Chapitre 11 : Les jardins de Caras Galadhon

Les complaintes chantées par les elfes étaient à la fois magnifiques et profondément tristes. Après avoir fini de faire la vaisselle, Alice et Anar s'assirent sur le balcon du Talan. Ce dernier se tût et ferma les yeux, et Alice fût surprise par son changement d'attitude. Anar était si bavard que ce silence lui parût être un moment d'exception. Elle ne pensait pas qu'il eût réellement connu Gandalf, mais la disparition de l'Istari semblait être pour tous les elfes une perte énorme.

Ils restèrent assis un long moment sur le balcon à écouter les complaintes elfiques. Alice ne parvenait pas à être triste pour Gandalf, car elle savait qu'il allait revenir, mais elle ne pouvait pas s'empêcher de sentir émue en entendant la peine de tout un peuple. Elle pensa aux Hobbits, à Aragorn, Gimli, Boromir et surtout à Legolas. Comme ils devaient se sentir perdus en ce moment…

Ses pensées dérivèrent vers Aristide, qui avait suscité la méfiance des elfes. Alice savait que les elfes de Lorièn avaient la réputation de garder jalousement et férocement leur domaine, ce qu'on ne pouvait leur reprocher en ces temps de guerre imminente, et donc de paraître assez inhospitalier. Elle repensa à la réaction d'Haldir lorsqu'il les avait trouvés, elle et Galoriand, errant dans la forêt. Elle se demanda ce qui se serait passé si la compagnie elfique l'avait retrouvé seule, sans Galoriand… Elle pensait qu'il ne lui aurait pas fait de mal, mais qu'il l'aurait gardé à l'œil, comme c'était le cas pour Aristide. Ce dernier avait en plus eu la malchance d'avoir croisé la compagnie de l'Anneau, ce qui le rendait encore plus suspect.

En regardant les étoiles, ses pensées allèrent à sa famille et ses amis. Elle se sentait un peu coupable de leur causer une angoisse pareille en s'attardant en Lorièn, même si elle n'était pas sûre de pouvoir faire autre chose que de patienter jusqu'à la prochaine pleine lune…

Alice était épuisée, mais comme elle avait peur de paraître impolie en allant au lit alors que tout le monde se recueillait, elle fit de son mieux pour se maintenir éveillée. Elle fut surprise lorsque la voix d'Anar se joint à celles des autres elfes au bout d'un moment.

Au petit matin, après les chants, Alice, un peu secouée par cette nuit de recueillement, alla au lit.

Quand elle se réveilla, en sursaut, il faisait grand jour, et elle mit un moment à se rappeler où elle était.

Elle se leva précipitamment, en se demandant combien de temps elle avait dormi. Elle fit sa toilette, se brossa les dents et s'habilla avec une des robes que Lindorië lui avait prêté. Elle sortit presque en courant de sa chambre, pour trouver Galoriand assis à la table du salon en train de parler avec sa mère. Aerin lui sourit.

- Bonjour Alice, vous avez bien dormi ?

- Oui, trop peut être. Il doit être tard, non ?

- Ne vous inquiétez pas, répondit Aerin.

Faute de réponse claire, en regardant le ciel, Alice estima qu'il devait être aux environs de midi. Après un petit déjeuner composé de fruits qu'elles ne connaissaient pas, elle alla voir Aristide, qui avait élu domicile dans une tente au bas des arbres, un peu à l'écart. Il n'avait pas l'air en forme. A tout hasard, Alice tâta son front et contrôla son pouls, après l'avoir forcé à boire de l'eau. Ils parlèrent en français.

- J'ai bien dormi, ma petite Alice. Ils m'ont installé hier soir ici, car je n'ai plus la force de monter tous ces escaliers. Ces jours de marche m'ont épuisé.

- Comment cela s'est passé hier soir ?

- J'ai eu l'honneur extrême de rencontrer la Dame Galadriel et son seigneur, Celeborn, répondit Aristide, les yeux brillants.

- Comment cela s'est passé ? demanda Alice en souriant

- Très bien, ils ont été polis et ils ne m'ont pas jeté au cachot.

- Voilà qui est bien urbain de leurs parts.

- Galoriand m'a appris qu'il allait se marier avec Lindorië, une bien jolie elfe ma foi, et que nous étions invités, j'ai vraiment hâte de voir un mariage elfique.

Soudain, Aristide se tordit de douleur, et Alice se précipita pour l'allonger sur son lit de camp.

- Aristide, où avez-vous mal ?

- Ce n'est rien Alice…

- Je suis infirmière, je vois bien que ce n'est pas rien ! De quoi souffrez-vous exactement, Aristide ?

- Tu ne pourras pas me guérir, Alice. Je te serais reconnaissant, par contre, si tu me donnais les cachets qui sont dans la poche avant de mon sac.

Elle alla donc jusqu'au sac, qu'elle retourna.

Il est vachement lourd… Comment a-t-il fait pour porter ça ?

Elle ouvrit ladite poche, et en sortit les cachets. Elle regarda la boîte.

Il a probablement un cancer.

Son cœur se serra, mais elle n'en laissa rien paraître. Elle lui donna ses cachets avec son verre d'eau. Il avala rapidement ses médicaments.

- Alors, vous avez croisé la route de la Compagnie de l'Anneau apparemment ? demanda Alice, curieuse.

- C'est plutôt l'elfe, Legolas, qui m'a trouvé. Il a du sentir ma présence, je n'étais pas bien loin d'eux mais je ne les avais pas vu. Il me tenait en joue lorsque Haldir est intervenu.

-Belle entrée en matière…

- Nous n'avons pas pu vraiment parler, hormis quelques formules de politesse avec les Hobbits. Des charmantes créatures, tout à fait sociables.

- Vous avez parlé avec les Hobbits ? Alors vous parlez leur langue ?

- J'ai des notions de westron.

Alice fût étonnée. Elle savait qu'Aristide était un expert en la matière, mais la langue commune n'était pas la langue qui avait été la plus détaillée par Tolkien, loin de là. A sa connaissance, il n'avait livré guère plus d'une centaine de mots de vocabulaire, sans grammaire.

Aristide s'assoupissait. Après lui avoir mis une couverture sur lui, Alice le laissa se reposer.

Quand elle sortit de la tente, le soleil filtrait à travers les feuilles des arbres. C'était une belle journée, et en voyant les elfes s'affairer et bavarder affablement, la jeune femme se sentit curieusement apaisée, comme si l'harmonie qui régnait en ces lieux la calmait. Elle respira un grand coup, et mit de côté ses inquiétudes pour se concentrer sur le présent.

Elle retourna au Talan d'Aerin et Mardil. Ces derniers lui avaient en effet promis de lui montrer les jardins elfiques où étaient cultivées les herbes médicinales.

- Alice, voilà. Si vous êtes prêtes, nous allons monter aux jardins.

Alice crût qu'elle avait mal compris.

- Monter ?

- Il y a un problème ?

- C'est que… Je pensais que les jardins étaient en bas, je veux dire au sol.

Aerin sourit en lui répondant.

- Pas tous, Alice. Nous allons vous montrer nos jardins d'herbes médicinales. Pour cultiver les légumes, nous utilisons d'autres jardins. Nous pourrons vous les montrer également. Mais comme Galoriand a dit que vous étiez une guérisseuse, j'ai pensé que vous voudriez d'abord voir nos herbes médicinales.

- Je serais ravie de les voir.

- Allons-y, conclut Mardil.

Alice les suivit, et alors qu'ils montaient les marches des escaliers et traversaient les passerelles entre les arbres, elle dut s'exhorter à ne pas regarder en bas, aussi tentée qu'elle fût de contempler la beauté de la cité elfique de haut, de peur que le vertige qu'elle refoulait dans un coin de sa tête ne refasse une apparition.

Chemin faisant, elle écoutait Mardil et Aerin parler de leur métier.

- Nous préparons des crèmes pour désinfecter et nettoyer les blessures, ainsi que des potions pour endormir les patients si une opération est nécessaire, expliqua Mardil.

- Nous utilisons aussi notre savoir pour faire des onguents de beauté, compléta Aerin.

Peut être que j'arriverais à récupérer un ou deux secrets de la beauté elfique, songea Alice.

- J'ai une question, annonça Alice. Les elfes tombent-ils parfois… Les elfes sont ils parfois souffrant ?

Aerin et Mardil s'arrêtèrent de marcher et la dévisagèrent curieusement, à tel point qu'Alice crût que sa question avait été grossière et les avait choqués.

- Qu'est ce que tu appelles être souffrant, précisément ? finit par demander Mardil.

- Par exemple, est-ce qu'ils attrapent froid ? hésita Alice, ne parvenant à pas se rappeler le mot pour dire « malade ».

L'air interloqué de Mardil et Aerin lui fit réaliser que traduire l'expression française « attraper froid » littéralement en elfique n'avait pas été judicieux. Elle se rendit compte que son vocabulaire elfique avait des limites. D'ailleurs y'avait-il des mots sindarins pour « rhume », « grippe », « fièvres » ?

- C'est compliqué à expliquer, abandonna Alice. D'après ce que j'ai cru comprendre, les elfes sont moins fragiles que les mortels.

- En effet, répondit poliment Mardil.

Enfin ils arrivèrent au jardin.

Alice n'avait jamais rien vu de tel, et eut du mal à en croire ses yeux.

Le jardin était suspendu dans les airs, retenu par des dizaines d'arbres. Il était situé dans les hauteurs des arbres. Certaines parties des jardins étaient plongées dans l'ombre des feuillages des arbres, et d'autres étaient situées plein soleil.

- Vous n'êtes pas arrivée au meilleur moment de l'année, précisa Mardil. Il fait encore froid. En été, tout le jardin est très fleuri.

Ils firent quelques pas dans le jardin, et saluèrent les elfes qui se trouvaient là et cueillaient des espèces de petites fleurs blanches.

- Chaque herbe a sa saison de floraison, et certaines, comme l'armaë, expliqua Mardil, poussent encore lorsqu'il fait froid. Nous nous en servons pour faire des tisanes. Et regardez…

Alice suivit Mardil jusqu'à un coin du jardin.

- Nous laissons pousser aussi quelques fleurs.

- Des roses de Noël ! s'exclama Alice en français.

- Vous en avez chez vous ? demanda Aerin.

- Elles poussent plus au sud de mon pays, mais oui, nous en avons !

Curieusement, reconnaître une fleur familière la faisait se sentir moins étrangère à ce monde.

- Je vous laisse explorer avec Mardil, annonça Aerin, Tinùviel m'attend pour choisir quelques spécimens pour décorer la salle du mariage.

Alice suivit Mardil qui, passionné, lui expliqua les propriétés des plantes qui étaient là, et ceux qui n'avaient pas encore fait leur apparitions cette année. Alice était sûre qu'elle ne retiendrait pas grand-chose de sa leçons sur les plantes en elle-même, mais elle buvait ses paroles : les gens passionnés étaient toujours intéressants à écouter. Elle lui posa beaucoup de questions, auxquelles Mardil parût ravi de répondre.

Ainsi, elle apprit que les elfes aussi pouvaient tomber caeleb, malades, mais que cela arrivait très rarement, et presque uniquement chez les enfants, et les elfes fragilisés, comme des soldats revenant d'un long conflit. Aucune maladie ne semblait fatale cependant, si elle était traitée. Les elfes semblaient par contre avoir élevé la chirurgie à un rang d'art, du fait des nombreuses guerres qui avaient eu lieu, ce qui les avait également amené à devenir extrêmement savant en matière d'anesthésiants et de narcotiques. Les elfes soignaient aussi les animaux, surtout les chevaux, pour lesquels ils éprouvaient un attachement particulier.

Mardil et Aerin cultivait les plantes médicinales, et s'assuraient de leur conservation, les faisant sécher ou les réduisant en poudre dans leur herboristerie. Certaines plantes, précieuses et fragiles, étaient même cultivées dans leur atelier.

L'elfe posa aussi des questions à Alice au sujet de la médecine des mortels. Lorsque celle-ci parvint – très péniblement et en simplifiant le plus possible par manque de vocabulaire en partie– lui faire une description des maladies les plus répandues chez ses semblables, Mardil eu l'air abasourdi.

- Et encore, il y'a tant d'autres maladies…

- Vous devez donc connaître énormément de remèdes pour palier à toutes celles-ci.

- Nous ne parvenons pas à toute les guérir, mais certains guérisseurs, brillants, cherchent les meilleurs remèdes possibles. Hélas, de nouvelles maladies surgissent régulièrement.

- Connaissiez-vous des plantes que nous utilisons ?

- A dire vrai, je n'en connais aucune de celles que j'ai pu voir.

L'après midi touchait à sa fin lorsque Mardil conduisit Alice à la rambarde qui entourait le jardin.

- D'ici vous pouvez voir tout Caras Galadhon. Admirez…

Pour faire plaisir à Mardil, Alice se rapprocha de la rambarde, à côté de 3 elfes qui lui tournaient le dos, probablement absorbé par la beauté de la cité elfique.

Elle jeta un coup d'œil.

Au début tout allait bien, elle parvenait même à apprécier la beauté de la vue.

Puis sa tête se mit à tourner et ses jambes commencèrent à faiblir, menaçant de la faire tomber. Son vertige était de retour.

Elle du s'écarter brusquement de la rambarde, ce qui interpella les elfes qui se tenaient près d'elles. L'un deux s'approcha d'elle, l'air concerné.

- Mademoiselle ? Vous allez bien ?

En le reconnaissant, Alice eut un choc.

Legolas.

Si près, si réel… Une fois de plus elle fût frappée par sa beauté. Une étrange sensation de chaleur l'envahit.

- Oui… Très bien, parvint-elle à prononcer sans bégayer, j'ai eu… Peur de la hauteur.

- Alice, vous voulez redescendre ? demanda Mardil avec inquiétude. Je suis désolé d'avoir insisté, je ne pensais pas que vous vous sentiriez mal. Pourtant Galoriand m'avait prévenu.

Galoriand l'avait prévenu ?

Alice, qui avait fait de son mieux pour que son vertige ne se voit pas, se sentit un peu vexée de voir que les elfes étaient au courant.

- Je vais redescendre, déclara-t-elle le plus dignement possible.

- Je vais vous raccompagner, dit Mardil.

- Je viens avec vous, dit Legolas.

Alice le regarda, surprise.

- Mes amis m'attendent en bas, dit Legolas, comme pour s'expliquer.

Mardil, Legolas et Alice entamèrent la longue descente vers la terre ferme.

- Comment trouvez-vous notre cité, Legolas ? lui demanda Mardil

- Elle est magnifique, si sombre, et si lumineuse à la fois, répondit Legolas. Je suis enchanté de pouvoir enfin connaître cette partie de mon peuple.

- Legolas, expliqua Mardil à Alice, vient de loin, d'un autre royaume elfique qui se situe dans la forêt noire. Son père est le roi Thranduil.

- Votre royaume est-il si différent de celui-ci ? demanda Alice

- En certains points, oui, mais il y'a certaines similitudes, répondit Legolas.

Une réponse bien trop vague pour satisfaire la curiosité de la jeune femme… Elle n'eut cependant pas le temps de le questionner d'avantage.

- Alice aussi vient d'un autre royaume, situé bien loin d'ici, dit Mardil.

Legolas la regarda curieusement.

- Etes-vous l'amie dont nous a parlé le vieil homme, Aristide ?

- C'est possible, répondit prudemment Alice, nous sommes arrivés ensemble.

- Avec mon fils, Galoriand, précisa Mardil.

- J'ai entendu parler de cette histoire. Je me disais bien que c'était vous. Les mortels sont rares à Caras Galadhon.

- J'ai la chance de pouvoir visiter la cité, dit Alice, c'est un honneur pour moi.

Sauf que je suis très très loin de chez moi et je ne suis pas encore sûre du chemin du retour… pensa Alice.

A nouveau, Legolas la dévisagea, ce qui déstabilisa Alice. Elle ne parvenait pas à déterminer s'il était curieux ou s'il se méfiait d'elle.

Elle lui rendit son regard, mais il ne détourna pas le sien.

Pour briser la tension, que Mardil ne semblait pas remarquer, elle reprit :

- Je repartirais après le mariage de Galoriand et Lindorië.

Ce fût à ce moment là que Galoriand surgit devant eux.

- Ada ! Alice ! C'est Aristide ! Il ne va pas bien !

- Conduis-nous à lui, répondit simplement Mardil.

Alors, ils se mirent à courir en descendant les interminables escaliers.

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Hé oui, tout arrive… Enfin le chapitre 11 !

Je me suis promis de ne pas lâcher cette histoire avant la fin, mais ses derniers temps ont été mouvementés ! Et j'ai du réécrire au moins dix fois ce chapitre.

Merci à tout le monde pour vos reviews ! Ça me fait énormément plaisir.

Cataclop, j'ai suivi tes conseils : j'ai changé de ratings, et j'ai enfin réussi à trouver comment autoriser les reviews anonymes (oui je mets du temps à comprendre le fonctionnement du site)… Je suis contente de ton inscription ceci dit !

Sentinelle, je suis ravie que l'histoire te plaise. Quant aux petites incohérences, n'hésite pas en m'en faire part par message privé, je rectifierais si possible.

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