Note : Hello à toutes et à tous :) Nouveau chapitre qui arrive plus vite que prévu (c'est fou comme les bonnes nouvelles libèrent votre emploi du temps !). Ce chapitre et le suivant rentrent tout à fait dans la catégorie "Drama", mais la catégorie "Romance" reviendra bien assez tôt. Merci encore pour votre soutien. Je vous souhaite une bonne lecture !


Malgré son dégoût profond pour le terme "jardin secret", Tony expérimenta ce jour-là, plus que n'importe quel jour de sa vie, la différence entre ce que l'on ressent à l'intérieur de soi et ce qu'on exprime à l'extérieur.

Il était assis à l'arrière de la voiture et voyait défiler sur sa droite le haut des pins de la forêt de Devil's Blackbone dans un silence reposant. Le coup de fil de Barton avait immédiatement arrêté ce qu'il avait commencé avec Bruce, et malgré l'agréable tournure des événements, ils étaient sortis du lit pour tous deux s'habiller rapidement.

Ils avaient retrouvé le reste des Avengers dans les cuisines, arrivant au milieu d'une conversation où Natasha avait laissé glisser un "C'est trop tôt, il n'est pas prêt" qui avait énervé Tony plus que de raison. Cela faisait des jours qu'il s'entraînait, près de deux semaines qu'ils étaient tous cloîtrés dans ce huit-clos étouffant ; bien sûr qu'il était prêt, il n'avait de toute façon pas le choix. L'angoisse et la fatigue les écrasant, le ton était vite monté, et alors que Bruce s'écartait discrètement – il ne supportait pas les conflits – Steve prononça le mot de la fin.

"Nous n'avons pas le choix. J'accompagnerai Tony à Washington."

Le milliardaire tiqua quant au choix du "nous" qui, une fois de plus, lui prouvait qu'il n'était pas seul mais qu'ils étaient tous concerné par son passage face aux bureaucrates. Le débat prit fin, ils saluèrent sommairement Tony, sans savoir quoi réellement lui dire, avant qu'il ne sorte de la pièce rejoindre le super soldat déjà dans l'ascenseur. Il croisa avant de passer la porte Bruce, qui lui adressa un sourire discret, qu'il savait triste, et sentit ses doigts se frotter aux siens dans une douce caresse qui le réchauffa tout entier.

Maintenant qu'il était assis sur la banquette en cuir noir de la berline, il s'en voulait de ne pas avoir embrassé Bruce avant de partir. Qui aurait pu prédire comment la journée allait se terminer ? Il avait appris qu'ils avaient gardé Natasha trois jours de suite, sans vraiment lui laisser le temps de se reposer, des hommes et des femmes se succédant face à elle pour lui poser une multitude de questions, grotesques ou au contraire personnelles pour la faire craquer. Lui n'aurait très certainement pas la force, et peut être que ce baiser lui aurait donné l'illusion que ce qu'il allait vivre, il le surmonterait sans peine.

Perdu dans ses pensées uniquement focalisées sur Banner, il ne sentit même pas sa propre main se rapprocher inexorablement de celle posée à côté de lui, mais il reprit ses esprits alors que ses doigts étaient à quelques millimètres de la peau de Steve. Il toussa pour se donner de la contenance, et croisa les bras contre son torse pour ne pas faire l'erreur de le toucher par inadvertance.

"Tu penses que je vais échouer ?"

"Je n'en sais rien Stark.", se lamenta le militaire dans un soupir.

Ils restèrent silencieux encore un bon moment, chacun regardant par la fenêtre contre laquelle leurs fronts étaient appuyés.

"Comment tu as fait pour tenir ? C'est vraiment ton patriotisme qui t'a sauvé ?"

"Entre autre." Il regarda Tony, comprit son regard curieux, et reprit. "Je ne pouvais pas craquer. Pour beaucoup de raisons. Et pour Bucky et Peggy."

"… Ils sont morts, t'en es bien conscient ? Ou alors, tu les vois toujours ? Tu veux que j'appelle Bruce Willis ?"

"Je sais qu'ils sont morts Stark.", interrompit Steve en levant une main réprobatrice. "Mais leur héritage est toujours présent. Avec Bucky, nous avons combattu un régime qui affaiblissait les gens différents, les stigmatisait, les enfermait. Au nom de la liberté, on ne peut pas laisser des choses comme ça se produire." Il releva son menton, incarnant malgré lui le patriotisme à lui seul, mais il ne put s'empêcher de baisser la tête quelques secondes après, tiraillé par une nouvelle question : "Et qui est Bruce Willis ?"

"Je te passerai le DVD. Et un lecteur DVD. Bref, on en reparlera. C'est drôle Captain mais je pensais que tu étais plutôt le genre d'homme à suivre aveuglement les consignes du gouvernement."

"C'est là où tu te trompes. Je suis le bon sens, les bonnes solutions pour offrir un avenir meilleur à l'humanité. Les gens qui font partie du gouvernement peuvent avoir tort. Il ne faut pas se laisser berner par de simples mots et voir ce qu'il se cache réellement derrière ces desseins. Suivre le gouvernement ? Oui. Suivre un gouvernement aux allures de totalitarisme, qui cherche à tout prix à enfermer des gens qu'ils ne comprennent pas et qu'ils ne peuvent pas manipuler à leur guise ? Non."

Tony avait tourné la tête pour regarder le super-soldat. Il ne trouva rien à tourner en dérision cette fois, car même si son vocabulaire était désuet, il n'en restait pas moins qu'ils partageaient la même opinion, malgré leurs décennies d'écart.

"Je ne sais pas comment tu fais."

"Comment je fais quoi ?"

"Pour continuer à te battre. Je comprends que lorsque tu t'es réveillé, tu devais être satisfait par cette nouvelle époque : on a Internet, Victoria Secret's et Burger King. D'accord, plus sérieusement, on a gagné la guerre contre les Nazis certes mais tu le dis toi-même, des gouvernements refont des erreurs tout aussi graves aujourd'hui encore – le nôtre en premier. Regarde ce qu'il se passe au Moyen-Orient depuis dix ans, ça te suffira à te faire une idée. Entends-moi bien, malgré ce qu'on peut penser de moi, je comprends la nécessité de se battre pour la liberté et le bien de tous, j'ai crée Iron Man pour ça. Mais si je devais aujourd'hui sombrer dans le coma et me réveiller soixante ans après pour me rendre compte que tout ce que j'ai fait n'a servi à rien, qu'il y aura toujours autant de cons, de misère, de drames humanitaires, de politiciens véreux… bon Dieu, je crois que je me tirerais une balle sur le champs !"

"Ça ne sert jamais à rien. Tout a une conséquence sur tout. Et même si ce n'est pas perceptible à l'œil nu, même si les conséquences ne sont pas immédiates, on ne doit jamais les bras. Surtout pas nous."

"… Parce qu'on est connus ?"

"Parce que nous sommes des super-héros Tony. Et on ne se définit pas en tant que tel simplement parce qu'on a des collants voyants –"

"Parle pour toi."

" – Une armure futuriste, ou un don surnaturel, mais parce qu'on donne tout ce qu'on a, et ce qu'on a de meilleur, au service des autres et de la justice. Ne l'oublie jamais."

L'ingénieur décroisa cette fois ses bras et de son plein gré posa sa main sur celle de Roger dans un geste amical.

"Promis.", souffla-t-il avant de coller à nouveau son front contre la vitre.


La voiture avait roulé pendant une heure avant de montrer les premiers signes de ralentissement. Sorti de son léger sommeil, Tony regarda par la fenêtre et son regard se réchauffa comme celui d'un gamin entrant dans un magasin de jouets : la ville. Il était enfin en ville. Ils avaient ralenti, bien sûr pris dans des bouchons monstres, les trottoirs étaient sales, il n'y avait pas de neige ou alors le peu qu'il en restait avait fondu en une espèce de boue immonde, il y avait des gamins qui se battaient à un arrêt de bus, des jeunes filles peu vêtues malgré la saison qui riaient bruyamment entre elles et le son des klaxons rendait la scène encore plus cacophonique qu'elle ne l'était déjà. Et comme Tony était heureux.

Il laissa son regard brillant suivre la longue tenue longiligne des buildings, se surprit à ouvrir un peu la fenêtre pour retrouver l'odeur insoutenable des pots d'échappement, et poussa un petit soupir de satisfaction en reconnaissant l'enseigne d'un bar qu'il avait déjà fréquenté lors d'un précédent voyage. Il aurait tué pour boire ne serait-ce qu'un verre de whisky – même du bon marché, au point où il en était.

Il reconnut le chemin qui les menait à la Maison Blanche, et remettant sa veste prêt à sortir, il les vit dévier sur la Connecticut Avenue, remontant inexorablement vers le nord. Il fronça les sourcils, persuadé qu'ils iraient au moins saluer le président entre deux tests absurdes, et regarda Steve qui lui fit un petit non de la tête. La voiture s'arrêta une petite dizaine de minute après. Le chauffeur de leur berline fit le tour du véhicule pour venir d'abord ouvrir à Tony. Le milliardaire sourit, réalisant soudainement qu'il n'avait pas encore vu leur chauffeur, un gamin aux yeux pétillants, manifestement très impressionné par sa présence, et lui tapota amicalement l'épaule en lui souriant grossièrement – il plaisait au gamin, cela lui serait utile plus tard, à ne pas en douter.

Il regarda tout autour de lui, reconnut sans mal l'United States Naval Observatory derrière les arbres et fut doucement tiré par le bras par Steve qui l'entraîna à l'endroit de leur rendez-vous. Un bâtiment sans âme aux allures d'usine ; l'endroit parfait pour rencontrer son dealer de drogue, pas celui pour rencontrer des héros nationaux.

"C'est une blague Steve ?"

"Malheureusement non."

Ils n'eurent pas le temps de plus échanger, un petit groupe d'hommes et de femmes en costumes et tailleurs les accueillait déjà, le sourire faux et l'œil mauvais. Ils se saluèrent tous très poliment, chacun jouant de cette mascarade avec une aisance folle et enfin, ils pénétrèrent dans l'enceinte du bâtiment, en faisant toujours attention que quelqu'un fermât la marche derrière Tony. Il découvrit les couloirs gris et tristes sans même s'en étonner, mémorisant malgré lui chaque porte, chaque issue possible au cas où cela tournerait mal. Il avait bien prévu d'amener la malle qui contenait l'Iron Man mais les Avengers l'en avaient dissuadé : il n'aurait pas le droit de la garder avec lui, et hors de question de la laisser entre leurs mains.

Enfin, le groupe s'arrêta, quelques hommes rentrant dans une pièce, une femme lui faisant signe d'entrer dans une autre tout à fait banale avec quelques fauteuils et une table basse. Il s'y installa, découvrant avec étonnement que malgré la simplicité des lieux, les fauteuils venaient d'une grande marque italienne d'ameublement et entendit une voix mielleuse derrière lui :

"Monsieur Roger, nous vous avons déjà rencontré. Nous aimerions maintenant nous entretenir avec monsieur Stark."

Le Captain était bloqué par le bras de la quarantenaire qui tenait barrée la porte et Tony lui fit un petit sourire pour le rassurer. C'était à lui de jouer maintenant. Son aîné lui fit un signe de la tête rapide et déjà était raccompagné à la voiture sans autre forme de cérémonie.

Voilà. Il était seul. La porte se referma dans un claquement sourd, il regarda autour de lui pour relever en tout quatre caméras subtilement cachées, il devait le reconnaître et finit par s'asseoir dans un des fauteuils. Il mit dix minutes avant de craquer pour la première fois et sortit son smartphone. Quelques secondes après, la même femme désagréable, aux cheveux si mal colorés, entra, suivie de près par deux gorilles aux airs patibulaires. Il sourit avec mal, grimaçant plus qu'autre chose et pour le plus grand malheur du milliardaire, elle ouvrit la bouche :

"Monsieur Stark, veuillez nous remettre votre téléphone. Nous n'aimerions pas qu'un appel vous ennuie durant notre entretien." Elle le fixait durement, Tony ne put s'empêcher de penser aux vilaines belles-mères des contes de fées en la voyant, et découragé par les bras musclés des gorilles, il lui tendit son téléphone sans broncher. "Nous vous remercions." Elle tourna les talons, et avant de fermer la porte, elle lui lança sans prendre la peine de se retourner. "Merci de bien vouloir attendre, nous allons bientôt venir vous chercher."

Cette fois, l'ingénieur frissonna légèrement. Il avait bien senti le plaisir dans la voix de la femme lorsqu'elle avait prononcé ce mot qu'il détestait : attendre. Ça pour sûr, ils avaient fait des recherches, et de très bonnes même, puisque pour commencer, ils lui faisaient subir ce qui l'irritait au plus haut point. Il soupira discrètement, étendit les jambes, et joua de ses pouces l'un contre l'autre, encrant dans son esprit l'heure qu'il avait vu avant de tendre le téléphone à la peau-de-vache : 8h07. La journée serait longue.

Et quel bel euphémisme. Si la première heure se passa sans trop de mal, la deuxième marqua définitivement la perte de repère pour Tony. Il devait être dans les alentours de 10h pourtant, il avait atrocement faim – chose qui lui arrivait rarement. Peut-être dans ce cas là était-il plus tard qu'il ne pensait ? Il se leva pour se dégourdir les jambes, sentit en s'approchant de la porte une douce odeur de viande grillée et pria intérieurement pour que son ventre ne grogne pas. Il devait être près des cuisines dans ce cas, et il devait être l'heure de manger. Possible ? Impossible, quatre heures n'avaient pas déjà pu passer, cela aurait été plus dur à vivre ! Il se mit à tourner en rond sans s'en rendre compte – ne pouvant de toute façon pas faire autrement vu la taille de la pièce – et réalisa dans un petit rire discret : l'odeur était bien trop exagérée, ils avaient dû placer un plat, voir un barbecue derrière la porte juste pour le faire craquer et l'obliger à se poser les questions qui étaient très précisément en train de pourrir son esprit. Il se blâma durement, ils utilisaient des moyens tellement puériles et comme cela marchait, le pire des catalyseurs, l'attente, lui faisant de toute façon perdre la raison.

Les autres heures passèrent lentement, ou vite, il ne savait même pas faire la différence, il ne ressentait que des fourmillements dans ses jambes, son ventre se creuser par la faim, et des tremblements agiter ses mains. La pièce s'était-elle rétrécie ? Possible ? Impossible, il aurait entendu un mécanisme, et quand bien même, il n'était pas dans Star Wars – malheureusement.

Il frotta ses mains sèches l'une contre l'autre et eut un petit rire malgré lui sans raison apparente. Intérieurement, une douleur aiguë prenait ses aises tout contre son cœur, ses poumons semblant se remplir d'un air putride hallucinogène. L'empoisonnait-on ? Possible ? Impossible, pas de grille d'aération aux alentours. Relâchant les muscles de sa nuque en baissant son visage, Stark comprit enfin que le délire qui le prenait était seulement dû à sa paranoïa. Personne ne lui avait parlé de cette épreuve, si bien qu'il comprit qu'il était le seul visé, car il était le seul légèrement parano, victime de crises d'angoisse.

Il sourit malgré lui, et comprit. Pepper. Elle était la seule à savoir pour ces moments de fragilité qu'il détestait, et l'échange téléphonique qu'ils avaient eu deux semaines auparavant avait bien prouvé au milliardaire que quelque chose se tramait. Il ne lui en tenait pas rigueur – elle avait dû se faire piéger elle aussi pour leur avouer sa faiblesse.

Puisque rien n'avançait, puisque le temps semblait se figer avec une vitesse folle, il ferma les yeux, posa l'arrière de sa tête contre le mur et se perdit dans ses propres pensées, seul exutoire possible. Il pensait à Pepper, à ses cheveux roux qu'il adorait caresser lorsqu'ils étaient lâchés sur son dos nu. À son sourire mutin qui l'avait tant de fois exaspéré.

Il pensa à Bruce, à son torse parfait, à ses mains rugueuses, à sa manière de remettre ses lunettes en place sur son nez.

Son esprit se focalisa ensuite sur Natasha, sur les quelques semaines où elle avait travaillé pour lui, où ils avaient flirté sans vraiment concrétiser pour son plus grand malheur. Il se demanda si elle et Barton entretenaient vraiment une relation, et si c'était le cas, quelle était-elle ? Sex friends ou amour passionnel ? Pouvait-elle s'apparenter à l'autre relation qui était née dans le groupe des Avengers, celle qu'il entretenait avec Bruce ? Impossible, pensa-t-il en souriant, aucun des deux n'avait la force de domination du physicien.

Comme il avait été bon d'être dans ses bras, enveloppé dans sa chaleur enivrante. Maintenant, il avait froid. Il avait faim. Il avait soif. Il avait envie de partir d'ici avant que son cœur ne s'emballe pour de bon et le fasse trembler, pleurer, et s'écrouler devant les caméras.

Non, il n'en pouvait plus, et si ce n'était que le premier test, il savait maintenant qu'il ne pourrait les réussir. Il repensa à ses amis qu'il allait décevoir : Clint, Natasha, Steve, Bruce. Bruce. Bruce Banner. Comme ce merveilleux nom ne pouvait le quitter.

"Monsieur Stark ? Veuillez me suivre, je vous prie."

Dans un geste bien trop rapide pour avoir été conscient, l'ingénieur se redressa sur ses pieds, son corps déjà tourné vers la jeune femme qui était venue ouvrir la porte qui le séparait du monde. Elle était infiniment plus jeune et jolie que la précédente et ce simple constat le fit légèrement sourire. Il se retint de ne pas bondir hors de la pièce en hurlant "De l'air !" et la suivit sans jamais laisser ses yeux descendre sur la délicieuse chute de rein qui se mouvait face à lui.

"Quelle heure est-il ?", demanda-t-il d'une voix parfaitement neutre qui l'étonna lui-même.

"Il doit être près de 21h, je crois."

Les salauds, pensa-t-il fermement.

Ils passèrent enfin par un couloir avec des fenêtres et il vit le ciel noir au-dessus d'eux. Dieu merci, ils avaient arrêté son supplice, une minute après il était sûr qu'il aurait craqué. La femme le fit monter d'interminables escaliers pour l'amener dans un bureau colossal, avec en son centre une table ovale, où se tenaient face à lui 3 hommes et 4 femmes qu'il n'avait encore jamais rencontré. Il les salua naturellement, décelant dans leurs regards mauvais une forme de méchanceté qu'il n'avait jamais expérimentée jusqu'à présent, et prit place face à eux. Quel drôle de purgatoire.

"Monsieur Stark, quel plaisir.", mentit éhontément la seule rousse du groupe.

"Nous espérons que vous ne nous avez pas attendu trop longtemps ?", demanda l'homme à l'extrême gauche.

"Souhaitez-vous boire quelque chose ?", s'enquit sans attendre une autre femme aux cheveux courts cette fois, placée à l'extrême droite.

La tête de Tony avait tourné dans tous les sens pour croiser le regard de chacun de ses interlocuteurs et il comprit qu'ils le faisaient exprès. Cette organisation, affiliée de manière officielle ou non au gouvernement, ne leur faisait pas vivre un enfer, ça, il aurait pu le supporter, ils lui faisaient vivre son enfer. Était personnifié devant lui l'attente insoutenable, la frustration mordante, la mauvaise foi incarnée, l'hypocrisie extrême. Il leur sourit et répondit à chacune des personnes en les regardant tour à tour dans leurs yeux.

"Plaisir partagé madame."

"Je dois avouer que le temps m'a semblé un peu long à la fin, mais rien de dramatique."

"J'aimerais boire un Coca si possible."

Il réalisa que sa voix était parfaitement neutre, aucunement fausse comme il lui arrivait d'habitude lorsqu'il était en face de têtes de nœud pareilles – l'entraînement de Natasha avait-il donc fonctionné ? La femme aux cheveux courts, qu'il appelait déjà Sinead O'Connor, fit signe à la jolie jeune fille dans le fond de la salle de lui apporter un plateau, chose qu'elle fit sans attendre. Tony ne prit même pas la peine de jeter un coup d'œil au verre, qu'il leva sa main pour demander leur attention :

"Sans whisky mon Coca. J'ai eu des tendances alcooliques, je ne consomme plus d'alcool."

La belle brochette de serpents face à lui eurent la même réaction : des yeux grands ouverts soudainement, puis un pincement de lèvre caractéristique de l'emmerdement profond – il sut alors qu'il avait fait le bon choix en les plaçant au pied du mur quant à ses travers.

"Tendance alcoolique vous dites, monsieur Stark ? Cela n'est-il pas dangereux pour vous de vous promener avec l'armure d'Iron Man sur le dos lorsque vous avez bu ? Je veux dire, nous conseillons à nos bons citoyens de ne pas boire et conduire, que devrait-on dire de vous avec votre armure super-destructrice !"

"La première, et seule fois, où c'est arrivé, Dieu merci j'étais chez moi, j'ai donc détruit mon propre salon et croyez moi, cela m'a servi de leçon. Mais je suis en traitement depuis quelques temps maintenant.", tint bon Tony, son sourire poli toujours sur son visage.

"Prenez-vous un traitement ?"

"Quels médicaments prenez-vous ?"

"Je ne prends pas de médicaments – j'ai une tendance à être facilement accro, je ne peux donc pas me le permettre. Mais je travaille dessus autrement. Je suis très entouré."

Bien, il leur avait avoué être conscient de ses problèmes, il n'était pas tombé dans le piège des médicaments et il avait même pu rajouter qu'il avait des amis ; il était en bonne voie.

"Vous n'êtes plus avec mademoiselle Potts, est-ce exact ?"

Mais de quoi je me mêle connard, pensa amèrement l'ingénieur.

"C'est exact."

"Pourquoi ?"

"Nous avons des caractères différents, nous ne pouvions plus continuer en tant qu'amants mais sommes restés très bons amis."

"Diriez-vous que vous avez un comportement difficile à supporter ?"

"Un peu, je l'avoue.", sourit Tony dans une moue adorable, mais aucune des sept personnes face à lui ne sembla touchée, ou peut être à la limite Atchoum face à lui.

"Mh, cela est embêtant, voyez-vous, nous voulons être sûr que vous les Avengers, que vous qualifiez de super-héros, soyez vraiment des gens en qui nous pouvons avoir toute confiance. Alors si nous découvrons que vous n'êtes pas quelqu'un de facile à supporter…"

"Je suis difficile à supporter car je suis un passionné. Et être Iron Man me prend beaucoup de temps. Je risque ma vie tous les jours lorsque je sors en armure, pour le bien de ce pays, ce n'est pas compatible avec une vie de couple."

Avec quelle aisance il mentait, mais avoir précisé "pour le bien de ce pays" avait été nécessaire – en vrai, il n'aurait jamais hésité à voler au Niger, en Corée du Sud ou en Slovaquie s'il pouvait y être utile.

"Vous risquez votre vie tous les jours et vous aimez ça ? Auriez-vous des pensées suicidaires ?"

"Trouvez-vous un plaisir quelconque à côtoyer la mort ?"

"Avez-vous des pensées morbides monsieur Stark ?"

"Vous a-t-on déjà déclaré légèrement instable ?"

Le festival de questions reprit, faisant trembler la main de Tony sur son propre genoux malgré lui. Tenir bon, il devait tenir bon.

"Je considère mon job comme celui d'un militaire : vivre pour protéger son pays, prêt à mourir pour le défendre. Et je ne pense pas que l'on puisse qualifier un militaire de 'légèrement instable'."

Le silence qui prit place ravit le milliardaire au plus haut point. Il y arrivait, vraiment. Il les faisait taire, sa voix ne chevrotait pas, il les regardait droit dans les yeux. Natasha avait été la meilleure des professeurs à lui apprendre à gérer des situations de stress comme celle-ci, et surtout, à mentir en toute sérénité. L'homme qui semblait le plus jeune autour de la table fit un signe discret de la tête aux autres, et sortit une feuille d'un dossier qu'il tenait fermé face à lui depuis le début de l'entretien, il le lit avec soin, encore une bête mise en scène pour énerver le génie, et releva ses yeux de serpent avant de cracher son venin :

"Mademoiselle Potts, avec qui nous avons collaboré, nous a appris que vous étiez écarté du conseil d'administration de Stark Industries depuis le début du mois de février. Pouvez-vous nous expliquer cette décision étonnante ?"

Alors c'était ça ce que lui avait caché Pepper ? Impossible, elle n'aurait jamais fait une chose pareille, elle n'avait aucune raison, il avait tout fait comme elle lui avait - non. La réunion avec Duncan qu'il avait sciemment oubliée. Et tous ces coups de téléphone qu'il avait ignoré ces derniers jours pensant qu'elle voulait le lui reprocher, elle voulait le tenir informé tout simplement.

Il serra ses poings sur ses genoux, bougea ses jambes malgré lui, et se sentit déglutir difficilement. Et tandis que son esprit s'embrouillait, perdant subitement toute contenance et toute assurance, les yeux de ses bourreaux face à lui se firent plus ignobles, des vautour appâtés par la chair fraîche, des hyènes prêtes à l'écraser au prochain faux pas – et cette dernière comparaison se fit plus vraie encore lorsqu'il vit leurs dents blanches dévoilées par de vils sourires.

"C'est… c'est une de mes demandes. J'ai de nouveaux projets pour agrandir Stark Industries et je voulais avoir le temps de m'y consacrer. J'ai demandé à Pepper de me mettre sur le banc de touche pour qu'elle puisse continuer sa présidence sans avoir besoin de moi, car elle est principalement à Los Angeles, et moi pour mon projet, je dois rester à New York."

Voilà, il avait un peu bafouillé mais il avait réussi à improviser sans trop de mal, malgré la révélation qui l'avait ébranlé.

Le petit groupe de hyènes se referma sur lui-même, chacun regardant l'autre comme pour lui demander s'il avait une énième pique à envoyer au milliardaire, mais plus de voix stridente ne fendit l'air. Ils restèrent silencieux près de cinq minutes, avant que l'homme le plus âgé ne se lève, visiblement excédé d'avoir perdu son temps.

"Monsieur Stark, vous dormirez ici ce soir et demain, nous vous rencontrerons à nouveau."

Tous ses compagnons se levèrent d'un même bond et ils se suivirent sans un bruit, la démarche gauche et pataude – et à ce moment précis, Tony n'avait rien d'autre en tête que la chanson célèbre "Hey ho, hey ho, on rentre du boulot…".

On l'amena dans une aile différente du bâtiment, l'installa dans une chambre étrangement bien plus cosy et mieux décorée que celle du SHIELD. Il ne prit pas de douche, la fatigue le gagnant maintenant que la pression était retombée, il se déshabilla, se faufila sous les draps du double lit, et mit sa tête sous la couette avant de se renfermer sur lui-même en position fœtale. Sa tête le cognait douloureusement, mais il était trop fatigué pour pleurer. Il imagina Bruce contre lui, le réconforter de sa chaleur mais ne trouva le sommeil que difficilement. Il fallait que tout cela cesse, et vite.


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