Freya.
Mes poignets me brûlaient, là où les fers entaillaient ma peau. Certes, si je n'avais pas autant bougé, je ne me serais pas fait aussi mal, mais je ne pouvais décemment pas rester sans rien faire. Je me débattais donc, dans cette cellule humide, pendue par les bras à une poutre. Tout mon corps, arque-bouté, m'était douloureux, et je devais me tenir sur la pointe des pieds pour éviter que tout mon poids ne me tire. Je grognais, et me mis à invectiver les gardes. J'aurais aimé que ce soit mes hommes et non pas ceux qu'avait payé Tamuss. J'évitais de trop leur en vouloir : ils étaient des citoyens après tout. Mais je me sentais trahie, au fond de moi le peuple n'avait pas eu assez confiance en nous. Pourquoi faisait-il confiance à Tamuss ? Cet hypocrite méritait de rôtir sur une broche, avec le pique de métal dans le …
Mes pensées s'interrompirent alors que les gardes se levaient soudain.
- C'était quoi ?
- Je vais voir, reste là.
J'avalais difficilement ma salive, mais malgré ma curiosité, je ne pouvais rien voir la porte devant moi était d'un métal épais, froid et plus dur que n'importe quoi. Mais je tendis l'oreille le silence se faisait pesant, presque palpable.
- Hé, qu'est-ce que c'était ? Oh, Tim ?
J'entendis sa voix appelant son comparse s'éloigner. Je fronçais les sourcils c'était sûrement un chat, ou peut-être une nouvelle servante. Avec un peu de chance, on allait m'apporter ma chope d'eau tièdasse, et un peu de gruau. S'il était chaud, je serais réellement veinarde. Pourtant, je n'entendais pas la voix de mes gardes revenir. Je sentis un frisson naître sur ma peau, il courut dans mon dos, fit se dresser les petits cheveux sur ma nuque.
- Tu penses que c'est là ?
- Peut-être.
- Une seule solution …
- Regarder ! firent les deux voix à l'unisson.
La serrure émit soudain un petit bruit métallique mon cœur tambourina à mes oreilles comme un cheval au galop. Qui était-ce ? Je ne connaissais pas ces voix. Je tirais un peu plus fort sur mes chaînes.
- Un bruit de métal. Bon. Tentons quelque chose : il y a quelqu'un ?
Quoi ? C'était comme si ils avaient toqués avant d'entrer. C'était improbable, c'était bizarre. Je raclais ma gorge, humidifiais ma bouche avec un semblant de salive, et croassais :
- Qui êtes-vous ?
- Avant de faire les présentations, j'aimerais savoir si vous êtes la demoiselle du hall.
- … Oui.
- Parfait.
Parfait ? Pourquoi parfait ? Ma méfiance grandissait à mesure que les secondes passaient était-ce un piège de Tamuss ? Envoyait-il des sous-fifres me donner espoir de liberté pour la revoler aussitôt ? Il n'est pire émotion que celle d'un espoir qui vient de renaître et qui se brise. Je tirais plus fort sur les chaînes, et je sentis ma peau se tendre, au point qu'elle fût cisaillée par le métal. Un peu de sang se mit à couler sur ma peau, contraste entre chaude et froid ma blessure, bien que relativement douloureuse, pulsait au rythme de mon cœur, comme un écho de ma vie. J'écarquillais les yeux en entendant un dernier cliquetis, et la porte s'ouvrit dans un chuintement.
Face à moi se tenaient deux silhouettes sombres, qui s'approchèrent de moi. Les torches du couloir illuminèrent rapidement leurs cheveux bruns et blonds leur petite taille finit de m'aiguillonner sur la voie. Je poussais un hoquet de surprise, et ce hoquet se finit en toux sèche. Le blond fronça les sourcils, sortit une gourde de sous son manteau et entreprit de me faire boire. Pendant ce temps le brun, armé d'une espèce de pince à cheveu très fine allait s'occuper du cadenas et de mes chaînes. J'avalais goulument l'eau, sentant un peu du liquide frais couler sur moi aucune importance. Lorsque je baissais le visage, l'estomac lourd, je vis les sillons pâles sur ma peau crasseuse. Je retins un grognement, et tombais soudainement. Mes jambes flasques ne purent me retenir et je m'affalais dans la paille sale du cachot. Mes poignets étaient toujours liés, mais au moins je pouvais me tenir debout sans être entravée. Le brun s'occupa ensuite de mes mains, l'air très concentré.
- Qui êtes-vous ? demanda le blond, curieux, en rangeant son outre sous son manteau bordé de fourrure claire.
- Freya, soufflais-je. Ca serait long à expliquer … Et vous ? dis-je avec un peu plus de voix, le cœur affolé, le regard méfiant.
- Vos sauveurs ? tenta le brun, en finissant d'ouvrir le métal autour de mes poignets. Quand je les sentis tomber, je m'étirais dans un craquement ou deux, et j'eus un petit gémissement lorsque mes muscles contractés furent soudain étirés.
- Essayez autre chose, repris-je, loin d'être rassurée.
- C'est qu'elle est exigeante … Kili.
- Fili.
- A votre service, firent-ils à l'unisson.
Je les regardais un instant, perdue était-ce un rêve ? Nul métal ne retenait plus mes gestes je pouvais sortir, courir, m'en aller loin. Mais même si une part de moi le désirait si fort, je n'en avais pas le droit. Pas en laissant mes sœurs, mes amis, mes citoyens à la merci de cet horrible Tamuss. J'essuyais le sang à mon poignet droit, et me massais la peau, avant de me tourner vers les nains. Je me sentais affreuse, sale, mais j'étais libre. Et je ne pouvais pas dire de mots qui exprimaient mon soulagement. J'aurais pu en pleurer je détournais mon regard humide, et après avoir toussé un peu, déclarais avec un peu moins de chaleur que ce que j'avais espéré :
- Merci. Vous m'avez sauvé la vie.
- Je vous en prie, fit le brun.
- Pourquoi avoir fait ça ?
La question me taraudait. Mais pas au point de rester à discutailler dans cette cellule. Je jetais un dernier coup d'œil au cachot, avec l'envie de voir tout brûler, et sortis avec précipitation. La lumière des torches m'aveugla un instant et je papillonnais des yeux.
- Nous avons parlé avec Lysha. Qui est-elle pour vous ?
- Pourquoi étiez-vous emprisonnée ?
- Pourquoi v-
- Une question à la fois. Vite, marchons, avant que les gardes ne reviennent. Je vais vous expliquer pendant notre route.
Je connaissais ce palais j'y avais grandi, couru, fais des bêtises, j'y avais poussé ma petite sœur et fait fulminer la grande, c'est là que mon père m'avait élevé et où il était mort. Nous prîmes à gauche, puis à droite, puis je me mis à leur parler tandis qu'ils se mettaient à ma hauteur. Je remarquais du coin de l'œil que je n'étais pas beaucoup plus grande qu'eux.
- Je suis Freya. Lysha est ma sœur. Notre père était le seigneur de cette ville. Il est mort il y a quelques temps, et ma sœur a donc pris sa place comme le veut la tradition. Quant à moi, j'étais offerte aux armes, piqueuse de sa garde personnelle, pour faire court. J'ai encore une autre sœur, plus jeune Ilhy. Elle est prêtresse. Tamuss la enfermée au temple, d'ailleurs il ne la veut pas dans ses pattes. Je dois aller la libérer. Ensuite, je vais pouvoir me venger.
Ma voix avait pris des accents graves, violents, et j'imaginais à présent avec satisfaction le moment où j'entrerais dans la salle pour tuer cet infâme personnage. L'usurpateur ne méritait pas de vivre.
- Ce Tamuss … Il a pris le pouvoir, c'est cela ? demanda doucement Kili.
- Oui. Il était un marchand, autrefois. Il était riche, et participait à nos banquets. Il a commencé à divulguer de fausses rumeurs à la populace. Comme quoi nous allions les laisser mourir quand l'hiver arriverait, et que nous roulions sur l'or en nous moquant d'eux, ce genre d'inepties. Comment ont-ils pu nous trahir, alors que nous …
- Je suis navré de ce qui vous est arrivé, m'interrompit Fili, mais même si nous vous avons délivrée, nous ne pouvons pas grand-chose pour vous. Vous comptez réellement entrer en pleine grande salle et vous venger comme si de rien n'était ?
Il avait l'air incrédule, et je réalisais que ce rêve était inatteignable. Ce n'était juste pas possible.
- Comment avez-vous trouvé ma cellule ?
- Oh, vous savez, quelques questions, par-ci, par-là …
- Quelques coups de poings, par-là, par-ci …
Ils ne plaisantaient pas. Je secouais la tête sans trop savoir que penser.
- Je pourrais mentir. Vous dire tout ça pour que vous me libériez. Vous y avez songé ?
- A vrai dire non, déclara calmement Kili. Il n'ajouta rien et je lui lançais un regard soupçonneux.
- Vous pensez que je mens ?
- Non, et leurs deux voix furent à mes oreilles comme une musique céleste.
Ils me croyaient. Je ne savais pourquoi, je ne connaissais pas la folie qui les prenait, mais ils m'avaient libérés, et ils croyaient en mon histoire. Je sentis mon cœur se gonfler dans ma poitrine. Enfin, en montant un petit escalier, nous sortîmes dans les rues bondées de la ville. La foule s'écarta devant nous, et certains me regardèrent avec insistance. Je serrais les poings si ils allaient en parler à Tamuss … Une seconde plus tard, un manteau chaud bordé de fourrure s'installa sur mes épaules. Le blond me fit un sourire désarmant.
- Je ne voudrais pas que vous preniez froid, fit-il avec un ton amusé, et son frère pouffa.
J'eus moi-même un petit sourire je sentais la chaleur emmagasinée dans son vêtement, et je n'avais rien porté de plus chaud depuis longtemps. J'abattis la capuche sur mon visage, et nous nous mîmes en route pour le temple. Soudain, je pensais à une chose : après avoir délivré Ilhy, je ne sais comment, nous pourrions faire un tour à l'ancienne Tour de Garde. Est-ce que mes hommes y étaient encore ? Elle était utilisée avant que Tamuss ne prenne le pouvoir à présent, il avait installé les hommes dans des casernements que nous utilisions comme réserves. Nous arrivâmes dans la rue principale, pavée de carreaux blancs et noirs, et voir la vue du temple sacré me fit chaud au cœur. Les grands arbres blancs aux feuilles rouges qui surplombaient l'arche d'entrée en marbre et or les portes de plusieurs mètres de haut en bois massif, aux gonds ornés d'ailes, le bassin sacré où les prêtres allaient formaient certaines cérémonies … Mon pas se fit plus vif, et nous arrivâmes devant l'arche. Des gardes se tenaient devant l'entrée je n'avais pas assez de force pour les battre.
- Voulez-vous que l'on fasse diversion ? proposa amicalement Kili, et je hochais la tête.
- Ce serait très charmant de votre part.
- Quoi de plus normal pour des princes ? déclara Fili avec un petit rire, et ils avancèrent vers les gardes avant que je n'ai eu le temps de comprendre.
Le temps d'une respiration, ils se tenaient calmement, et en un clignement de paupières, ils se chamaillaient, se battaient à qui-mieux-mieux. Les deux gardes, dans leurs amures légères, s'approchèrent, et j'en profitais pour me glisser jusqu'aux portes de chêne. Je ne pouvais pas les ouvrir. Elles étaient trop lourdes. J'allais devoir passer par la nef de droite. Celle de gauche avait été abîmée et s'était effondrée. Un regard par-dessus mon épaule me révéla les deux hommes tentant de séparer les deux nains.
Je me glissais vers la porte de la nef. Elle était fermée elle aussi, et je n'avais rien pour l'ouvrir. J'étais désemparée. J'aurais dû m'en douter, mais j'avais espéré pouvoir la libérer tout de suite. Un bruit derrière moi me fit comprendre que quelqu'un s'était approché. Je fis volte-face, les muscles bandés, mais ce n'était que Kili.
- On s'est douté que vous auriez un problème avec les portes. Laissez-moi faire.
Les dieux avaient-ils entendu nos prières – ou du moins celles de ma Ilhy ? Je regardais le nain farfouiller dans l'énorme serrure de bronze. J'avais presque envie de le serrer dans mes bras : il m'avait rendu la liberté, et il s'apprêtait à faire de même avec ma jeune cadette. Quand dans un déclic agréable, la porte s'ouvrit, je pénétrais sans cérémonie dans la nef, courant presque. Ilhy était assise dans un coin, et je mis quelques minutes à la voir dans la pénombre. Elle était encore petite, une fillette, avec ses cheveux coupés aux épaules, sa frange en bataille sur son front, ses yeux embués de sommeil.
- Oh, Ilhy !
- Fey ?
Je me jetais sur elle, et la serrais contre moi. Je ne pus retenir mes larmes, cette fois. Je n'avais pas vu ma petite sœur depuis des mois, et elle m'avait cruellement manqué. Tout d'abord indécise, la petite finit par m'entourer de ses bras potelés et se laissa bercer en sanglotant.
- Fey ! Les dieux ! Ils t'ont envoyés ! Je croyais que Tamuss te retenait prisonnière ! Oh, Fey …
- Ilhy. On doit sortir d'ici. Suis-moi.
- Qui c'est ?
Sa petite voix s'était enduite de frayeur et elle pointait du doigt Kili qui, curieux, avait fait quelques pas dans le temple. Il observait, l'air de ne pas y toucher, l'architecture simple et douce du bâtiment. Sentant que l'on parlait de lui, il baissa le nez et sourit de toutes ses dents. Sans répondre tout de suite, je pris Ilhy dans mes bras, rassurée de voir que j'arrivais encore à la porter. Elle enfouit son visage dans mon cou, les yeux encore pleins de larmes. Les miennes avaient séchées, et j'étais à présent aussi déterminée que de l'argent forgé.
- C'est Kili. Notre sauveur. Enfin, l'un de nos sauveurs. Mais la suite, on va y participer, ma jolie. Allons chercher Dary et Seorc. Ils sont à la tour des gardes, tu crois ?
- Ils n'ont pas été embauchés par Tamuss en tout cas. Je sais que la tour n'est plus utilisée connaissant Dary et les autres, ils doivent y camper comme des forcenés.
- Allons-y alors. Et ensuite, on va voir Lysha.
Elle trépigna, sautant dans mes bras, et je grimaçais. Je dus la poser à terre en sentant mon dos me faire mal, et elle sortit, en regardant à droite et à gauche elle me rappelait un jeune chiot fou, les cheveux au vent. Kili avait un sourire indulgent je lui rendis son regard. Comment pouvais-je le remercier ? Comment le pourrais-je un jour ?
- Rejoignons Fili.
- Nous allons devoir vous quitter ici. On risque de se faire attraper on a échappés aux gardes de justesse. Oncle Thorïn ne sera pas content si il ait qu'on a trempé là-dedans.
- Oncle Thorïn ? fis-je, en penchant la tête, alors que nous retrouvions Ilhy et Fili, l'un assis sur un banc dans l'ombre d'un arbre, et l'autre debout devant lui l'observant sans vergogne.
- Fey, c'est lui l'autre sauveur ?
Je hochais la tête, et reprenant contenance et manières, la petite s'inclina respectueusement. Je souris en voyant ses mèches voltiger à la lumière des torches le long de l'allée, je vis sa robe de prêtresse d'une saleté repoussante. Grands dieux, pardonnez-nous.
- Ilhy et moi allons à la tour des gardes. Je pense que vous devriez nous revoir rapidement.
Mon sourire était carnassier. Les deux nains hochèrent la tête, et s'éloignèrent d'après ce que j'en compris, ils étaient frères. Etonnant, l'un blond l'autre brun, l'un barbu l'autre encore trop jeune pour avoir une réelle barbe. Je pris la main de Ilhy.
- Allons-y.
- Oui.
Le sourire dans ses yeux valait tout l'or du monde.
Lysha.
Tamuss s'empiffrait à mes côtés, et je me demandais s'il ne désirait pas faire un concours avec le nain roux qui se bâfrait en mangeant pour cinq. Je fixais des yeux mon assiette encore pleine, froide je n'avais nulle envie de manger. Tamuss m'avait rapidement mis au courant : les nains s'en allaient pour Erebor, et ils voulaient passer par Mirkwood. Je devinais qu'il comptait leur vendre vivres et eau à prix fort, et qu'il espérait les rouler dans la farine. De toute façon, dès qu'il voyait quelqu'un, il ne pouvait s'empêcher de désirer avoir l'ascendant sur lui – ou elle. C'est pour cette raison qu'il détestait Freya : elle ne lui aurait jamais cédé d'un pouce. Il la craignait – comme j'aurais qu'il me craigne de la sorte ! Être capable de le faire trembler aurait été une véritable jouissance. Je m'emparais de ma fourchette et jouais avec un morceau de gras, avec l'envie de la planter dans la main de mon mari.
Je vis les nains qui s'étaient mis à fumer. Leurs longues pipes à la main, ils exhalaient des volutes de fumée bleutée, qui montait jusqu'au plafond décoré d'étoiles en verre. Je la regardais monter, en regrettant de ne pouvoir faire pareil, de ne pouvoir être aussi libre qu'elle. Dans un vague brouhaha, je remarquais que deux nains s'étaient ré-attablés : le blond et le brun Kili et Fili. Ou le contraire. Je vis Thorïn se pencher vers eux et leur chuchoter des mots leurs visages pâlirent, et je retins un sourire. Ilhy faisait le même genre de tête quand Père l'enguirlandait après une grosse bêtise. Allons, malgré leur apparence, ils devaient être encore jeunes pour des nains. Ils s'assirent, et reprirent un peu de bière d'un air penaud. Je pris mon propre verre de vin à la main et le fit tourner j'aimais cette couleur écarlate profonde qu'avait la teinte du liquide, en scintillant sous les lustres à bougies. Je bus une gorgée du liquide épicé, en appréciait le goût Tammus se tourna soudain vers moi et grogna dans ma direction, le nez brillant et rouge.
- Tu … T-t-t-t-u devrais a-a-aller danser un peu p-pour eux, fit-il avec un sourire cruel. R-r-r-remuer un peu tes formes, m-ma jooolie.
- Tu es ivre.
- P-p-peut-être bien. Mais s-siii ça peut les faire payer pluuus.
Il tanguait, comme sur un bateau, et je suivis ses chavirements avec écoeurement. Je soupirais et me levais, plus pour m'éloigner de lui qu'autre chose. Je n'avais aucune intention de « remuer mes formes » et encore moins de lui obéir. Je fis quelques pas de côté, alors qu'il tendait une main mal assurée vers moi je ne sais s'il voulait me retenir, mais il ne put me toucher. Dans un bruit d'orage, les portes de la salle s'ouvrirent. Ilka entra d'un pas précipité, et sans un coup d'œil pour nos invités, vint chuchoter à l'oreille de Tammus. Ce dernier devint livide et je vis à son regard brillant qu'il avait très rapidement décuvé. Que se passait-il ? La panique sur le visage du marchant me toucha – pas comme on pourrait l'entendre, disons que je fus contaminée par cette émotion. Il se passait quelque chose. Quelque chose de grave – des gardes entraient à la va-vite dans la salle, armures et armes sur le dos en désordre.
- Qu'y a t-il ? fis-je d'un ton impérieux à Ilak, qui grimaça dans ma direction.
- Un petit incident, qui va rapidement être réglé, gronda mon mari d'une voix sans équivoque.
- Mais Maître, la t-
- Tais-toi ! Je ne veux rien savoir ! Elle n'a pas intérêt à arriver ici, ou ta tête sautera avec la sienne.
Ilak déglutit avec difficulté et sortit avec précipitation, suivi de trois de ses hommes. Dans le bruit que firent les portes en se fermant, je compris qu'il fermait l'accès au palais. Grands dieux ! Etiez-vous en train de nous tomber dessus ? Je me sentis prise de tremblements et je m'assis sur mon siège, ignorant mon mari.
Dans un vacarme assourdissant, de cris et de bois brisé, nous fûmes tous soufflés par une vague de poussière. Toussant, personne ne put voir ce qui se passait avant que le nuage gris ne soit retombé debout, en ligne, comme dans mes souvenirs, se tenaient les gardes. Les vrais gardes. Ceux qui nous étaient fidèles, ceux qui voulaient réellement protéger la cité et non pas soudoyer les gens et frapper les plus faibles. Le vieux Mirk, et Darry, et Len … Dans un bruit de clapotement, je vis une silhouette à cheval entrer. Sans gêne, comme toujours.
J'eus un gémissement. Elle avait changé, et pourtant, cet uniforme, je le connaissais. Plus maigre, les cheveux hirsutes attachés à la va-vite, le regard sombre et brûlant, elle se tenait droite sur sa monture – sur Siraltier. Freya descendit de cheval, les couleurs de sa tunique chatoyant sous les flammes des bougies. Les Loups se tenaient prêts au combat, leurs regards fixés aux gardes de Tamuss. Mais pour le moment, personne ne bougeait. Personne, sauf ma sœur qui, comme en conquérante, avançait d'un pas léger dans la salle. Elle n'eut pas un regard pour les nains nous étions rivées l'une à l'autre.
- Fey !
- Tais-toi ! cria mon mari, et il vit le geste de me frapper, mais je m'écartais de lui, hésitant même à plonger au-dessus de la table, et à rejoindre ma sœur coûte que coûte.
- TAMUSS !
La voix de ma sœur était plus faible qu'à l'accoutumée mes yeux étaient accrochés à elle. Mon espoir. Ma sœur. Mon sang. Si elle était là … Elle avait toujours été petite, mais elle en imposait. Sa tunique de cuir bleu foncé, sa cape couleur d'émeraude tenue par une tête de loup en cuivre, ses bottes montantes sur ses pantalons noirs, et son casque formant le mufle d'un loup – nous n'étions pas juste sœurs, nous étions les Louves !
- Chienne !
- Non Tamuss ! Tu n'as plus devant toi l'esclave que tu as créé ! Tu as la Louve ! Tu as la Piqueuse et ses loups ! Agenouille-toi devant ma sœur, devant son pouvoir, ses droits, et tu p-
- Hors de question. Je suis marié à elle, et par les récits divins, ce qui est à elle est à moi. Son trône est le mien.
- Sale roquet ! Tu l'as épousé de force ! NE BOUGEZ PAS !
Elle était moins vive qu'autrefois Darry avait dû s'interposer entre les deux gardes et elle. Elle n'avait plus de forces je devinais que sa main tremblait en tenant sa pique, sa chère lance. Elle avait les lèvres plissées. Tout comme moi, Freya venait de prendre la mesure de sa faiblesse.
- Ne vous en mêlez pas ! s'écria soudain le roi, et je repris soudain conscience qu'ils étaient là, eux aussi. Certains des nains s'étaient levés, visiblement énervés de voir des gardes armés autour d'eux.
- Mon oncle, nous ne devons pas nous mêler des affaires des autres, certes, mais là …
- … Il s'agit d'innocents. Cette peuplade meurt de faim. Je suis sûre que si l'on rendait cette ville à ses réelles dirigeantes …
- Non. Ne nous mêlons pas de cela.
Freya eut un sourire qui était plutôt une grimace dans un éclair, je me surpris à imaginer que les deux nains qui venaient de nous défendre l'avaient délivré. Ils m'avaient posé des questions, après tout et … Tamuss s'approcha de moi, couteau à la main. Un rire jaune s'échappa de mes lèvres alors que je reculais. Freya bondit en avant, mais trop tard la main de Tamuss, rapide, s'empara de mon poignet et en quelques secondes, je redevins oiseau en cage. Le couteau sur ma gorge, je ne pensais même pas à me débattre.
- Lâche-là, gronda Freya telle un animal acculé.
- Hors de question. Gardes attrapez la et remettez la dans sa jolie cage. Tu es celle que j'ai toujours le plus détesté, louve à la lance.
- Pourquoi ? Parce que tu me crains ? fit-elle, insolente.
- Ha, non, répondit-il avec un rire méprisant qui me glaça. Parce que tu as toujours été immature et indocile. Et que tu penses savoir te battre, alors que tu n'es qu'une gamine qui joue à la guerre.
Mes narines se plissèrent sous l'affront Freya avait un caractère bien trempé. Il ne fallait pas lui marcher sur les pieds, et surtout, son orgueil était plus fort que sa raison. Elle fronça le nez et gronda, un véritable grondement de bête. Qu'avait fait Tamuss ? Il avait transformé ma sœur en un monstre de rancœur et de haine.
- Fey, je t'en prie, ne te laisses pas emporter.
- Ecoute donc ta sœur, pour une fois qu'elle dit quelque chose d'intelligent, ricana mon tortionnaire.
- Tu as oublié une chose, vieux bonhomme. Les louves ne sont pas deux. Elles sont trois, fit une voix doucereuse près de nous. Une voix familière. Si familière ...
Et voila un nouveau chapitre ! Je me rends compte - que ce soit sur cette fic ou l'autre - que le site a tendance à me " manger " ma ponctuation : certains ":" disparaissent, et des fois ça complique un peu la lecture, je trouve. Désolée d'avance si ça le fait encore ici, j'ai pourtant relu avec attention.
L'histoire avance toujours à grand pas, même si j'ai - exprès - coupé au meilleur moment, haha. J'écris tout doucement la suite :) je dois avouer que le personnage de Freya est mon préféré, et ça se sent apparemment ^^ par la suite, je vous réserve quelques surprises concernant les PDV et les filles :)
Thorïn a l'air d'avoir une sacré team de fans, héhé ^^ personnellement j'aurais du mal à me décider x)
J'espère que ce chapitre vous aura plu ! N'hésitez pas à donner votre avis, c'est toujours agréable :)
