Chapitre 14 : Une longue nuit

Alice ne savait pas depuis combien de temps elle était assise là, à écouter le chant des elfes qui se succédaient pour chanter. Il n'y avait apparemment pas d'ordre établi, chacun passait selon son gré. De même, l'audience était assez informelle, et les spectateurs ne restaient parfois que pour une seule chanson, tandis que d'autres prenaient leur place à leur départ.

La jeune femme n'aurait sût dire depuis combien de temps elle était assise là à écouter, subjuguée par ces chants. Elle ne les comprenait pas tous, certains étant dans un dialecte qu'elle ne connaissait pas, mais elle se sentit comme emportée, balayée par ces chants, et pendant elle en oublia la détresse l'habitait.

Elle ne se rendit pas immédiatement compte que son voisin était parti et qu'un autre elfe avait prit sa place.

- Alice ?

Elle fût tirée de sa rêverie.

- Oh… Bonsoir Legolas ! Bafouilla-t-elle.

- Appréciez-vous les chants des elfes de Lothlorièn ?

- C'est une des plus belles choses que j'ai entendu de ma vie, répondit sincèrement Alice.

Legolas lui sourit, et tout deux se remirent à écouter les chants elfiques. La jeune femme espérait que personne ne pouvait entendre son cœur battre la chamade. La sérénité qu'elle avait réussi à retrouver en écoutant les elfes avaient volé en éclat, car la présence de Legolas, si plaisante soit-elle, lui avait rappelé la réalité de la situation. Elle tenta de se concentrer à nouveau sur la voix mélodieuse de l'elfe qui chantait, mais en vain. Après quelques minutes, sans mot dire, elle se releva, et après un bref signe de tête en signe d'au revoir à Legolas, elle partit.

Elle marcha quelques minutes dans la nuit, ne sachant pas vraiment où elle allait, à peine consciente des voix des elfes qui s'éloignaient, et se sentant vaguement coupable d'être partie brusquement, réalisant son impolitesse.

Elle respira doucement l'air de la nuit. Bientôt, l'aube se lèverait, et chasserait probablement ses soucis pour quelques temps, mais en attendant, Alice se sentait désemparée, et seule. Elle aurait voulu parler à Aristide, mais l'état de ce dernier était préoccupant et elle ne voulut pas gâcher son repos.

Galoriand avait du temps à rattraper avec Lindorië, ce que la jeune femme comprenait parfaitement, et elle se sentit un peu mesquine à l'idée de le déranger pour lui parler d'un problème qu'il ne pourrait pas résoudre.

Alice atteignit une clairière de la cité qu'elle ne connaissait pas, et elle s'assit au pied d'un arbre pour regarder les étoiles.

- Vous êtes bouleversée, dit une voix.

Legolas était apparu comme par magie à ses côtés.

Stupéfaite, Alice ne sût pas quoi répondre.

Elle se releva en s'époussetant.

- Est-ce ma faute ? Demanda Legolas, en la regardant attentivement.

Alice se sentit rougir.

- Non, ce n'est en rien votre faute Legolas. Je suis désolée d'être partie précipitamment tout à l'heure, je ne voulais pas être impolie. C'est juste que je n'arrivais pas à rester en place.

Il y eut un bref silence. Legolas regarda le ciel.

- Il n'y a rien de tel que de regarder les étoiles pour aider à relativiser, n'est-ce pas ? Dit timidement Alice.

- Ce spectacle apaise tous les tourments, répondit en souriant Legolas. Peut-être aimeriez-vous un peu de compagnie ?

- Et bien… Volontiers.

Alice se rassit par terre, et Legolas fit de même, sans plus de cérémonie.

- Je ne voudrais pas être indiscret, mais pourquoi êtes vous si bouleversée ?

Alice sentit sa gorge se serrer. La gentillesse du ton employé par Legolas lui donnait envie de pleurer.

- Il est parfois plus facile de se confier à un étranger qu'à un ami.

- C'est peut être vrai, finit par dire Alice.

Elle avait espéré que sa voix n'avait pas trop flanché, mais le regard que lui adresse l'elfe, plein de compassion, lui prouva le contraire.

- J'ai peur de ne pas retrouver le chemin de chez moi, avoua-t-elle.

- Le chemin de chez vous ? Cela ne peut être si loin, pourtant. Galoriand pourra sans doute vous aider.

- Ce ne sera pas malheureusement si facile.

Legolas eut l'air de vouloir poser plus de questions, mais se ravisa.

- Alors, comment trouvez-vous Caras Galadhon ? Vous m'aviez dit que la cité était différente de là où vous viviez.

- La cité est magnifique. J'admire la beauté des arbres et des talans. Là d'où je viens, la forêt est bien plus obscure et ne possède pas cet étrange éclat doré.

Là d'où il vient, il y a aussi des araignées géantes, pensa Alice.

- Et vous ? Cela vous change-t-il d'être parmi les elfes de la Lorièn ? demanda Legolas.

- En effet, c'est peu de le dire. Tout ici me paraît si différent. A la fois plus harmonieux mais aussi plus... Sombre.

- Sombre ?

- Je ne sais pas…, dit Alice qui commençait à craindre d'en avoir trop dit, je sens que… Tout le monde est inquiet.

- Les temps sont dangereux, répondit simplement Legolas.

- Et bien, je pense que le mariage de Lindorië et Galoriand parviendra à remettre un peu de joie dans les cœurs, même si ce n'est que temporaire.

- Je l'espère.

- Je n'ai jamais assisté à un mariage elfique, dit Alice. Cela doit être merveilleux.

- Ils sont l'occasion de grandes réjouissances. N'aviez-vous jamais été parmi les elfes auparavant ?

- Non, jamais.

- Vous parlez fort bien le sindarin.

- C'est grâce à Galoriand, répondit Alice après un court moment de tergiversation.

Il y eut un nouveau silence. Curieusement, il ne fut pas embarrassant. Alice s'était un peu habituée à la présence de Legolas à ses côtés, et commençait à apprécier l'étincelle de chaleur que cette présence provoquait en elle.

- Où sont vos amis ? demanda Alice

- J'imagine qu'ils doivent profiter d'un sommeil bien mérité. Ne devriez-vous pas faire de même ? Je vous aperçois souvent vous promener dans la cité, il me semble que les Hommes doivent parfois se reposer, dit-il en souriant.

- Je n'arrive malheureusement pas à trouver le sommeil. J'ai…

La jeune femme s'interrompit brutalement. Avait-elle rêvé ?

- Quelqu'un m'a appelé ?

Legolas s'était relevé rapidement. Il tendit sa main à Alice pour l'aider à se relever, et la jeune femme ressentit une étrange sensation électrique à ce premier contact physique avec l'elfe.

- Je crois qu'on vous a appelé, en effet.

Mais l'elfe lui-même n'en avait pas l'air sûr. Ils se tinrent un moment silencieux, à l'affût de tout bruit suspect. Alice avait beau scruter les alentours, l'obscurité ne lui permettait pas de voir grand-chose.

- Alice !!

- Galoriand ! Répondit Alice, qui avait reconnu la voix.

- Venez, il est par là, dit Legolas en guidant Alice.

Galoriand appela encore une fois Alice, et l'urgence dans la voix de son ami la décida à courir parmi les arbres et les racines, malgré la traitrise de l'obscurité qui la fit trébucher plusieurs fois. Enfin, elle parvint à Galoriand, suivie de près par Legolas.

- Alice, Aristide… Il a disparu !

Le cœur d'Alice s'arrêta de battre.

- Il est…

- Il est parti !

La jeune femme fût soulagée par cette précision, car le mot Sindarin pour « disparu » était le même que pour « mort ».

- Parti ? Mais comment ? Il n'a pas pu aller bien loin vu son état…, dit Alice

- N'y avait-il pas un garde près de lui ? demanda Legolas.

- Il ne l'a pas vu partir, répondit Galoriand.

- Il serait parti vers où ? S'enquit Alice.

- On n'a pas trouvé des traces, avoua Galoriand, presque piteusement.

- Je vais le chercher, déclara la jeune femme.

- Il y a déjà des elfes qui le recherchent, mais il ne serait pas inutile de quadriller vers le nord.

- Je viens avec vous, déclara Legolas.

- Il vaut mieux, répondit Galoriand, gentiment moqueur malgré la situation, il ne faudrait pas te perdre non plus.

Alice jeta un regard un peu vexée à Galoriand, mais n'approfondit pas le sujet.

- Allons-y, dit Legolas.

Elle le suivit sans dire un mot.

- Attendez-moi un instant, demanda Legolas au pied d'un arbre, je vais récupérer mon arc et mes flèches.

- Mais euh… Est-ce vraiment nécessaire ? demanda Alice, un peu inquiète.

- Je n'espère pas, répondit Legolas en montant les escaliers à toute vitesse.

Après avoir fait ce détour, ils s'enfoncèrent dans la nuit. Elle ne sût combien de temps ils cherchèrent dans l'obscurité, sans avoir de résultat. Parfois ils croisaient un autre elfe qui cherchait Aristide, mais il n'y avait pas de nouveau. Alice sentait une angoisse sourde monter en elle alors qu'ils s'éloignaient peu à peu du centre de la cité pour se diriger vers la forêt qui entourait Caras Galadhon. Et pourtant, elle le savait, elle le sentait, Aristide n'était pas loin. Elle se demandait ce qu'il lui avait pris de sortir comme ça de sa tente, sans prévenir personne. Parfois à l'hôpital, elle trouvait des patients errant dans le couloir, malgré toutes les mises en garde des médecins et du personnel soignant. Ces patients en avaient tout simplement assez d'être confinés dans leur lit. Mais ils restaient – sauf quelques notables exceptions – à l'intérieur d'un périmètre sécurisé, celui de l'hôpital. Mais là, le cas était différent.

Malgré la politesse et la diplomatie des elfes, Aristide et elle était des invités. Ce qui impliquait de respecter un minimum les règles des elfes, et Alice n'oubliait pas à quel point l'arrivée en fanfare du vieil homme avait suscité la suspicion. Elle le trouvait bien imprudent de partir sans avertir personne, mais en même temps elle ne pouvait pas s'empêcher de s'inquiéter.

Legolas et Alice s'arrêtèrent à la lisière de la cité elfique.

- Je ne suis pas sûre qu'il soit prudent d'aller plus loin, murmura Alice.

- Et vous avez raison… Pourtant je crois entendre quelque chose.

Alice se tût et tendit l'oreille, mais elle ne perçut aucun bruit suspect jusqu'au moment où il y eu un bruit de chute. Elle se préparait à aller en direction du bruit, sans réfléchir lorsque Legolas lui barra le passage en tendant le bras devant elle. Alice n'insista pas en voyant le visage concentré de l'elfe.

- Nous entrons dans la forêt, il faut se tenir sur nos gardes, murmura-t-il.

Soudain, un cri se fit entendre dans la nuit. Un cri comme Alice avait déjà entendu et qui la fit bondir d'effroi, l'appel à l'aide désespéré d'un homme à l'agonie.

- Legolas, supplia-t-elle, il faut y aller.

- Allons-y, répondit simplement Legolas.

Ils se précipitèrent vers l'endroit d'où venait les cris. Adossé au pied d'un arbre se trouvait Aristide. Alice se précipita vers lui et prit son pouls.

Son cœur ne battait plus.

- Legolas, j'aurais besoin de votre aide, demanda Alice. Il faut l'allonger.

L'elfe l'aida rapidement à étendre Aristide. Alice commença à lui faire un massage cardiaque, pendant que l'elfe était à l'affût.

- Alice, il n'était pas seul, il y'a des traces ici. Nous ne pouvons pas rester.

- Il faut que je parvienne à refaire battre son cœur. On ne peut pas le déplacer comme ça, je suis désolée.

- Faites-vite, répondit Legolas en préparant son arc.

Malgré la précarité de la situation, Alice fût impressionnée par le calme de Legolas. Quant à elle, était concentrée sur la réanimation d'Aristide, et ne songeait à rien d'autre, bloquant ses pensées.

- Que faites-vous ? demanda Legolas, imperturbable, en voyant Alice faire du bouche à bouche à Aristide.

- Je le force à respirer, en lui mettant de l'air dans les poumons.

Au bout de quelques minutes, Alice parvint à récupérer un pouls faible, mais régulier. Aristide n'était toujours pas conscient.

- On peut y aller maintenant, dit-elle à Legolas. Pourriez-vous m'aider à le porter ? Je…

Alice s'interrompit en voyant que l'elfe tenait son arc en joue vers une direction perdue dans l'obscurité. Elle n'osa pas prononcer un mot de plus.

- C'est une équipe de garde, finit par dire Legolas, en baissant son arc.

En effet, un groupe d'elfes armés s'approchait. Après que Legolas les ait mis au courant de la situation, l'un d'entre eux aida Legolas à transporter un Aristide inconscient, mais vivant, jusqu'à sa tente, à l'intérieur de la cité. Alice les suivit silencieusement, un peu anxieuse au sujet de la suite des évènements.

Lorsqu'Aristide fut couché et qu'Alice se fut assuré que son cœur battait toujours, Aerin tenta doucement de la renvoyer au lit.

- Mais il faut que je reste, je ne peux pas le laisser comme ça.

- Alice, je vais m'en occuper.

- Mais…

- Je ne le laisserais pas dans cet état là. J'ai plus de cinq cents ans d'expérience, répliqua Aerin doucement, mais fermement.

- Je…

- Au moindre souci, j'enverrais quelqu'un vous chercher.

- Dans ce cas…

Alice fit quelques pas vers la sortie de la tente, avant d'hésiter à nouveau.

- Alice, vous êtes exténuée, vous n'avez quasiment pas dormi de la nuit, finit par dire Legolas. Dans votre état, vous ne pourrez pas aider Aristide autant que vous le souhaiteriez.

La jeune femme, qui se sentait d'un coup épuisée, céda à cet argument. Courir dans les bois en pleine nuit était une manière efficace de retrouver le sommeil. Elle sortit de la tente. A ce moment là, Galoriand arriva en courant, et Alice lui donna les dernières nouvelles. Le visage de son ami passa de l'inquiétude à la surprise. Legolas et lui échangèrent un regard, et Galoriand entra dans la tente. Le garde qui les avait aidés à ramener le vieil homme se posta devant son entrée.

- Je vous raccompagne, déclara Legolas à Alice.

Celle-ci se demanda vaguement si elle avait définitivement acquis une réputation de fille totalement inapte à l'orientation, pour que chacun veuille la raccompagner comme ça. Elle commençait à connaître le chemin entre Aristide et le talan d'Aerin et Mardil tout de même ! Toutefois, elle était trop fatiguée pour se vexer et protester. Elle trouvait la compagnie de Legolas agréable, et elle n'était plus aussi nerveuse qu'avant quand elle était près de lui, même si elle avait parfois du mal à y croire. Elle se sentait même bien avec cet elfe qui provoquait chez elle une sensation agréable de chaleur au creux du ventre.

Après de la marche et une ascension qui sembla durer des heures pour Alice, ils arrivèrent enfin au talan des parents de Galoriand. Le soleil se levait.

- Merci beaucoup de m'avoir raccompagné, Legolas. Et de m'avoir tenu compagnie. Et aussi de m'avoir aidé à retrouver Aristide. Et … Enfin, merci beaucoup, pour tout, conclut Alice.

- Mais de rien, répondit Legolas. Dormez bien.

Sans plus de cérémonie, il disparut.

Alice rentra dans le talan, et alla s'écrouler sur son lit, sans prendre la peine de se changer. Elle ferma les yeux, mais des milliers de questions tournaient dans sa tête. Pourquoi Aristide était parti comme ça de sa tente ? Comment avait-il fait vu son état ? Et surtout, était-il sorti de plein gré de la cité ou avait-il seulement décidé de partir comme ça ? Perdait-il l'esprit ? A un certain stade de sa maladie, il pouvait y avoir des conséquences sur le cerveau, comme des métastases, non ? Allait-il s'en tirer ?

Son esprit partait dans les sens, en essayant d'analyser la situation. Malgré toutes ses tentatives pour réfléchir rationnellement, elle ne parvenait pas à mettre de côté un mauvais pressentiment. Quelque chose n'allait pas, elle n'arrivait pas à mette le doigt dessus, et ça la rendait folle.

Elle finit par s'endormir, plongeant dans un sommeil sans rêve.


Oui, il était temps ! La suite dans pas aussi longtemps, j'espère…

Encore une fois, merci pour vos reviews qui m'encouragent à continuer, même si ces derniers temps ont été mouvementés !

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