeau était garni de plumes. Il avait plus l'air d'un chasseur solitaire qu'un sage Istar.

-Non, lui répondit Radagast en affichant un sourire, mais il n'y pas que les guerriers pour savoir une telle chose.

Andùnë émit un petit son méprisant à la remarque du mage. Ce dernier s'inclina alors et dit :

-Sur ce, je m'en vais. Si vous avez besoin d'aide, dite-le aux oiseaux. Je ne serai peut-être pas d'un grand secours mais je viendrai.

Andùnë acquiesça et regarda partir le magicien en se faisant la réflexion que les Istari étaient en fait plus différents qu'elle ne le pensait.

Tous n'étaient pas comme Gandalf.

Elle remit Glaer au pas et découpa l'enveloppe d'un mouvement précis de l'une de ses griffes. La lettre semblait assez longue.


Chère Andùnë,

Comme je le suppose, si vous lisez cette lettre, Radagast vous a trouvée et vous êtes à l'orée est de Mirkwook car c'est là que je lui ai dit de vous attendre. Dans quelques jours, vous attiendrez le village d'Esgaroth puis les ruines de Dale et enfin Erebor, le but de votre voyage. Sachez déjà, si n'est pas le cas, que Dale est tombée sous les flammes de Smaug au moment de son attaque sur la cité des nains. Il fit là-bas de nombreuses morts, aussi cruelles qu'inutiles. Je vous conseille de ne pas trop vous attarder dans ces ruines car de tels lieux sont propices à l'établissement de la malchance.

Toutefois, il vous faudra d'abord passer par Esgaroth où vous prendrez quelques journées pour vous reposer avant la dernière ligne droite de votre quête- si la sagesse ne vous le dicte pas, faites-le donc ainsi. Allez donc voir le bourgmestre, le chef de ce village, et dites-lui que c'est moi qui vous envoie. Il devrait vous fournir, malgré de fortes réticences, un logement décent à un prix qui ne soit pas trop excessif- ayant oublié cette partie de vos dépenses, cela comptera pour un avoir en plus de votre récompense, pour ne pas entamer celle-ci. Pour ce qui est de votre éventuel cheval, je vous conseille de le laisser au bon soin des hommes du Lac le temps de vos négociations avec Smaug. Précisez bien que vous le récupérez à votre retour.

Tachez de ne pas dire l'objet de votre quête ni au bourgmestre ni à aucun des habitants d'Esgaroth. Ils ont assez soufferts du dragon pour vous chasser à coups de pierres et de bâton s'ils apprennent que vous allez troubler son sommeil et le semblant de paix qu'il a amené. Même mon nom de vous protégera pas de cela je le crains. Trouvez une explication plausible à votre présence à Esgaroth. Je suggère une recherche d'anciennes reliques dans les ruines de Dale. Cela est totalement incongru mais pour ces hommes ce sera tout à fait normal pour un agissement au nom d'un magicien. Si on vous demande de plus amples explications, prenant votre air le plus impérieux et dites que cela sont des affaires de magicien. On devrait vous laisser tranquille après.

Pour ce qui est de l'infiltration d'Erebor, tout ce que je peux vous dire est que la Grande Porte est scellée. Il vous faudra trouver un autre moyen pour y rentrer. Au dos de cette lettre, vous trouverez un petit plan de l'intérieur de la cité pour rejoindre la salle du trésor où repose sûrement Smaug.

Je vous souhaite de réussir votre quête et d'en revenir indemne. Ne prenez pas de risques qui ne sont pas nécessaire. Si les négociations deviennent trop dangereuses, fuyez avant qu'il ne vous blesse trop grandement. Je ne vous blâmerai pas pour cela.

Au plaisir de vous revoir.

Gandalf le Gris.

PS : Je serais dans les environs de la Comté et des Montagnes Bleues pendant un certain temps. Si vous ne m'y trouvez pas, cherchez du côté de la clairière où cette quête a commencé.


A la fin de sa lecture, Andùnë retourna la lettre et laissa couler son regard sur le dessin du plan d'Erebor habilement tracé à l'encre. La lettre de Gandalf s'était avérée bien plus utile qu'elle ne le pensait. Le magicien lui avait donné de bonnes indications malgré les trop nombreuses répétitions de prudence. Elle n'était pas un enfant par les Valar ! Elle savait se débrouiller seule. Toutefois, une question restait.

Que ses écailles soient roussies si elle savait ce qu'était un bourgmestre !

Gandalf l'avait désigné comme le chef des hommes d'Esgaroth. Alors, quoi que puisse être la définition exacte de ce mot, elle avait compris qu'il serait l'autorité suprême dans le village du Lac. En plus simple : l'homme à ne surtout pas m'être en colère contre elle.

-La peste soit de ces simagrées de deux pattes, marmonna Andùnë en talonnant Glaer après avoir rangé la lettre, Si je ne devais pas me reposer, je volerais à tire d'ailes jusqu'à Erebor !

Sentant son énervement, Glaer agrandit ses foulées, soudain plus excité, comme s'il pensait qu'il y allait avoir une bataille. Souriant devant son manège, Andùnë lui signifia bien qu'elle n'aimait pas ses brusques changements d'allure mais le laissa continuer dans son rapide galop.

Elle n'avait perdu que trop de temps.


Glaer renâcla, guère enthousiaste, à l'idée de poser le moindre sabot sur ces pilotis surfant à la surface de l'eau qui permettaient d'accéder à Esgaroth. Au début, Andùnë avait ri de sa tête à la fois étonnée et craintive mais elle avait vite déchanté en comprenant que l'animal, aussi têtu qu'un nain, refusait bel et bien d'avancer.

-Rohh !, s'énerva la dragonne transformée en claquant sur le museau du cheval, Vas-tu bouger oui !?

Glaer bougea comme elle lui demanda et … recula. Andùnë crut qu'elle allait exploser de colère. Surtout que ce satané canasson avait l'air fier de lui !

-Glaer ! Il faut avancer ! Avancer ! Tu comprends ?

Mais le cheval gris ne fit que reculer encore de quelques pas, frappant du sabot et secouant la tête de gauche à droite, sa longue crinière noire s'agitant follement autour de sa tête. Rageuse, sentant son feu intérieur brûler en elle malgré sa condition d'humain, elle s'avança vivement du cheval et, attrapant les rênes, elle le força à avancer. Mais Glaer pila dès qu'il fut devant les pilotis et, comme la pression sur les rênes continuait, il se mit à hennir puissamment tout en agitant follement la tête pour finalement se lever sur ses postérieurs. Mais ses antérieurs ne menaçaient pas encore Andùnë car les chevaux du Rohan sont fidèles et Glaer ne voulait pas attaquer sa cavalière. Alors, soupirant, Andùnë lâcha les rênes et se laissa pesamment tomber sur le pont flottant. Les éclaboussures qui en résultèrent firent reculer Glaer qui alla caracoler un peu plus loin, sous le regard déprimé de sa maîtresse.

-Un problème, messire ?

Andùnë laissa les frissons se dissiper sans faire mine d'avoir été surprise. Avec Radagast, ça faisait déjà deux fois qu'elle se faisait surprendre. Elle s'était vraiment ramollie. Et cela ne lui plaisait guère.

-Mon cheval ne veut pas avancer, dit-elle au villageois qui l'avait apostrophé. Il n'était pas le seul à s'être avancé jusqu'à l'entrée du village et un attroupement s'était assemblé, sûrement attiré par les bruits faits par Glaer. Andùnë se releva et siffla légèrement. Glaer arrêta de suite ses folies et vint la rejoindre au petit trot, les naseaux frémissants. Il avait compris que sa maîtresse avait senti un danger.

En effet, Andùnë n'aimait pas trop les visages fermés des villageois.

-Et vous êtes ?, lui fut-il alors demandé avec une certaine hargne. Elle était compréhensible toutefois. Après l'attaque du dragon, ils ne devaient pas avoir eu beaucoup de visiteurs et même les marchands devaient se faire rares.

Or elle était ni un marchand, ni un voyageur commun.

-Je suis Andùn, répondit-elle en usant à nouveau de ce diminutif plus masculin, même s'il ne voulait plus rien dire. De toute façon, il y avait très peu de chance, voire même aucune, que ces hommes comprennent le quenya. Voyant que cela ne diminuait en rien leur méfiance, et au contraire l'augmentait, elle leva les mains en signe de paix et inclina la tête pour les saluer convenablement. Puis elle ajouta la touche finale :

-Je suis un ami de Gandalf, actuellement en mission en son nom.

Andùnë espérait qu'ils n'avaient pas remarqué sa légère hésitation quand elle avait dit être l'amie de Gandalf. Pas qu'elle avait hésité à se reconnaître comme tel ! Non. Elle avait juste failli tout mettre au féminin.

Evidemment, même si son corps changeait, son esprit ne subissait aucune modification.

Au nom de Gandalf, les hommes du Lac se détendirent quelque peu. Le voyageur n'était plus totalement inconnu et il ne passerait pas constituer une menace pour le village. L'homme d'âge mûr qui lui avait parlé en premier s'avança alors et tendit un bandeau en disant :

-Mettez ça sur les yeux de votre cheval. S'il ne voit pas l'eau, il pourrait accepter de passer mais il faudra faire vite car il sentira quand même les pilotis bouger.

Andùnë acquiesça et, s'avança jusqu'à Glaer, elle noua l'étoffe avant de prendre la grosse tête dans ses mains et murmurer au cheval :

-Sois fort. Tu es un fier étalon du Rohan, non ?

Elle sourit quand Glaer agita la tête vers le bas comme s'il l'avait compris et qu'il acquiesçait. Elle le prit par les rênes et le conduisit lentement sur le pont flottant, évacués entre temps. Glaer renifla avec force quand il sentit son sabot se poser sur le sol instable et ses oreilles se couchèrent sur son encolure. Andùnë vit nettement un frisson courir le long du puissant corps et elle tapota gentiment l'encolure. Puis elle se mit à courir, entraînant le cheval qui hennit de peur et de surprise mêlées mais ne tenta pas de revenir en arrière. Une fois le pont passé, Andùnë félicita chaudement Glaer :

-Bravo mon grand ! Tu vois quand tu veux.

Glaer piaffa en frappant du sabot d'un air enthousiaste. Un enfant se précipita vers eux et tendit une pomme au grand cheval gris avec un sourire angélique :

-Tiens, c'pour toi. Ton maître l'a pas trop d'jugeote de n'être pas passé par l'grand pont.

Andùnë grogna à ces mots et l'enfant parti en riant de son effronterie. Mais il avait bien raison. Plus à l'est se découpait un immense pont de bois reliant Esgaroth à la terre ferme. Un pont assez élevé pour passer sans problème. Andùnë haussa les épaules : qu'importe, elle était arrivée à Esgaroth.

La dragonne transformée se tourna alors vers son « sauveur » et demanda :

-Je dois voir le bourgmestre. Pouvez-vous me mener à lui ?

L'homme acquiesça et lui fit signe de le suivre. Andùnë fut menée à un bâtiment qui ne se distinguait des autres que par sa taille conséquente. Des effluves de nourriture vinrent lui chatouiller les narines et elle se retint à grand peine de ronronner de délice. Qu'est-ce qu'elle donnerait pour manger de la viande fraîche ! Son guide, qui en vérité n'était d'autre que le chef des gardes, rentra dans le bâtiment en lui ordonnant d'attendre à l'extérieur. Obéissant sans trop rechigner, Andùnë laissa couler son regard sur la ville.

Esgaroth était une ville assez animée, plus qu'elle ne l'aurait cru; des enfants couraient dans les rues et venaient parfois la regarder avec de grands yeux étonnés et les adultes vaquaient à leurs affaires sans trop se soucier d'elle. Un marché local se finissait et les femmes rentraient chez elles, les bras pleins de corbeilles remplies de leurs effets. Andùnë sourit : la vie était encore présente dans ces régions malgré l'ombre qui s'était abattue sur Erebor et Dale.

« Qu'il est étrange que la ville la plus proche de Smaug soit en bois » pensa Andùnë en tapotant du pied sur les rondins de bois sur lesquels reposait la ville. « Une seule flambée, une petite étincelle, et tout sera perdu en fumée. »

La dragonne transformée leva son regard d'or sur la hauteur brumeuse de la Montagne solitaire. Là, quelques parts dans son ventre, se prélassait son ancien rival sur un tas d'or acquis par le feu et le sang. Le seul dragon qu'elle eut connu en dehors de ses parents.

Smaug le doré.

« L'heure de notre confrontation a sonné, Smaug. J'ai juré de t'arracher la jugulaire pour te faire payer ta félonie. Mon cœur s'est assagi et tourné vers la douceur avec les âges passant et dissipant ma colère; et je me dois de négocier. Alors que ferons-nous ? »

-Choisirons-nous la voie de la violence qui nous fera verser le sang de notre race ?, murmura Andùnë, ses yeux brillant quelques instants d'un éclat sauvage et inhumain. Ou aurons-nous la sagesse et l'intelligence de parler sans en venir aux coups ?

-Messire ?

La voix du chef des gardes la ramenant à la réalité. Elle adressa un mouvement sec de la tête à l'homme qui lui dit qu'elle pouvait rentrer; le bourgmestre et ses conseillers daignaient lui accorder audience puisqu'ils avaient fini de dîner.

-C'est trop aimable à eux, grogna la dragonne en rentrant dans la salle après avoir signifié à Glaer de se tenir tranquille. L'odeur de la nourriture faillit lui faire perdre tout contrôler sous sa transformation mais elle se retint à la dernière minute. De justesse.

Un peu plus et c'était une dragonne qu'ils accueillaient.

Elle n'aima pas le regard que lui lança le bourgmestre à qui la lueur affamée de ses yeux n'avait pas échappé. C'était là un regard cupide et avare le regard d'un homme qui ne vivait que pour lui et pour les affaires qui lui rapportaient. Le genre d'être qu'elle détestait.

-Je vous salue, bourgmestre de la cité d'Esgaroth !, dit-elle avec un léger salut de la tête. Elle pouvait mentir avec sa voix et feindre le respect mais elle ne s'inclinerait pas devant un homme, encore moins devant ce bourgmestre.

-Noble voyageur, dit ce dernier, soyez le bienvenu à Esgaroth, la ville du Lac. Votre chemin a dû être long et fatiguant.

Andùnë eut un sourire en coin. Cet homme se fichait éperdument de son état de fatigue. Tout ce qui l'intéressait était de savoir si elle allait prendre une auberge dans sa cité, si elle allait dépenser pour l'enrichir.

« Les hommes sont si terre à terre. »

-En effet, longue et harassante fut ma route. Je viens du Rohan et je suis remontée le long du Celduin. Mon cheval et moi avons besoin de repos.

-Quel projet, quel but, quelle raison pour vous pousser à un tel voyage ?, demanda l'un des conseillers, impressionné malgré lui par la route empruntée par le voyageur. Andùnë cacha difficilement le sourire insolent qui montait à ses lèvres. Si cet homme savait à quel point elle avait voyagé ! Elle était sûre qu'il en pâlirait et en parlerait comme de grands exploits.

-Je suis en mission au nom de Gandalf, répondit-elle, captant de suite les réactions étonnées et l'intention renouvelée du bourgmestre et de ses gens. Le chef de la ville avança ses bras sur la table, croisant ses mains devant lui et lui demanda d'une voix méfiante :

-Que veut le Pèlerin gris à cette cité ? Nous ne l'avons pas vu depuis des années.

-Il a ouï-dire d'anciennes reliques dans les ruines de Dale et il m'a chargé de les récupérer car il est occupé à plus grandes œuvres.

Elle avait perdu quelques-uns des conseillers avec son langage soutenu. Bien. Elle ne voulait avoir à faire qu'avec le bourgmestre et non ces intermédiaires. Ce dernier rétrécit les yeux et s'enquit :

-Que ferait le Pèlerin gris de tels objets ?

-Cela est, je le crains, affaire de magiciens et non de simples mortels, dit Andùnë et elle se redressa de toute sa hauteur et sa prestance était grande. Sa forme masculine était loin d'être petite et rachitique; elle était tout de muscles et de grandeur. Et ses cheveux, d'un roux flamboyant, ses yeux, dorés comme le trésor que Smaug avait pris aux nains, faisaient d'elle un être bien plus attaché aux magiciens qu'aux simples hommes. Le bourgmestre dut baisser les yeux et prendre compte de cet état des faits. L'imagination des hommes est florissante et se mettre un magicien à dos est loin d'être un rêve que chacun fait. Même s'il voulait renvoyer le voyageur, il était plus que probable que les autres villageois prennent son parti.

Il était piégé.

-Assurément, dit-il, cachant son énervement sous un sourire mécanique, le chemin vers les ruines de Dale vous est ouvert.

-Et assurément, renvoya Andùnë, vous m'allez m'aider dans mes recherches d'un toit où vivre le temps de mon séjour ici.

-Allez-vous rester longtemps ?, demanda le bourgmestre en fronçant les sourcils. Il n'avait pas l'air très heureux de cette nouvelle.

-Ma route a été longue et harassant, de vos propres mots, lui rappela Andùnë, ne pouvant plus cacher son sourire insolant, et l'argent n'est pas ce qu'un voyageur a en quantité dans ses poches. J'ose espérer un traitement de faveur.

La dragonne ricana intérieurement en voyant le regard noir que lui adressa le bourgmestre. Elle sentait une pointe de culpabilité d'insister autant au nom de Gandalf, nom que le bourgmestre allait dorénavant détester, mais elle ne pouvait taire la joie à l'idée de faire quelques pertes à cet homme.

-Et bien, messire Andùn, un des villageois pourra sûrement vous héberger et…

-Mais, bourgmestre, coupa l'un des conseillers avant un visage légèrement affolé, vous ne pouvez pas laisser un tel visiteur sous un toit si humble. Cela serait lui manquer d'égard.

Le bourgmestre haussa un sourcil surpris et un tic se déclencha sur sa joue. L'intervention ne lui plaisait guère.

-Alors vous pouvez l'accueillir dans votre propre demeure, dit-il au conseiller qui devint aussi blanc que son linge avant de bafouiller :

-Mais…non je ne le peut pas…j'ai des enfants…des obligations…je ne pourrais pas…enfin vous comprenez ?

Le visage fermé du bourgmestre lui indiqua que cela n'était pas le cas. Andùnë décida d'intervenir, avant que cette situation ne lui échappe autant que pour aider ce pauvre homme.

-Le bourgmestre ne déléguera pas ce devoir à l'un de ses conseillers, il est sûr. Je serais étonné qu'il ne profite pas de cette occasion de passer un accord avec moi.

-Un accord ?, répéta le bourgmestre, tout d'un coup beaucoup plus intéressé par l'affaire. Andùnë fit le tour de la table et, se penchant à son oreille, murmura sur le ton de la conspiration :

-Le magicien ne m'emploie pas gratuitement. Et je dois dire que la somme est conséquente.

-Et bien, dit le bourgmestre en se levant, nous allons discuter de cela en privée.

Andùnë acquiesça et le suivit lorsqu'il sortit de la salle. Personne ne vit donc son sourire victorieux.


Andùnë se laissa tomber sur le lit avec un soupir de contentement. Voilà bien une chose qu'elle aimait chez les deux-pattes : le confort de leur couche. C'était presque aussi confortable qu'un rocher couvert de mousse.

Les négociations avec le bourgmestre avaient été longues mais leur issue était plutôt bonne pour elle. Elle allait pouvoir séjourner autant de temps qu'il lui fallait et ce sans rien payer pour le moment. Seulement Gandalf n'allait pas aimer cet accord.

-C'est le risque à prendre quand on propose de payer les frais d'un dragon, murmura Andùnë avait de se mettre à rire sans pouvoir s'arrêter en imaginant la tête du vieux magicien à la nouvelle.

Il n'allait sûrement guère apprécier la plaisanterie.

Une fois son fou rire calmé, la dragonne se leva et alla prendre une douche, prenant quelque plaisir à ce pâle substitut à une toilette intégrale de chacune de ses écailles. Puis elle regagna le nid douillet qu'elle avait confectionné sur le lit. Sa faim avait déjà été rassasiée et elle s'était aussi occupée de trouver un toit et un gardien à Glaer. Elle pouvait maintenant se détendre et préparer sa prochaine expédition.

Prenant sa sacoche en cuir qui trainait par terre, oubliée, Andùnë en sortit la grosse bourse contenant sa récompense. Elle était déjà bien entamée et elle comptait tout finir maintenant. Elle aurait voulu la faire durer mais ses écailles avaient besoin d'un apport conséquent de minéraux et de temps pour les assimiler.

-Qu'importe, ronronna la dragonne en enfournant une bouchée de pièces, ses crocs sortis les broyant sans difficulté, ce n'était que la moitié de ce qui est prévu. Gandalf m'en doit autant après mon retour et cela même si Smaug reste en Erebor.

Et elle reprit une bouchée d'or, ne pouvant retenir un gémissement de plaisir.

Elle resta encore six jours à Esgaroth, sortant rarement de sa chambre où elle dormait en boule sous la couette, devant cacher ses écailles sorties et dont l'éclatant rouge luisait de plus en plus. Au bout de la semaine, elle se sentait parfaitement prête à aller se confronter à Smaug. Elle partit dans la nuit, ne laissant qu'une lettre au bourgmestre pour signifier son départ, et ne disant au revoir qu'à Glaer.

Le cheval était confortablement installé dans un large box rempli de pailles et dont la mangeoire était remplie d'avoine et de son. Il laissa toutefois son repas quand il entendit sa maîtresse approcher et il hennit doucement à sa vue.

-Je suis venue te saluer, canasson, lui dit Andùnë en caressant son doux museau, Je ne suis pas sûre de revenir par ici et si c'est le cas, ne soit plus tenu d'être sage.

Glaer agita la tête comme s'il comprenait et Andùnë se dit que c'était peut-être le cas. Ce n'était pas la première fois qu'il lui faisait un tel coup. Après une dernière caresse, elle le laissa et, remontant sa capuche sur sa tête, elle se glissa, telle une ombre, hors de la ville.

La Montagne solitaire semblait lui lancer le défi de l'approcher. Sa forme noire se découpait sur le ciel gris de la nuit. Elle était si grande et majestueuse que même Andùnë se sentit petite devant elle, avant de se morigéner de telles pensées. C'était juste que sous sa forme humaine, elle était bien plus petite que la montagne.

Un dragon ne se sent jamais petit.

Un bruit humide se fit alors entendre en même temps qu'une odeur immonde venait agresser ses narines. Elle baissa les yeux sur ses pieds.

-Par les Valar !, pesta-t-elle en dégageant violemment son pied de la boue où il était empêtré. Mais où donc est passée la route ?

Mais cette région était retournée à la nature sauvage et elle dut patauger encore longtemps dans nombres de flaques, d'eau ou de boue, et dans des marécages aussi repoussants à l'odeur qu'à la vue. Il lui fallut quelques jours pour retrouver un semblant de chemin et bientôt une odeur de brûlé la fit s'hérisser. Mais ce n'était là que le vestige des flammes que Smaug avait déversé. Pour un dragon, le souffle était encore présent.

Elle était enfin arrivée à Dale.

De la cité, il ne restait pratiquement rien. Des amas de pierres s'entassaient ici et là, formant des tas sans queue ni tête. On ne pouvait qu'à peine imaginer les grands bâtiments qui s'étaient un temps élevés en ces lieux. Des herbes sauvages avaient envahi la pierre par ses nombreuses fissures et l'ancienne grandeur de la ville était bien loin. Le sol était recouvert d'un sable noir comme si la cendre des flammes du dragon n'était jamais partie, symbole que le malheur régnait encore sur ces terres. L'air était suffocant et lourd; il sentait tellement le souffre et la mort qu'Andùnë se surpris à grogner. Le vent était menaçant, fait de grandes rafales malignes et porteuses d'une voix sinistre.

-Quel accueil, marmonna Andùnë en déposant sa sacoche au sol. Après avant vérifié qu'elle était seule dans les alentours, malgré l'atmosphère viciée, elle entreprit d'ôter ses habits et de les ranger dans la sacoche qu'elle cacha derrière une grosse pierre. Elle la récupérerait en revenant.

Elle leva un regard déterminé sur Erebor. Et par-dessous la détermination, on pouvait aussi lire la joie de l'aventure et une immense curiosité. Que trouverait-elle dans ces salles ? Seulement la masse dorée de Smaug ? Ou la splendeur que les nains avaient donné à leur demeure?

Elle détourna ensuite la tête et ses yeux se fermèrent dans la concentration. Son visage se tira et un rictus de douleur vint orner sa bouche. Un gémissement de douleur déchirant passa entre ses lèvres entrouvertes. Il eut des craquements sinistres et ses gémissements allaient en croissant. Un nuage passa, couvrant la lune, cachant sa douleur, tandis qu'un cri d'animal blessé retentissait dans les ruines de l'antique cité.

Qu'est-ce qu'elle avait en horreur ce genre de transformation !

Il y avait toujours cette lancinante douleur qui les accompagnait. Elle n'avait jamais compris pourquoi cela faisait si mal alors qu'elle avait tant d'aisance pour les autres. Inspirant quelques coups, elle essaya de faire refluer sa souffrance.

Puis dut se résoudre à finir la transformation.

Quelques instants plus tard, une grive décollait des décombres de Dale. Elle voleta sans but quelques minutes, comme perdue dans cet océan aérien, puis sa trajectoire la mena résolument vers la Montagne solitaire.

Enfermé dans le corps de l'oiseau, l'esprit d'Andùnë avait vaincu l'instinct animal.

Elle pouvait se transformer en ce qu'elle voulait à condition que ce soit un être intelligent. Les objets et les végétaux ne rentraient pas dans cette catégorie. Et elle en était heureuse : elle n'osait imaginer la douleur et la perte qu'une telle transformation demanderait. Déjà, quand elle prenait la forme d'un animal, le risque de perdre son intelligence, sa personnalité, ce qu'elle était en tant qu'être logique et pensant était si grand qu'elle ne le faisait que très rarement et seulement quand la situation l'exigeait.

Pénétrer Erebor sans être vue était l'une de ces situations.

Andùnë laissa ces pensées de côté et vola de toute sa vitesse jusqu'à la Montagne solitaire. Elle se mit à longer ses parois en quête d'une entrée. Une fois à l'intérieur, elle n'aurait qu'à suivre le plan que Gandalf lui avait envoyé. Le chemin était gravé en fer rouge dans son esprit. Cela ne serait pas long d'arriver jusqu'à la salle du trésor où dormait Smaug.

Elle sentit soudain l'odeur si caractéristique du souffre. L'odeur du souffle d'un dragon.

Bientôt elle aperçut la faille dans la pierre d'où sortait la fumée. Elle hésita quelques instants avant de s'y engouffrer. Pendant un temps, le trou fut assez grand pour qu'elle puisse voler sans problème mais vite il se rétrécit. Au moment où elle allait se retrouver bloquée, Andùnë plaqua ses ailes contre son corps et piqua dans le petit orifice qui finissait son « entrée ». Avec un cri aigu, la grive jaillit dans la montagne. Perdue dans la chute qui en résulta, elle ne vit qu'une immense pièce défiler à toute allure et nota qu'elle était éclairée d'une lueur dorée.

Et se fracassa à grands bruits dans d'innombrables pièces d'or.

La première chose que se dit Andùnë fut qu'elle avait trouvé la salle du trésor bien plus vite qu'elle ne le pensait. La deuxième fut que cela était bien trop vite et bien trop bruyant pour sa sécurité. Même le plus profond des sommeils ne pouvait avoir manqué de l'entendre. Alors qu'elle se redressait en faisait le moins de bruit possible, espérant, malgré les faibles chances, être passée inaperçue, elle sentit un mouvement sur sa gauche, comme si une énorme masse se déplaçait, et quand elle se tourna vers cet endroit, elle se figea, pour un temps terrifiée.

Un énorme œil rougeoyant la fixait.


J'espère que cela vous aura plu.

Et oui, j'ai voulu faire venir Radagast. Vous aurez deviné que ce n'est pas la version du film qui, bien que m'ayant fait rire quelques minutes, n'est pas celle que je m'imagine pour le Mage Brun. Pour ce qui est du bourgmestre d'Esgaroth, j'espère ne pas l'avoir trop caricaturé mais Tolkien a bien dit qu'il était avare et égoïste. Et si vous vous posez la question sur son arrangement avec Andùnë...vous l'apprendrez en même temps que Gandalf! x)