Note : Hello à tous ! Tout d'abord merci pour vos reviews qui me font extrêmement plaisir et qui m'aident toujours à écrire.
Le chapitre aujourd'hui est plus long que les précédents. J'ai eu un mal fou à l'écrire (au bout de 11 chapitres, il fallait bien que ça arrive au moins une fois ;) ) n'hésitez donc pas à me dire ce que vous en pensez. En tout cas je vous souhaite une bonne lecture :)
Six jours avaient passé depuis leur arrivée dans la base souterraine du SHIELD. Six jours à tuer.
Si au début, Tony trouvait encore un intérêt à satisfaire sa curiosité enfantine en déambulant dans chaque pièce qui s'offrait à lui, il ne pouvait aujourd'hui plus supporter l'enfermement. Il sortait parfois se dégourdir les jambes, la base avait un terrain balisé de quelques kilomètres carrés, mais à part des soldats faisant leur footing et des ingénieurs fumant leurs cigarettes malgré le froid polaire, il n'y avait rien d'intéressant. Ils n'étaient pourtant qu'à une petite heure de Washington et Dieu que la ville lui manquait, et cela malgré ses dernières crises d'agoraphobie qui l'avaient paralysé dans sa tour. Finalement, c'était un mal pour un bien, l'ingénieur réalisant que ses nouveaux démons repartaient aussi vite qu'ils étaient arrivés.
Il ne parlait quasiment à personne, rendant les journées encore plus insupportables qu'elles ne l'étaient déjà. Mais une nouveauté non négligeable avait fait son apparition dès le deuxième jour. Steve était venu lui parler. Le lendemain, c'était Natasha. Puis Clint. Ils l'avaient toujours rejoint tard dans la soirée, lorsqu'il était dans sa chambre à somnoler ou en train de dîner dans les cuisines. Leurs conversations n'avaient pas eu grand intérêt. Les Vengeurs se contentaient bien souvent de prendre de ses nouvelles et de bailler, tous écrasés par une fatigue mortifiante, avant de rejoindre leurs chambres. Leurs journées étaient manifestement remplies à l'extrême, tandis que les siennes étaient plus plates que la Floride, plus vides que l'Alaska.
Les Avengers lui manquaient – et Dieu que c'était difficile à avouer. Deux autres choses lui manquaient terriblement : Bruce et une bonne bouteille de Brandy. Bien sûr, il voyait le physicien pratiquement tous les jours, ou du moins échangeait avec lui quelques textos, mais ils n'avaient pas vraiment parlé, pire encore, ne s'étaient pas touchés depuis leur arrivée. Et le corps du milliardaire reflétait déjà les premiers symptômes du manque, doublés par le manque très certain d'alcool dans son organisme. Cela était beaucoup plus difficile à admettre. Il avait senti des tremblements nouveaux agiter ses mains en fin de journée, sa concentration se faire plus volatile et tout simplement l'atroce envie – besoin – de boire. Se pouvait-il finalement que Pepper ait raison ? De sérieux et pénibles doutes commencèrent enfin à germer en son esprit.
Il lui suffisait peut-être d'un bon verre, rien qu'un seul, pour qu'il arrive à remettre tout ça en ordre. Il devait bien se cacher une toute petite bouteille dans cette immense base tout de même, au moins une bouteille de champagne en cas de victoire contre n'importe quelle forme extraterrestre ! Il sortit de sa chambre sans attendre, le pas déjà rapide à destination des cuisines. Il était tard, il n'y croiserait qu'un des Avengers tout au plus. Il accéléra le pas à l'approche de la pièce désirée quand la voix de Barton résonna.
"Je pense qu'il est prêt."
"Il va se faire broyer Clint."
C'était Natasha qui avait répondu. Tony se fit soudain aussi discret que possible et s'approcha de la porte légèrement entrouverte, par laquelle il ne pouvait rien voir mais qui suffisait à lui laisser entendre la conversation qui avait lieu à quelques mètres de lui.
"Je suis plutôt d'accord avec Natasha sur ce coup là. Pour la condition physique, je n'en sais rien, mais l'interrogatoire qu'ils m'ont fait passer aujourd'hui était extrêmement pénible. À vous aussi, ils vous ont sorti des photos de vos proches ?"
Tony reconnut la voix de Steve.
"On ne va pas le laisser caché ici éternellement. Soit on le prépare, soit on le renvoie à Los Angeles."
"Impossible, même si Fury nous couvrait, ce dont je doute, ils mettront la main sur lui."
"Alors, on le prépare."
Un long silence suivit. Tony posa son front contre le mur et inspira profondément. Ils parlaient de lui, ils le cachaient et ils voulaient le préparer. Mais à quoi bordel ?! Il mordit sa lèvre inférieure, sa patience bien mise à mal depuis près d'une semaine et sans attendre une seconde de plus, il poussa la porte de la cuisine, théâtralisant malgré lui son entrée.
"…"
Ah, merde, une phrase d'accroche, il n'y avait pas pensé. Il entrouvrit les lèvres, prêt à railler un "Daddy's home" fort opportun, mais ne put se résoudre à la clamer tout haut, bien trop épuisé par ses journées d'enfermement.
"Bon eh bien puisqu'il a tout entendu, autant lui expliquer. On commence par quoi ?", demanda Natasha en arquant un sourcil.
Sans dire mot, Tony s'approcha, plus méfiant que jamais, et prit place à leur petite table. Il les regarda longuement, et vit Clint tirer sa chaise pour se rapprocher de lui.
"Tony, focus."
Il claqua ses doigts face à son visage pour retenir son attention et lui mit une petite gifle.
"Hey !"
Le milliardaire, qui n'avait pas vu le coup venir et qui par conséquent n'avait rien fait pour l'arrêter, se tint la joue, les yeux grands ouverts de surprise. Il dévisagea le reste de la troupe, abasourdi.
"Je peux savoir à quoi vous jouez ?! Si vous montez une secte sadomasochiste, je ne veux pas en faire partie !"
Natasha ne commenta pas et se leva de sa chaise. Tony porta son regard sur Steve qu'il avait vu sourire à sa dernière remarque. Touché de voir qu'enfin il faisait rire ses amis à nouveau, il ne remarqua même pas Natasha débrancher la caméra de surveillance de la pièce.
"Tony…", répéta Barton en claquant cette fois deux fois de ses doigts, de manière plus lente, plus grossière. "Focus."
Il leva sa main lentement et une nouvelle fois, pas le moins du monde arrêté par sa victime, il la claqua sur sa joue.
"Bordel Barton qu'est-ce qui te prend ?!"
"Il ne sera jamais prêt.", se lamenta le blond en secouant la tête.
"Si, on va lui expliquer.", interrompit Steve, plus décisionnaire que jamais. "Tony, tu ne sais pas tout."
"Sans déconner ?", railla-t-il en détournant les yeux de ce groupe qui semblait de plus en plus louche.
"Écoute-moi. Nous avons rencontré l'équipe chargée par le gouvernement, censée 'apprendre à nous connaître'… mais les choses ne se sont pas déroulées comme prévues. Nous avons subi des tests. Physiques, psychologiques. Il semblerait que le gouvernement mette en place une espèce de clause ou de mandat pour… tester les super-héros."
Tony porta sa main de sa joue à son bouc qu'il caressa inconsciemment et posa ses deux coudes sur la table en se penchant vers le militaire.
"Prévisible. Continue."
" Ils ne veulent pas simplement nous tester, ils veulent nous contrôler. Je ne sais pas par quel miracle ils ont réussi à tendre ce piège à Fury, mais il n'arrive pas à nous en défaire. Ils savent quasiment tout de nous, et ils passent leurs journées à nous faire passer des tests plus durs les uns que les autres. On ne sait pas si…"
"Le contrôle par la peur Steve, la prochaine étape sera très probablement le chantage. Ils appuieront là où ça fait mal, dans le seul but qu'on se rallie à eux."
"On savait que tu comprendrais…"
"Alors, bon sang, pourquoi m'avoir tenu à l'écart ?"
"Tony ?"
"Oui Barton ?"
"Focus." Une nouvelle petite gifle retentit sur sa joue. Le blond plongea son regard si bleu dans celui si interdit du milliardaire, et reprit. "Parce que Tony, même si tu ne l'admettras jamais, tu n'es pas en condition. Je t'ai giflé trois fois sans que tu ne te défendes. Niveau mental, tu viens de rompre avec Pepper, tu as passé un mois enfermé -à boire, ne le nie pas- dans ta putain de tour. Les tests qu'ils te feront passer seront durs, exigeants. Et je ne te parle pas des tests psychologiques. Et si tu n'en loupes ne serait-ce qu'un, crois moi qu'ils feront tout pour faire de ta vie un enfer et te tenir à l'écart de Stark Industries, de ta tour et de tes armures."
Tony caressa doucement sa joue qui commençait à rougir et regarda ses amis cette fois nettement plus préoccupé.
"Et pourquoi est-ce qu'on subit tout ça ? Natasha, Clint, vous êtes des espions nom de Dieu, vous pouvez disparaître quand ça vous chante, alors dégagez d'ici et vite."
"Pour être des hors-la-loi ?"
C'était Steve qui avait cette fois répondu. Les mains jointes sur ses genoux, il regardait le milliardaire, brisé par la fatigue.
"Nous sommes déjà des hors-la-loi Captain."
"Je ne veux pas rentrer dans ce débat maintenant…", souffla-t-il d'une voix exténuée. "Et tu sais très bien de quoi je veux parler."
Le militaire plongea son visage dans ses mains, et chacun se mit à souffler péniblement, éreintés par des journées de lutte physique et psychologique. Ils avaient combattu Loki et les Chitauris ensemble, main dans la main, jusqu'à dévier une saloperie de bombe nucléaire, et aujourd'hui, le gouvernement remettait en doute leur capacité à sauver le monde ? Malgré lui, Tony repensa à ses comics de Batman qui dormaient encore dans un carton poussiéreux, de la façon si grossière qu'il avait à se cacher, à n'apparaître que la nuit, mais bien sûr, lui avait raison. Malgré leurs faits d'armes, les super-héros ne trouvaient pas grâce aux yeux d'un gouvernement, aussi libéral se voulait-il.
Tony repensa alors à cette tour sur Allen Street et à l'étage bondé qui avait explosée devant lui. Il venait juste d'avoir touché une chimère qui était allée s'écraser avec son véhicule contre le bâtiment et la suite il le savait, avait causé une vingtaine de morts. Dommages collatéraux. Ils avaient vu mourir des milliers de personnes – pour en sauver des millions. Mais cette dernière pensée ne calma pas Tony dont le souffle se fit plus profond.
Bien sûr, il savait de quoi voulait parler Steve. Le gouvernement pouvait retourner aisément toute situation à son avantage, en manipulant les médias les premiers pour faire passer les Avengers pour des criminels, pour n'importe quelle raison. Et même si Tony se voulait invulnérable, il se savait néanmoins destructible.
"Quel est votre plan ?"
"Attendre."
"Attendre ?!"
"Leur but est simple : nous recruter, ou nous arrêter. Fury est sur les dents, il passe ses journées avec le ministère de la Défense à essayer de les faire plier. S'ils ne trouvent rien à nous reprocher, et d'ici que Fury trouve une solution, on sera tranquilles. En attendant, nous devons être irréprochables."
À ce mot, le corps de l'ingénieur fut parcouru par un long et terrible tremblement qui le lança dans toute la colonne vertébrale. C'était donc ça. Tony avait beaucoup de qualités : passionné, curieux, altruiste quoi qu'on en dise, mais s'il y avait bien une chose qu'il n'était pas, c'était irréprochable – et sa sérieuse addiction à l'alcool et à foutre le bordel ne l'aidaient en rien. Il les regarda chacun leur tour et affirma.
"Alors, depuis tout ce temps, vous me tenez à l'écart…."
"Pour me protéger.", pensa-t-il fortement sans avoir le courage de le prononcer à haute voix. Si le silence qui suivit lui donnait raison, personne n'eut la force de le dire tout haut. Ils n'étaient de toute façon pas de ce genre de personnes à exprimer publiquement leurs sentiments. Ils restèrent prostrés dans leur mutisme lorsque la canaillerie de Tony ne put s'empêcher de refaire surface.
"On se croirait dans un mauvais épisode de Friends."
"C'est exactement à cause de ce genre de remarque que je ne voulais pas qu'on ait cette discussion.", soupira dans un sourire Natasha.
"Et puis il n'existe pas de mauvais épisode de Friends."
Toutes les têtes se retournèrent ébahies vers l'auteur de la phrase et chacun explosa de rire en voyant la mine amusée de Barton. La fatigue et la pression aidant, ils furent pris d'un de leur plus beau fou rire, aucun des quatre ne voulant abréger ce moment d'amitié tant attendu.
Se calmant doucement, Tony se concentra enfin sur le chaînon manquant de l'histoire.
"Et Banner ?"
Bien, il avait posé sa question d'une voix tout à fait normale qui ne trahissait en aucun cas sa diabolique envie de mordiller ses lèvres et de caresser le suçon qu'il avait dans le cou.
"Il est dans sa chambre, je pense."
"Il a passé tous les tests ?"
"Il faut croire, sinon ils ne l'auraient jamais laissé rentrer."
Ils échangèrent un regard légèrement dépassé par la tenure des événements – comment Banner avait-il passé ces situations de stress extrême, sans se transformer ? – quand Barton finit par rompre le silence en se levant.
"Je vais me coucher, je ne tiens plus debout. Toi aussi tu devrais dormir Stark, demain on commence ta préparation. On s'occupera de l'entraînement physique avec Steve, et j'aiderai Natasha à te préparer aux questionnaires psychologiques. Tu vas les passer ces putain de tests."
Il avait levé son doigt, menaçant Tony comme un père faisant pression sur son fils pour qu'il ait de bonne note.
"Si tu l'dis Brokeback Mountain."
Steve regarda Natasha, qui lui fit un petit non de la tête – elle ne lui expliquerait pas cette référence.
Tony était assis sur son lit, toujours pleinement habillé et réveillé, ses mains tenant le smartphone avec lequel il jouait nerveusement.
Il avait encore du mal à réaliser les enjeux de ce qui était en train de se jouer à une petite centaine de kilomètres de lui. Steve avait parlé du ministère de la Défense et cela n'étonnait pas le milliardaire. Jalousie, pouvoir et argent mélangés dans un shaker avaient fait le pire des cocktails, et maintenant que le ministère accro à l'armement y avait goûté, cela avait nettement empiré leurs rapports. Il était loin le temps où Stark ne vivait que pour représenter son dernier missile ultra-compact ultra-meurtrier à ses collègues militaires – un petit tour dans une cave Afghane était suffisant pour remettre en question votre vie entière.
Maintenant, Stark Industries se concentrait uniquement sur les nouvelles technologies (dépourvues de système d'explosion ou d'implosion) et quand bien même, Tony ne s'y consacrait plus beaucoup. Il avait d'abord sa vie à gérer, aussi compliquée et dépravée soit-elle, et bien sûr, Iron Man. "Au service des plus faibles", aussi cliché que vrai. Hors de question de s'associer avec un gouvernement, de relier son armure à un parti politique, à la bureaucratie froide et sans vie. Il imaginait sans mal ce qui en découlerait : des appels pour le mettre de force sur des missions, des papiers à signer, des vacances à prendre légalement, des horaires de travail aussi tant qu'on y était, et pourquoi pas un syndicat des Super-Héros ; c'était tout simplement ridicule.
Il passa sa main sur son visage, pensant que si le gouvernement était si concentré à faire de leur vie un enfer, il perdait du temps et devrait plutôt se concentrer sur une possible nouvelle invasion extraterrestre, et soupira.
Il était extrêmement tard et Bruce devait dormir, mais l'idée qu'il soit passé seul par les tests invivables décrits par ses amis le rendait tout bonnement malade. Il ne s'était pas transformé pour sûr, mais dans quel état devait-il être actuellement ? N'y tenant plus, il tapota sur son clavier.
Tu dors ?
TS
Il attendit. Longtemps. Mais pas une réponse, pire, pas d'accusé de réception pour faire vibrer son smartphone. Il tomba négligemment sur son lit, se déshabillant petit à petit en se doutant qu'il ne verrait pas Bruce ce soir, mais ne put se résoudre à lâcher le téléphone. Il voyait dans ce manque de réponse l'incroyable liberté de lui envoyer ce qu'il voulait, puisque de toute façon, il ne lisait pas ses messages. Il éteignit la lumière de sa lampe de chevet, prit appui contre le coussin qui soutenait son dos et tint son téléphone face à lui.
Tu dors et ça m'énerve.
Il n'avait pas signé, puisque de toute façon Bruce ne lirait pas ses messages – du moins pas ce soir, et c'était ce léger détail que le milliardaire avait semblait-il oublié.
J'espère que tu ne dors pas avec un pyjama parce que ça serait un crime de couvrir ton corps
Il sourit malgré lui et renvoya aussitôt.
Qu'est-ce que j'en sais au fond, je n'ai jamais rien vu d'autre que tes avant-bras
Mais si tu osais retirer ta chemise (puisque tu portes TOUJOURS des chemises) je saurai t'en remercier comme il se doit
Il ferma les yeux, et après la bouche et les mains du physicien, c'était l'image de son torse qui faisait naître en lui de délicieux fantasmes. Il garda son smartphone dans sa main gauche, la droite glissant lentement contre ses pectoraux et ne put s'empêcher d'imaginer le torse de Bruce aux antipodes du sien. Il le voyait légèrement plus musclé car il avait bien analysé ses épaules et elles étaient un peu plus carrées que les siennes. Il ne devait pas s'épiler comme Tony – détail qui avait beaucoup amusé Pepper jusqu'à ce qu'elle comprenne que vue sa nouvelle condition, le réacteur ARC, il était bien plus pratique pour lui de rester imberbe.
Stark avait toujours été attiré par n'importe quelle poitrine qu'il rencontrait, faisant bien souvent d'abord connaissance avec ces dernières qu'avec les yeux de leur propriétaire voir même de leur prénom. Mais il y avait quelque chose dans le corps de Bruce, viril et inaccessible, qui ce soir l'excitait au plus haut point. Oubliées les journées d'attente insupportable et la promesse d'un lendemain infernal, ne restait ce soir que ses fantasmes et son téléphone.
Maintenant que j'ai goûté à ta peau, je sais que je ne pourrai plus m'en passer
Comment tu as fait pour cacher le suçon que je t'ai fais dans le cou ?
As-tu seulement essayé de le cacher ?
Il fit une pause malgré lui, comme s'il attendait une réponse, qui de toute façon n'arriverait pas, et recommença à taper.
Qu'est-ce que je donnerais pour te voir avec ta marque dans le cou, visible par tous. Je te connais tu ne le feras jamais, je suis sûr même que tu portes une écharpe depuis une semaine tellement tu es mal à l'aise. Mais comme je voudrais montrer à tout le monde ce que je t'ai fait, montrer que tu es à moi.
Tony posa cette fois son téléphone, écran contre son ventre, et prit une longue inspiration. Se caressait-il vraiment en ayant pensé ces mots "tu es à moi" ? Un coup d'œil vers sa main qui encerclait délicieusement son membre suffit à confirmer ses doutes. Bon sang, le pouvoir que Bruce avait sur lui dépassait l'entendement. Mais à ce moment précis, comme il se fichait que quelqu'un d'autre, un homme qui plus est, puisse avoir une telle emprise sur lui, pour dire vrai, il aurait voulu qu'il en ait encore plus. Et surtout de l'emprise physique. Il n'en pouvait plus de leurs baisers féroces qui dévoilaient leur passion manifeste mais qui bien souvent était la seule chose qu'ils faisaient, il n'en pouvait plus d'imaginer toujours imaginer et le seul souvenir des caresses de Bruce, par dessus son pantalon, n'était plus assez pour remplir son imaginaire érotique – ni son cœur à vrai dire.
Je n'en peux plus de t'attendre Bruce, mais je ne lâcherai pas. Et je ne lâcherai jamais tant que je n'aurais pas eu ce que je veux : Toi. Je veux que tu arrêtes de m'obséder comme une chimère, je te veux et je te veux tout entier. Tes lèvres, tes mains, ton torse, ton corps, tout, je prendrai tout. Et au passage, je prendrai ta sale manie de remonter tes manches quand tu travailles (alors que tu prends JUSTE des notes), ton idiot penchant pour les shampoings à la lavande, ton sourire diabolique quand tu me vois m'offrir à toi, ta façon si maladroite d'embrasser (oui, tu m'as bien lu, tu as perdu l'habitude et c'est tellement sexy) et toutes les autres choses, bonnes, mauvaises, excitantes qu'ils me restent à découvrir.
Il inspira longuement, soudainement conscient qu'il avait pratiquement arrêté de respirer quelques secondes, complètement captivé par ce qu'il était en train d'avouer – il avait même arrêté de se caresser. Il soupira, et écrivit, enfin :
Tout entier Bruce. Toi, et Hulk. Hulk et toi. Vous deux, si vous êtes deux. C'est ça qui m'a attiré chez toi au départ, ce putain de mystère duquel tu ne m'as quasiment jamais parlé. Et ne crois pas que mon intérêt n'est plus d'actualité, je veux tout savoir, et je saurai tout.
Je te veux et je t'aurai.
De longs frissons naquirent dans le creux de ses reins, contre ses paumes encore ancrées dans le téléphone et derrière sa nuque. Il se laissa mollement glisser dans un soupir d'aise et ne put s'empêcher de ressentir les mêmes formidables sensations qui envahissaient son corps et son esprit après un orgasme. Il garda son téléphone scellé contre son torse et s'endormit ainsi, comme rassuré par l'illusion d'avoir Bruce près de lui.
Quand Barton prenait les choses en main, on pouvait sans exagération trouver les entraînements militaires infiniment plus agréables. La façon qu'il avait eu de venir réveiller Tony à 6h du matin, de le traîner jusqu'aux cuisines pour le forcer à manger un petit déjeuner soigneusement préparé (glucides complexes avec le pain de seigle, glucides simples avec du miel, des fruits frais pour les vitamines et des œufs et de la dinde pour les protéines) et de le forcer à sortir alors qu'il faisait -3° (ou -50° selon Stark), était drastique et sans concession. Il n'avait vraiment pas plaisanté la veille quand il lui avait dit qu'il ferait tout pour le préparer aux tests qu'il allait devoir inexorablement passer.
"Cinq tours de terrain, et après on passera à la vitesse supérieure."
"Vitesse supérieure ? Bon sang Barton, à moins que la vitesse supérieure corresponde à sauter en parachute sans parachute, je ne vois pas techniquement comment tu pourrais m'obliger à faire plus insupportable !"
"Ça fait à peine 2h qu'on s'entraîne ! Ne va pas me faire croire que tu es déjà fatigué ! Avant, on pouvait rester une après-midi entière dans ta salle de sport."
"Ouais Blondie mais ça, c'était avant."
Barton soupira, remit sa capuche sur sa tête, le manque d'activité lui glaçant le corps, et posa la question qui restait en suspens depuis bien trop longtemps.
"Depuis combien de temps tu ne t'es pas entraîné ?"
Tony arrêta ses flexions, et posa ses mains sur ses genoux en se penchant en avant. Il souffla longuement, vit avec horreur la buée qui sortait d'entre ses lèvres, et se mit à calculer, avant de lâcher comme il lâcherait une bombe.
"Un mois. Et trois semaines. Plus un autre mois."
"Tony !"
La voix de Barton avait résonné sur le terrain avec une force à faire trembler la terre. Le blond se mit à faire les cent pas, soudainement bien plus inquiet qu'avant.
"On y arrivera jamais, j'abandonne, passe les tests, loupe les, et on en parle plus."
"Hein ? Jamais ! J'ai eu une petite période à vide certes mais hors de question de les laisser gagner."
Et sur ces mots, le milliardaire se redressa et se remit à courir. Il oublierait la douleur, le froid, la terrible envie de boire qui ne faisait qu'empirer, et il remplierait chacun de ces tests brillamment pour les sortir une bonne fois pour toutes de ce bordel.
À chaque foulée, une pensée plus forte que les autres refaisait sur place. Il était arrivé tellement bas qu'il ne pouvait que remonter. Il reprendrait contrôle de son corps, de son esprit, éradiquerait une bonne fois pour toutes ces crises d'angoisses qui l'avaient fragilisé plus qu'il ne l'admettrait jamais, il maîtriserait sa consommation d'alcool en se contenant de quelques verres par soirée, comme à ses débuts et plus jamais on aura besoin de le cacher, de le protéger. Il redeviendrait Tony Stark, un point c'est tout !
Malgré l'épais brouillard qui s'était abattu sur la région, au bout du deuxième tour, Tony discerna une silhouette sur le bord du terrain, au plus près de l'entrée de la base. Et plus il s'approchait, plus la silhouette se définissait, plus il souriait. Quel meilleur autre supporter que Banner. Il accéléra la cadence de ses pas malgré lui, soudain pressé d'arriver à la barrière qui délimitait le terrain et sourit de plus belle en voyant le docteur, emmitouflé dans un large manteau boutonné jusqu'au col. Il s'arrêta –le brouillard aidant, Clint ne le verrait pas de toute façon- et appuya ses deux mains sur la barrière, face à son ami. Il allait le saluer quand Bruce parla le premier.
"11 textos Tony ? Vraiment ?"
Merde. Merde. Merde. Il avait oublié ce léger détail. Avant de se coucher, il n'avait pas qu'écrit tous ses satanés messages, il les avait envoyés ! Il rassembla sa mémoire aussi vite que possible, se rappelant de quelques mots, de la violence utilisée parfois et surtout de sa propension à vouloir tout comprendre et tout s'approprier du physicien, lorsque ce dernier sortit son smartphone de sa poche pour lui en montrer quelques extraits.
"Si je dis que j'étais bourré, tu m'excuses, ou ça sera pire au contraire ?", tenta le milliardaire en grimaçant légèrement.
Bruce rangea le téléphone dans sa poche en y laissant ses mains glacées et ne répondit pas.
"Qu'est-ce que tu fais ?"
"Blondie m'entraîne."
"À quoi ?"
"Il me prépare pour les tests."
Banner pinça ses lèvres et fit un petit "oui" de la tête. Ainsi, ils avaient fini par lui en parler.
"Bruce, ça va toi ? À ce qu'ils m'ont dit c'est extrêmement pénible…"
Le physicien regarda par-dessus l'épaule de Tony et ignorant encore une fois royalement sa question, préféra demander.
"C'est Clint là-bas ?"
"Le petit point gris ? Oui je crois.", répondit le milliardaire en s'étant retourné pour être sûr qu'ils parlaient de la même silhouette ridiculement floue.
"Très bien."
"Pourquoi 'très bien' ?"
"Comme ça, il ne me verra pas faire ça."
Bruce attrapa le col de la veste de Tony et le tira à lui sans ménagement, faisant pencher son corps par-dessus la rambarde. Il capta ses lèvres férocement et en viola l'entrée de sa langue dans un gémissement de pure extase. Tony haleta contre sa bouche, si le contact le grisait, il avait besoin de reprendre son souffle mais les mains inquisitrices du physicien contre sa nuque l'empêchaient de bouger. Il grogna, se rapprocha plus de son corps malgré la barrière en pierre et l'enlaça de ses bras pour le serrer de toutes ses forces. Au diable la respiration et la raison, il pouvait rester scellé aux lèvres de Bruce jusqu'à en mourir qu'il serait toujours le plus heureux des hommes. Et comme à chaque fois lorsqu'ils se retrouvaient, c'était bestial et c'était bon. Leurs langues ne cessaient de se caresser, leurs dents s'entrechoquant parfois, la démonstration passionnelle que leurs corps avaient désespérément besoin de l'autre. Bruce finit par rompre l'étreinte sans prévenir, tirant les mèches de la base de sa nuque pour lui faire reculer le visage et murmura chaudement en le dominant du regard.
"Tu penses vraiment m'envoyer 11 textos de ce genre et t'en sortir aussi facilement ? Finis ton entraînement, et finis le bien, tu as intérêt à être le meilleur, à surplomber les attentes de Clint. Et si c'est le cas… Bref, je t'attends dans ta chambre."
Il le lâcha sans prévenir, lui sourit divinement et fit demi-tour vers la base. Tony crut entendre vaguement, au loin, la voix d'un Barton lui ordonnant de se remettre à courir, mais il ne pouvait penser à rien d'autre qu'à ce silence dans la phrase de Bruce. 'Et si c'est le cas…' quoi ? Il le découvrirait bien assez tôt, il ferma son esprit à toute autre pensée un tant soit peu érotiques, remonta sa capuche et se remit à courir avec une nouvelle hargne, bien décidé à donner le meilleur de lui-même. Il ne décevrait pas Bruce. Il ne se décevrait pas.
