Note : Hello à toutes et à tous. Voici le dernier chapitre de Cold Hearted Man - émotion quand tu nous tiens. Un énorme et sincère merci à vous d'avoir suivit cette histoire qui me tenait au coeur, et de l'avoir commenté.Mon cadeau de Noël se trouve en deuxième partie du chapitre.
Je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d'année et une excellente lecture :)


Bruce Banner n'avait jamais été un homme comme un autre ; il l'avait su dès son adolescence mais cela ne l'avait jamais vraiment dérangé. Bien sûr, le système scolaire américain prenait soin d'écraser sous sa semelle de Converse les élèves différents, mais il avait eu la chance d'être scolarisé dès ses 12 ans dans un pensionnat californien qui prenait soin de ses étudiants. Un bon retournement de situation, pour cet orphelin dont la mère avait été tuée par son propre père, un soir où l'alcool avait définitivement annihilé la moindre once de raison dans son esprit – alcool qui eut raison de son foie en prison quelques années après. Le karma.

Et pourtant, malgré le drame, Bruce ne trouva jamais la nécessité de se complaire dans son malheur. En parler : pour quoi faire ? Pleurer : il avait versé trop de larmes étant enfant, passé l'adolescence, il ne s'en sentait même plus capable. Et malgré tout, subsistait dans son esprit la réminiscence d'un cri, d'une gifle, d'un corps qui tombe face à lui – trois éléments si simples qui à défaut de le faire grandir lui, faisait grandir au plus profond de son âme une haine indescriptible.

Il fallait faire taire cette colère angoissante, et faire taire ses souvenirs : il fallait occuper son esprit.

L'école en fut le meilleur remède. Des heures à étudier, plongé dans les bouquins, puis des jours à expérimenter dans les laboratoires : le meilleur des échappatoires. C'est ainsi que le jeune Banner comprit l'intérêt de la science puis c'est ainsi que la physique devint son premier amour. C'est beau un premier amour, ça vous tombe dessus comme un coup de foudre, et ça ne vous abandonne jamais.

Son deuxième amour avait les yeux verts, une paire de bottines marrons, des bracelets en cuivre et un sourire d'ange. Elle s'appelait Betty, et bon sang comme elle était plus belle que le plus perfectionné des microscopes du laboratoire où ils travaillaient tous les deux. Banner l'avait aimée au premier regard, ravi du simple fait de trouver une femme ici. Il y avait trop d'hommes dans sa profession et Bruce n'aimait pas ça. Il n'aimait de toute façon pas les groupes, pas plus de trois personnes dans la même pièce ou alors son instinct de survie lui hurlait de sortir. Le souvenir de son père debout dans la cuisine, sa mère allongée contre le carrelage blanc tâché de rouge et son propre corps frêle caché sous la table, sans doute.

Il avait invité Betty à aller boire un verre le vendredi soir de leur première semaine de travail. Ils s'étaient retrouvés à 21h dans un petit bar de la banlieue de Chicago à essayer de s'entendre par-dessus les cris des supporters de foot attroupés devant le petit écran de la salle. Bruce s'était excusé d'avoir aussi mal choisi l'endroit et Betty avait ri. Elle avait un beau rire, charmeur et doux, d'une douceur à calmer les tempêtes, d'une douceur à calmer sa douleur ; peut-être.

Il fallut attendre cinq mois, trois semaines, un baiser sous une pluie battante, un collier en argent offert dans un petit écrin bleu nuit, une première fois dans la chambre de la jeune femme, pour que Bruce avoue à Betty ce qui le hantait depuis des années. Nus, peau contre peau, il avait niché son visage contre la poitrine de la jolie brune, avait fermé les yeux, bercés par le rythme entêtant des battements de son cœur et lui avait murmuré combien il souffrait de sentir ce truc au fond de lui. C'était au-delà du souvenir douloureux du crâne de sa mère frappant le sol, plus profond que la haine qu'il éprouvait envers ce père mort comme un rat, c'était quelque chose de tangible, quelque chose qu'il ne pouvait pas maîtriser mais qui vivait avec lui, en lui. Betty avait caressé ses cheveux courts, embrassé son front, elle n'avait pas ri, pas eu peur non plus, elle l'écouta avec une grande attention et lui promit de l'aider à comprendre ce qu'il se passait.

Le premier médecin, psychologue, était un ami de Betty, et bien que Bruce adora leurs 9 rendez-vous qui lui firent un bien fou, il dut se rendre à l'évidence, le truc n'était toujours pas parti. Le deuxième médecin, psychanalyste, parlait trop, leurs 3 rendez-vous étaient difficiles à supporter pour le physicien qui en sortit plus fragilisé encore. Le dernier médecin, psychiatre, évoqua les bienfaits d'un séjour en hôpital psychiatrique, de la nécessité de prendre des psychotropes et promit au physicien qu'ils soigneraient ce qu'il se passait dans sa tête.

Bruce avait souri poliment, était sorti pour se rendre au laboratoire de la banlieue nord de Chicago où il travaillait depuis deux ans maintenant et avait gardé secrètement ce qu'il avait ressenti lors de cet ultime entretien : ce n'était pas dans sa tête que cela se passait, mais dans son ventre, au plus profond de son cœur. Il rassura Betty en la retrouvant dans la salle de repos, mentant quant à son rendez-vous, et lui demanda si les derniers résultats sur les rayons gamma étaient arrivés. Un 'non' aussi calme que celui que lui répondit sa femme aurait pu lui suffire, il aurait même pu rester assis à ses côtés à travailler sur autre chose, mais le terrible truc était plus présent qu'à l'accoutumée, lui bouffant les entrailles à l'en rendre fou.

Il savait ce qui lui aurait fait du bien à ce moment là, il l'avait découvert à 17ans, mais honteux de souffrir de ce mal inconnu, il n'avait osé se défouler que trop peu de fois. Bien souvent il prenait son vélo ou sa voiture, se retrouvait dans un endroit calme, une forêt était idéale, et une fois seul, il tombait bien souvent à genoux, hurlait de toutes ses forces, de longues heures pleurant, jusqu'à ce que sa peau le brûle, jusqu'à ce qu'il se sente plus bas que tout, pas mieux qu'une vulgaire bête. C'était honteux et pathétique et trop peu de fois, il s'autorisa à craquer.

Ce lundi 17 mars 2003, il n'en eut pas le courage. Il se rendit au laboratoire du secteur 16, lança le calcul n°3 de la résistance des rayons Gamma et perdu dans sa terrible envie inaccessible de tout plaquer pour se réfugier dans la forêt la plus proche, il n'entendit pas le 'bip' incessant le sommant d'arrêter l'expérience avant que le pire n'arrive. Mais le pire arriva et le truc se réveilla enfin.

Finalement, le divorce ne fut pas si difficile à gérer, tout simplement parce que le SHIELD s'occupa de tout. Étrange cette organisation qui était venue lui rendre visite quelques jours après sa première transformation, Bruce en était même légèrement méfiant. Mais les semaines qui suivirent lui apprirent que s'il y avait une personne en qui il pouvait avoir confiance sur Terre, c'était Nick Fury. Un grand mec, pas commode, deux yeux qui semblaient vous sonder tout entier, mais Fury était un mec bien, pas l'ami du physicien, tout simplement le genre de mec qu'il aimait savoir à ses côtés. Et contrairement à Betty, Banner se fichait de le décevoir.

Une fois divorcé, les transformations se faisant plus rares, le physicien tenta une reconversion à Seattle qui se solda par un formidable échec. Ses plus longues années d'errance commencèrent alors, et Bruce ne chercha plus rien d'autre que du calme, du calme, et rien que du calme. À quoi bon rencontrer des gens, leur parler, tisser des liens, lorsqu'on avait sous sa peau un monstre prêt à tout démolir ? Alors, l'Inde se trouva être une bonne alternative. Et pourquoi pas essayer de servir réellement à quelque chose – sauver des vies plutôt qu'en détruire.

La date du triste anniversaire de son accident avait cette année complètement échappé à Bruce ; Tony avait préparé son propre anniversaire dans une soirée à la Stark Tower qui dépassait l'entendement. Une centaine d'invités, un buffet hallucinant et les meilleurs champagnes de France avaient élu domicile au 80e étage. Cette fête, il l'avait préparée en grande hâte, désireux d'oublier ses derniers déboires et la mission catastrophique de Clint et Natasha, et même si Bruce n'avait aucune envie de se retrouver coincé entre quatre murs avec une centaine d'inconnus, le plaisir qu'avait pris son amant à tout organiser le poussa à ne jamais ouvrir les lèvres pour critiquer. C'était Tony Stark après tout. Ils s'étaient mis d'accord, Bruce restait sur la terrasse, au frais et Tony de son côté restait le maître imperturbable d'une soirée d'exception. Leur seul deal étant qu'à une heure du matin, Bruce vienne chercher Tony – demande du milliardaire qui prouva une fois de plus que son excentricité ne l'avait jamais quitté.

Le physicien avait donc fait un effort pour se glisser à travers la piste de danse bondée, pour finir par trouver dans un petit salon reclus son amant installé sur un canapé rouge voyant, entouré d'une jolie jeune femme blonde à la robe élégante et d'une autre plus court vêtue encore. Bien sûr que les deux femmes voulaient Tony, tout chez elles trahissait leur envie de lui arracher ses vêtements : leurs regards, leurs sourires, un genoux collé à celui du milliardaire, une main posée sur son avant-bras. Bruce l'avait vu, avait souri, était venu face à eux et avait simplement donné l'heure à Tony. Il n'était pas jaloux.

Leur relation était compliquée, mais jamais il n'avait été jaloux. Car à quoi bon ; Tony Stark, intarissable play-boy ne pouvait s'empêcher de draguer, de plaire, toujours était-il que lorsque ses yeux se posaient sur Bruce Banner, ils étaient emplis d'un tel désir, d'une telle envie que le monde entier n'avait plus aucune importance. Cela, Bruce le savait, et il l'avait vu encore ce soir-là lorsque Tony quitta la compagnie des femmes pour se rapprocher de son amant et le suivre en oubliant déjà les deux greluches du canapé. Il n'y avait eu personne d'autre que lui depuis des mois et cela était aussi beau qu'incroyable. Doucement, la main de Tony se referma sur la sienne et les deux hommes traversèrent la piste de danse en sens inverse.

Stark connaissait le mal-être éprouvé par son cadet lors de mouvements de foule et bien que cela était tout bonnement inconcevable pour lui –quoi de plus beau qu'une foule en délire criant son propre nom ?! – il avait développé une protection inconsciente. Une main attrapant la sienne, une autre posée dans son dos ; chaque contact était primordial pour prouver au physicien qu'il était là. Et comme Bruce aimait ça. Comme Bruce aimait tout chez lui.

Cela datait de leur rencontre dans l'hélioporteur. Une poignée de main, un sourire discret, une tendre moquerie, quelques secondes qui suffirent à faire flancher le pauvre cœur fatigué de Banner. À cette époque, il rentrait néanmoins de sa retraite paisible de Calcutta et autant l'avouer, depuis Betty, il n'avait jamais désiré quelqu'un. C'était dangereux et futile de toute façon. Le physicien avait alors développé son propre rituel – masturbatoire bien sûr, mais pas seulement. Ses mains ne pouvant de toute façon rien réaliser de concret, son esprit se développa, ses fantasmes prenant une place inattendue et tellement plaisante. Il n'imaginait personne de vraiment précis, ou alors aucune personne réelle, c'était sa seule règle. Au début des femmes, des situations douces et tendres. Et puis, l'ennui prit place et l'image d'un sein galbé parut bien fade. Il n'aurait pas su dire comment ni quand, mais petit à petit, l'image d'un corps viril, nu contre le sien suffit à le combler. C'était son imagination de toute façon, il pouvait tout faire.

Il attendit la fin des événements de New York, et de prendre sa première douche dans leur nouveau refuge à la Tour, pour laisser glisser ses mains sur son corps en mettant un nom sur son fantasme : Tony Stark. Car comment faire autrement ; Tony Stark, Anthony Edward Stark, cet homme était un appel à la luxure, son simple nom le synonyme 'd'orgasme'. Alors oui, il avait conscience qu'une centaine de femme avait dû partager son lit, que l'homme était en couple avec une rousse merveilleuse et qu'il était plus play-boy encore que Hugh Heffner, toujours était-il qu'il était Tony Stark, et que dans l'esprit de Banner, dans sa douche ce soir-là, sa bouche était contre la sienne, ses mains remplaçant celles qui glissaient tout contre son membre, et tous deux murmuraient le prénom de l'autre avec une tendresse infinie.

Tendresse. Le mot ne le choqua qu'une fois qu'il fut remis de son orgasme. Si Stark semblait bien loin de quelques adjectifs, c'étaient les suivants : tendre, doux, patient.

Patient. Cette fois Bruce trembla, les remords lui bouffant le ventre – il s'était caressé en pensant à son hôte ! – il était clair que jamais, ô grand jamais, Tony Stark n'aurait la patience de le comprendre, de l'accepter.

Accepter. C'était à son tour de se remettre en question, était-il lui-même prêt à accepter Tony en ami, à accepter une relation, quelle qu'elle soit, avec quelqu'un ? Ils allaient de toute façon cohabiter, travailler ensemble même plus peut-être, et Tony était plaisant, alors, pourquoi ne pas essayer. Sans vraiment y croire, Bruce se permit alors d'ouvrir une petite porte, laissant entrer d'un pas Tony Stark en son sacro-saint-mystère. Rien qu'une seule petite porte. Il l'entraîna au tout début du mois de janvier à travers New York, juste pour le faire sortir, pour lui montrer que lui préférait être au calme, au froid, seul, pas enfermé dans une tour bien trop grande pour être raisonnable. La sortie fut des plus agréables et le soir-même, alors que Bruce sentait encore le sucre des beignets sur ses propres lèvres, seul sous sa douche, il s'imagina les poser sur le corps nu du milliardaire.

Il y eut ensuite la fête incroyable organisée par Stark, parfaite en tout point de vue tout simplement car sa vue ne se posait que sur le physicien. Bruce l'avait senti, Tony mué par une curiosité croissante l'avait suivi du regard toute la soirée, jusqu'à l'espionner lorsqu'il parlait avec Pepper. Ils avaient ensuite atterris dans une limousine criarde mais à l'abri de tous, seuls pour la première fois de la soirée. Alors, Bruce se permit d'ouvrir une autre petite porte. Un baiser. Discret, puis bestial – les deux mots décrivant parfaitement l'ambiguïté tumultueuse qui se battait chaque jour en lui. Il l'avait dit néanmoins tout haut, c'était une connerie.

Mais quelle magnifique connerie.

Le temps passa et vint Washington. Une période absolument amusante. Comment des bureaucrates ayant fait des études supérieures avaient pu croire que lui hurler dans les oreilles "Tu n'es qu'un monstre, un mutant !" le ferait craquer ? Dix ans à vivre avec le Hulk l'avaient, Dieu merci, rendu bien plus fort. Ses deux jours de tests l'avaient donc simplement fatigué à cause du matelas de mauvaise qualité et du peu de nourriture auquel il avait le droit, mais les tests qu'ils lui firent passer étaient tout bonnement enfantins et ridicules. Paradoxalement, il savait ses amis traverser une période bien plus éprouvante ; alors il les avait épaulés, avait caché son ressenti qui aurait pu minimiser ce que eux allaient subir, et ne les lâcha jamais.

Washington avait été risible, Devil's Blackbone avait été déterminant. Tony Stark emplissait ses pensées jusqu'à l'en rendre fou. Il avait goûté à ses lèvres, l'avait caressé en dominant la situation, et ce dernier point était particulièrement difficile à oublier. Il avait toujours imaginé Tony dirigeant, refusant toute soumission, lui qui s'aimait trop pour se sentir inférieur à quelqu'un. Mais cette fois là marqua un tournant dans leur relation. Ce n'était pas simplement pour faire plaisir à son cadet qu'il l'avait laissé diriger les opérations, c'était pour son plaisir à lui aussi. Et cela changeait tout.

Bruce savait qu'il ne pouvait entretenir une relation, amoureuse ou à défaut sexuelle, à cause de l'Autre. Hors de question d'improviser, de se laisser aller à ses pulsions, ou de laisser les rênes. Alors, si Tony semblait lui porter de l'intérêt et si en plus il était excité par ce type de liaison ; pourquoi s'arrêter là ? Et autant être honnête, cela n'avait jamais été que du sexe.

Bruce Banner était irrémédiablement, intégralement, désespérément amoureux de Tony Stark. Bien sûr, ils n'en avaient jamais vraiment parlé, les deux Science Bros évitant à tout prix de dire tout haut les trois petits mots que Stark avait de toute façon banni de son vocabulaire. Mais l'aîné avait prouvé son attachement d'une manière titanesque : la création des Banner Laboratories.

Le projet fut lancé en juin et comme Bruce eut du mal à s'y faire ! Une équipe de laborantins expérimentés fut mise en place, Tony engagea une certaine Olivia qu'il présenta à Bruce en tant qu'apprentie en qui 'il croyait beaucoup' et tous le saluaient d'un "Bonjour monsieur le directeur" lorsqu'ils le croisaient. Il n'était pas à l'aise, même avant son accident, il avait toujours préféré la discrétion, alors il avait demandé à Tony que les laboratoires et ateliers des deux derniers étages lui soient exclusivement consacrés et comme à son habitude, le milliardaire avait accepté.

Il cherchait de plus à se faire pardonner de son incartade dangereuse ; la rémission de Barton avait été plus compliquée que prévue, il avait mis des semaines à reprendre sa démarche habituelle et Tony, comme il l'avait promis sur son lit de convalescence, chercha à le venger. Bruce avait bien tenté de l'en dissuader, c'était bien trop dangereux pour qu'il accepte de le laisser partir, mais Stark n'en avait fait qu'à sa tête comme à son habitude et s'était envolé grâce à l'armure jusqu'en Serbie, où il tint sa promesse. Barton fut extrêmement touché par ce geste, jura fidélité à Stark, et Bruce lui jura de rompre leur contrat s'il recommençait une mission suicide de la sorte.

Contrat, car ils étaient partenaires, ne l'oublions pas.

oOo

Bruce rouvrit les yeux, il s'était assoupi quelques instants, attablé à son bureau sur lequel il était penché depuis le début de la soirée. Ce nouveau projet, il n'en avait pas parlé à Tony, et c'était sans doute à cause des remords qu'il avait commencé à penser à son petit ami. Il avait encore du mal à l'identifier comme tel, ils n'avaient pas encore parlé du fait d'être un couple, toujours était-il qu'ils étaient bien plus que des amis, ou que des –

"Science Bro !"

Tony cria en poussant la porte de son dos, rentrant dans le bureau les mains prises par un plateau rempli de chips, coca et autres friandises qui auraient été parfait à l'anniversaire d'un gamin de 8ans.

"Je pensais que tu restais à Tampa cette nuit ?", demanda Bruce étonné, mais souriant.

"Alors qu'en une heure de trajet, je pouvais te retrouver endormi, à moitié nu, bavant sur tes papiers ? Je n'aurais raté ça pour rien au monde."

"Je ne bavais pas.", sourit Bruce en prenant soin de ranger son dossier.

"Toujours est-il que tu es à moitié nu. Hey doc', tu fais la grève des boutons ? Pas que ça me dérange, mais j'espère que tu ne fais pas des apparitions publiques comme ça."

Le physicien rougit et baissa son regard ; il avait effectivement déboutonné les premiers boutons de sa chemise et desserré sa cravate qu'il n'avait pas pris soin de retirer. L'été avait pointé le bout de son nez et avec lui la chaleur était revenue, pour le plus grand inconfort de Banner. Si sa maîtrise du Hulk était nettement plus flagrante, il n'en restait pas moins qu'ils cohabitaient et les effets indésirables ne disparaissaient pas. Mais ce détail ne sembla pas perturber Tony qui vint s'asseoir sur un fauteuil en cuir face à lui.

"Monsieur le directeur des recherches travaille bien tard."

"Monsieur le directeur général peut parler…"

"Mais monsieur le directeur général à apporté à dîner pour se faire pardonner."

"Nous n'allons pas encore avoir cette conversation Tony : un paquet de Fritos goût Honey Barbecue ne constituera jamais un dîner."

"Sur quoi est-ce que tu bosses doc' ?", demanda Stark en n'essayant même pas de cacher son changement de sujet.

"Un dossier donné par Fury, je te brieferai quand j'aurai avancé."

"Bonne ou mauvaise nouvelle ?"

"Bonne et mauvaise nouvelle."

"Chouette."

Bruce réalisa que Tony avait simplement gagné du temps lorsque ses lèvres rencontrèrent les siennes. Son aîné avait tiré sur sa cravate pour le faire se pencher face à lui. Il grogna malgré lui, prêt à repousser son amant en signe de contestation, mais sa langue brûlante viola l'entrée de sa bouche avant même qu'il ne le réalise. Il soupira, ferma pour la première fois ses paupières et serra de ses doigts le bord de son bureau.

Ils avaient tous les deux beaucoup travaillé ces derniers temps, Tony passant le plus clair de son temps en Floride où une de ses nouvelles usines étaient en plein lancement, et la promiscuité lui avait manqué. Leur relation, à l'image de leurs premiers mois, était confuse mais diablement excitante. Ils pouvaient passer une semaine collés l'un à l'autre à travailler dans le labo sans se toucher et d'un seul coup se sauter dessus pour ne quitter le lit que trois jours plus tard. Ce rythme, Bruce savait qu'il en était la cause. Ils n'avaient toujours pas fait l'amour malgré leurs envies et surtout leurs nombreux essais ; à chaque fois, à peine les doigts de Tony ne le préparaient qu'il se sentait bouillonner de l'intérieur, ses avants-bras prenaient la dangereuse teinture du vert détestable et ils finissaient à un bout et l'autre de la pièce, Banner le plus souvent sous une douche froide à se détester. Pourtant, Tony n'avait jamais trouvé quelque chose à redire et quelque part cela était troublant : ils n'en parlaient jamais.

La pression sur sa cravate se fit plus forte encore et Bruce réalisa que son aîné l'invitait silencieusement à le rejoindre. Il fit le tour de la petite table sans être lâché par son amant qui le tira contre lui dès qu'il en eut l'occasion. Les lèvres de Tony avaient toujours eu un goût salé, absolument addictif. Sa langue prenait possession de sa bouche avec une envie débordante et Bruce avait toujours compris que dans ses baisers, Stark reportait la frustration de l'acte sexuel qui leur manquait. Tony le voulait, il lui avait dit à Devil's Blackbone il y avait des mois de ça. Il pétrissait ses fesses à la moindre occasion, ou se serrait dans son dos lorsqu'il le pouvait et bon sang comme cela était foutrement sexy.

Désireux de leur donner une nouvelle chance, Bruce plus excité que jamais lécha les lèvres de son amant avant qu'une main ne fasse pression sur ses boucles brunes. Stark avait ouvert sa chemise et le physicien n'attendit pas plus longtemps avant de suivre l'ordre silencieux. Se mettant à genoux face au corps assis face à lui, il glissa ses mains brûlantes sur le torse offert, pinça un téton de ses lèvres avant de le lécher avidement. Comme toujours lorsque l'ingénieur initiait leur embrassade, il était un délicieux mélange de domination et soumission ; il poussait Bruce à suivre ses ordres, ordres qui l'obligeaient néanmoins à s'occuper de tout. Mais à cela, Banner n'y voyait aucun inconvénient, bien entendu. Il caressa de longs instants la peau tendue sous ses doigts, embrassant sans chercher à se retenir le réacteur qui l'éclairait d'une douce lumière bleue et bien vite déboutonna le pantalon de son aîné, dans lequel il glissa sa main pour happer le membre tendu de désir.

Tony sourit en gémissant tout haut, rejetant sa tête vers le plafond et caressa de son pouce le front de Bruce. Ils étaient encore à moitié habillés et le physicien ne put s'empêcher de trouver la situation en tout point jouissive et absolument parfaite. Se penchant sommairement, il déposa une série de baisers brûlants sur la hampe de chair qui le tentait tant. Il n'eut pas le temps de le prendre en bouche que déjà la pression sur sa cravate reprit. Tony le fit se redresser sur ses deux pieds, lâcha sa cravate quelques secondes le temps de virer de ses deux mains l'ensemble des dossiers posés sur le bureau et Bruce retint comme il put un petit cri étranglé :

"Mes papiers Tony !"

Il s'apprêta à pester encore ouvertement contre son diable de petit ami lorsque ce dernier reprit possession de son corps via sa cravate pour le faire s'allonger sur le bureau.

"Cliché…", sourit-il malgré lui pour cacher sa gêne grandissante face à la situation qui s'annonçait.

"Mais tellement excitant.", appuya Tony en lui retirant son pantalon de ses jambes pendantes.

Il lui laissa néanmoins sa chemise ouverte et sa cravate. Il se permit un long soupir de bien être en sentant sa main caresser son entrée. Il avait arrêté de compter le nombre de fois qu'ils avaient essayé, mais ce soir, ils réussiraient, il le savait, non, il le voulait. Redressé sur un coude, il laissa sa main sur la nuque de Tony pour garder son visage au-dessus du sien pour être sûr de pouvoir l'embrasser s'il le désirait. Il réussit à détendre ses muscles lorsque son amant le pénétra d'un doigt et gémit tout bas en serrant malgré lui un papier sur lequel il était appuyé – pourvu qu'il ne soit pas important.

Avant Tony, Bruce n'avait bien évidement pas exploré ce côté du plaisir charnel, mais sa patience, sa douceur, sa tendresse avaient eu raison de ses réticences. Il en était sûr maintenant, sans l'Autre, Tony l'aurait fait sien depuis longtemps. Il se força à se concentrer sur les sensations, agréables et douloureuses, que son amant lui faisait subir pour ne pas penser au trouble-fête mais grogna bestialement en sentant ses avant-bras le brûler, son épiderme se déchirer.

"Tony, Tony…", haleta-t-il en voyant ses avants-bras virer au vert.

Il eut juste le temps de voir la main de son amant attraper à nouveau le tube de lubrifiant qu'ils n'avaient utilisé qu'à de trop rares occasions avant que sa bouche ne prenne à nouveau possession de la sienne. Les baisers, il les supportait, quelque fois même ils le calmaient. Il vida son esprit autant que possible, se concentrant sur la langue caressant la sienne, Tony avait de toute façon arrêté ses doux outrages et touchait à nouveau son membre dans des gestes bien trop plaisants. Puis, le baiser s'arrêta et Tony prit place à califourchon au dessus de son corps. Bruce ouvrit les yeux, souriant avec tendresse, et caressa d'une main douce le torse de son amant, avant que son regard ne se pose plus bas encore et qu'il comprenne ce que l'ingénieur préparait.

"Tony, non. Non !", ordonna-t-il d'une voix cassée en se redressant d'un coup ne sachant s'il avait agi sous le coup de la colère, de la surprise ou de la peur. Mais sa voix se brisa dans un long et profond geignement alors qu'il vit Tony assis au-dessus de son corps prendre son membre en lui.

C'était fou, dangereux, égoïste à l'image de Tony, détestable, et c'était foutrement bon.

Bruce arrêta de respirer sciemment, préférant mourir sur place que perdre le contrôle dans cette situation et ne serait-ce qu'égratigner l'homme qu'il aimait. Au prix d'un effort redoutable, il porta ses mains aux épaules de Tony prêt à le repousser, et tout simplement incapable d'exercer la moindre pression, il l'implora.

"Arrête, je t'en supplie arrête…"

"Pourquoi Bruce ? C'est bon, putain que c'est bon – tu es en moi, tu es enfin en moi.", lui répondit d'une voix cassée son amant dont le sourire était aussi insupportable qu'aguicheur.

Ça ne pouvait pas bien se passer, c'était certain, Bruce le savait, il n'avait de toute façon pas le droit à un tel honneur, à un tel plaisir. Il vit le vert terrible fourmiller sous sa peau de quelques très furtives secondes avant que les mains de Tony ne se posent sur ses boucles brunes pour le forcer à baisser sa tête sans douceur.

"Regarde.", ordonna d'une voix rauque Tony.

Et Bruce regarda. Et Bruce réalisa.

"Bon sang Tony…"

Lui, assis impassible, voyait son membre disparaître petit à petit dans le corps chaud et offert de son amant. Sa voix n'était que désir, son corps parcouru d'un lent et terrible spasme qui le glaça sur place, et alors qu'il ne bouillonnait plus d'une chaleur insupportable, le physicien se permit d'enlacer de ses bras tremblants le corps musclé qu'il possédait enfin. Ça, jamais il ne l'avait imaginé.

Il nicha son visage contre le cou tendu de l'ingénieur, embrassant, léchant, mordillant la peau offerte dont il était accro, ni plus ni moins. Ses bras le serraient contre lui avec force, ses mains appuyées sur les fesses fermes de son amant qu'il aidait à bouger. Il n'avait pas vu Tony se préparer mais il n'en avait que faire ; il se délectait du plaisir intense de se sentir enfoui dans cette antre qui l'accueillait avec une aisance déconcertante. Dans un frisson, il ferma les yeux et réalisa qu'il n'avait possédé personne depuis 10 ans, personne depuis Betty son ex-femme. C'était trop, trop beau et trop bon, mais trop quand même. Tony offert tout contre lui allait et venait sur son membre en gémissant tout bas, un ronronnement à peine. Sa détermination n'avait d'égale que son narcissisme, mais pour la première fois, Bruce dut reconnaître qu'il avait raison. Sans l'avouer tout haut, bien sûr.

"Tu n'écouteras donc jamais quelqu'un d'autre que toi-même ?"

"Ce n'est pas au programme.", sourit Stark en griffant maladroitement son dos auquel il se tenait.

"Tu es insupportable Tony, un vrai gamin pourri gâté…", grogna le physicien en intensifiant ses coups de reins, rendu fou par le sourire prétentieux et aguicheur de son aîné. "Tu penses tout savoir…", reprit-il en ponctuant sa phrase d'un coup de rein plus profond. "Tu penses tout connaître…" Il s'enfonça une nouvelle fois plus loin en son amant et le sentant trembler, il sourit et plongea sa main dans ses cheveux noir de jais à la base de sa nuque pour l'obliger à le regarder, front contre front. "Mais laisse moi te dire que tu ne sais rien. Tu ne sais pas le plus important." Sans douceur, et sentant les ongles de Tony lacérer sa peau fragile, il serra ses cuisses pour le faire s'asseoir totalement sur son membre tendu à l'extrême et trouva le moment parfait pour enfin lui avouer, sans jamais le quitter des yeux : "Je t'aime Tony Stark."

Bruce sourit de plus belle, l'expression de Tony à cet instant précis dépassant l'entendement : un mélange de surprise, de douleur, d'incompréhension et de tendresse qui marqua son esprit comme jamais. Il baisa ses lèvres avec fièvre, se laissant enfin gémir tout haut, le plaisir d'être enfoui en son amant jusqu'à la garde lui faisant perdre tous ses moyens. Ses mains pétrissaient ses cuisses avec une application non dissimulée, lui imposant un rythme soutenu qui leur faisait perdre la tête à tous les deux. Tony serra d'une main la jonction entre son épaule et son cou, son pouce glissant sur sa carotide, l'autre se posant sur son propre membre suintant qu'il massa sans attendre.

Banner se délecta de cette vision indécente, Tony, nu contre lui, le corps ruisselant de sueur, les paupières mi-closes, les pupilles dilatées par le plaisir, se caressant sans ménagement en – il ne rêvait pas – murmurant son prénom encore et toujours, dans le plus sexy des mantras. Bruce n'y tenant plus, stoppa ses coups de reins langoureux, s'enfonça jusqu'à la garde dans l'antre chaude et captant de son regard plus amoureux que jamais les yeux de son aîné, il sentit la tête lui tourner, ses jambes trembler, son bas-ventre le brûler douloureusement avant qu'il ne jouisse enfin dans le corps qu'il marquait définitivement que sien. Dans son orgasme, il vit les yeux de Stark se fermer, ses dents mordre sa propre lèvre inférieure et sentit son corps se tendre subitement dans un cri qui brisa le calme de la pièce, ajouté au sien. Deux cris et pas un de plus. Car à ce moment précis, Bruce ancré au plus profond de son être, réalisa qu'ils étaient deux, ou un, mais qu'ils n'étaient en aucun cas trois. La douceur de Betty l'avait calmé – l'amour imprévisible de Tony l'avait accepté.

Il embrassa du bout des lèvres celles meurtries de son amant et sourit de plus belle avant de se laisser retomber mollement en arrière. Plus un bruit. Rien à dire de toute façon. À la limite, ils auraient pu applaudir, mais cela aurait été plus l'œuvre d'un coquin de Stark. Le physicien s'assoupit quelques instants, maîtriser l'Autre et faire l'amour à son amant n'était pas chose aisée. Il se réveilla tout engourdi, et vit à côté de lui sur le bureau Tony assis en tailleurs, toujours aussi nu, toujours aussi beau, buvant au goulot le bouteille de Coke Light qu'il avait ramenée. Il lui sourit, se redressa difficilement sur ses avants-bras et piqua une chips dans le paquet ouvert à côté d'eux.

"Tu vois que j'ai bien fait d'en ramener."

Banner leva les yeux au ciel ; Tony et son besoin vital de tout ramener à lui. Il mangea bruyamment la friandise bien trop chimique et regarda les yeux hésitants, la lèvre malaxée par son amant. Il savait de quoi ils allaient devoir parler.

"Bruce, je..."

" Pas la peine Tony."

"Attends, tu ne sais pas de quoi je veux parler."

"Tu n'as besoin de le dire tout haut.", sourit-il, le regard fatigué mais laissant transparaître tout de même la fin de sa phrase : 'je sais'.

Car oui, il savait que Tony Stark était maladroitement, follement, irrémédiablement amoureux de Bruce Banner. Il embrassa le genou posé à quelques centimètres de son visage, vit son amant glisser une main jusqu'au dossier qu'il avait choisi de ne pas encore lui dévoiler, et le laissant changer de sujet, il ne lui interdit pas d'y jeter un coup d'œil.

"Qu'est-ce que c'est ?", demanda Tony en feuilletant déjà les différents papiers.

"La prochaine mission de Fury."

"Tu as dû analyser des échantillons d'adamantium ?"

"Exact."

"Bruce, ça veut dire que... ?"

"Qu'ils ont retrouvé Ultron.", confirma-t-il dans un sourire discret.

La mission s'annonçait des plus difficiles aux dire de Fury. Clint, Natasha, Steve et même Thor avaient été contactés par le SHIELD et tous avaient commencé un entraînement drastique. Mais le physicien n'avait pas peur ; Hulk savait qu'il pourrait compter sur l'aide d'Iron Man.

Et Bruce Banner savait qu'il pourrait compter sur l'amour de Tony Stark.