Note : Chers lecteurs et lectrices, comme je publie plusieurs chapitres à la suite, soyez sûrs de ne pas en louper. Quant à ce chapitre, je voulais l'écrire depuis le chapitre 11 ; j'espère qu'il vous plaira :) Avant de le lire, je vous conseille néanmoins de vous préparer un bon chocolat chaud. Bonne lecture.
Le voyage du retour fut plus long que prévu, mais cela ne dérangea pas Tony, qui s'était assoupi sans mal contre le cuir noir de la voiture. Il neigeait depuis le début d'après-midi et les conditions de circulation étaient difficiles, Will le chauffeur tentant au mieux d'éviter les bouchons pour vite les ramener à la base de Devil's Blackbone. Il avait mis le chauffage à fond, à la demande du milliardaire, qui somnolait paisiblement. Il n'était pas sûr de vraiment rêver, mais il n'arrivait pas à sortir de son esprit embrumé l'image de sa tour à New York. Il le savait maintenant, il rentrerait bientôt chez lui et il n'avait jamais eu autant hâte d'y être.
La voiture s'arrêta enfin, il fut réveillé par Will qu'il remercia chaudement avant de lui glisser le billet de 100 $ qu'il lui avait promis pour le service qu'il lui rendrait plus tard, et retrouva la base avec plaisir – il n'aurait jamais pensé dire ça un jour. Le pas rapide, il se dirigea vers la salle de repos que ses amis avaient choisi comme QG, en cette fin d'après-midi, il espérait les y retrouver. Il poussa la porte, reconnut la chevelure rousse qui dépassait d'un canapé, et s'approcha jusqu'à découvrir sa propriétaire assise, avec sur ses genoux la tête appuyée de Barton qu'elle caressait tendrement. Ils se levèrent de concert, la jolie jeune femme serrant déjà dans ses bras le milliardaire éreinté.
"Tony !"
"Daddy's home."
Ça pour sûr, il avait retrouvé toute son insupportable splendeur, mais ils ne pensèrent même pas à le lui reprocher, bien trop conscients de ce qu'il avait enduré. Il serra d'un bras Natasha contre lui, serrant de sa main droite libre la main de Barton, et réalisa soudainement que malgré le sourire heureux de son ami, il avait les yeux portés sur leur étreinte, légèrement jaloux. Stark ne fit aucun commentaire, il relâcha doucement le corps de la russe, et les regarda, l'air fatigué mais tellement apaisé.
"Je meurs de faim."
"On n'a qu'à manger tôt. Il faut qu'on prévienne Steve et Bruce, ils vont être heureux de te voir !"
Natasha se dirigeait déjà vers les cuisines, sortant son téléphone pour prévenir les deux hommes de les y rejoindre.
"Comment ça s'est passé ?", demanda Barton en fermant la marche, une main amicale posée dans le dos de l'ingénieur.
"Ça va, je suis là, c'est le principal non ?"
Il lui sourit, faiblement, car tous deux savaient que ce n'était pas le principal. Ils se sortaient de ces épreuves, peu touchés physiquement, mais bouleversés mentalement. Ils arrivèrent dans les cuisines où le personnel préparait déjà le repas du soir. Natasha leur demanda de leur concocter quelque chose de rapide mais de copieux et sans attendre, ils s'installèrent à une table, bien vite rejoints par les deux absents.
Le sourire du Captain était éclatant, radieux et Tony réalisa que jamais il n'avait été aussi heureux de le revoir. Il était parti deux jours qui lui semblaient être pourtant une éternité. Rencontrer l'organisation secrète avait fait ressortir de bien durs souvenirs qu'il devait désormais affronter. Mais plus tard, pour l'instant il voulait juste profiter de ces amis, manger, et fêter dignement son retour.
Il serra la poigne virile de Steve dans un sourire, mais son regard s'était déjà posé derrière l'épaule du militaire : Bruce était là. Avait-il déjà été aussi beau, ou l'esprit fatigué de Tony lui jouait des tours ? Il se rapprocha pour le saluer, ignora sa main tendue vers lui et le prit dans ses bras, là, devant le reste des Avengers. Bien sûr qu'ils les verraient, bien sûr que cela les étonnerait, mais il n'en avait que faire, il voulait sentir Bruce contre lui, sentir sa chaleur et ne plus jamais le quitter. Le physicien répondit à son étreinte avec la même ferveur, et tous deux surent qu'ils devaient séparer leurs corps à la seconde, avant que la terrible envie de s'embrasser soit intenable.
Ils se reculèrent donc, échangèrent un regard entendu et Tony dut mordre sa lèvre inférieure pour s'empêcher de la coller à celle de son cadet.
"Raconte nous Tony…", demanda Natasha en aidant un des cuisiniers à apporter une salade préparée rapidement.
"Bon sang quels vautours ! Vous aviez raison ils sont… monstrueux – et ils ont fait des recherches, et des bonnes. Pepper leur a parlé de moi..."
"Pepper ? Ce n'est pas son genre."
"Ils ont dû la piéger, Steve. Mais je ne lui en veux pas. Bref, j'ai eu le droit à l'entretien à la table ovale, comme vous, à des tests médicaux aussi, mais pas de tests de libre association d'idée Natasha."
"Oh… Je t'ai préparé pour rien alors ?"
"Tu plaisantes ! Je n'aurais jamais su comment tenir si tu ne m'avais pas tout expliqué. D'ailleurs, tu mérites ça."
Il se pencha au-dessus de la table, prit son visage dans ses mains et l'embrassa bruyamment sur le front, et bien qu'elle fut mal à l'aise au début, elle le laissa finalement faire en riant. Stark reprit place, croisa le regard amusé de Steve, et surtout les mines crispées de Barton et Banner – la jalousie dans ce qu'elle avait de plus craquant.
"Pas de tests physiques ?"
"Non Cap'… mais ils m'ont torturé à la place."
Le bruit des fourchettes retombant violemment dans les assiettes des Avengers retentit dans l'immense pièce, un silence lourd les écrasant. Ils relevèrent leurs regards désolés vers Tony qui présidait en bout de table.
"… Ils m'ont fait voir un psy.", conclut-il avec le même dégoût que s'il leur avait décrit la pire des scènes de tortures.
"Mais quel con !", s'exclama Clint en faisant retomber la pression, sa main lourde tapant rageusement l'épaule du milliardaire qui explosa de rire.
Il leur expliqua à peine les détails de cette rencontre, se gardant bien de dire combien cela l'avait harassé de parler de son réacteur, mais très vite, et à sa demande, ils parlèrent d'autre chose. Ils lui racontèrent leurs deux jours tellement plus agréables que les siens, et parlèrent enfin de New York, de leurs plans, eux qui allaient y retourner avant la fin de semaine. Ils arrivaient enfin au bout de cette sale histoire et même s'ils n'allaient pas s'en remettre du jour au lendemain, au moins, ils étaient tous ensemble.
Le dîner fut plus qu'agréable, et même s'ils s'étaient mis à table tôt, ils y étaient restés longtemps, Tony commandant toujours plus à manger, pour le plus grand amusement de ses amis. Il était resté discret, quant à ses regards appuyés sur Bruce qui le lui rendait bien par des sourires adorables. Il tenta de le toucher sous la table, mais le physicien était trop loin de lui, ce qui, une fois de plus, le frustra. La fatigue les gagna un à un, et c'est Tony le premier qui en fit les frais en se levant, les saluant chaudement avant de quitter les cuisines.
Mais il ne se dirigea pas vers sa chambre. Il alla patienter dans un couloir vide. Si son plan avait marché, Bruce tenterait de le rejoindre. Il attendit à peine cinq minutes avant que Bruce n'apparaisse devant lui. Il le regarda, sourit et sans plus attendre, posa une main sur sa nuque avant de l'attirer contre lui pour l'embrasser avec une infinie douceur. Le physicien répondit au baiser dans un geignement adorable, mais sépara néanmoins leurs lèvres rapidement.
"Les caméras Tony."
"Tu as raison. Suis-moi."
Il lui fit signe de son index de le suivre et se dirigea vers l'ascenseur qui, contre toute attente, ne les fit pas descendre vers les chambre, mais remonter. Tony sortit le premier, suivi par un Bruce Banner étonné par la tournure des événements, et sortit sans veste ni manteau, la neige tombant à gros flocons.
"Où est-ce que tu vas ?"
"Suis moi, je t'ai dit."
Le sourire de Stark était si doux que Bruce n'hésita pas bien longtemps avant de se lancer à sa poursuite. Lui non plus n'était pas habillé pour sortir, mais son aîné avait l'air de savoir ce qu'il faisait. Et si les premiers mètres étaient seulement difficiles à cause de la neige tassée sur laquelle ils glissaient, bien vite, Tony les fit dévier du chemin principal pour couper à travers la neige bien plus épaisse. Tout le corps du physicien tressaillit, soudainement bien froid alors que ses jambes s'enfonçaient jusqu'au mollet et il demanda d'une voix qui trahissait son impatience.
"Tony, il fait nuit, il neige, et tu ne suis pas le chemin – je peux savoir où tu vas ?"
"Du calme doc', j'te fais pas un remake de film d'horreur."
"Oui enfin, si on continue d'avancer par là, il n'y aura plus de lumière et je ne serai même plus capable de te suivre…"
Tony s'arrêta, prit dans sa main celle froide – pour la première fois – de son cadet, et reprit sa marche.
"Je t'ai préparé une surprise."
"Dans la forêt ?"
"Mais non idiot, une voiture nous attend, mais je ne voulais pas qu'on nous voit, alors j'ai demandé à Will de nous attendre un peu plus loin."
"Will ?"
"Notre chauffeur."
"Chauffeur ?" Bruce s'arrêta et rompit le contact, de plus en plus énervé par la tournure des événements. "Bon sang Tony, je peux savoir ce qu'il se passe ? Tu viens de rentrer de 48 heures de tests, tu devrais aller te reposer. Pourquoi aurait-on besoin d'un chauffeur ?"
Tony s'arrêta à son tour, soupira devant le manque de bonne volonté de Banner et se retourna pour lui faire face et prendre tendrement ses mains dans les siennes.
"On en a besoin pour aller à Washington."
"… Maintenant ?"
"Maintenant."
"Pour quoi faire ?"
"Pour fêter mon retour d'entre les morts ! Et pour fêter ma libération !"
"Mais… c'est ce que nous venons de faire avec les autres à l'instant…"
"C'était mignon, mais ce n'est pas comme ça qu'on fait une fête. On a besoin… on a besoin de…"
Le physicien ouvrit grands les yeux, inspira longuement, réalisant ce que toute cette mascarade signifiait réellement.
"D'alcool ? C'est ça Tony, tu veux qu'on aille à Washington pour boire ?"
Touché. Tony inspira à son tour, fit de larges "non" de la tête en souriant pour se donner la contenance et passa ses mains gelées sur les épaules tendues de son ami.
"Une coupe de champagne dans un bar sélect que j'ai réservé, ensuite je nous ai pris deux chambres dans le même hôtel, rien que toi et moi…"
"Bon sang, Tony !" Cette fois, Bruce explosa, faisant demi-tour sans attendre, ses pas pourfendant la neige avec une haine non dissimulée. "Tu te rends compte de ce que tu fais ? Tu viens à peine de rentrer de Washington, tu viens à peine de réussir, et tu replonges aussi facilement ? Mais regarde-toi, regarde où on en est ! Tu nous fait sortir par ce temps, traverser une forêt enneigée sans manteau, sans veste, juste pour aller boire ?"
"Pour fêter mon retour !"
"Arrête de jouer sur les mots !", hurla Bruce d'une voix rauque qui fit trembler son aîné, avant de s'arrêter soudainement.
"Okay, okay, j'aurais dû demander à Will de nous attendre directement à la base, je pensais te faire plaisir en te faisant une surprise, je me suis trompé, excuse moi."
Tony s'arrêta à son tour, restant dans le dos de son ami immobile. Silence. Un lourd silence. Ils n'entendaient même plus le ronronnement des machines de la base du SHIELD. Ils ne voyaient même plus les lumières oranges de la piste d'atterrissage. Et soudain, Bruce prononça tout haut les mots que Tony redoutait.
"D'où est-ce qu'on vient ?"
Ils regardèrent autour d'eux, ne reconnaissant plus la trace de leurs pas sur le sol blanc et Bruce trembla de tout son être avant de se retourner vers son insupportable ami, frictionnant rapidement ses mains sur ses bras gelés.
"Donne moi ton portable, j'appelle les autres qu'ils viennent nous chercher…"
"…. Il est dans la voiture."
"Oh bon sang Tony…"
Bruce passa ses mains sur son visage, tentant de reprendre son calme, et se mit à faire les cent pas dans la neige molle qu'il haïssait plus que tout à cet instant même.
"Pas de panique doc', j'ai fait ce chemin en sens inverse tout à l'heure. Allons ensemble jusqu'à la voiture, et je demanderai à Will de nous ramener à la base et hop, comme si de rien n'était !"
"Mais quel chemin Tony ? Montre moi !"
"C'est très simple, il faut juste tourner à droite après le gros arbre…" Le milliardaire se retourna pour montrer de son doigt le fameux repère qui était en fait multiple face à eux. Il scanna du regard chaque arbre, les trouvant tous plus gros les uns que les autres et soupira. "Oh. Ok. Désolé."
"Et le pire dans tout ça, c'est que tu aies pu croire que ça me plairait…", se lamenta Bruce en tentant de percer à travers la forêt, même s'il n'avait aucune idée de l'endroit où il allait.
L'ingénieur le suivit sans un mot, le froid mordant les foudroyant tous les deux. Son regard se fixait sur chaque panneau, chaque arbre, chaque petit élément minuscule qui auraient pu lui donner un indice quant à leur position, mais rien. Il vit son cadet ralentir, tanguer d'un pied sur l'autre, avant de le voir s'appuyer contre l'écorce d'un arbre près d'eux.
"Ça ne sert à rien, on se fatigue pour rien. Le SHIELD surveille la zone avec des caméras thermiques, ils verront notre position et viendront nous chercher."
Tony ne répondit pas. Cela était vrai dans le seul et unique cas où quelqu'un surveillerait l'écran durant la nuit, puisqu'il était clair que la signature thermique de deux hommes n'était pas assez pour déclencher une alerte. De là à dire combien de temps ils arriveraient à tenir…
"… Je suis désolé doc'."
Pas de réponse. Bruce évitait toujours soigneusement son regard, ses mains enfoncées dans ses poches, lui qui n'avait plus la force de les bouger. Il remarqua ses boucles gelées par le froid, son visage presque blanc, lui qui avait pourtant une peau délicieusement basanée. Il grimaça en notant la teinte violette de ses lèvres et les manches de sa chemise rabattue, pour la première fois. Il devait être lui-même dans un piteux état et à ce moment, il ne détesta rien d'autre que lui-même. Il aurait pu au moins prévenir Bruce de mettre une veste. Il aurait pu demander à Will de se garer à côté de la base. Il aurait pu se contenter de la soirée parfaite organisée par les Avengers. Il aurait pu rester dans les bras de Bruce dans cette cuisine, sans jamais s'en défaire. Au lieu de ça, ils étaient tous les deux appuyés contre deux arbres, gelés.
"Tu sais, je connais un moyen de nous réchauffer…", tenta-t-il dans un petit sourire.
"Ne me touche pas.", ordonna le physicien sans daigner le regarder.
"Tu l'as dit toi même doc', ils vont voir notre empreinte thermique, vont réaliser que nous ne sommes pas à la base et vont venir nous chercher. Il faut juste attendre."
"Je ne crois pas que le corps humain soit fait pour affronter un tel froid aussi longtemps Tony."
Mais bon sang, oui ! C'était exactement ça. C'était sous leurs nez depuis le début et ils n'y avaient pas pensé. Ils allaient s'en sortir, ou du moins, l'un d'entre eux mais Tony préféra écarter cette idée morbide de sa tête, il devait juste la jouer finement.
"Ça aurait été plus drôle avec Pepper."
"Je ne vois pas le rapport…", répondit Bruce, aussi dégoûté qu'étonné par sa phrase.
"Elle aurait accepté qu'on se saute dessus, au moins ça aurait été plus drôle. Elle n'est pas aussi prude que toi."
"Pardon ?"
La voix du physicien se cassa malgré lui, mais Tony devait tenir bon.
"Quoi, si on crève gelés comme des Mister Freeze, autant être honnêtes non ? Tu as le sex appeal d'une nonne Bruce, mais ce n'est pas grave, je t'apprécie quand même."
"Tais toi Tony. Tais toi, ça vaut mieux…"
"Oh, ne joue pas l'étonné ! T'as pas tiré ton coup depuis dix ans, j'ai quand même le droit de dire que t'as des lacunes en la matière, non ?"
"Ce n'est pas le moment de se disputer…"
"On ne se dispute pas, on parle, tu sais ce truc que tu refuses toujours de faire parce que tu fuis à la moindre occasion."
Bruce ne répondit pas, sa respiration se faisant plus bruyante, plus profonde. Tony profita de ce petit moment de calme pour reprendre des forces, sachant que ce qui allait suivre serait nettement plus dur, et reprit :
"T'as une bonne excuse de toute façon pour fuir les problèmes…"
"Arrête.", répondit une voix gutturale bien lointaine de celle de Bruce et Tony savait pertinemment qu'il devait continuer.
"Bien sûr que je vais arrêter, et je vais même arrêter ce truc qui se passe entre nous. C'était marrant au début mais tu me fatigues Bruce et je n'ai plus 15 ans, je ne vais pas passer mon temps à t'attendre – surtout pour le peu que tu donnes au lit."
"Tais toi !", ordonna Bruce en tombant à genoux. Il plongea ses mains dans la neige qu'il colla contre son visage, son cou, son torse, par-dessus sa chemise. Il semblait bouillant, et Tony se rapprochant, en eut le cœur retourné.
"Ah, parce que maintenant, t'as chaud en plus ? T'es vraiment un phénomène, et égoïste en plus. Alors maintenant sois gentil et arrête de te plaindre, au moins toi, tu as chaud."
Et alors que dans le silence gelé de la forêt, le seul craquement de la chemise de Bruce résonnait, Tony savait qu'il était allé trop loin. Banner ne répondit plus, haletant tout au plus, d'un souffle profond que le milliardaire ne connaissait que trop bien. Il se recula lentement, ses yeux ne quittant le corps recroquevillé du physicien dont les vêtements se déchiraient à vue d'œil, à mesure que son corps grossissait, et malgré la noirceur des environs, il vit sans mal le vert teinter sa peau. La forme sur-humaine se redressa, plus imposante et terrifiante que jamais, et grogna douloureusement d'une voix profonde. Le grondement fit tressaillir l'ingénieur qui tomba à la renverse, ses pieds ayant cognés contre une branche cachée sous la neige, et sans pouvoir bouger, il regarda le Hulk courir loin de lui, arrachant de son corps de titan les arbres sur son passage. Il entendit le bruit de ses pas encore de longues et terrifiantes minutes, avant de se retrouver seul dans un silence étouffant.
Et malgré la peur qui le bouffait de l'intérieur, il savait qu'il avait fait le bon choix, et qu'il en avait sauvé au moins un des deux. Il finit par se redresser, inspecta sa cheville qui même si elle était foulée ou cassée ne lui faisait aucun mal grâce au froid, et pria tout haut :
"Bon sang, faites que ces cons du SHIELD aient programmé une alerte en cas de signature thermique anormale…"
Il chercha un endroit où se poser, avant qu'un souffle animal ne le surprenne. Dans son dos, le Hulk, imposant et tremblant, une boule de nerf terrifiante qui le paralysa sur place.
"Okay mon grand, on ne s'énerve pas et on reste calme… d'accord ?"
Mais à peine avait-il fini sa phrase que la main géante s'écrasa autour de son corps.
Le signal d'alerte était en activation depuis plusieurs heures avant que Fury ne soit prévenu. Il s'était rendu dans la salle de contrôle, avait demandé une comparaison des signatures thermiques proches de celle qui émanait à quelques kilomètres de la base, et fit envoyer une équipe à la chambre de Bruce lorsqu'il vit le nom de "HULK" s'afficher à l'écran. Pas de physicien dans sa chambre, ni dans aucune autre ; une équipe militaire fut envoyée sur place sans attendre, Fury à leur tête. Il ne l'aurait jamais avoué à haute voix, mais le directeur pensait retrouver le Hulk mort – la signature thermique n'avait pas bougé depuis plus de deux heures et cela n'était jamais arrivé à cause du besoin primaire de toujours bouger du géant. Ils arrivèrent enfin sur place et Fury le premier n'en crut pas son pauvre œil valide.
Devant eux, Hulk assis, tenait dans ses bras serrés Tony Stark inconscient.
