Note : Hello ! Nouveau chapitre inspiré par le dessin qui sert de couverture à cette histoire :). Bonne lecture.
"Monsieur la commande B12 n'est pas encore totalement fonctionnelle."
"Jarvis, un moment il faut savoir se lancer. Comment Franz Reichelt aurait pu inventer le parachute sans jamais sauter ?"
"Si vous faites référence à la journée du 4 février 1912 où monsieur Reichelt a sauté du premier étage de la Tour Eiffel, je suis dans l'obligation de vous rappeler que son parachute ne s'est pas déployé et qu'il est mort écrasé 57 mètres plus bas."
"… Et nous ne voudrions pas ça, n'est-ce pas? La commande B12 a-t-elle un quelconque rapport avec les paramètres nécessaires au décollage ?"
"Je calcule… non monsieur."
"Avec les paramètres nécessaires au vol peut-être ? Ou à la stabilité une fois dans les airs ?"
"Non monsieur."
"Bon, et aurai-je besoin de la commande B12 pour atterrir ?"
"Non monsieur. J'ai néanmoins ouvert sur votre tablette numérique le dossier concernant la commande B12 pour que vous puissiez…"
"Tu parles trop Jarvis, maintenant on arrête de réfléchir et on agit."
Tony se redressa, faisant maintenant face à sa nouvelle armure qu'il avait baptisé Mark XLII. Il n'avait pas encore pris le temps d'y apporter de la couleur si bien qu'il pouvait presque se voir dans les reflets métalliques de sa nouvelle création. L'ingénieur était de toute façon terriblement impatient lorsqu'il manquait de sommeil. Il était bientôt 16h et il n'avait pas dormi de la nuit – il était rentré vers 6h du matin accompagné des Avengers et depuis, n'avait cessé de tourner en rond dans son atelier.
Cela faisait 10h qu'il n'avait pas vu Bruce mais pourtant, il ne pouvait s'empêcher de ressasser leur dernière conversation – si l'on pouvait appeler cela une conversation, ils avaient beaucoup utilisé leurs bouches certes, mais pas forcément pour parler. Et c'était de ça dont manquait cruellement le milliardaire : d'informations, d'explications. Il avait, enfin, pu prendre possession de ses lèvres, l'embrassant avec une envie dévorante qui lui retournait le cœur et l'esprit. Et bien que les premiers instants étaient encore plus beaux et excitants que tout ce qu'il avait pu imaginer, le retournement de situation le plongea dans une profonde incompréhension.
Il y avait bien réfléchi et il avait compris ce qui avait perturbé le docteur, ses mains posées sur son ventre, quand il avait tenté de déboutonner sa chemise. Le baiser en soi n'avait pas eu l'air de le déranger (il avait même eu l'air particulièrement satisfait de leur étreinte) mais c'est bien lorsque ses mains s'étaient posées sur son corps que Banner avait tout arrêté. Lui aussi avait utilisé sa main et de la manière la plus douloureuse qui soit. Pas un coup de poing bien sûr, ça, Tony aurait pu le supporter, mais en pressant sur son réacteur, pour le repousser.
Alors c'était ça ? Banner était rebuté par la machine ronronnante qui illuminait sa poitrine ? C'était aussi risible qu'incompréhensible, et Tony savait pertinemment que s'il était amené à avoir cette conversation avec Bruce, il serait des plus cruel : entre son réacteur, prouesse technologique qui le gardait en vie, et la fâcheuse tendance du physicien à se transformer en monstre vert pour un oui ou pour un non, il était évident qui était le plus monstrueux des deux.
Tony soupira longuement à sa propre pensée, c'était tout simplement détestable de sa part d'imaginer pareille scénario. Pour sa défense, Banner était si mystérieux qu'il ne savait plus à quoi se fier, et oppressé par la sensation qu'il perdait le contrôle une fois de plus, il réagit comme il réagissait à chaque fois qu'il était contrarié : Iron Man.
L'armure Mark XLII n'était pas encore tout à fait finie, mais s'il manquait simplement la radio ou des feux de détresse, cela ne lui importait peu, il voulait juste faire un tour dans le ciel gris de Manhattan et s'éloigner aussi loin et haut que possible de cette tour. Il claqua dans les mains et ouvrit les bras en fermant les yeux ; l'armure se referma sur lui et s'alluma instantanément.
"Jarvis, ouvre la porte, daddy va aller faire un tour."
"Ouverture des portes enclenchée. Bonne promenade monsieur."
"Compte sur moi."
Tony colla les bras de long de son corps et posa ses paumes face au sol. Une simple pression de l'index de la main droite alluma les réacteurs posés dans ses mains et dans un tonnerre assourdissant, il décola et sortit par la large porte qui donnait sur l'extérieur. Cela faisait tellement longtemps qu'il n'avait pas volé que son corps en avait oublié les symptômes, il sentait même la piquante sensation d'avoir son cœur se soulever, la même sensation qu'il avait ressentie la première fois qu'il avait fait Space Mountain (rebaptisé Stark Mountain le jour où il avait privatisé le Walt Disney World d'Orlando).
Le ciel était gris et menaçant, il avait encore neigé une bonne partie de la journée, mais les cris extatiques du milliardaire pourfendaient les nuages, ses nombreux zigzags lui faisant perdre la tête. Il n'y avait pas de bus scolaire à aller sauver, pas de super-vilain à arrêter, il était libre. Il remonta Broadway Avenue à Mach 1, n'entendant même pas les encouragements des touristes qui le mitraillaient de leurs appareils photo et se lança à toute allure droit vers le ciel. Il voulait percer les nuages, revoir le ciel bleu, et ce putain de soleil qui l'avait abandonné. Il voulait prouver (et vérifier) que la commande B12 n'avait rien à voir avec la tenue de l'armure à l'approche de la stratosphère, il voulait prouver que ses inventions étaient à chaque fois meilleures que la précédente, il voulait percer le ciel et atterrir dans – non...
Le portail. L'infinie étendue de rien. Le vide étouffant. Et la terrible solitude.
Les doigts de Tony relâchèrent leur pression, son esprit soudainement embrumé par ce putain de traumatisme dont il n'arrivait toujours pas à se défaire. Il sentit son corps se refroidir de l'intérieur, son cœur s'accélérer comme s'il avait été empoisonné et ses membres se tendre. Son regard divagua dans l'immensité angoissante du ciel et, reposant sa nuque contre l'arrière de son casque, il laissa les commandes au pilotage automatique de la Mark XLII. C'était une nouveauté à laquelle il tenait particulièrement, s'il relâchait la pression de ses doigts au bout des gants métalliques, Jarvis ramenait l'armure au centre Stark le plus proche.
Il se savait proche de la crise d'angoisse et préféra vider son esprit en laissant les rênes à son armure qui déjà replongeait sur Parc Avenue. Comment avait-il pu avoir envie d'aller si haut, de se rapprocher de ce qui avait été sa petite mort? Le terme "pulsions suicidaires" résonna en lui ; il ferma les yeux et se laissa ramener à l'intérieur de son atelier.
Il faisait soudainement plus chaud et surtout, il était rentré, les pieds sur la terre ferme, faire une crise d'angoisse dans ces conditions était tout de même plus supportable. Il inspira longuement, bruyamment, concentrant son esprit sur sa respiration et leva la main pour retirer son casque. Du moins, il essaya. Ses bras étaient parfaitement immobiles le long de son corps, il tourna légèrement. sa tête mais comprit bien vite que le casque ne bougeait pas, il regarda tout autour de lui et vit son reflet dans un miroir au loin, son armure avait exactement la même position que toutes celles "endormies" sagement qu'il pavanait dans des caissons de verre.
"Jarvis, ouverture de l'armure."
"Monsieur, je suis au regret de vous annoncer que cette requête ne peut aboutir."
"Je ne t'ai pas programmé pour faire des blagues de mauvais goût, Jarvis."
"Il semblerait que vous n'ayez pas programmé non plus la commande B12."
Tony haussa un sourcil, son majordome virtuel faisait sa crise d'adolescence à lui répondre de la sorte ou quoi ? Il fut soudain pris d'un doute et demanda en fermant les yeux, se doutant amèrement de la réponse :
"La commande B12 correspondrait-elle à l'ouverture d'urgence de l'armure ?"
"Exactement monsieur, je vois que vous avez retrouvé la mémoire et je vous en félicite."
"Et moi je vois que tu te rebelles, si tu continues, je te programme sous Windows Vista."
Tony soupira longuement, son cœur continuant ses battements anarchiques et douloureux dans sa poitrine – la crise n'était pas loin, mais il la contenait autant que possible.
"Il faut l'ouvrir manuellement, c'est ça ?"
"Exact monsieur."
"Je vois."
Il prit une nouvelle inspiration infiniment plus profonde cette fois, pour se donner du courage. Il finit par ouvrir les yeux et demanda :
"Appelle le docteur Banner."
Le physicien monta les quelques marches qui le menaient à l'atelier de Tony et tapota le code de sécurité sur le pavé numérique placé à sa droite. Jarvis l'avait fait appeler alors qu'il travaillait au calme dans son laboratoire. La voix à l'accent anglais lui avait demandé de se rendre à l'atelier de M. Stark qui avait "semblait-il besoin d'aide". Pas de code d'urgence, pas de gyrophares sortant de nulle part, la requête ne semblait pas très sérieuse et ce doute sembla se confirmer lorsqu'il entra dans l'atelier qui se trouvait vide.
"Jarvis, je crois que ton créateur nous a fait une mauvaise blague, la prochaine fois s'il te plaît, vérifie la véracité des éléments avant de me déranger en plein travail."
Bruce tourna les talons en soupirant – il avait fait tout ce chemin pour rien !
"Banner ! Non pars pas, je suis là !"
Le physicien se retourna, intrigué et chercha du regard la provenance de la voix, mais à part quelques armures posées ici et là, pas de Tony dans son champs de vision.
"Tony… ?"
Un long soupir retentit et le milliardaire reprit :
"Bien. Ne ris pas. Mais je suis coincé dans mon armure. Celle qui n'est pas peinte encore, près de la porte de sortie, tu vois ? Près du tabouret en cuir."
Bruce se rapprocha, méfiant, posant un pied après l'autre en prenant tout son temps. Tony était-il vraiment à l'intérieur comme il le disait ou lui faisait-il une mauvaise blague ?
"Promis, je ne vais pas surgir derrière toi comme un pantin qui sort de sa boîte. Je suis vraiment coincé à l'intérieur. Je n'ai pas programmé la commande d'ouverture d'urgence de l'armure en fait…"
Bruce se rapprocha à une vitesse cette fois beaucoup plus humaine et contempla l'armure pour essayer d'en trouver une faille.
"Je dois l'ouvrir manuellement en somme ?"
"Oui, tu comprends bien que j'aie fait appel à toi, Thor l'aurait explosée d'un coup de marteau et Clint aurait perdu son temps à me viser de ses flèches ridicules de Robin des Bois des temps modernes. Derrière toi sur la table, il y a ma tablette numérique, il y a mes schémas, page 47 tu trouveras normalement des croquis pour ouvrir le plastron, à partir de là, je devrais pouvoir m'en extraire facilement."
"Bien."
Bruce ne perdit pas de temps, il approcha le tabouret en cuir sur lequel il s'installa, consulta rapidement les croquis indiqués par Tony, puis attrapa un petit tournevis, à l'ancienne, qu'il utilisa entre les interstices de l'armure.
Le silence qui s'installa était pesant, l'air se remplissant d'une centaine de questions qui restaient encore en suspens après leur étreinte dans la limousine. Tony, le cœur comme prêt à sortir hors de sa poitrine, commençait à sentir des perles de sueur couler le long de sa joue, de sa nuque. Il faisait bien trop chaud, mais il n'osait pas presser Bruce, pire que ça, il n'osait même pas lui parler. C'est alors que le physicien rompit le silence.
"Qu'est-ce que tu veux me demander Tony ?"
Même caché derrière un casque, il était si facile de lire en lui ? Merde alors.
"Tu es marié ? Ou t'as une copine ? Enfin… t'es pris et c'est pour ça que ça t'a dérangé que je t'embrasse ce matin ?"
"Qu'as-tu lu dans mon dossier que tu as volé au SHIELD ?", demanda Bruce d'une voix neutre sans daigner relever son regard.
"…. Que tu as été marié à une certaine Betty Ross, mais on n'en parle plus dans les derniers rapports. Vous êtes encore ensemble ou bien… Enfin, est-ce quelle est encore… ?", répondit Tony qui de toute façon, n'était plus en position ou en condition pour jouer au plus malin.
"Vivante ? Oui bien sûr. Mais nous ne sommes plus ensemble. Le divorce a d'ailleurs été pris en charge par le SHIELD, c'est étonnant que ce ne soit pas mentionné dans mon dossier."
"Je vois. Et pourquoi vous avez divorcé ?"
Bruce posa le tournevis à côté de lui, et passa une main sur son front pour en dégager les boucles brunes qui gênaient sa vision. Il releva enfin sa tête vers le masque impassible de l'Iron Man.
"Qu'est-ce que je fais quand je m'énerve Tony ?"
"Et bien… tu te transformes…", répondit-il suspicieux, la question était trop étrange pour n'être pas un piège.
"Je me transforme ? C'est tout ?"
"… Tu te transformes, tu fais plus de 5 fois ta taille humaine, ta peau devient verte, tu deviens incontrôlable et on t'a même appelé Hulk parce que tu n'as plus rien de Bruce Banner ; tu détruis tout et tu t'enfuis."
"Exactement. Et tu penses que ce genre de condition permet de vivre avec une femme, une femme qui a épousé un physicien, avec qui elle prévoyait d'avoir des enfants, une maison, une vie de famille en somme ?"
"Alors, le SHIELD t'a éloigné d'elle… ?"
"Ils n'ont pas eu à le faire", répondit du tac-au-tac Bruce en reprenant un autre cruciforme pour détacher une nouvelle petite partie du plastron. "Betty était là lors de mon accident. Elle ne m'a jamais quitté. Les premiers jours, en plein soins, j'ai tué 2 infirmiers qui venaient simplement prendre de mes nouvelles. Je ne maîtrisais pas du tout la transformation et il a fallu attendre des semaines pour que je puisse rentrer à la maison. Lorsque je sentais monter cette… colère, j'avais le temps de sortir, elle me suivait toujours, elle avait trop peur de me laisser seul. Et contre toute attente, sa présence a eu un effet apaisant." Il releva son regard une seconde avant de poursuivre. "Elle me calmait Tony. J'étais le Hulk, et elle posait ses mains sur moi, me parlait, et je réussissais à reprendre le dessus."
Tony n'avait pas quitté du regard son ami. Il buvait ses paroles, priant intérieurement que Jarvis enregistre cette conversation riche en informations. Il avait mentionné "la" colère, il parlait enfin de sa vie, et il lui apprenait que quelqu'un sur cette fichue terre savait comment le calmer – il en était aussi impressionné que légèrement jaloux.
"… Mais ça n'a pas duré. Un jour, je regardais la télé et il y avait cette émission, un espèce de talk-show avec des humoristes… bref, ils ont commencé à parler du Hulk. Au début c'était juste idiot, 'Pourquoi Hulk a un beau jardin ? Parce qu'il a la main verte !' et ensuite ça a commencé à déraper. Ils imaginaient ce que pouvait être sa vie quotidienne : que c'était le cauchemar des vendeurs de prêt à porter chez qui il déchirait tout, que les filles ne pouvaient lui refuser un baiser sinon il s'énervait et pouvait les frapper. Ça les faisait même beaucoup rire, ils disaient que c'était la technique ultime pour attraper des filles dans la rue, 'Hey salut, je suis Bruce Banner, embrasse moi parce que si tu refuses, je me mettrai en colère et je risque de te casser les dents !'".
Le physicien prit une longue pause et se concentra sur la minuscule vis qui résistait. Il finit par reprendre, la voix toujours aussi calme malgré la dureté des propos qu'il rapportait :
"Et puis ils ont imaginé le Hulk en train de bercer un enfant en pleurs, mais qu'avec sa force, il le balançait par la fenêtre sans même s'en rendre compte. J'étais… paralysé. Comme si ce qu'ils disaient était à des années lumières de moi mais pourtant… ça me touchait directement en plein cœur, si tu savais. Betty est arrivée à ce moment-là, elle a éteint la télé en disant que c'était idiot et m'a dit qu'on pouvait aller manger. Et j'ai juste… explosé. Ce n'était pas idiot, c'était vrai. J'étais devenu un monstre, et couper la télé et dire que c'était idiot n'y changerait rien. J'ai commencé à lui hurler dessus… je n'ai pas mis longtemps avant de me transformer cette fois-là. J'avais détruit une partie de la maison et elle n'arrivait pas à me calmer. Elle a dû appeler le SHIELD, je ne sais même pas comment ça s'est fini… je me suis juste réveillé à l'hôpital, encore des semaines à me remettre, et j'ai essayé de revenir habiter avec elle. J'ai fait d'autres crises et plus jamais sa voix ou ses mains n'ont réussi à me calmer."
Il posa le tournevis et repoussa le tabouret pour faire face à l'armure.
"À quoi ça sert de vivre avec quelqu'un, avec qui tu ne peux de toute façon pas vivre ? Le SHIELD s'est occupé du divorce, j'ai quitté Chicago, et je ne lui ai plus reparlé. J'ai appris qu'elle s'est remariée il y a quatre ans et qu'elle attend son deuxième enfant. Attends, ne bouge pas, je crois pouvoir retirer ton casque…"
Bruce posa délicatement ses mains autour du masque de métal et chercha des interstices où passer son tournevis. Tony prit enfin la parole.
"Et depuis… plus rien ?"
"Je savais bien que c'était impossible d'avoir une relation amoureuse mais bon, je reste, la plupart du temps, un homme, avec des envies… J'ai fini par travailler dans une clinique vétérinaire à Seattle, oui, pour de vrai, et il y avait cette fille avec qui je travaillais, Lauren. On a commencé à flirter, ni elle ni moi n'avions envie de quelque chose de sérieux, bref c'était parfait. On s'est retrouvés un soir dans un motel que j'avais choisi reculé de tout, et heureusement. Je ne savais pas comment mon corps et mon esprit réagiraient, je n'avais pas eu de rapports depuis des semaines avant l'accident. J'étais si paniqué, si tu savais… et le stress, la tension, la peur, bref, tout ça cumulé et sa simple agrafe de soutien-gorge que je n'arrivais pas à ouvrir ont suffi à me faire exploser. Elle n'était pas au courant et a dû avoir la peur de sa vie. J'ai détruit une partie du motel, j'ai même appris des semaines après qu'il y avait eu un blessé grave, un routier qui dormait dans la chambre à côté, mais je n'ai jamais eu la force ou le courage de demander s'il s'en était sorti ou si Lauren s'en était remise. Je ne suis pas quelqu'un de courageux Tony. Et si je t'ai avoué tout ça, c'est uniquement parce que je ne vois pas ton visage et parce que je sais que tu ne peux pas bouger, prisonnier dans ta propre armure."
C'était terriblement puissant. Tony n'avait jamais eu ce type de conversation. À ce stade, ce n'était même plus une conversation, c'était une confession ; Bruce s'était ouvert à lui avec une telle honnêteté et une telle fragilité. Il ne savait même plus quoi dire, tout simplement parce qu'il n'y avait rien à dire. Et même si le docteur s'était qualifié de peu courageux, Tony trouvait au contraire qu'il avait fait preuve d'une audace et d'une force rare, à lui avouer aussi honorablement son histoire et ses faiblesses. Lui-même n'avait jamais eu le cran d'affronter publiquement ses travers.
Il ne quittait toujours pas son visage du regard, puisque lui pouvait le voir, et redouta le moment où son casque allait être retiré. Des petits claquements résonnèrent autour de lui et il comprit qu'il n'avait plus le temps d'y réfléchir. L'air frais et si appréciable l'envahit soudain, et la lumière piqua légèrement. ses yeux ; Bruce avait retiré son casque avec délicatesse. Leurs regards se croisèrent enfin, sans barrière, sans armure, avec une force nouvelle qui les fit légèrement trembler.
"J'ai des putain de crises d'angoisse, Bruce. Depuis ce petit tour dans l'espace, je n'arrête pas d'y penser – le vide, la solitude, ça me bouffe. J'ai failli y rester pour de bon, et je n'arrive pas à me dire que je suis vraiment revenu. Pepper a essayé de m'aider mais je ne pouvais pas. Je ne suis pas un super-héros, Bruce."
Voilà. Il ne l'avait pas vraiment vu venir, pas prévu non plus, mais c'est tout ce que les yeux de Banner lui avaient inspiré : la vérité, aussi brutale soit-elle. Le physicien lui adressa un faible sourire et posa ses délicates mains sur le plastron qu'il réussit à dévisser. La moitié du corps de l'ingénieur libéré, il se tortilla quelque peu et réussit à sortir de l'armure désossée. Le tee-shirt sans manche blanc qu'il portait laissait apparaître son réacteur que Bruce ne put s'empêcher d'effleurer du bout des doigts.
"Pardon pour ce matin. C'était maladroit de ma part, mais je voulais te repousser à tout prix. Je ne peux pas aller plus loin qu'un simple baiser."
Son regard pénétrant se posa sur Tony qui semblait y lire la suite de sa phrase "Bien que j'en aie envie…". Il lui fit un petit signe de tête en souriant, pour le rassurer, et frotta ses mains l'une contre l'autre avant de masser ses avant bras engourdis.
"Merci Bruce."
"Ne ressors plus jamais sans une armure perfectionnée, c'est clair… ? », ce n'était pas une demande ou une question, mais un ordre pur et dur.
"Promis."
Bruce rangea les tournevis qu'il avait utilisé et repartit en direction de son labo. Tony le regarda s'éloigner et ne mit pas longtemps à se décider. Il accéléra le pas pour se retrouver face au physicien qu'il prit grand soin de ne pas toucher.
"Attends…"
Il le regarda droit dans les yeux, lui laissant le temps de comprendre la suite de ses pensées pour le laisser partir s'il le désirait, mais voyant Bruce rester impassible sur place, il s'avança.
Les lèvres de Tony se posèrent avec toute la douceur du monde sur celles tant désirables du docteur et, même s'il avait voulu rester tendre, la terrible attirance qui le prenait aux tripes lorsqu'il était avec lui embua légèrement son esprit. Il glissa sa langue entre ses lèvres et prit possession de sa bouche avec passion. Il sépara leurs lèvres en un claquement, le rendant infiniment trop court.
"Un simple baiser, si tu n'as que ça à m'offrir pour l'instant, ça me va."
Bruce vacilla légèrement, glissa sans s'en rendre compte sa langue sur sa lèvre inférieure et sourit à son ami avant de reprendre sa marche vers le labo. Tony le regarda partir en souriant ; il lui avait bien précisé pour l'instant.
