Note : Hello à toutes et à tous. Un énorme merci pour vos reviews :) J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira et je vous souhaite une bonne lecture !


"Encore 45 minutes, Stark."

Il faisait un froid infernal, la neige tombant à gros flocons sur cette région détestable. Le soleil n'avait pas fait son apparition depuis des jours, ne subsistait au dessus de leurs têtes qu'un ciel gris et menaçant où semblait s'évanouir l'éternelle bonne humeur du milliardaire. Tony, les yeux hagards, courait entouré de Steve Rogers et Clint Barton, depuis un bon moment déjà. Il avait fait les étirements demandés, il avait accepté ne pas prendre de petit déjeuner à cause de son retard, il n'avait en somme rien refusé, car cela impliquait d'ouvrir les lèvres, et il n'était pas encore prêt.

Son esprit était encore perturbé par sa matinée ; le réveil avec Bruce, leur baiser vorace et la presque transformation de Banner qui avait trouvé refuge sous un jet d'eau glacée. Ils y étaient restés plus longtemps que Tony n'aurait pu s'en croire capable, et si les premières secondes étaient douloureuses à supporter, bien vite il avait oublié l'inconfort du froid, bien trop préoccupé par l'état de son ami que par le sien. Banner avait enfin réussi à prendre le dessus et lui avait avoué trouver dans le froid une sorte de réconfort, qui tendait à tenir éloigné le Hulk. Ils s'étaient séchés de concert et Bruce avait demandé à Tony de rejoindre Barton pour son entraînement. Ils n'avaient pas parlé de se revoir, ni de ce qu'il s'était passé. Bruce était de toute façon trop fatigué, Tony quant à lui s'en voulait à s'en damner l'âme.

Il avait donc fini par rejoindre ses deux entraîneurs plus en forme que jamais, et les avait suivis dans leurs délires sportifs sans jamais trouver quelque chose à redire. Et si, de toute évidence, Steve n'avait absolument aucun mal à courir d'un rythme soutenu par ce temps et Clint le suivant sans soucis, Tony, au bout de quelques heures, ne réussit plus à faire abstraction de la fatigue, de la faim, de la douleur et s'arrêta soudain.

"Stark ? Allez, on n'a pas fini, on ira manger un morceau après, tu l'auras bien mérité."

Tony posa ses mains sur ses genoux en se penchant en avant pour tenter de prendre sa respiration.

"Juste... deux minutes. S'il vous plaît."

Sa voix était si faible que ses deux amis n'eurent pas le courage de le pousser. Bien sûr, ils savaient à quel point Tony devait souffrir, même si Steve avait le super sérum qui coulait dans ses veines et Clint était toujours sur-entraîné, ils savaient qu'il avait lâché prise des mois auparavant et que son corps avait été salement blessé par des années à boire plus que de raison. Mais hors de question de le laisser tomber, il devait être prêt pour les jours à venir.

"D'accord Stark, on repart quand tu veux."

Clint fit de larges mouvements de ses bras pour ne pas se refroidir. Ils restèrent silencieux un long moment, Steve patientant sagement vu qu'il n'était en rien fatigué, lorsque Tony finit par demander.

"C'est dans la tête que ça se passe, pas vrai ?"

Les deux hommes sourirent et Clint confirma.

"À 90%, je dirais. Tu dois juste te mettre un truc en tête, ne pas le lâcher, et après ça, tu peux courir des jours sans t'arrêter."

Tony mordit sa lèvre gelée et se redressa enfin pour capter le regard du blond.

"Et toi Clint, c'est quoi qui te fait tenir ?"

"J'ai une dette envers Natasha – hors de question de la laisser tomber."

"Et toi Steve ?"

"… L'Amérique."

Tony fronça ses sourcils, croisa le regard de Barton et tous deux comprirent que ce n'était pas une blague. Il sourit malgré lui mais ne fit aucun commentaire, tout simplement parce qu'il n'y en avait pas à faire. Il devait donc trouver une raison de se battre, une vraie raison, pas seulement pour faire chier le gouvernement ou pour être fier de lui, quelque chose qui le pousserait à repousser l'adversité et à toujours s'en sortir. Mais aucune idée aussi évidente que celles évoquées par ses amis ne lui vint en tête ce qui résultat en un terrible vertige qui manqua de le faire tomber. Clint s'approcha en le voyant tanguer et l'aida à s'asseoir sur le muret de pierre qui délimitait le terrain. Tony, le regard dans le vide, respirait bruyamment, sa poitrine si froide qu'elle le tiraillait douloureusement. Il sentit Clint s'asseoir à côté de lui, et murmura.

"J'ai pas de raison de me battre."

"Si, tu en as une, sinon tu n'aurais jamais accepté cet entraînement de dingue qu'on te fait subir. Tu n'en es pas encore conscient, voilà tout." Le silence qui suivit suffit à faire comprendre à Clint que l'inspiration divine n'avait toujours pas frappé le milliardaire, il reprit donc : "Pense à ce que tu feras quand tu auras passé les tests, quand on pourra quitter cette base. Tu aimerais, je ne sais pas moi, retourner à Los Angeles ?"

"Non."

Au moins Tony était catégorique.

"Pourquoi non ?"

"Il y fait trop chaud..." Et Bruce préfère quand il fait froid.

Mais la fin de la phrase, il n'osa pas la dire tout haut. Il réalisa subitement que, sans réfléchir, il avait fait passer les besoins de Bruce avant les siens et tourna son visage vers Clint qui poursuivit.

"D'accord, autant retourner à New York alors. Tu pourras retrouver ton laboratoire par exemple. Tu as une idée de ce que tu voudrais créer ou améliorer ?"

"Deux idées. Mon réacteur – il fait trop de lumière en ce moment, je n'aime pas ça."

"Le réacteur, très bien, et ta deuxième idée ?"

Tony ne lâcha pas les yeux bleus enivrants de l'espion, hésita à peine, et poursuivit.

"Et Banner."

"Banner.", répéta avec application le blond pour tenter de décrypter ce que Tony pouvait bien vouloir dire.

"Ou Hulk, si tu préfères."

Tony cligna des paupières, prêt à poursuivre sa phrase, mais ne trouva rien à rajouter. Il n'était pas sûr lui-même d'où il voulait en venir de toute façon. Clint ne le quittait pas de son regard perçant, et gardant précieusement pour lui le fait qu'il les avait vus s'embrasser, - quels idiots ils avaient été de croire que la distance et le brouillard suffiraient à les cacher - puis il passa une main amicale dans le dos du milliardaire.

"Concentre toi sur ça Tony, et ne lâche pas."

Il n'y avait pas de précision quant au "ça", mais il n'en fallut pas plus pour redonner toute sa vigueur à l'ingénieur qui reprit sa course avec plus d'application qu'avant.


"C'est principalement une question de temps : l'expérimentateur a un chronomètre qu'il déclenche lorsqu'il prononce la dernière syllabe du mot qu'il te donne et qu'il interrompt dès que tu prononces la première syllabe du mot que tu induis."

"Foutus bureaucrates, toujours à cheval sur l'heure."

Natasha sourit à la vanne mesquine de Tony. Ils s'étaient installés dans une pièce sans fonction précise, servant plus de salle de repos au vu des quelques canapés et tables basses envahies de magazines, posés ici et là. Elle s'installa confortablement dans le fauteuil face à Tony et reprit ses explications.

"Ça, ce n'est que la première partie. Fais très attention à ce que tu dis Tony, car au bout de 100 mots, ils font une pause, puis les répètent dans le même ordre, voir si tu changes tes réponses. Tu peux, tu dois, changer quelques réponses, pour les laisser croire que tu n'étais pas préparé à ce test, mais si tu te trompes sur plus de 10 mots, ils te considéreront comme instable."

"Bon sang comme la Guerre Froide devait être une période géniale – à l'époque on torturait quelques heures pour voir ce que le mec d'en face avait dans le ventre et on n'en faisait pas toute une histoire. Saloperie de Test d'association de mots automatisés."

Cette fois, la rousse arqua un sourcil, pas convaincue par l'humour douteux du milliardaire et reprit après un soupir exaspéré qu'elle amplifia.

"Bon, eh bien au travail, il faut que tu sois prêt mentalement à ce genre de questionnaire. S'il te plaît, sois sérieux."

Tony inspira, lui fit un petit signe de la tête et se concentra.

"Tête ?" – "Casque."

"Vert ?" – "Hulk."

"Eau ?" – "Mort."

"Chanter ?" – "AC/DC."

"Mourir ?" – "Rassurant."

Natasha releva son regard pénétrant vers le milliardaire, arrêtant leur questionnaire quelques instants, et reprit.

"Long" – "Afghanistan"

"Bateau" – "Mer."

"Payer" – "Ennui."

"Fenêtre" – "Voler."

"Amis" – "Avengers."

Natasha reposa son chrono, écrivit quelques mots sur le calepin qu'elle tenait sur ses genoux et releva son visage vers Tony, tout en attachant ses cheveux en une queue de cheval.

"… Alors Freud ?"

"Quoi alors ? Je te prépare voilà tout."

"Oh je t'en prie, je suis sûr qu'il y a des bonnes et des mauvaises réponses, on a bien dû t'apprendre ça dans ton école d'espion !"

"Bien sûr qu'il y a de bonnes et mauvaises réponses Tony, par exemple, quand tu réponds 'Rassurant' à 'Mourir', tu te doutes bien que c'est le genre de réplique qui risque de les inquiéter !"

"Qu'est-ce que tu veux répondre d'autre à ça ?! 'Tombe' ? 'Tristounet' ? 'Bouhbouh mes parents sont morts' ?"

"Steve, par exemple, a répondu 'Patrie'."

"Oh je t'en prie…"

"Non, sérieusement Tony, on ne te demande pas d'y croire, on te demande de faire semblant d'y croire. Tu veux savoir ce qu'il m'avait répondu lorsqu'on s'entraînait ? '1945'. L'année où il aurait dû mourir. Mais bien sûr, c'est le genre de trucs qu'on garde entre nous."

Tony resta longuement silencieux, sa tête se balançant dans un "oui" muet, avant de passer ses mains sur son visage, pour se redonner du courage.

"Ok, on recommence."

"Tête ?" – "Cerveau."

"Vert ?" – "Hulk."

"Eau ?" – "Voyage."

"Chanter ?" – "AC/DC."

"Mourir" – "Fatalité."

"Long" – " Désert."

"Bateau" – "Mer."

"Payer" – "Argent."

"Fenêtre" – "Voler."

"Amis" – "Avengers… J'ai pas besoin de changer cette dernière réponse, pas vrai ?"

"Non, effectivement.", sourit Natasha en tournant la page de son cahier. ''Tu veux faire une pause ?"

Elle attrapa la bouteille d'eau à leur côté et les servit tous les deux. Tony avait l'air fatigué. Il fallait dire que l'entraînement prodigué par Barton était des plus éreintant et Natasha savait très bien ce que traversait le milliardaire. Elle but longuement, dans un petit soupir de satisfaction, ne lâchant pas d'un œil curieux son ami face à elle, qui n'avait quasiment rien mangé ou bu de la journée.

"Tu dois reprendre des forces Tony. Ils te feront passer des tests sanguins aussi, tu ne dois pas avoir de carences."

"Je sais. Mais je n'ai pas faim… Je peux te poser une question ?"

"Oui bien sûr".

Et si le sourire de Natasha était aussi doux, c'est qu'elle s'attendait à une question portant sur les tests ou l'entraînement, mais certainement pas à la bombe que lui lança son aîné :

"Est-ce que tu couches avec Barton ?"

"Pardon ?!" La violence de la réponse de Natasha était aussi cinglante que la facilité avec laquelle Tony avait posé sa question. "Je peux savoir pourquoi tu me demandes ça ?"

"J'ai le droit d'avoir des doutes quand même. Tu passes ton temps avec lui."

"Et alors ! Toi aussi tu passes du temps avec lui, alors laisse-moi te poser cette question Tony, est-ce que tu couches avec Barton ?"

"Hein ?! Mais bien sûr que non ! Et puis je passe beaucoup plus de temps avec Bruce de toute façon !"

"D'accord, est-ce que tu couches avec Bruce alors ?!"

Le visage de Tony se transforma en une grimace telle qu'il fut tout bonnement impossible pour lui de répondre. Natasha, n'attendant de toute façon aucune réponse de la part son ami vu l'absurdité de leurs propos, se leva en faisant claquer son calepin sur la table basse et tourna les talons.

"Tu as le don pour m'énerver Tony ; les caméras, maintenant tes questions indiscrètes, il va falloir que tu apprennes à ne pas dépasser certaines barrières !"

"Je voudrais juste savoir !"

"Et moi je voudrais juste te casser les deux genoux, comme quoi dans la vie, on n'a pas toujours ce qu'on veut."

La rousse posa sa main sur la chambranle de la porte du couloir, se retourna vers le milliardaire et bien vite son visage colérique laissa place à un sourire malicieux. Il lui rendit son sourire, réalisant que même lorsqu'ils s'engueulaient, ils arrivaient à se comprendre.

"Dîne avec nous ce soir, Tony."


Lorsque l'ingénieur quitta les cuisines d'où s'échappaient encore les rires triomphants de ces amis, il ressentit enfin l'incroyable liberté de ne plus avoir à faire semblant. Certes, manger lui avait fait le plus grand bien, il n'avait même pas trop ressenti le besoin de boire un verre de vin, et la compagnie des autres Avengers avait été plus qu'agréable, mais rien à y faire, l'absence terrible de Bruce l'avait profondément marqué.

C'était Natasha qui leur avait dit en les rejoignant à table que Banner était fatigué et qu'il préférait être seul et comme à leur habitude, personne ne trouva quelque chose à dire ; c'était même plus beau que ça, ils respectaient son besoin de s'éclipser et jamais ne remettaient en doute leur amitié. Mais si Tony avait souri poliment, cela ne cachait que son envie sobre et primaire de rejoindre celui qui n'avait pas quitté ses pensées de toute la journée.

Il aurait pu le nier, mais sa journée à penser à Bruce lorsqu'on lui avait demandé de trouver une raison de se battre, le choix qu'il avait pris de retourner à New York plutôt qu'à Los Angeles pour Bruce et tout bonnement, la façon dont il lui avait manqué durant le dîner étaient autant de raisons qui le poussaient, pour une fois dans sa vie, à prendre une bonne décision : il fallait parler – même si cela impliquait d'utiliser sa bouche pour faire autre chose qu'embrasser, que lécher, que mordiller, ou que de sucer. Il erra de longues minutes dans les couloirs des chambres, cherchant un indice qui pourrait le mener jusqu'aux appartements de Bruce, en vain bien évidemment. N'y tenant plus, il prit appui contre un mur et sortit son téléphone de sa poche.

Je veux te voir

TS

Il attendit une interminable minute que son smartphone ne vibre enfin.

Si c'est le seul moyen pour que tu ne m'envoies pas 11 sms, d'accord. Je suis dehors, près du terrain de basket.

Tony courut à sa chambre chercher manteau et écharpe, ne pensant même pas au froid qu'il allait devoir affronter car déjà réchauffé à la simple idée qu'il pourrait rejoindre Bruce. Il accéléra ses pas à chaque fois que possible, écrasa son doigt impatiemment contre le bouton mou de l'ascenseur, jurant vulgairement pour le prier d'arriver plus vite, et trépigna d'impatience une fois à l'intérieur, voyant les mètres le séparant de la surface de la terre s'afficher avec une lenteur insupportable. Le "ting"sonore une fois retenti, il s'échappa de la cage de métal d'un bond et déjà marcha d'un pas rapide jusqu'au point de rendez-vous.

Dieu merci, malgré la nuit sombre le terrain était illuminé par quelques lampes dont l'ampoule était à peine cachée par la neige. Il reconnut la silhouette de Bruce, assis sur un banc, les mains dans ses poches, et se souvint avec volupté d'un de ces premiers jours de l'année où le physicien l'avait piégé en le faisant sortir de sa tour, jusqu'à l'amener à un parc quelconque où pour la première fois, Tony avait vraiment vu –et par là même, désiré- ses lèvres. Et comme il regrettait maintenant de ne pas l'avoir embrassé plus tôt, comme il regrettait tous ces longs mois passés à côté du docteur sans l'avoir jamais touché.

Un homme plus mûr que lui aurait certainement pensé qu'il fallait laisser le temps au temps, mais Tony n'était pas de ces gens-là, l'insatiable adolescent emprisonné dans son corps préférant imaginer une vie où chacun de ses instants se seraient passés entre les bras de Bruce, tout contre ses lèvres.

"Ok, je préfère commencer maintenant avant qu'on ne parle d'autre chose et que je n'aie plus le courage de te le dire, mais je dois te dire une chose – non deux en fait. D'abord, tu m'as manqué. Putain. Bruce. Comme tu m'as manqué. Je n'aurais jamais dû partir de ma chambre sans qu'on parle et de ce matin, pendant l'entraînement insupportable du dictateur Barton, jusqu'à cet après-midi lors de la séance de psychanalyse avec docteur Nat', ah, et même jusqu'à ce soir lors de notre dîner, je n'ai cessé de penser à toi – et il faut vraiment qu'on parle de ça. Deuxièmement, je suis désolé."

Bruce avait levé son visage légèrement blanchi par le froid vers celui de Tony, un sourire adorable aux lèvres, de la neige ayant gelé ses boucles les unes aux autres.

"Désolé de quoi ?"

"Pour ce matin, j'aurais dû t'écouter. Mais tu me connais, je suis un sale gosse, j'ai une tendance à n'en faire qu'à ma tête."

Le sourire de Bruce se fit plus triste, alors qu'il baissait son regard jusqu'à ses pieds étendus face à lui.

"Ne t'excuse pas – ce n'est pas de ta faute. Tony je..." Il soupira longuement et reprit. "Ce matin c'était une grosse erreur. Ça aurait pu virer au drame, j'aurais pu..." Il soupira encore, il avait pourtant pensé à cette confrontation toute la journée, mais il ne trouvait déjà plus les mots. "Tony, tu sais ce que je vis, tu sais ce que je trimbale, et tu sais ce que je fais. Je m'éloigne, et je fuis. Et je ne peux pas t'obliger à traverser ça."

Alors, ils avaient vraiment cette conversation ? Un frisson, plus dû à l'amère tournure des événements plutôt qu'au froid, trouva écho dans la gorge de Tony qui eut soudain du mal à avaler sa propre salive, restant toujours debout près de son ami pour pouvoir continuer à le regarder.

"Ce qu'on avait au début, ce pouvoir que j'exerçais, c'était nécessaire. Te laisser imaginer, te caresser tout au plus, sans jamais te laisser me rendre la pareille, je l'avais prévu depuis longtemps, je devais calculer les potentiels risques, connaître mes limites. Mais ce que tu as fait – ce que tu as fait Tony." Il passa une main tremblante sur son front et ferma les yeux, sa bouche se déformant dans une grimace de colère ou de douleur, Stark ne put le discerner. "Ça faisait dix ans que je vivais comme ça et je m'en sortais très bien. Ce jour où je t'ai raccompagné jusqu'à ta chambre, ce jour où j'ai craqué, j'ai fini sous une douche froide pendant une heure et Dieu que ça m'a fait du bien. Mais hier, tu m'as touché Tony et putain, je ne pense pas pouvoir réussir à m'en passer maintenant. Si j'avais su que ça serait si bon, si j'avais su que ça serait aussi dur d'imaginer la suite sans ça, sans toi, je ne t'aurais jamais, jamais…"

Et comme il ne trouva pas la force de finir sa phrase, Tony demanda d'une voix hésitante.

"…Séduis ?"

Le regard que lui lança son cadet suffit à lui faire comprendre qu'il avait vu juste. Malgré lui, l'ingénieur sourit, touché de voir son ami jurer, chose qu'il ne faisait jamais, et d'apprendre que cela faisait longtemps qu'il lui plaisait. Une découverte qui lui réchauffa le cœur et qui le poussa à ne pas laisser tomber ce truc, quelque soit son nom, qui était en train de naître entre eux deux. Tony s'approcha, un pas lent après l'autre et se posa à son tour sur le banc. Il colla son épaule droite à celle de Bruce qui regardait toujours loin face à eux.

"Ce pouvoir Bruce, tu l'exerces toujours. Sinon, je ne serais pas là aujourd'hui. Je n'en serais pas là. Alors oui, tu trimbales un sacré poids, et oui, il y a des risques. Mais, car il y a un mais, oui, je t'ai touché, et oui, tu ne réussiras pas à t'en passer maintenant. Et je ferai tout pour que plus jamais tu ne t'en lasses, tu en as ma parole."

"Tu... Bon sang Tony ! Tu ne sais pas comme c'est dur de lutter, contre l'autre, ça m'épuise, ça me vide de toute énergie. Tu l'as vu, j'ai dormi des heures, et encore, après que tu sois parti, je me suis recouché, je me suis réveillé il y a une heure à peine… Je suis égoïste, je sais, mais je ne sais pas si je pourrai vivre avec ça."

Tony posa une main sur la veste de Bruce pour doucement l'obliger à lui faire face et approcha très lentement ses lèvres des siennes, pour lui laisser la possibilité de se reculer s'il le préférait.

"Tu peux vivre avec ça comme tu dis…"

"Tony…", soupira Bruce en sachant pertinemment où cela les mènerait.

"Ou vivre sans ça…", poursuivit-il en faisant doucement toucher leurs lèvres, pour appuyer ses propos.

C'est alors qu'il réalisa que c'était la première fois qu'ils s'embrassaient sans force, Bruce quant à lui, ne pouvait que mesurer l'étendue des dégâts que cette situation faisait naître dans son esprit qu'il avait pourtant barricadé pendant dix ans.

Il faisait froid et ils étaient seuls, Tony se refusa à penser qu'ils étaient trois. Il avait eu des mois difficiles, il avait traversé l'enfer et ne s'en sortait que faiblement. Il avait traversé ce putain de vortex, il avait vu l'appel de Pepper s'annuler, il avait senti toute raison d'être l'abandonner. Il s'était noyé dans l'alcool comme son père l'avait fait des années auparavant. Il avait quitté la femme qu'il avait chéri lorsque son amour était mort. Il n'avait plus eu la force de porter l'armure, d'être Iron Man.

Et comme tout cela, à ce moment précis, était à présent terminé. Cette base, ses amis, et indéniablement Bruce l'avaient tiré vers le haut, l'obligeant à faire quelque chose qu'il détestait habituellement mais qui aujourd'hui était vital : prendre conscience. Il pencha son corps vers celui de Banner et le serra dans ses bras. Nullement possessif ou douloureusement, juste une étreinte au-delà de l'amitié et du sexe dont il - ils - avaient irréfutablement besoin. Les bras du physicien se posèrent avec délicatesse dans son dos. De longues minutes d'un silence nécessaire s'écoulèrent, avant que la voix de Tony ne murmure :

"Hier Bruce, c'était toi, et seulement toi. Je le sais, tu as comme,... déconnecté. J'en suis sûr. Tu peux retrouver le pouvoir que tu as sur lui, comme celui que tu as sur moi."

Tony écarquilla ses yeux malgré lui, étonné par sa propre phrase qu'il n'avait pas prévu et doucement écourta leur étreinte.

"Je ne suis pas sûr de savoir où ça va nous mener.", se questionna Bruce sans grande vie dans sa voix.

"Moi non plus. Mais j'aime bien les mystères."

Un doux et magnifique sourire sur le visage du physicien réussit à réchauffer le cœur de son aîné.

"Ah oui, ton obsession pour Sherlock Holmes, j'avais oublié."

Tony sourit à son tour et eut à peine le temps d'ouvrir les lèvres pour répondre qu'elles étaient déjà happées par celles terriblement sucrées de son ami. Il sentit la douceur de sa langue s'immiscer contre la sienne, explorant sa bouche avec une envie nouvelle, réalisant dans un soupir que pour la première fois, leurs dents ne faisaient pas partie de l'équation, qu'ils ne cherchaient pas à se dominer, mais qu'ils s'embrassaient avec une tendresse folle. Il gémit dans le baiser, posant ses mains sur les épaules de son cadet, tandis que ce dernier glissait ses doigts sous son manteau, puis son pull pour très vite toucher son torse de ses doigts chauds.

Tony rompit le baiser malgré lui et poussa un petit geignement qui fit sourire Bruce. Il remonta ses doigts jusqu'au réacteur qu'il effleura à peine et très vite passa son pouce sur un téton durci par la fraîcheur de l'instant. Il frissonna de tout son corps en sentant la perle de chair réagir sous ses caresses et déboutonna de sa main libre le manteau de Tony. Le milliardaire gémit à cette vision, pensant de façon très triviale qu'il allait avoir froid et s'empêcha cette fois de faire le moindre bruit en voyant Bruce s'agenouiller dans la neige, face à lui, entre ses jambes. Il vit ses mains remonter d'un geste lent son pull et son tee-shirt, découvrant sa peau qui frissonnait à vue d'œil. Le physicien sourit et posa ses lèvres avec une infinie tendresse sur son aine, avant de remonter embrasser chaque centimètre de peau qu'il découvrait au fur et à mesure.

C'était tout simplement tendre et c'était tout ce dont avait besoin Tony – les mois à lutter contre lui-même, contre ses envies ou contre Banner ne trouvant plus d'intérêt à ses yeux à ce moment précis. Il posa ses mains sur les épaules de son ami pour ne pas les poser sur le banc gelé et eut la présence d'esprit de murmurer.

"Les caméras… ?"

"Pas ici.", répondit Bruce catégorique, prouvant à son aîné qu'il ne s'était pas caché ici par hasard.

Il remonta une dernière fois son pull, dévoilant son réacteur et prit la main de Tony pour la poser sur la boule de tissu qu'il avait remonté jusque sous son menton.

"Tiens ça.", ordonna-t-il d'une voix douce.

Les doigts de l'ingénieur se refermèrent sur ses propres vêtements puis il poussa un long soupir grisant en sentant les mains chaudes de Bruce se poser sur son torse victime du froid. C'était donc ça ce qu'il ressentait lorsque ces mains viriles le touchaient, un incroyable sentiment d'abandon doublé d'un plaisir insoutenable. La formidable sensation que rien d'autre n'existait que eux, ses mains, et son affectueuse soumission.

"Bruce tes mains – tu es toujours brûlant.", murmura-t-il malgré lui, mais ce mystère devait être mis sur le devant de la scène une bonne fois pour toute.

"Je sais…", sourit son cadet en levant ses yeux vers lui. "Mais c'est pratique, alors je ne m'en plains pas."

"Pratique ? Bon sang c'est juste terriblement excitant.", s'amusa Tony sans réussir à retenir son humour habituel.

Mais il se tut bien vite - si l'on oubliait ses gémissements - lorsque les lèvres de l'homme agenouillé face à lui entre ses jambes, se posèrent contre son torse, tout près de son réacteur.

"Que disait le cadeau que t'avais fait Pepper déjà ? Ah oui, 'La preuve que Tony Stark a un cœur', c'est ça… ?"

Et sans attendre de réponse, il posa un baiser contre le métal froid avant de relever son regard vers Tony pour observer sa réaction. Le milliardaire avait légèrement froncé ses sourcils, pas encore sûr de ce qu'il devait ressentir quant à l'intérêt des autres pour ce bout de ferraille planté au milieu de sa poitrine, ses mains crispées sur le pull qu'il tenait relevé. Bruce sourit et continua à explorer son torse avec une douce curiosité, ses mains caressant de concert son ventre pour le réchauffer, sa langue taquinant bien vite une de ses perles de chair durcie.

Tony ne pouvait quitter des yeux ce spectacle aussi indécent que captivant, Bruce n'essayant en aucune façon de masquer ses sensations. Il avait l'air de tout découvrir avec un intérêt tel que cela dépassait le simple stade de la curiosité, c'était du désir, ni plus ni moins. Et alors que l'ingénieur entrouvrait les lèvres pour malheureusement lui annoncer que ses tétons, comme chez pas mal d'hommes, n'étaient pas spécialement sensibles (d'ailleurs, Bruce avait-il seulement déjà touché un autre homme que lui-même ?), un gémissement plus profond que les autres lui échappa. Un doux pincement le lançait dans sa poitrine, un frisson irradiant tout contre la langue qui ne cessait de le taquiner. Il fronça les sourcils malgré lui, joua de sa mâchoire pour contenir ses gémissements, et se penchant en avant sous les assauts de plaisir, il réalisa après des années d'expériences sexuelles, que oui, il était sensible lorsque l'on touchait à ses perles de chair.

"… J'ai fait quelque chose de mal ?"

Bruce avait reculé sa tête pour capter le regard de son ami qui se tortillait face à lui. Tony fit de larges signes de la tête pour lui faire comprendre que non, ses mains crispées à l'extrême sur la boule de tissu, ses joues rougies par le froid et les vagues de plaisir, et le docteur comprit qu'il avait touché un point sensible. Il cessa de le taquiner de sa langue, préférant rapprocher son visage du sien pour en décrypter chaque réaction, ses mains chaudes glissant à l'infinie sur le torse offert.

"Juste comme ça, c'est – parfait."

Il l'avait murmuré si bas que Tony n'était pas sûr de ne pas avoir rêvé. Il se rappela alors subitement de leur premier baiser dans la voiture, quand une voix de la raison sortie de nulle part avait claquée dans l'air 'C'est une très grosse connerie'. Plus de doute possible, c'était bien le doc' qui avait prononcé cette phrase.

"Alors, cette fois on ne fait pas une 'très grosse connerie', n'est-ce pas… ?"

Bruce rapprocha son visage jusqu'à coller leurs nez et sans le quitter des yeux, il murmura en souriant.

"Exactement."

Tony eut juste eu le temps de voir les genoux de Bruce ancrés dans la neige, le pantalon mouillé qui devait le tenir au froid, avant de sentir les lèvres sucrées se poser sur les siennes, dans un nouveau tendre et délicat baiser. Il lâcha cette fois son pull et enroula ses bras autour du corps à genoux face à lui, prolongeant leur embrassade, cherchant quelque part à prouver à Banner que c'était quelque chose qu'il pouvait aussi faire : embrasser sans combattre. Mais la passion était difficile à contenir et sitôt que leurs langues se touchèrent, Bruce et lui resserrèrent leur étreinte dans un gémissement commun étouffé par les lèvres de l'autre.

"Reste avec moi ce soir…", avait murmuré Stark avant de reprendre ses lèvres avec envie. "Et j'écouterai et respecterai chacune de tes demandes, je te le jure."

Il mordilla à peine sa lèvre inférieure pour le laisser répondre – mais rien.

Bruce se releva, prit la main de Tony pour l'aider à se redresser et sans un mot, se dirigea vers la base. L'ingénieur soudain seul, tiraillé par le froid, prit soin de remettre son pull correctement, boutonna sa veste et suivit son cadet. Ils marchèrent l'un à côté de l'autre sans rien dire, Tony remarquant du coin de l'œil quelques caméras ici et là. Ils croisèrent deux ingénieurs dont ils avaient fait la connaissance quelques jours plus tôt, les saluèrent sans s'arrêter et arrivèrent enfin devant les appartements de Tony. Il ouvrit la porte, laissa Bruce passer, vérifia malgré lui autour d'eux que personne n'était dans les couloirs, et referma la porte derrière lui.

Le lit n'avait jamais paru aussi petit, pour le plus grand plaisir de Tony qui seulement habillé de son simple boxer, s'était glissé sous la couverture où était déjà allongé Bruce, dos à lui. Il ferma les yeux et ne trouva le sommeil qu'après avoir posé sa main froide sur le dos brûlant de son ami.