Et oui, enfin… Après un déménagement, et un gros blocage voici le chapitre 8 !

Chapitre 8 : Rencontre hostile

Les elfes marchaient rapidement. Alice était émerveillée par leur capacité à se mouvoir sans bruit, tout en souplesse, et elle se sentait bien malhabile à côté d'eux. Si au début elle parvenait à marcher à leur allure, au bout de quelques heures, elle commença à fatiguer.

La première journée de trajet se fit pratiquement dans le silence, à l'exception de quelques conversations entre Galoriand et quelques membres du reste de la troupe.

Tous avaient l'air soucieux, sur leurs gardes, à l'affût du moindre signe suspect. L'ambiance était concentrée, et Alice sentait son humeur s'assombrir. Elle aurait bien voulu parler à Galoriand mais celui-ci était plongé dans ses pensées, et elle ne pouvait pas lui en vouloir.

Environ un siècle s'était écoulé en Terre du Milieu depuis son départ. Les choses avaient changé. Et Lindorië, qui avait du l'attendre… Combien de larmes avait-elle versé ? Chez les elfes, qui ont en théorie l'éternité devant eux, le temps ne représentait pas la même chose. Mais quand l'amour rentre en jeu, l'attente paraît toujours plus longue, et si l'on y ajoute l'incertitude du sort de son bien aimé, la souffrance avait dû être immense. Pourtant, Lindorië n'était pas morte, et elle était restée en Terre du Milieu. Peut être avait-elle gardé l'espoir ?

Lorsque le soleil commença à se coucher, Haldir ordonna au reste de la troupe de s'arrêter. Alice s'effondra le plus dignement possible par terre. Haldir l'observa mais ne fit aucun commentaire, ce dont elle fût reconnaissante.

Galoriand se dirigea vers la jeune femme.

- Comment te sens-tu ?

- Ça peut aller…

L'elfe la dévisagea gravement. Alice porta ses mains à son front. Le tissu qui ceignait son front était complètement imbibé de sang. Aucune coagulation à l'horizon. Enervée, Alice jura en français.

- Qu'a-t-elle dit ? demanda Haldir en s'approchant de Galoriand et de la jeune femme

- Rien qui ne vaille la peine d'être répété, marmonna Alice

- Je pense que ce n'était pas très poli, traduisit Galoriand

- Sa blessure n'a pas l'air de cicatriser, déclara pensivement Haldir, je ne suis pas spécialiste en médecine des hommes, mais il me semble qu'elle aurait du arrêter de saigner depuis un certain temps maintenant.

En disant cela, Haldir fit signe à un autre elfe d'approcher.

- Calion, vous pourriez peut-être nous éclairer à ce sujet…

Celui-ci se pencha vers Alice, qui se sentait nerveuse. Les autres elfes avaient le regard fixé sur elle. Doucement Calion toucha les bords de la plaie, intrigué. Puis il fouilla dans sa besace et en sorti une gourde d'eau et un chiffon, et s'attela à nettoyer la plaie d'Alice. Celle-ci fût surprise par sa douceur et ses gestes sûrs : Calion devait être une sorte de guérisseur. Un peu comme elle, en fait. Elle lui adressa un pâle sourire, qu'il lui rendit.

Puis il sortit un petit récipient de son sac. A l'intérieur du récipient, il y avait une espèce de pâte verte donc Alice n'arriva pas à identifier l'odeur. Il étala un peu de cette mixture sur la plaie de la jeune femme, qui sentit quelques picotements. Tout en exécutant ces tâches, il expliquait ce qu'il faisait à Alice.

- Cet onguent sert à éviter que la plaie ne gonfle et qu'elle s'infecte. Votre blessure est assez légère, mais elle ne veut pas s'arrêter de saigner, ce qui cause quelques désagréments.

Pour finir, il se saisit d'une longue bande d'un linge blanc et lui rebanda la tête. Alice le remercie reconnaissante.

- Vous êtes donc un guérisseur, Calion, dit Alice

- Un apprenti guérisseur pour être honnête. Je suis aussi soldat, mais…

Haldir interrompit brutalement la conversation, leur faisant signe de se taire. Les elfes semblaient tendus et à l'affût. Alice tendit l'oreille, mais elle n'entendit rien. Malgré cela les elfes avaient dégainé leurs arcs et se tenaient prêts à tirer.

Haldir chuchota quelques mots à Galoriand et lui donna un arc, ainsi qu'un carquois rempli de flèches. Galoriand se métamorphosa en un clin d'œil en un archer de Lorièn, et Alice vit en lui quelque chose en lui qu'elle n'avait fait que soupçonner auparavant : Galoriand était un guerrier, un vrai. L'elfe se tenait droit, à l'affût, une arme à la main. Plus rien le ne différenciait de ses congénères.

Ce changement lui parût effrayant. Non par parce qu'elle ne reconnaissait plus son ami, mais parce que sa brusque transformation la ramena brusquement à la réalité et lui fit réaliser le sérieux de la situation. Son cœur se mit à battre plus vite.

Haldir la dévisagea et demanda à Galoriand si Alice savait se battre, ce à quoi il répondit par la négative. Galoriand s'approcha alors de l'infirmière :

- Alice, ce sont des orques. Ils seront là d'ici quelques minutes. Je veux que tu te mettes à l'abri.

- A l'abri ? Où ça ? demanda Alice en balayant les environs du regard.

Galoriand n'eut pas le temps de lui répondre, il la poussa sans cérémonie et elle tomba par terre, évitant de justesse une flèche ennemie. Ils approchaient.

Se redressant un peu, Alice vit que les elfes avaient commencé à tirer sur les assaillants, qu'elle parvenait enfin à distinguer. Au passage, elle admira l'incroyable grâce et la meurtrière efficacité des elfes dont les flèches allaient droit au but. Elle pouvait déjà apercevoir des silhouettes de ce qu'elle présumait être des orques – après tout, elle n'en avait jamais vu – à terre.

Peu à peu, les créatures s'approchaient, courant vers eux. Les flèches des elfes tuaient de nombreux assaillants, mais plus encore semblaient arriver. La forêt semblait soudain grouiller d'orques.

- Alice, hurla Haldir, Grimpez !

Alice se ressaisit. Grimper ? Mais grimper où ?

La réponse se tenait cinq mètres devant elle. Elle prit son élan et bondit pour s'accrocher à la branche la plus basse d'un arbre immense et feuillu, et entreprit de l'escalader, en faisant bien attention à ne pas regarder en bas. Alice avait le vertige, mais nécessité fait loi. Elle grimpa le plus haut qu'elle put, à une quinzaine de mètre au dessus sol et se dissimula tant bien que mal dans le feuillage fourni de son hôte. Elle entendait le vacarme de la bataille s'intensifier. Elle regarda en bas, s'accrochant le plus fort possible aux branches et en priant pour ne pas faire un malaise.

Les orques courraient, s'approchaient. Certains elfes dégainèrent ce qui ressemblait à une épée tandis que les autres continuaient à tirer. Ils se préparaient à une bataille en corps à corps. Les quinze elfes qui composaient la compagnie d'Haldir allaient être encerclés par une quarantaine d'orques. Alice déglutit.

Haldir souffla soudain dans un cor, et le cœur de la jeune femme fit un bond. Il appelait des renforts. Il y avait donc des elfes qui pouvaient entendre le cor, des elfes assez proches pour intervenir rapidement.

Et soudain, le contact se fit entre les elfes et les orques. Le combat à l'épée fit rage, et Alice fut rassurée de voir que les elfes étaient aussi habiles à l'épée qu'à l'arc. Elle surveillait surtout Galoriand, qui semblait bien s'en tirer. Elle pria mentalement pour qu'il n'arrive rien à aucun des combattants.

Elle était si absorbée par le combat qu'elle en eut le vertige, et ne remarqua pas tout de suite le manège de trois orques qui ne prenaient pas part à la bataille, mais inspectait les environs, un peu en retrait. Ce ne fût que lorsqu'elle entendit l'une de ces créatures hurler quelque chose dans un langage qu'elle ne comprit pas qu'elle les vit.

Ils se tenaient en bas de l'arbre où elle s'était cachée. Elle se recula un peu plus dans le feuillage, mais ce fût peine perdue. Les orques commencèrent à escalader l'arbre.

Alice réprima sa panique. Elle était trop haut pour sauter. Elle ne voulait pas appeler à l'aide de peur de déconcentrer Galoriand de peur qu'il soit blessé – ou pire – lors d'un moment d'inattention. Elle n'allait certainement pas non plus se laisser faire. Elle regarda l'arbre au dessus d'elle et vit une branche qui lui parût solide. Elle se redressa et attendit. Les orques grimpaient sûrement, mais lentement : ils n'étaient pas aidés par leurs armures qui entravaient leurs mouvements. Elle croisa le regard féroce de l'un d'entre eux et le soutint.

Leçon n°1 : ne pas montrer que tu as peur.

L'orque en question ricana méchamment, et lui cracha quelques mots incompréhensibles à ces oreilles, mais qui ne devaient certainement pas être très courtois. Elle attendit qu'il soit à peu près à son niveau. Il tenta de lui attraper une cheville, mais elle s'agrippa à la branche au dessus d'elle et lui flanqua un coup de pied dans le torse aussi fort qu'elle le pût, mais l'orque – pourtant un instant déséquilibré – se rattrapa à la branche sur laquelle Alice était. Cette dernière lui piétina les mains jusqu'à ce qu'il lâche et elle lui donna un autre coup. L'orque tomba par terre, entrainé par le poids de son armure.

Le bruit de chute attira immédiatement l'attention de Galoriand, qui s'empressa de décocher une flèche à l'autre orque qui approchait dangereusement d'Alice, avant de retourner au combat.

Alice se crût à nouveau en sécurité un court instant, mais son cœur s'arrêta un bref instant quand elle pensa que ce n'était pas deux, mais trois orques qui étaient montés dans l'arbre. Elle regarda autour d'elle en vain : aucune trace du troisième acolyte.

La nuit était à présent complètement tombée. La lune, presque entière offrait un bon éclairage au combat, mais dans l'arbre, la visibilité était faible à cause des feuilles. Alice tenta de faire le moins de bruit possible et tendit l'oreille. Elle n'entendait rien.

Quelques secondes passèrent, qui lui parurent une éternité. Elle fut soudainement agrippée par derrière par le troisième orque. Il lui mit une main sur sa bouche, étouffant son cri, et elle se débattit, réussissant à faire perdre son équilibre à l'orque… Et le sien. Elle parvint à se rattraper un peu plus bas, s'offrant au passage une belle douleur au bras. Malheureusement, l'orque n'avait pas dit son dernier mot et lui attrapa une jambe, faisant peser tout son poids sur elle. Alice eût beau résister, l'orque réussit à lui faire lâcher prise et à la jeter par-dessus son épaule.

Alors qu'elle se débattait, elle entendit au loin un autre cor, dont le son était semblable à celui d'Haldir. D'autres elfes arrivaient en renfort.

Alors que l'orque était à environ deux mètres du sol, Alice parvint à le déséquilibrer et tous deux tombèrent au sol. Alice avait réussit à amortir sa chute, mais son assaillant aussi. Ce dernier se releva pour revenir à la charge mais il fut arrêter net dans son élan par une flèche elfique.

Alice n'était pas au bout de ses peines car d'autres orques se précipitaient vers elle.

Galoriand avait eu tort en présumant qu'elle ne savait absolument pas se battre. Evidemment, elle ne savait pas manier l'épée, et elle était sûre que lui confier un arc serait une très mauvaise idée. Mais lorsqu'elle avait commencé à travailler au centre psychiatrique du Pavé Blanc, la première chose qu'on lui avait appris avait été une prise de judo pour immobiliser les patients violents. Et après que l' « accident » du Pavé Blanc l'ai laissée avec des cicatrices sur son bras et sur son torse, elle n'avait pu trouver de repos qu'en apprenant à se battre.

C'est ainsi qu'elle balança un coup de pied à la tête du premier orque qui se jetait sur elle, l'effet de surprise et le fait que celui-ci soit désarmé aidant. Elle parvint tant bien que mal à esquiver une deuxième attaque, lorsqu'elle entendit des cris stridents. Les autres orques qui allaient se jeter sur elle furent abattus, à l'exception d'un d'entre eux qui s'enfuit dans la forêt.

Alice regarda autour d'elle. Les renforts étaient arrivés : une autre compagnie d'une quinzaine d'elfe à cheval était venue à la rescousse, et les orques gisaient à terre. Elle chercha Galoriand du regard, le trouva, et se précipita vers lui.

- Galoriand ! Tu vas bien ? Tu n'as rien ?

- Non Alice, répondit-il d'un air soucieux, et toi ?

- Tout va bien…

- Les orques en avaient après vous, jeune demoiselle, coupa Haldir, je me vois dans l'obligation de vous poser quelques questions. Quel est exactement le but de votre quête en accompagnant Galoriand ?

- Je… Je ne suis même pas supposée être ici, balbutia Alice, je ne vous veux aucun mal…

Galoriand s'apprêtait à intervenir.

- Calmez-vous, demanda Haldir, si les orques avaient montré une quelconque amitié à Alice, cela lui aurait certainement porté préjudice, mais ce n'est pas le cas, l'inverse s'est produit. Je vous fais confiance, Alice, mais sachez que si vous me cachez quelque chose, je le découvrirais.

L'intéressée ne sut pas quoi répondre. La dernière chose qu'elle voulait était qu'on l'accuse de choses qu'elle n'avait pas faite, et le sous entendu d'Haldir était plus que clair : il ne lui faisait confiance que jusqu'à un certain point, et il était convaincu qu'elle avait un but en accompagnant Galoriand. Tout ce qu'elle voulait, c'était rentrer chez elle. Se balader avec des elfes dans une forêt magnifique était une expérience plus qu'intéressante, mais avoir été attaquée par des orques changeait tragiquement la donne. Des orques en avaient après elle spécialement, et elle ne savait absolument pas pourquoi : elle n'était qu'une étrangère dans ce monde. Elle pouvait perdre la vie en Terre du Milieu. Et elle ne savait pas quand elle pourrait rentrer chez elle. Si elle pouvait rentrer chez elle… Alice refusa de renoncer à cet espoir. Elle subissait le contrecoup de la bataille et elle sentit les larmes lui monter aux yeux.

Elle détestait qu'on la voit pleurer, alors elle détourna le regard en se forçant à respirer profondément, et en s'éloignant d'Haldir et Galoriand.

C'est alors qu'elle vit Calion assis par terre, allongé contre un arbre, le visage tordu par la douleur. Elle se précipita vers lui.

- Calion ? Qu'avez-vous ?

- Je crois que je me suis démis l'épaule.

Prudemment, Alice lui palpa l'épaule de l'elfe qui avait effectivement un aspect étrange : elle était plus basse que l'autre. Calion avait raison. Elle l'aida à se relever doucement.

- Je vais vous aider à la remettre en place.

Calion la dévisagea d'un air incrédule et vaguement effrayée. Alice s'expliqua.

- Là d'où je viens j'aide les guérisseurs. J'ai déjà remis des épaules en place. Ne vous inquiétez pas.

- D'accord, fit Calion avec un sourire brave mais pas franchement rassuré.

Remettre une épaule en place n'était pas une chose aisée, et demandait un minimum de force physique. Alice se sentait observée par les autres elfes, ce qui la stressait un peu. Elle prit le bras de Calion et le tourna comme il le fallait, dans l'angle. Puis, elle poussa et lui remit l'épaule en place. Calion blêmit mais n'émit aucun son, pourtant Alice savait à quelle point l'opération pouvait être douloureuse.

- Je n'ai plus mal, fit-il, surpris.

Il commença à bouger le bras, Alice le stoppa dans son élan.

- Il faudra garder votre bras en …

Elle ignorait le mort pour « attèle » et le mima. Calion sembla comprendre, mais Alice sût qu'il n'en ferait rien. Apparemment, les elfes, guérissaient plus rapidement que les humains. A cette pensée, elle toucha sa plaie au front. Aucune amélioration. Elle en fut inquiète.

Elle suivit Calion qui faisait le tour des blessés. Il n'y avait heureusement aucune perte à déplorer, autre preuve du talent des elfes au combat. Elle l'aida à soigner quelques blessures dues à des épées, et un bras transpercé par une flèche, tout en observant Haldir et Galoriand dialoguer du coin de l'œil avec des elfes de l'autre compagnie, tandis que d'autres elfes montaient un camp.

Lorsque les blessés furent soignés, Galoriand la rejoint et lui tendit quelque chose qui ressemblait à du pain. Ce ne fut qu'à ce moment là qu'Alice se rendit compte à quel point elle avait faim.

- Qu'est-ce ?

- Du lembas…

- Oooh du lembas, s'émerveilla Alice.

- Tu connais ?

Galoriand paraissait sincèrement étonné. Alice mordit dans le pain elfique.

- Tu m'en as parlé, une fois. C'est très bon.

Ils s'installèrent par terre pour manger, et furent rejoints par Calion.

- Demain, à l'aube, nous partirons à cheval avec la compagnie d'Amandil, nous serons plus vite rendus à Caras Galadhon.

- Qui est Amandil ? demanda Alice

- C'est le grand brun, près du feu, qui parle à Haldir, expliqua Calion. C'est un cousin de Lindorië.

- Comment va Lindorië ?

- Son état est stable, il l'a vue il y a trois jours, mais il faut que je me hâte. La dame de Lorièn lui a dit de ne pas désespérer. Apparemment, elle s'attendait à mon retour.

- Un siècle, c'est tout de même long lorsque l'on est amoureux, dit Calion.

- Deux mois aussi, précisa Alice

Galoriand avait le regard perdu dans le lointain. Il se reprit.

- Il faut te reposer Alice, lui dit Galoriand, demain sera une rude journée. Sais-tu monter à cheval ?

- Euh… J'ai déjà monté à cheval, il y'a longtemps.

- Les gens ne montent à pas à cheval dans ton pays ? interrogea Calion

- Pas vraiment non, fit Alice embarrassée

- Tu n'as pas peur des chevaux, quand même ? s'enquit Galoriand

- Non, non, répondit Alice, en mentant à moitié.

Pas s'ils sont gentils.

- On verra ça demain, déclara Galoriand en souriant. Viens avec moi, je vais te montrer où tu peux dormir. Tu tombes de fatigue.

- Le rythme des Elfes n'est pas facile à tenir pour les Hommes, dit Calion, nous sommes tous surpris par ton endurance.

Alice ne répondit rien, et suivit Galoriand qui lui indiqua un coin tranquille ou l'attendait deux couvertures elfiques. Elle s'endormit dès qu'elle fut installée.

Désolée pour l'attente… Et ne désespérez pas de voir Legolas apparaître dans l'histoire !

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