Zone industrielle Murray East
6h50
La respiration de Kate était discrète mais elle était là. Castle sentait la peur lui crisper chaque membre de son corps. De ses mains encore tremblantes, il prit la main de Kate et la supplia d'ouvrir les yeux lui demanda d'ouvrir les yeux.
Puis, d'un coup, comme parcourue d'un éclair de vie, Kate serra sa main avec une force incroyable. Elle ouvrit les yeux et voulut se redresser. Il l'obligea à rester allongée en maintenant ses épaules, aidé par l'ambulancier. Il lui fallait de l'air, plus d'air. Toujours étourdie et désorientée, elle inspira profondément, douloureusement puis se mit à le chercher du regard. Il se rapprocha, tout près de son visage, pour la rassurer. Il colla son front au sien et lui parla tout bas.
Castle : Kate, reste calme. Respire, doucement
Elle toucha son visage de sa main, pour se prouver que tout était bel et bien fini. Il avait réussi. Instantanément, au contact de son visage, au son de sa voix, elle se calma.
Castle : je suis là
Un soupir de soulagement parcourut simultanément Lanie, Martha, Alexis et les garçons. Gates, restée à l'écart, pris une grande inspiration et ferma les yeux un instant, osant à peine y croire. Son équipe était au complet.
Au bout de quelques secondes, les idées un peu plus claires, Kate voulut parler et écarta le masque de son visage.
Beckett : Alexis ?
Castle : Alexis est là aussi, elle va bien, grâce à toi
Puis, elle pressa sa main contre son ventre, comme pour lui faire comprendre. Parler, elle n'en avait plus vraiment la force.
Castle : je sais
Il rejoignit sa main sur son ventre pour l'enlacer. Il ne pouvait pas lui promettre que ce bébé irait bien. Seulement qu'il serait là, quoi qu'il arrive. L'ambulancier lui remit le masque sur le visage et lui posa une perfusion. Castle s'assit à ses côtés et caressa doucement son visage. C'est la dernière chose qu'elle vit avant de se laisser aller et de perdre de nouveau connaissance tant elle était à bout de force.
Hôpital Saint James
10h15
Alexis et Kate avaient été emmenées à l'hôpital. Beckett passait une batterie de test. Castle n'avait pas pu l'accompagner. Il restait auprès de sa fille qui, par miracle, allait bien. Ils attendaient des nouvelles de Beckett dans la salle d'attente. Alexis s'était blottie contre son père. Il serrait sa main dans la sienne. Il se dit qu'il ne pourrait plus jamais avoir l'esprit tranquille quand elle ne serait pas à ses côtés.
Toute la pression était retombée d'un coup. Il restait toutefois anxieux concernant l'état de Kate et du bébé. Il se sentait vidé, épuisé. Cette boule d'angoisse qui l'empêchait de respirer, depuis plusieurs jours maintenant, s'était soudainement transformée et il n'avait qu'une envie en réalité, s'isoler une fois encore pour craquer. Il avait vécu les pires instants de sa vie, mélange de ses pires cauchemars mais il faisait face, pour l'instant, pour sa fille et pour Kate. Seule sa mère, assise en face de lui, de l'autre côté du couloir, n'était pas dupe. Elle sentait toute cette émotion qui le parcourait pendant qu'il attendait et qu'il serrait sa fille contre lui. Finalement, le médecin sortit de la chambre et les sortit de leurs pensées.
Médecin : monsieur Castle ?
Castle : oui
Médecin : elle vous demande. Elle a une légère commotion. Elle est toujours sous oxygène mais ses paramètres sont stables. Sa température doit encore remonter un peu. On la surveille de près
Castle : est-ce que…est-ce que notre bébé… ?
Médecin : les premiers examens sont rassurants. Toutefois, l'obstétricien a été prévenu. Il fera une échographie pour confirmer que tout va bien. En attendant, vous pouvez y aller
Castle : merci, Docteur
Castle se tourna vers sa fille, il ne voulait plus la lâcher.
Alexis : vas-y, je ne bouge pas et grand-mère est juste là
Il embrassa Alexis et se tourna vers sa mère qui lui fit signe que tout aillait bien, qu'il pouvait y aller. Il ouvrit doucement la porte de la chambre mais elle ne dormait pas.
Tout ce qu'elle voulait à ce moment précis, c'était le voir et elle luttait contre le sommeil pour ça. Les lunettes à oxygène et les fils des perfusions lui rappelèrent à lui aussi des souvenirs douloureux, ce fameux jour où elle s'était prise une balle dans la poitrine, lors des funérailles de Roy.
Castle : hey
Beckett : hey
Les traits tirés, elle lui sourit. Il ne lui fallait que lui. Il s'approcha du lit, mis sa main sur son front pour dégager ses cheveux puis l'embrassa. Ses lèvres étaient toujours aussi froides. Ses mains aussi, il le sentit quand elle passa une main dans sa nuque pour qu'il laisse encore un peu ses lèvres contre les siennes.
Castle : viens-là
Il repoussa un peu les couvertures et s'allongea à ses côtés. Elle le laissa faire, contente de le sentir contre elle. Ils se faisaient maintenant face. Délicatement, il lui agrippa la hanche et l'attira vers lui. Elle trouva bien vite sa place, au plus près de lui, la tête posée sur son torse, le reste de son corps épousant parfaitement la position du sien, leurs jambes s'entremêlant. Il remit les couvertures sur elle et déposa des baisers sur son front, ses tempes, évitant soigneusement la blessure qu'elle avait à l'arrière de la tête, encore sensible.
Elle releva la tête un instant, fixant ses yeux bleus pendant de longues secondes. Il l'interrogea du regard.
Elle avait cru ne plus jamais les voir, ces yeux qu'elle aimait tant. Elle avait cru qu'elle n'aurait jamais la chance de lui dire…le plus important. Elle se demandait simplement pourquoi elle ne l'avait pas fait auparavant. Comme elle avait réalisé qu'elle le voulait si fort quand elle avait frôlé la mort sur ce toit, pendue dans le vide, à quelques mètres de la mort…Elle avait d'autant plus réalisé l'intensité de ses sentiments pour lui, enfermée dans cette cache et luttant pour tenir. Et même si ça lui semblait quelque peu cliché, elle voulait lui dire, là, maintenant. Elle voulait juste qu'il le sache, laissant derrière elle ces barrières invisibles qu'elle s'imposait, sans raison. Et elle n'eut aucun mal à prononcer ces mots qu'elles disaient si rarement.
Beckett : je t'aime
D'abord surpris, il lui sourit, la serra encore plus fort avant de lui répondre.
Castle : je t'aime
Kate glissa sa main dans son dos, sous sa chemise, cherchant plus de chaleur. Il se raidit, pris par surprise tant ses mains étaient gelées. Elle étouffa un petit rire. Il sourit, il avait toujours adoré son rire mais ça ne lui avait jamais semblé aussi bon de l'entendre. En un instant, son envie de craquer et les larmes qu'il ravalait se dissipèrent.
Malgré tout, il était tendu. Il ne pouvait s'empêcher de contrôler sa respiration, de jeter un œil toutes les cinq minutes au moniteur de surveillance qui reprenait sa tension et son rythme cardiaque. Il reprit son calme quand il sentit qu'elle se réchauffait et qu'elle s'endormait profondément. Il pouvait l'entendre au rythme calme et régulier de ses respirations.
...
