- Réveille-toi !

Je me relevais d'un geste ample avant que l'homme n'ait le temps ou l'idée de me frapper pour que je me lève plus rapidement. Presque docilement, je le suivis jusqu'aux cuisines. Là, plutôt que de faire la tambouille du matin - peut-être avait-on peur que je n'empoisonne ou ne crache dans les plats ? - je dû faire la vaisselle. De l'eau brûlante jusqu'au coude, je me fis violence pour ne pas sentir mes doigt abîmés et douloureux. J'écoutais d'une oreille distraite les racontars qui allaient bon train. Apparemment, deux cuisiniers n'étaient pas venus car ils étaient malades c'était pourtant le genre de mecs qui ne rechignaient pas au travail. Les symptômes étaient alarmants : fièvre, toux, gonflement de la langue, douleurs musculaires … Je ressentis une légère angoisse, mais je m'apaisais comme je pu : beaucoup de maladies laissaient ce genre d'indices quand elles proliféraient. Ce n'étaient peut-être qu'un simple froid de passage ? Tout en récurant à fond une pile d'assiettes je le souhaitais de tout mon cœur.

J'avais escompté avoir un peu de temps pour moi, après avoir fini mes tâches. Mais bien entendu, je n'étais pas une employée, juste une esclave. Je travaillais sans avoir de salaire c'était à peine si on m'offrait le couvert. Quant au gîte, mon espèce de cellule, j'aurais autant préféré dormir dehors, quitte à ne pas avoir de toit au-dessus de ma tête. Je piquais une pomme dans une corbeille et allais la manger pendant que les cuistots et les serveuses étaient trop occupés à aller à droite et à gauche. Ils s'activaient déjà pour le dîner de ce soir. Tamuss détestait attendre.

Je m'éloignais encore un peu, vigilante – si l'on me surprenait en dehors de ma cellule, en train de flâner, je risquais une sacré dérouillée. Je marchais le long de la Promenade, couloir sans toit, laissant voir le ciel. L'air frais me fit du bien je m'installais sur un petit muret entre les grandes colonnades de pierre taillée les fresques qu'il y avait autour, je les connaissais par cœur. L'histoire de notre ville, de mes ancêtres, mais aussi de certains peuples de la Terre du Milieu. Mes yeux se posèrent sur les nuages sombres j'espérais presque qu'il pleuve. Comme ça, je pourrais boire en être réduite à laper de l'eau de pluie. Voilà ce qui m'arrivait. J'avais donné un sacré coup de pied à ma fierté, pour qu'elle soit descendue aussi bas. Mais mes instincts de survie étaient prêts à tout pour que je continue, jour après jour, pas après pas. J'attendis donc, avec espoir, mais nulle eau bienfaitrice ne tomba. Dans un grognement, je finis ma pomme, dévorant même le trognon j'allais retourner aux cuisines quand du bruit derrière moi me fit me cacher derrière un pilier. Plongée dans l'ombre, ma curiosité fut rapidement satisfaite : le chancelier de Tamuss – en gros son bras droit –, Ilak, entra précipitamment, suivi d'une bonne dizaine de gardes. En voyant tout ce petit monde, je me hérissais, prise entre deux feux : devais-je rapidement rentrer là où je devais être, ou rester et découvrir ce qui les paniquait autant ? Je n'eus pas le temps de réagir. Dans un brouhaha presque joyeux, une douzaine d'individus de petite taille pénétra dans la Promenade.

J'écarquillais mes yeux. Je restais interdite devant l'impression de charisme qui se dégageait de l'homme – enfin du nain – qui avançait dans l'allée ouverte. Le vent qui venait d'en haut chassait ses cheveux bruns vaguement blancs par endroit. Son visage était fermé, et il semblait pensif. Ilak s'approcha de lui après avoir fait quelques signes, et les gardes formèrent une haie d'honneur plutôt désastreuse. Derrière le nain venait toute une compagnie je remarquais donc douze autres nains, aux physiques sympathiques. Celui qui était sûrement le chef déclara haut et fort :

- Nous aimerions rencontrer votre seigneur. Je suis Thorïn, fils de Thrain, fils de Thror.

- Enchanté, seigneur Thorïn. Mon Seigneur Tamuss se prépare pour le dîner, et vous convie donc à ce festin. Il sera charmé de savoir pourquoi vous étiez en marche vers la forêt de Mirkwood.

Le nain ne répondit rien. Alors qu'Ilak lui tournait le dos pour lui montrer la voie, je ne sais ce qui me prit. Peut-être un sursaut d'indignation, ou un instant de folie. Jaillissant des ombres, les yeux écarquillés, je me mis à crier :

- Ne les écoutez pas ! Ce ne sont que des imposteurs ! Mon seigneur, je vous en prie, écoutez moi ! Tamuss n'est qu'un charlatan, il va-

- ATTRAPEZ-LA !

Le hurlement d'Ilak me fit tourner la tête hélas, je vis les gardes obéir à ses ordres. Je grondais comme un chat sauvage, et bondis sur le muret pour tenter d'atteindre les nains. Tous m'observaient avec une curiosité presque obscène. Je leur lançais un regard éperdu peut-être que si ils comprenaient, ils parleraient au peuple ? Un garde, d'un coup du manche de son épée dans le ventre, me coupa le souffle deux autres m'attrapèrent les bras en arrière et les tordirent. Je fus rapidement maîtrisée – tellement rapidement ! C'en était presque vexant.

- Ils vont vous mentir ! Ne les écoutez pas ! Je vous en prie ! Je vous en supplie ! Lysha ! Demandez à Lyshaaaa-

- Et bâillonnez-là, elle nous casse les oreilles ! Mes seigneurs nain, veuillez pardonner cette interruption. Cette femme est une … Servante des cuisines. Mais elle est un peu folle. Elle tente comme elle peut de se mettre des personnes naïves dans la poche elle en veut à la vie du Seigneur Tamuss. Si nous l'avions laissé faire, elle aurait sûrement tenté de vous blesser.

Non, non, c'était faux ! Tamuss avait volé le trône de Lysha. Il n'avait aucun droit ! Je tentais de me débattre entre leurs bras, le bouche emplie d'un chiffon qui m'étouffait à moitié, mais peine perdue on me souleva, avec une facilité déconcertante, et je ne pus que les voir une dernière fois. Je croisais leurs regards leur chef m'observait avec une impassibilité effroyable. Il ne me croyait pas. Ni lui ni personne. Je baissais les yeux, vaincue.


- Soyez les bienvenues, nains, dans le palais du Seigneur Tamuss lui-même !

Voir mon mari parler de ma maison ainsi me répugnait, mais je n'en montrais rien. Je souriais, comme une parfaite petite marionnette. La salle de bal avait été dressée à la va-vite, et je vis une douzaine de gens entrer, maculant de leurs bottes boueuses les tapis raffinés. Les nains n'avaient jamais été subtils et gracieux. Leur chef, cependant, son regard bleu azur brûlant, exsudait une espèce de force qui me laissa la gorge sèche. Les hommes de pouvoir ont un charisme impressionnant, et lui, il suffisait qu'il vous regarde pour que vous compreniez qu'il était un commandant né. Je me levais, à la suite de Tamuss qui était allé saluer nos hôtes.

- Enchantée, fis-je d'une toute petite voix.

- Je me nomme Thorïn, fils de Thrain, fils de Thror.

- Hé bien, fils de Thrain et de Thror, que faisiez-vous près de chez nous ?

Le manque de tact du marchand était évident, et fit froncer les sourcils au maître nain. Pourtant, eux non plus n'étaient pas spécialement subtils. Ils n'étaient pas connus pour leur tact, en tout cas. Mais que Tamuss offense nos invités m'importait peu. Je me détournais des deux seigneurs, et en bonne hôtesse, invitait les autres nains à s'asseoir aux tables couvertes de victuailles. L'une des personnes présentes n'était pas un nain un peu plus petite, la carrure fine et souple, il avait également l'air plus intelligent. Je m'approchais de lui et lui offris un petit sourire pâle. Aussitôt, mes convives se présentèrent chacun leur tour, certains dévorant déjà sans que l'on ait seulement donné le signal du dîner.

- Ma Dame, je suis ravie de vous rencontrer. Je suis Bofur, déclara un nain à la barbe tressée en deux et qui enleva soudain son chapeau, comme si il se souvenait qu'il se tenait devant une dame. Il était également le seul à ne pas avoir commencé à se baffrer.

- Bombur, fit un gros nain aux poils roux, entre deux fourchettes de nourriture.

- Nori.

- Dori.

- Ori, finit le petit qui ressemblait plus à un prêtre qu'à un nain je devinais à leurs visages et leurs noms semblables qu'ils étaient de la même famille.

- Oin.

- Gloin, se présenta un nain à l'impressionnante barbe d'un roux sombre.

- Lui, c'est Bifur, là c'est Dwalin et je suis Balin, déclara enfin un nain à la barbe blanche, la voix calme. Il pointa du doigt en faisant les présentations, et je restais muette devant le nain au crâne où une hache était plantée. L'autre nain, au crâne chauve et décoré de tatouages, ne daigna même pas m'offrir un regard.

Je croyais que c'était fini, mais vis du coin de l'œil que les trois convives les plus jeunes, rassemblées en bout de table, semblaient parler tout bas. Un blond, un brun, et celui-qui-n'était-pas-un-nain. Lissant ma robe d'une main tremblante, je les vis me rendre mon regard. Le blond et le brun se mirent à sourire, de ces sourires enfantins, un peu charmeurs, que pouvaient faire les enfants quand ils font des bêtises.

- Fili.

- Kili. A votre service, firent-ils ensemble, ce qui me laissa croire qu'ils avaient dû répéter ce petit manège avant.

- Je suis Bilbo Baggins, demoiselle.

- Vous n'êtes pas un nain.

Quel tact ! Quelle douceur ! J'avais pensé cela sans volonté de le dire, mais les mots avaient franchi mes lèvres. Fili et Kili eurent un petit rire, et je rougis violemment, gênée. Bilbo eut un geste de la main, comme pour balayer l'air, voulant dire que ce n'était pas grave.

- Effectivement. Je suis un hobbit, de la Compté.

- Je suis … Je suis Lysha, fis-je en réalisant que je ne m'étais pas encore présentée, et d'un ton assez fort pour que tous l'entende. Mais ils étaient occupés à manger. Bilbo avait garni son assiette, mais me lançais de petits coups d'œil, et d'un sourire, je l'autorisais à débuter. Depuis combien de temps n'avaient-ils pas dîné ? A moins que ce ne fût l'appétit légendaire des nains ?

- Lysha ? La fille du hall avait pas donné ce nom là ? demanda soudain le blond.

- Oui, c'est vrai. Maintenant que tu le dis ...

- Mais nous ne savons pas son nom.

- Peut-être devrions-nous demander à Dame Lysha, fit le brun et il se tourna vers moi, m'incluant de nouveau dans la conversation. Il y a quelques minutes, en traversant votre hall ouvert, une femme a jaillit des ombres pour nous dire que votre seigneur était un usurpateur. Elle nous a demandé de vous demander des comptes, il me semble, avant que des gardes ne la bâillonnent.

- A quoi ressemblait-elle ?

Ma voix me fit peur. Froide, dure comme la roche. Tout comme mon cœur en cet instant. Je savais. Je savais déjà qui c'était. Mais je voulais en être sûre.

- Sale. Hirsute. Elle avait l'air en colère, remarqua Fili en essayant de se rappeler.

- Elle portait des haillons. Elle était assez maigre.

- Elle vous ressemblait. Vous avez le même nez, déclara soudain Bilbo, en dévisageant mon appendice nasal. Je rougis, il fit de même en réalisant qu'il me fixait, mais j'avais à présent ma réponse. Je baissais les yeux, sur le point de pleurer.

Ma Freya en était réduite à cela, une mendiante aux allures de folle ? Je devinais qu'Ilak l'avait mise aux fers il n'aurait pas laissé ma sœur donner d'informations trop importantes. Thorïn et Tamuss étaient toujours de bout, en train de parler. L'un tenait une bière, l'autre un verre de vin. Ils étaient tellement différentes, et sur bien des points ! Le nain malgré sa petite taille me semblait être fait de l'étoffe d'un chef Tamuss, lui, ne méritait que la boue qui maculait les chaussures de nos invités.

- Allez-vous bien ? s'enquit Bilbo, en mâchouillant une feuille de salade.

- Oui, oui …

Un simple murmure. Je ne pouvais rien leur dire. Qui sait s'ils étaient de confiance ? Je voulus m'éloigner, mais le brun m'arrêta soudain en effleurant ma main de ses doigts. J'étais plus grande que lui, surtout qu'à présent il était assis son regard était interrogateur.

- Vont-ils lui faire du mal ? demanda avec douceur le nain blond, faisant bouger les tresses de chaque côté de ses lèvres.

- Je … Je n'espère pas.

Et je m'enfuis. Je retournais à la table, et fis semblant de manger. Tamuss me surveillait du coin de l'œil, s'était sûrement soudain souvenu que j'existais. Je n'avais pas faim, et je délaissais les viandes et les légumes même le dessert, un gâteau aux fruits, mon préféré, ne me tenta pas. J'avais l'estomac noué. Où l'avait-il enfermé ? Je voulais voir ma sœur ! Je voulais voir Freya, mais aussi Ilhy. Je savais qu'en tant que prêtresse Tamuss ne toucherait pas à elle. Mais Freya … Toujours à l'ouvrir quand il ne fallait pas, trop fière et trop orgueilleuse pour mettre un genou en terre. Elle, Tamuss ne rechignerait pas à lui faire du mal. Je secouais la tête, tristement. Malgré ma position, je ne pouvais rien faire, et cela me rongeait.


- Tout cela est bien bizarre, confia Fili à un Kili tout à fait d'accord.

- Peut-être devrions-nous ne pas nous mêler de leurs affaires ? murmura Bilbo, un peu mal à l'aise.

- Se mêler des affaires des autres, n'est-ce pas notre passe-temps favori ? ricana le brun, en finissant sa chope de bière.

- Cette fille connaissait Dame Lysha. Et, apparemment, vu sa réaction, elle aussi la connait. Je pense qu'il est temps de fourrer nos nez un peu partout ! s'exclama joyeusement le nain blond, en se levant, rapidement imité par son frère.

- Ne faites rien d'insensé ! tenta désespérément Bilbo, en les regardant s'éloigner, mais il n'eut pour toute réponse qu'un sourire complice de la part des deux princes. Pourquoi je suis certain qu'ils vont faire quelque chose d'insensé ? soupira t-il finalement, en se tournant vers sa feuille de salade, puis vers Bofur. Le nain regardait également les deux frères s'éloigner. Ses yeux brillaient doucement, et Bilbo se demanda s'il avait entendu leur conversation.


Et voilà, les choses sérieuses commencent ! Alors qu'en pensez-vous ? Vous préférez quoi, les POV des filles, ou un seul POV d'un perso ? ( si oui lequel, Lysha / Freya / Ilhy ? ) ou bien vous préféreriez quelque à la troisième personne ? :3

Et puis, un petit sondage ! Quel est votre personnage masculin préféré de The Hobbit ? *^* Thorïn, Fili, Kili ? Bofur ? Bombur ? 8D

N'hésitez surtout pas à donner votre avis sur tout : la longueur de l'histoire, des fautes, ce qui vous plaît ou pas ...

Si j'ai le courage, je ferais quelques illustrations :) ça vous plairait ?