Note : Merci à toutes et à tous pour vos reviews qui me poussent toujours à écrire :) Nouveau chapitre, j'espère qu'il vous plaira - conseil cependant, ne vous habituez pas trop au drame. Bonne lecture.


L'écran plat de la chambre de l'infirmerie diffusait les images enregistrées un peu plus tôt dans la nuit. Nick Fury depuis quelques années, avait stipulé que chaque intervention devait être filmée car la plupart du temps, les éléments les plus importants n'étaient pas visibles à l'œil nu, bien souvent dus à des entités tout sauf humaines. L'image n'était pas de très bonne qualité, du moins, le cameraman bougeait beaucoup et les bruits des pas dans la neige surpassaient les voix des hommes qui se rapprochaient de leur cible : Hulk, assis dans la neige, immobile. L'image sauta quelques secondes, puis elle reprit, face au géant cette fois, recroquevillé sur lui-même, tenant dans ses bras Tony inconscient.

Fury mit le film sur pause et se retourna vers l'ingénieur, assis dans un fauteuil, emmitouflé dans une couverture épaisse, pourtant habillé déjà chaudement, un bonnet sur les oreilles, des mitaines autour de ses mains encore meurtries par le froid qui serraient un mug de thé brûlant.

"Stark, j'ai vu dans ma vie des choses bizarres, mais que je sois damné sur place si ce n'est pas la chose la plus incompréhensible que je n'ai jamais vu."

"C'est rien qu'un bonhomme vert.", répondit le milliardaire en haussant une épaule – bien que son geste ne fut pas perceptible, lui qui était caché sous une couche impressionnante de tissus.

"Stark, regardez l'écran, le Hulk vous tenait dans ses bras. J'ai demandé aux médecins, vous n'avez pas une égratignure. Il vous a protégé."

Tony ne répondit pas cette fois et préféra porter son regard sur l'écran face à lui, en avalant une longue gorgée de son thé dont s'échappa un insupportable 'sluuuuuurp'.

"Je sais.", finit-il par répondre en reposant le mug vide à ses côtés, avant de replonger ses bras sous la couverture – il était revenu à la base du SHIELD depuis plusieurs heures mais il n'arrivait toujours pas à se réchauffer.

"Je peux savoir comment vous avez fait ?"

"Je n'ai rien fait Fury. C'est à Banner qu'il faut poser la question."

"Et c'est à Banner aussi que je dois demander ce que vous faisiez au milieu de la forêt à minuit passé ?"

Le directeur n'eut qu'un grognement las pour toute réponse. Il soupira, et dire qu'il s'était battu pour que ce type passe les tests du gouvernement sans soucis, il aurait dû plutôt le laisser se planter en beauté. Il éteignit cette fois la télévision, récupéra la clé USB qu'il y avait branché et fit à nouveau face au super-héros le plus insupportable de tous les temps – selon ses dires.

"Il vous a lâché dès que nous sommes arrivés et est parti se terrer dans un coin. On a pu récupérer le docteur Banner une heure après. Et c'est toujours très gênant de porter secours à un homme nu."

"… Je peux aller le voir ?"

"Est-ce que j'ai l'air d'être son infirmière ?", demanda le directeur impassible, arquant son sourcil droit.

"Il est conscient au moins ?"

"Oui, bien sûr. Maintenant Stark, écoutez-moi parce que vous commencez sincèrement à m'emmerder, et j'ai autre chose à faire qu'à suivre vos rituels idiots de milliardaire égocentrique. L'organisation que vous avez rencontrée fait une trêve, ils n'ont pour l'instant plus rien à vous reprocher, donc vous allez me faire le plaisir de tous retourner à New York et rapidement. Les autres Avengers resteront à votre tour, et ceci n'est pas négociable. Suis-je clair ?"

Stark hocha la tête, lorsque Fury haussait la voix, on ne pouvait que s'écraser. Il le regarda le saluer puis se diriger vers la porte qui le menait au couloir, avant de lui lancer :

"Fury, vous seriez craquante en infirmière."

"… Espèce de petit c –"

Mais le milliardaire n'entendit pas la fin de sa phrase, le directeur ayant déjà disparu dans les longs couloirs. Il sourit et repoussa de ses mains encore gênées par le froid la couverture qui le tenait au chaud et se leva sans attendre.

Bruce, il devait voir Bruce.

Il garda son bonnet enfoncé jusqu'aux oreilles mais retira néanmoins ses mitaines qui lui donnaient un air de SDF selon ses dires et à son tour, plongea dans le dédale des couloirs. Il ne connaissait pas l'infirmerie, si bien qu'il se mit à ouvrir chaque porte, sans gêne. Il arriva enfin au bout d'un petit couloir, poussa doucement la porte entrouverte et sourit de plus belle en reconnaissant le physicien, allongé sur un lit, un simple drap recouvrant son corps, mais dévoilant tout de même son torse nu. Il toqua pour lui faire signe de sa présence et repoussa la porte derrière lui pour leur donner un peu d'intimité. Bruce tourna son visage et le regarda impassible, comme s'il ne le reconnaissait pas.

"Bruce… ça va ? Tu me reconnais ?", s'enquit Tony en posant lentement un pied après l'autre.

"Bien sûr que je te reconnais Tony, je ne suis pas sénile."

Pas faux. L'aîné sourit plus encore, son cœur battant la chamade au fur et à mesure qu'il se rapprochait de ce corps si désirable, et n'y tenant plus, il posa une main sur la tête de lit et se rapprocha pour embrasser les lèvres du physicien – qui détourna la tête. Un geste simple mais ô combien douloureux. Tony, le cœur serré à cette vision, se redressa et murmura, comme une évidence :

"Tu m'as sauvé la vie, Bruce."

Mais pas de réponse. Il resta un moment, debout, frigorifié, près de ce corps bouillant qu'il ne pouvait toucher ; la frustration le bouffant de l'intérieur.

"C'est la deuxième fois que tu me sauves. Tu n'as pas... tu n'as pas à t'en vouloir. C'est moi qui t'ai poussé à bout. Tout ce que j'ai dit, je... je ne le pensais pas. Je voulais juste que tu te transformes. Tu l'avais dis toi-même, un humain n'aurait pas pu survivre avec un froid pareil. Alors je me suis dis, un Hulk…"

Il sourit doucement, mais Bruce ne le regardait toujours pas. L'air impassible, les yeux posés sur une commode sans intérêt, son cadet gardait le silence. Alors, Tony reprit.

"Mais je ne m'attendais pas à ce que tu reviennes pour moi. J'ai vu les images du SHIELD ; tu m'as pris contre toi, sans ça à l'heure actuelle, je ne vaudrais pas mieux qu'un glaçon à mettre dans un – Non, ne pas dire whisky! - Coca."

Toujours pas de réponse ; Banner avait-il seulement conscience de ce que cela impliquait ?

"Bruce, tu l'as maîtrisé, tu n'as rien détruit, tu as repris le contrôle et tu m'as sauvé."

"Je voudrais que tu sortes de cette chambre Tony.", demanda d'une voix glacée le physicien, après avoir capté ses yeux de son regard dur. "S'il te plaît, sors d'ici."

Et comme il était difficile pour l'ingénieur d'affronter ce regard plein de tristesse. Il le regarda, longuement, sachant pertinemment qu'il avait blessé Bruce et que cette fois, sa connerie et son alcoolisme ne pouvaient plus être niés. Il avait passé les tests, il avait passé deux semaines sans boire, il avait enfin réussi à commencer quelque chose avec Banner, et il avait tout fait foirer en une soirée. Et tout ça pour quoi ? Pour rien d'autres que de vieux démons. Il ne réalisait que maintenant, dans cette chambre d'infirmerie, que sortir et boire étaient devenus un réflexe, l'illusion d'un refuge qu'il croyait nécessaire alors qu'au contraire, cela le détruisait plus que toute autre chose.

Quand bien même, se détruire, il y était habitué, quelque part il aimait ça. Mais détruire Banner ? Ça, il en était hors de question. Il était allé beaucoup trop loin, il ne pouvait pas fuir ses responsabilités, il devait, pour une fois, affronter les conséquences de ses erreurs, guérir de ses faiblesses et ne pas laisser passer la merveilleuse chance qui se présentait à lui.

"Non."

Sa voix était douce, aucunement le fruit d'une quelconque révolte. Il fit le tour du lit, approcha une chaise sur laquelle il prit place, et doucement posa sa main sur celle de Bruce. Le physicien le regarda faire, frissonna en sentant le contact de son épiderme froid sur le sien et cligna des yeux avant de murmurer.

"S'il te plaît…"

"Non Bruce. Je ne te laisserai pas. Je ne suis pas parfait, mais au moins j'en suis conscient. Et je vais me rattraper. Je te le promets."

Et même si le milliardaire était un adepte du sermon mensonger, Bruce lut dans ses yeux à ce moment précis que rien n'avait jamais été aussi vrai. Il laissa son regard se poser sur les pommettes du milliardaire brûlées par le froid, sur ses lèvres encore teintées de violet, sur son regard fatigué et triste, puis sur sa main posée sur la sienne, dans un geste de pure douceur, geste qu'ils n'avaient jamais partagé jusqu'alors.


La fin d'après-midi marqua le départ des Avengers. On laissa Bruce se reposer au maximum, le reste de l'équipe préparant leurs affaires, tous pressés de quitter l'état de Washington pour enfin retrouver la Big Apple. Tony quitta l'infirmerie avec peine, accélérant le pas pour vite rassembler leurs affaires à tous deux afin de le retrouver le plus tôt possible. Barton l'accompagna jusqu'à la chambre vide du physicien puis jusqu'à la sienne où il remplit son sac rapidement. L'ingénieur y trouva deux chemises et une brosse à dent qui ne lui appartenaient pas. Il sourit, réalisant que Bruce était venu dormir dans sa chambre lors de son absence et trouva ce détail absolument craquant. Ils se retrouvèrent tous dans le jet privé prêté par Stark et s'installèrent sans attendre, Bruce prenant place à côté de Natasha, le plus loin possible du milliardaire. Il ne commenta pas, et ne tenta aucune approche. Il savait son cadet encore fragile et hors de question de l'énerver dans l'oiseau métallique.

Le trajet marqua le début d'une nouvelle ère, et cela, Tony en était persuadé. Il se rappelait de leur vol en sens inverse, de la manière dont les autres Avengers l'avaient ignoré. Il se rappelait surtout de lui, insupportable dans son besoin primaire de tout contrôler. Aujourd'hui, il n'avait plus envie de ça. Barton était assis face à lui, il lui racontait un de ses voyages au Mexique, il lui souriait, il se confiait. Stark n'était plus seul.

Il se retourna discrètement, vit Bruce le front appuyé contre le hublot, et réalisa. Son obsession pour le Hulk puis pour Banner n'avait été qu'un leurre pour fuir ses propres angoisses, ses propres problèmes. Et Bruce le savait. Il le savait depuis le début. Il avait joué le jeu, il l'avait aidé. Et Dieu comme Tony avait fait des prouesses grâce à lui. Mais bien sûr, son cadet n'aurait jamais pu faire tout le boulot. C'était à lui maintenant de se battre contre ses vieux démons et à lui seul. Conscient et désireux d'enfin reprendre le dessus, il n'en restait pas moins profondément attiré par Banner.

New York, pour le plus grand bonheur du génie philanthrope, était à nouveau elle-même : plus une once de neige pour ralentir la ville. L'hiver perdait de son insupportable splendeur, le temps se faisait plus clément, plus vivable en tout cas. La tour n'avait pas changé, les derniers travaux de reconstruction post-attaque de Loki touchaient à leur fin. Les Avengers se dirigèrent chacun dans leurs chambres, Barton aidant Bruce à porter son sac, et Tony, seul, se dirigea au dernier étage retrouver ses appartements. Il poussa la porte en verre, découvrit son salon qui s'éclaira à sa simple présence, sourit en entendant "T.N.T" d'AC/DC retentir et posa son sac avant de se diriger vers son salon.

"Bienvenue monsieur, vous m'avez manqué."

"Toi aussi Jarvis."

"Votre voyage à Washington s'est-il bien passé ?"

"Horrible."

"Monsieur sera heureux de savoir que j'ai fait remplir le bar du salon pour fêter votre arrivée."

Tony tourna la tête et vit une bouteille de Dom Perignon enroulée d'un délicat nœud rouge, posée sur le bar à sa droite, il sourit, et commença à vider son sac – dans tous les sens du terme.

"Merci Jarvis, mais on va freiner la consommation d'alcool à partir de maintenant."

"Monsieur est-il en traitement ?"

Bon sang, comme son majordome virtuel pouvait aller droit au but ! Mais comme de toute façon, Tony ne lui cachait rien du tout, pas même ses ébats avec ses conquêtes d'un soir, il répondit :

"Bientôt. Je rencontre un médecin lundi. Note ça dans mon agenda et rappelle-le moi."

"Avec plaisir monsieur."

Il rangea par la suite ses affaires, passa par la salle de bain prendre une douche rapide, et commanda aux cuisines un bon dîner à déguster avec les Avengers. Il passa du temps dans son dressing aux dimensions hors-normes, choisit avec soin une chemise blanche, un ensemble beige clair, puis une cravate rouge, non noire, non beige, et puis finalement, pas de cravate. Il fit envoyer un message à tous les Avengers pour les prévenir que le dîner était prêt dans la salle de réception numéro 3, et se dirigea vers la chambre de Bruce, préférant le voir seul à seul, avant qu'ils ne se retrouvent tous en groupe. Il toqua, une fois, puis deux. Et dut attendre très précisément trois minutes et quarante-sept secondes avant que le physicien ne vienne lui ouvrir. Il avait de petits yeux, des cheveux en bataille et la chemise froissée – il l'avait réveillé pour sûr.

"Ah, c'est toi…"

"Tu n'es pas prêt ?"

"Prêt pour quoi ?"

"J'ai préparé un festin de roi pour célébrer notre retour. Les autres vont nous attendre, viens !", lança-t-il joyeux en frottant ses mains l'une contre l'autre.

Bruce fronça les sourcils, une profonde impression d'incompréhension sur son visage, et fit non de la tête.

"Non Tony, je ne vais pas vous rejoindre. Bonne soirée."

Il commença à fermer sa porte, mais Tony ne put s'empêcher de l'arrêter de sa main.

"Attends, laisse moi te parler, juste cinq minutes."

"Pour dire quoi ?"

"Pour m'excuser."

"Tu t'es déjà excusé ce matin."

"Mais tu m'en veux encore, alors je suis prêt à m'excuser pour les siècles à venir."

Bruce soupira, ouvrit à nouveau la porte en grand et s'appuya sur la chambranle, il était fatigué, mais Tony avait l'air de tenir à cette conversation, alors autant lui donner ce qu'il voulait pour pouvoir enfin passer à autre chose.

"Tony, je sais ce qu'il s'est passé cette nuit. Je me souviens de tout. Je suis conscient de ce que j'ai fait." Il vit la mine de Tony se réjouir et leva sa main pour lui demander toute son attention. "Mais tu n'as pas idée de ce que j'ai ressenti. Une minute, j'étais furieux contre toi, la minute d'après, j'étais l'Autre. Dans ces moments là, j'ai juste... je ne pense pas. Il ne pense pas. Il a cherché à fuir, comme d'habitude, mais moi ça me tuait de te laisser là, sur place. J'ai dû me battre, contre moi-même pour revenir, pour qu'il accepte de te serrer dans ses bras, sans te faire de mal. J'aurais pu – j'aurais pu te tuer en une fraction de seconde Tony. Serrer mes bras et t'écraser."

"Je ne pense pas que ce soit vrai."

"Pardon ?"

La voix du physicien s'était faite plus faible. Il s'ouvrait face à son ami, il se confiait de manière intime et son aîné osait lui dire qu'il avait tort ?

"Je ne pense pas que ce soit vrai car tu ne voulais pas me faire de mal. Et bien que tu parles du Hulk à la troisième personne, je suis persuadé qu'il est une partie de toi. Je sais que tu le maîtrises, avec ce qu'il s'est passé cette nuit, on ne peut plus en douter. Alors, tu as raison, je ne sais pas ce que tu as ressenti, et je ne doute pas une seule seconde que ça a dû être dur, douloureux, mais toujours est-il que tu l'as fait Bruce. Et ça prouve que tu reprends le dessus."

"Ça prouve surtout que nous sommes deux inconscients qui devons arrêter nos conneries, et vite."

Tony baissa les yeux, sentit son cœur louper un bond, le mot "conneries" regroupant bien des choses, dont certaines qu'il n'était pas prêt à abandonner aussi facilement.

"Et par 'conneries' tu veux dire…"

"Juste – laisse moi seul, s'il te plaît. J'ai besoin – je veux être seul. Est-ce que tu peux respecter ça ? Et quand ça ira mieux, promis je... je te le dirai."

Le physicien n'avait cessé de bégayer, infiniment peiné par la tournure des événements. Tony lui fit un petit 'oui' discret de la tête, bien incapable de le lui dire tout haut, et vit la porte se refermer face à lui, le laissant seul dans le long couloir. Il devait respecter la décision de Bruce, malgré ses propres sentiments, il devait s'effacer pour le bonheur de quelqu'un d'autre que lui. Il se dirigea sans grande envie à la salle de réception, vit la table indécemment remplie de victuailles en tous genres et sourit faiblement en voyant ses amis déjà attablés.

Il savait qu'il allait devoir donner tout son temps et toute sa personne pour enfin regagner la confiance de Bruce, mais il savait surtout qu'il ne lâcherait pas. Il avait pris rendez-vous avec un médecin, bien décidé à faire face à ses problèmes d'addiction, il avait gardé le numéro du psychologue même s'il n'était pas encore sûr de l'appeler, il avait demandé à Pepper de venir lui rendre visite dans la semaine pour qu'enfin ils s'expliquent. Il voulait tirer un trait sur ce qu'ils avaient pu vivre à Washington. Il voulait prendre le temps de réfléchir à ce qu'il avait répondu sans réfléchir aux hyènes "J'ai de nouveaux projets pour agrandir Stark Industries et je voulais avoir le temps de m'y consacrer".

Et plus encore, il voulait retrouver la complicité perdue avec Bruce. Et même s'il était bien conscient qu'ils étaient maintenant plus qu'amis, et qu'il s'attachait à lui de manière très flagrante, il en avait marre de faire semblant. Il reconquerrait son cœur – car oui, il le savait, ce n'était plus seulement une histoire de sexe – et il l'assumerait pleinement, ce qu'il ressentait pour Bruce était de toute façon trop beau pour être caché.