Note : Pour les besoins de la fic, les DC Comics existent : Batman, Superman et tutti quanti sont donc des supers-héros fictifs. Il y aura d'autres petites références... que je vous laisse découvrir dans ce deuxième chapitre :). Bonne lecture.
Il était midi passé, un rapide calcul permit au milliardaire de réaliser : il avait dormi douze heures d'affilée, sans se réveiller en sursaut, sans cauchemars, d'une traite, pour le plus grand plaisir de son esprit fatigué par des jours à se morfondre. Se glissant hors des draps, Tony posa un pied à terre et se dirigea vers son dressing. Il ne pensait pas réussir à dormir aussi longtemps, et cela l'avait rassuré autant qu'embêté – il avait pris la veille la décision d'aller déjeuner avec les Avengers et comptait bien s'y tenir.
Les relations qu'il entretenait avec d'autres super-héros étaient aussi multiples que complexes, qu'il les connaisse ou qu'il ne les connaisse pas d'ailleurs. Petit, Anthony Edward Stark, était un passionné de comics – bien que la moitié des événements et "prouesses technologiques" décrites étaient tout bonnement aberrantes. Il avait eu en tout une bonne vingtaine de comics, soigneusement rangés à côté de son lit. Le soir, son activité cérébrale ayant toujours du mal à ralentir, il aimait se coucher en travers de son lit, les jambes appuyées le long du mur, pour lire les incroyables aventures de Superman.
En soi, c'était idiot, comme le qualifiait son père, un homme habillé grossièrement aux couleurs criardes qui venait d'une autre galaxie dans le but de sauver la terre des méchants pas beaux – quoi de plus manichéen et cliché. Le père de Tony avait une sainte horreur des univers parallèles et autres aliens en tout genre dont il ne croyait pas du tout en l'existence. Le plus détestable selon lui était la croyance populaire qui érigeait les aliens à un niveau intellectuel beaucoup plus élevé que les humains, et donc, que lui-même. Stark père était un génie auto-proclamé, bien que conforté par le monde scientifique, qui ne voyait pas l'utilité d'aller prétendre l'existence d'une entité plus intelligente que lui, qui tournerait en orbite à des millions de kilomètres de la terre.
Tony savait très bien tout ça, c'est pourquoi il prenait soin de ne lire ses comics que lorsqu'il était seul. Il avait tellement lu ses bandes dessinées que certaines pages avaient commencé à se détacher des agrafes centrales, le papier s'abîmait à une rapidité folle – aucun autre livre, à part ceux d'ingénierie n'avaient eu droit à ce traitement. C'est à 15 ans pourtant que la vision et l'intérêt de Tony pour les comics changèrent radicalement. Entré au MIT, il côtoya nombre d'étudiants comme lui passionnés de DC, à tel point qu'un garçon à peine plus âgé que lui, lui apprit la véritable naissance de Superman. La création de ce super-héros avait été une véritable catharsis : son créateur Jerome Siegel avait perdu son père lors d'un braquage - abattu sur le coup par une arme à feu. Il avait alors créé un être sur-humain résistant aux balles.
Tony n'avait jusqu'alors jamais rien entendu de si idiot, à tel point que cela le dégoûta de tous les comics qu'il avait en sa possession. Quel homme sain d'esprit voudrait créer un être ou une invention permettant de rendre immortel son père ? N'était-il pas le propre d'un homme de vouloir, de devoir dépasser son géniteur ? Bien sûr, cela était particulièrement vrai pour Anthony qui avait toute sa vie vécu dans l'ombre écrasante d'un père surdoué et plus connu que les Beatles. Déménageant définitivement sur le campus du MIT, il laissa dans un carton soigneusement scotché ses bandes dessinées et tourna le dos à ces univers parallèles bien trop fantasques.
C'était il y a si longtemps. Une vie s'était écoulée depuis. Tony ordonna à voix haute à la télévision d'allumer CNN et entra à nouveau dans sa chambre en enfilant son tee-shirt noir Black Sabbath. La chaîne traitait du sujet des supers-héros, le nom de Iron Man surplombant les autres, évoquant leurs derniers faits d'armes, ne tarissant pas d'éloges plus mielleux les uns que les autres. Le milliardaire eut un magnifique sourire – lui était un véritable super-héros. Un homme qui avait utilisé son intelligence pour magnifier son simple statut d'humain. Il n'était en aucun cas le descendant d'une entité alien aux allures shakespearienne qui ne tirait sa force que de ses gènes miraculeusement sur-développés, il n'était pas le fruit d'une expérience militaire boostée par un super-sérum, il n'était pas non plus la victime d'une malheureuse explosion.
Tony sortit de sa chambre, la télé s'éteignait de toute façon toute seule quand personne n'était dans la pièce, et parcourut les longs couloirs de la Stark Tower. Aux plus hauts étages ne séjournaient que les Avengers qu'il avait accepté d'héberger en attendant que leur statut soit officiellement reconnu par le Shield. Cela ne le dérangeait pas plus que ça, lui qui avait toujours vécu seul, avoir un peu de compagnie n'était pas pour lui déplaire. Il descendit de longs escaliers, préférant les couloirs surplombés par de magnifiques baies vitrées, passa par son salon où trônait sa dernière acquisition, un Basquiat particulièrement violent que Pepper lui avait dégoté pour une somme outrageuse, et finit par arriver dans la double salle de réception où aimaient se poser Natacha et Clint.
"Mais ne serait-ce pas le grand Tony Stark…?"
"On ne t'appelle pas Hawkeye pour rien, dis-moi Clint."
Le blond sourit et se leva de sa méridienne pour venir saluer le propriétaire des lieux. Tony lui tendit la main, mais contre toute attente, c'est une étreinte virile et bon enfant qu'il reçut de la part de son invité. Il mit ça sur le coup de la surprise, peut être même de l'alcool de la veille qu'il n'avait pas tout à fait éliminé et ne fit aucun commentaire.
"Okay, on va arrêter là, Brokeback Mountain." , ironisa Tony dans un sourire crispé, avant de se retourner vers Natacha, qui avait déjà levé les yeux au ciel en entendant un nouveau surnom que le milliardaire allait très certainement ressortir à toutes les sauces.
"Contente de te voir, Stark."
La voix de Natacha était douce, elle était enveloppée dans une combinaison noire, son visage était fatigué, on devinait sans aucun doute que la soirée avait été mouvementée.
Tony lui fit un délicat baisemain et se dirigea vers la table basse où ils avaient installé une sorte de brunch. L'ingénieur se surprit à tout dévorer du regard ; du bacon, du pain grillé et des œufs brouillés, était-il déjà arrivé au paradis ? Il se servit une assiette sans attendre et leur demanda sans lever son regard de la table garnie.
"Comment était la soirée organisée par le maire ?"
"C'était très bien."
Clint ne poursuivit pas sa phrase, il jeta un coup d'œil à Natacha qui leur suffit à se comprendre immédiatement, ils ne lui diraient pas ce qu'ils avaient sur le cœur. : Tony aurait dû être présent.
"Il y avait Steve, tu sais. Ah et finalement, Thor est venu."
"Thor ? Qu'en a-t-il à carrer de fêter l'année 2000 et quelques alors que chez sa famille de cinglés, ils en sont au 8000 millénaire après Chaipaqui ou avant Chaipaquoi ?"
"C'était symbolique. Tu sais, être présent pour les autres, montrer qu'on est là aussi quand ça va. Rencontrer des victimes de l'attaque, leur parler, parler à leurs familles. Bref sortir de cette tour d'argent qui clairement, n'a aucun contact avec la réalité."
C'était Clint qui avait parlé. Il n'avait pas voulu être particulièrement blessant, mais la fatigue et le stress de ces dernières semaines l'avaient lui aussi poussé à bout. En soi, la tour Stark ne le dérangeait pas tant que ça, il était même assez satisfait de pouvoir vivre avec les autres Avengers pour apprendre à les connaître. Mais le cycle d'auto-destruction qu'avait entamé le milliardaire n'avait pas été aussi discret qu'il l'avait souhaité et ils l'avaient tous vu s'affaiblir, se renfermer, jusqu'à se terrer dans son atelier… sans pouvoir rien n'y faire.
Dos à eux, à genoux devant la table basse, Tony ferma les yeux et pinça ses lèvres à s'en briser la mâchoire. Il prit une profonde et lente inspiration qu'il fit aussi silencieuse que possible et fit tourner son cerveau à cent à l'heure.
Se concentrer sur le bacon, juste sur le bacon, ou peut être sur les œufs, de magnifiques œufs brouillés, brouillés, écrasés comme la tour sur Allen street, là où il avait vu un étage entier, encore rempli, exploser sous ses yeux. Non, pas les œufs brouillés alors. Se concentrer sur le jus d'orange, juste sur le jus d'orange qu'il n'avait qu'à se servir dans un verre, un verre simple, pas de quoi paniquer, pas comme le verre des vitres de la galerie marchande qui s'était écroulée à quelques mètres de Natacha qui avait eu la jambe lacérée de milliers d'éclats dont elle garderait très certainement des cicatrices pendant de longues années à venir.
"Tony, tu veux du café ?"
L'ingénieur se redressa d'un coup, c'était la voix de la rousse qui l'avait tiré de ses pensées. Son esprit s'était une nouvelle fois emballé et sa respiration se faisait lourde et douloureuse. Encore une fois, il s'était fait avoir par son imagination débordante qui semblait jamais ne vouloir s'arrêter, et ses piètres tentatives pour se concentrer sur quelque chose de concret (du bacon par exemple) n'avaient une nouvelle fois servi à rien. Mais hors de question de se laisser aller face aux deux espions.
Il leva son pouce en direction de Natacha pour lui faire signe que oui et en prenant soin de rester dos à ses deux invités, il se dirigea vers la baie vitrée. Sa tour ne lui avait jamais semblé aussi haute et il pesta intérieurement envers lui-même, quelle idée complètement abrutie de vouloir aller toujours plus haut – et la tour de Babel alors ! Il posa discrètement une main sur un fauteuil près de lui et serra le dossier de toutes ses forces pour être sûr de ne pas tomber. Ses ongles se plantaient dans le tissu à l'en déchirer mais il n'en avait que faire, le plus important pour l'instant était de redevenir maître de la situation.
"Bruce !", s'exclama d'une voix pétillante Natacha.
"Comment va The Gentleman ?", demanda Clint d'un rire franc.
Tony ne se retourna même pas, son regard était tout bonnement ancré sur un fichu pigeon qui tournait autour d'une bouche d'aération de l'immeuble d'à côté.
"Clint, je pense qu'il vaut mieux garder cette histoire entre nous…"
"Bien sûr. Entre nous et le maire."
"Certes, j'avais oublié qu'il était présent à ce moment-là aussi."
Le rire de Natacha réchauffa la pièce entière. Même si Tony ne les voyait pas, il les savait proches comme jamais. De quoi voulaient-ils parler ? Qu'est-ce que c'était que cette histoire de gentleman ? Bruce avait-il lui aussi une sale mine après avoir bu toute la nuit ? Et putain est-ce que ce foutu pigeon allait finir par arrêter de tourner en rond comme un con ?!
"Tu veux du café Bruce ?"
"Un grand, fort et corsé s'impose."
Un grand, fort et corsé s'impose, pensa Tony, comme il était facile de tourner sa remarque pour y révéler quelque chose de sexuel ! Il ne lui suffisait qu'à ouvrir les lèvres et lui balancer une petite pique ou une grosse vacherie. C'était simple. Très simple. Mais rien ne sortit.
"Je vais refaire des œufs, je crois."
"Tu as besoin d'aide, Clint ?"
Toujours complètement figé contre la baie vitré, Tony réussit tout de même à entendre les pas de ses invités s'éloigner vers la cuisine, il allait enfin être seul et pourrait s'éclipser sans qu'ils ne le voient, complètement flippé.
"Tony."
Il sursauta malgré lui. La main de Bruce s'était posée avec une telle chaleur sur son épaule que cela avait brûlé son corps gelé par la détresse. Il ne réfléchit même pas et posa son regard éteint sur son ami.
Le sourire de Bruce était apaisant et cela avait toujours étonné Tony. Comment un être capable de se transformer en une créature entièrement animée par la colère et la violence pouvait avoir un tel sourire? Ses yeux pétillaient, malicieux, il n'était même pas particulièrement marqué par la nuit qu'il avait passé, il avait déjà lavé ses cheveux, Tony le remarqua tout de suite en les voyant encore un peu humides, et il avait enfilé un pull fin vert. L'exacte même teinte que celle qu'il arborait lors de ses transformations. Mais il ne ferait aucun commentaire. Le milliardaire cligna des yeux et se redressa, se concentrer sur Bruce semblait l'avoir calmé. Du moins, sa respiration n'était plus anarchique, elle était rapide, tout au plus.
"Bonne année Tony."
Sa voix avait-elle déjà été aussi douce, ou l'esprit de Tony faisait une nouvelle fois fi de toutes pensées cohérentes ? Il répondit à son sourire, non pas par politesse, mais parce qu'il en avait envie. C'était le premier être humain qui le lui souhaitait.
"Bonne année à toi aussi Bruce… alors t'as serré hier soir ?"
"La soirée organisée par le maire était vraiment émouvante, cela m'a fait beaucoup de bien de sortir, voir tous ces gens. Il y avait une très bonne ambiance, c'était comme retrouver une grande famille. Tu aurais dû venir Tony."
Le docteur avait royalement ignoré sa question qu'il jugeait de toute façon déplacée.
"Pourquoi ? Pour me faire sentir mieux ? Pour me faire déculpabiliser ?"
La voix de Tony était dure, il souriait mais était dégoûté par ses propres paroles, le genre de reproches qu'on allait lui sortir, pour sûr.
"Non, parce que j'avais envie de te voir."
Bruce avait légèrement froncé ses sourcils, comme s'il n'avait pas compris la remarque de Tony. Il lui fit un petit sourire désolé, comme si chacun des deux parlait une langue inconnue à l'autre et qu'il en devenait gênant de ne pas comprendre et se recula pour aller s'asseoir sur une méridienne.
Tony suivit des yeux le docteur. S'il se mettait lui même à se flageller, il allait vivre un véritable enfer, c'était sûr. Surtout que Bruce n'était pas le genre d'homme à juger les autres. Il était d'un calme olympien – bien qu'il leur avait avoué il y a quelques mois de ça que son calme n'était qu'un leurre et que sa colère était toujours aussi présente que ravageuse. Mais cela était-il seulement vrai ? Le Hulk n'avait pas fait son apparition depuis l'attaque sur New York mais pourtant, il retenait toute l'attention de Tony qui n'arrivait toujours pas à expliquer ce phénomène.
En soi, le principe même de la métamorphose n'était plus un secret (il l'avait étudié longuement avant même de connaître Banner) mais les raisons de sa transformation et encore plus, sa façon de perdre la moitié de ses capacités cérébrales quand il était en géant vert était tout bonnement fascinante. Et flippante à souhait. Tony n'aurait jamais pu supporter un telle chose : perdre le contrôle, perdre la sensation de son propre corps et ne plus être maître de rien, même pas de sa propre personnalité, autrement dit, l'enfer sur terre.
Il poussa un soupir discret. Cette perte de contrôle pourtant, il la vivait depuis plusieurs semaines déjà, elle avait même failli lui faire perdre connaissance il y a quelques instants de ça.
Il se rapprocha de Banner et trouva une place sur un canapé face à lui.
"Je suis content que tu sois sorti de ton atelier. On commençait à s'inquiéter."
"Il n'y a pas de quoi s'inquiéter buddy, j'avais des choses à faire, voilà tout."
"Des choses qui t'empêchaient même d'aller manger le midi et le soir ?"
"Mais ma parole, tu m'espionnes 007 ?"
"Non, non, rien de tout ça…"
Tony plissa grossièrement les yeux comme s'il essayait de sonder l'homme face à lui, mais rien ne l'aida à comprendre ce qu'il se passait dans sa tête. Bruce était un tel mystère… et Tony adorait les mystères. Il ne comptait plus le nombre d'ordinateurs, d'inventions en tout genre qu'il avait soigneusement décortiqués pour en comprendre tous les mécanismes. Avec Bruce, aurait-il seulement la possibilité de ne serait-ce qu'entrapercevoir ce qu'il se passait dans sa fichue tête ornée de magnifiques boucles brunes ?
"Tiens, ton repas Bruce."
Clint mit dans les mains de son ami un plateau généreusement garni.
"Merci, on se voit plus tard."
Bruce se leva et se dirigea vers le couloir en tenant fermement son chargement. Alors quoi, il s'en allait déjà alors que ça allait commencer à être intéressant ? Tony n'aimait pas être contrarié dans ses plans.
"Hey Brokeback Mountain, c'est quoi ce plateau que t'as donné au docteur ?"
" 'Brockeback Mountain'... ?", articula le concerné en regardant Clint, légèrement perdu quant à ce nouveau surnom trouvé par l'excentrique milliardaire.
"Bruce m'a dit qu'il voulait travailler ce matin et qu'il aurait besoin d'un plateau. Bref t'inquiète Bruce, va travailler.", rassura Clint en lui souriant.
" 'T'inquiète, t'inquiète' facile à dire Clint, tu savais Bruce, que Clint prenait plaisir à se frotter à de beaux éphèbes ? Bon, en même temps je te comprends, comment résister à ça…"
Tony pointa du doigt son propre corps – un sourire fier illuminant son visage.
"Je l'ai salué d'une légère étreinte ce matin.", expliqua Clint le regard toujours posé sur le seul homme cohérent de la pièce.
"Ah. Je vois."
Bruce leur sourit à tous les deux et s'éclipsa, Clint retourna dans la cuisine si bien que Tony se retrouva seul. C'était étrange comme c'était irritant d'avoir vu le docteur partir alors qu'il commençait à peine son investigation. Lui qui avait toujours été un fan de Sherlock Holmes savait très bien à quoi seraient dédiés ses prochains jours : percer le mystère du docteur Bruce Banner.
