Chapitre 15
Lorsqu'Alice se réveilla, il faisait grand soleil. Pendant un court, instant, elle fut de bonne humeur, avant de se rappeler les évènements de la veille. Elle se leva et fit les cent pas dans la chambre, se demandant par quoi commencer. Elle était partagée entre l'envie de voir Aristide, même si elle savait qu'il n'y avait guère de possibilités que son état ne se soit amélioré, et l'urgence de voir Galadriel et Celeborn afin de les interroger sur l'état d'avancement des recherches sur la mystérieuse porte entre les mondes.
Elle fit sa toilette, et se lava les cheveux avec l'un des onguents qu'Aerin lui avait laissé à cet effet. Ses cheveux étaient mouillés, mais la jeune femme n'avait pas la patience de les faire sécher, aussi récupéra-t-elle un de ses élastique dans sa besace et se fit un chignon. Elle s'habilla avec des nouveaux vêtements qui avaient été posés sur une chaise, et par la même occasion, décida qu'elle ferait une lessive dans la journée, ne voulant pas surcharger ses hôtes par le travail. Contemplant son visage dans le miroir, elle hésita à repasser de l'argile sur sa plaie qui ne s'était toujours pas bien refermée. Elle le fit tout de même, en prenant bien soin de rabattre sa frange afin de la cacher.
Alice finit par sortir de sa chambre, mais ne vit personne dans le talan. Elle avait finalement décidé de passer voir Aristide en premier. Elle se hâta de descendre les interminables escaliers, soulevant un peu le bas de sa robe afin de faciliter ses mouvements. Elle se dépêcha tant et si bien qu'elle trébucha.
- P*tain de…, s'écria-t-elle fort peu élégamment en français alors qu'elle tombait.
Heureusement pour elle, elle fût rattrapée à tant par des bras. Elle tenta de se redresser le plus dignement possible pour remercier son sauveur.
- Et bien, en voilà une arrivée, lui dit ce dernier
- Legolas, balbutia Alice qui se sentait rougir, j'allais…
Elle s'interrompit en voyant Galoriand se tenait juste à côté de lui, la dévisageant d'un air goguenard.
- Nous allions à votre rencontre, annonça Legolas d'un air sérieux.
D'un coup, Alice ne reconnaissait plus l'elfe qu'elle avait côtoyé la veille. Malgré sa courtoisie habituelle, elle discernait une gravité qu'elle n'avait pas perçue auparavant.
- Galadriel nous attend, expliqua Galoriand. Il faut que nous parlions au sujet d'hier.
- Je vous suis, répondit-elle en se demandant ce qui allait se passer.
Durant le trajet, la jeune femme ne dit rien, laissant les deux elfes deviser à leur guise. Elle était inquiète.
- Qu'en pensez-vous, Alice ? demanda Legolas, l'interrompant dans ses pensées.
- Euh… Je…
- Elle n'a pas écouté, traduisit Galoriand.
Legolas lui sourit alors, ce qui mit du baume au cœur d'Alice.
- Ça ne fait rien, nous en reparlerons.
Ils passèrent devant la tente d'Aristide.
- Je peux…
- Tu peux aller le voir, Alice. Mais fais-vite, nous sommes attendus.
Alice pénétra dans la tente, où Aerin était présente.
- Bonjour, Aerin. Comment-allez vous ?
- Bien, Alice. Et vous ?
Mais la jeune femme ne répondit pas, son regard s'était fixé sur Aristide qui gisait recroquevillé dans son lit, dans une position plus qu'étrange. Sa tête était en arrière, la bouche grande ouverte, les yeux à moitié ouverts. Ses jambes étaient repliées sur son ventre. Un de ses bras était tendu devant lui tandis que l'autre était replié contre son corps.
Alice s'approcha de lui et posa sa main sur le front d'Aristide. Il était tiède.
Aerin se rapprocha d'eux.
- Est-il agité ? demanda Alice.
- Il a parfois des sortes de crises, répondit tristement Aerin, où nous pensons qu'il souffre beaucoup. Mardil a réussi à mettre au point un élixir qui le calme un peu. Mais il faudra que tu en parles avec lui, nous ne savons pas de quoi il souffre.
Voir ainsi le vieillard aussi misérable avait mis un coup au cœur d'Alice. Elle sentait sa gorge se serrer, et des larmes lui arriver au bord des yeux. Elle se força à respirer profondément. Elle avait déjà vu des patients mal en point, et, même s'il lui avait été difficile au début de sa carrière de s'endurcir, elle avait réussit à ne jamais sombrer dans un excès de sensiblerie tout en restant compatissante. Mais elle connaissait Aristide, et savoir ce qu'il endurait sans possibilité de le soigner vraiment ou au moins de le soulager dans l'immédiat la touchait vraiment. Cela lui rappelait également la singularité et la précarité de leur situation.
- Ça va aller ? demanda doucement Aerin à Alice.
Celle-ci ne pouvait pas encore parler, mais elle répondit en hochant la tête et en esquissant un sourire rassurant. Elle entendit Galoriand l'appeler de l'extérieur.
- Il n'aime pas non plus le voir dans cet état, expliqua Aerin, il a été le voir avant d'aller vous chercher. Rejoignez-le vite.
Prise d'une impulsion, Alice déposa un baiser sur le font du vieillard, fit un signe d'au revoir à Aerin. Lorsqu'elle sortit de la tente, les deux elfes l'attendaient. Un regard suffit à Galoriand pour voir qu'elle était bouleversée, bien qu'elle ait fait des efforts pour le cacher. Il passa son bras autour des épaules d'Alice, et la serra brièvement contre lui.
- Il ne va pas très bien, n'est-ce pas… lui dit Galoriand.
Alice secoua la tête.
- Si tu veux, tu peux retourner te reposer. Je pourrais expliquer à Galadriel. Elle comprendra. Tu es épuisée, et à bout de nerfs. Ce n'est pas facile… Je le sais, j'ai déjà vécu cela.
La jeune femme comprenait ce que voulait dire Galoriand. Cela avait du être éprouvant pour lui aussi de vivre dans son monde à elle. Ses émotions qui alternaient sans cesse entre désespoir, émerveillement, et curiosité, étaient épuisantes. A cela s'ajoutait sa peine pour Aristide.
- Non, je viendrais, finit par dire Alice.
Elle vit Legolas approuver en silence. Celui-ci ne l'avait pas quitté des yeux depuis sa sortie de la tente. Depuis qu'elle avait fait sa connaissance, elle avait l'impression d'être l'objet d'une observation scrupuleuse de sa part, comme s'il n'avait jamais rencontré quoi que ce soit, ou qui que ce soit comme elle. Elle ne savait pas vraiment si elle devait être flattée par ce genre d'attention.
Ils recommencèrent à avancer, toutefois, ils ne se dirigeaient pas vers les hauteurs des arbres où se trouvait le palais des seigneurs de la cités, mais vers ils restèrent au sol, allant vers un coin plus sombre de la cité, où les troncs des arbres gigantesques étaient recouverts d'une mousse sombre et les habitations se faisaient de plus en plus rare.
En chemin, ils eurent l'honneur de croiser Gimli accompagné de Merry et Pippin, qu'Alice et Galoriand saluèrent poliment. Legolas, quant à lui, leur dit bonjour fort chaleureusement.
Finalement, ils arrivèrent dans une petite clairière, baignée par quelques rayons de soleil, et Alice sentit encore une fois son cœur s'arrêter un bref instant. Là, devant ses yeux, il y avait, faite de pierre blanche, une vasque finement sculptée, posée sur une colonne. Le miroir de Galadriel.
Derrière lui se tenait, majestueuse et magnifique, la dame de Lorièn. Près d'elle se trouvait Celeborn. Non loin d'eux, il y avait Aragorn, qui fumait tranquillement la pipe, et quelques gardes qu'Alice et Legolas avaient croisés hier en allant à la recherche d'Aristide. Haldir était là aussi, transperçant la jeune femme de son regard d'acier.
- Vous voilà, dit simplement Galadriel.
Alice fit une révérence, tandis que Galoriand et Legolas s'inclinèrent poliment.
- Je vous aie réunis ici afin que nous parlions des évènements de cette nuit, ou Aristide, notre invité a disparu. Vous le savez tous, Aristide et Alice, ici présente, viennent d'un pays lointain. Ce sont eux qui ont ramené Galoriand chez nous. Nous leur offrons l'hospitalité, en attendant de trouver un moyen de les aider à rentrer chez eux.
Alice n'osât pas intervenir en leur expliquant qu'Aristide ne retournerait pas dans leur « pays lointain » avec elle.
- Hier soir, Aristide a disparu, et il a été retrouvé dans la forêt par Legolas, Aristide, ainsi que des membres de la garde qui patrouillait aux frontières de la cité. Il apparaît qu'Aristide n'était pas seul et qu'il aurait peut être subit une agression au vue de sa condition présente.
- Tout d'abord, poursuivit Celeborn, nous voudrions renforcer les défenses en bordure de la cité. Il est éminemment rare qu'un être animé de mauvaises intentions se rapproche autant de Caras Galadhon. En ces temps sombres, nous ne pouvons nous permettre de laisser des tels individus rôder près de la cité. C'est pourquoi nous avons renforcé les effectifs de la garde. D'autre part nous pensons que l'agresseur d'Aristide devait être une personne dotée de pouvoirs réels, car pour approcher autant de la cité sans être repéré, il ne faut pas être un simple orque.
Les membres de la garde acquiescèrent.
- Ce qui nous amène à un autre élément : cet individu n'est pas – au vue des quelques traces que nous avons pu constater – rentré dans la cité. C'est pourquoi nous pensons qu'Aristide est sorti de lui-même, profitant du départ de son garde juste avant l'arrivée de sa relève. Galoriand, Alice, auriez-vous des explications ?
- Aucune, madame, répondit Galoriand.
- Aristide est gravement malade, dit Alice. Vous avez pu le constater.
- Nous ne le pensions pas capable de se déplacer autant, déclara Haldir.
- Lorsque vous avez rencontré Aristide dans la forêt, commença Galadriel en se tournant vers Aragorn, Haldir et Legolas, comment vous a-t-il parut ?
La réponse à cette question intéressait fortement Alice, qui n'avait eu qu'une réponse très vague de la part du vieillard.
- Je l'ai entendu, répondit Legolas. De par sa façon de marcher, je savais qu'il n'était pas un elfe, et je me demandais ce qu'un être qui n'était pas elfe faisait dans la Lorièn. J'ai alors dégainé une flèche et je l'ai tenu en joue par précaution. C'est alors que Haldir et sa compagnie sont apparus.
- Il ne nous a toutefois pas parut agressif, précisa calmement Aragorn. Juste perdu et… Excité. Il avait l'air heureux de nous voir. Peut être était-ce parce qu'il errait depuis quelques heures dans la forêt, ce qu'il nous a expliqué par la suite.
Quelques heures seulement ? S'étonna Alice. Il avait donc rencontré la compagnie de l'anneau rapidement après son arrivée. Il n'avait pas « atterri » au même endroit qu'Alice et Galoriand, mais dans une zone éloignée. Etait-il seulement arrivé au même moment ?
- Il s'est rendu rapidement, ajouta Haldir, il n'a pas fait de résistance. Il s'est montré extrêmement poli.
S'en suivit un long débat sur la présence exceptionnelle d'étranger dans les environs de la cité elfique. Certains gardes demandèrent des précisions à Galadriel sur l'origine d'Alice et Aristide, mais elle refusa poliment de leur donner plus de détails.
Alice commençait à se demander pourquoi on l'avait fait venir. La réponse ne tarda pas à venir, lorsqu'après la conclusion du débat sur la sécurité de Caras Galadhon, tout le monde fut congédié, à l'exception d'Alice, qui resta seule avec Galadriel.
La jeune femme était fortement intimidée. Si la dame de Lorièn parlait d'une voix douce et aimable, elle sentait que c'était une femme à poigne, que l'on ne devait pas contrarier aisément. Il émanait d'elle une majesté qui imposait le respect. Malgré tout, Alice lui faisait confiance. Elle attendit que Galadriel parle en première.
- Chère enfant, comme vous devez l'avoir deviné, je souhaite vous parler seule à seule de choses importantes.
Alice ne répondit pas, attendant la suite.
- Je vois beaucoup d'ombres planer sur vous et Aristide, et je ne m'explique toujours
pas votre présence parmi nous. J'imagine que vous ne l'expliquez pas non plus…
- En effet.
- Je dois vous mettre eu courant sur l'avancée de vos recherches, je pense que vous désirez en savoir plus, ce qui est légitime. Les recherches de nos savants dans la grande bibliothèque de Caras Galadhon n'ont pas permis de trouver un indice concluant, mais ils ont noté une dizaines d'histoires de disparition, datant parfois de plusieurs millénaires, dans la zone géographique ou Galoriand a disparu. Aucun elfe n'a été retrouvé.
Alice en resta bouche bée.
- Nous en avons conclu que Galoriand a été chanceux de vous rencontrer.
La jeune femme repensa à ce qu'avait dit le docteur Kaminski… « J'ai déjà eu un cas comme ceci ». Elle frissonna. Combien d'elfes s'étaient retrouvé dans son monde à elles ? Elle n'osait l'imaginer.
- D'après ce que m'a raconté Galoriand, c'est votre intervention qui a été décisive. La « porte » ne semble avoir été ouverte qu'après que vous ayez rejoint Galoriand et Aristide au centre de la clairière. Vous avez donc provoqué cette chose, comme si vous en étiez la clef.
- Mais Galoriand est parvenu jusqu'à mon monde, sans mon aide. Peut être est-il la clef du passage de votre monde jusqu'au mien ?
Cette idée lui donnait le vertige : dans ce cas, comment rentrer chez elle sans Galoriand ? Galadriel, sentant l'angoisse monter chez son interlocutrice, s'empressa de l'apaiser.
- Nous réfléchissons à un moyen, nous avons déjà une piste. Vous devez avoir des points communs avec Galoriand pour que la porte de soit ouverte pour vous comme pour lui. Un des savants a élaboré une théorie, que je souhaite vous l'exposer. Mais afin d'infirmer ou de confirmer cette théorie, je vais devoir vous poser des questions, qui peuvent vous gêner.
- Allez-y, l'encouragea Alice qui sentait qu'elle n'avait pas vraiment le choix.
- J'ignore si Galoriand vous l'a raconté, mais il était soldat. Un an avant sa disparition, il lui ait arrivé un malheur lors d'une patrouille pourtant ordinaire. Il a été blessé par des orques. Ses camarades l'ont ramené rapidement à la cité, où il a pu être soigné par ses parents… Heureusement, il a survécu, mais il a passé quelques jours entre la vie et la mort.
A ce moment, Alice sût où Galadriel voulait en venir.
Galoriand avait été attaqué, blessé gravement. Il avait été dans le coma. Il avait faillit mourir.
Exactement comme elle.
A cause du malade du Pavé Blanc.
Arrête d'y penser, tout de suite, s'ordonna-t-elle alors que lui revenaient à l'esprit des images de ce que le personnel administratif de l'asile qualifiait fort diplomatiquement d' « incident ». Son cœur s'emballait à ces pensées.
Galadriel, qui semblait avoir remarqué le trouble de la jeune femme, poursuivit, comme pour encourager Alice à parler d'elle-même.
- Il s'est avéré que dans au moins cinq des cas des disparitions mystérieuses dont je vous aie parlé, les disparus avaient vécu une histoire semblable.
Elle se tût, sans doute en espérant qu'Alice prendrait la parole, ce qu'elle ne fit pas.
- Je pense que vous savez la question que je vais vous poser.
- Vous allez me demander si j'ai vécu la même chose, finit par dire Alice. La réponse est oui.
- Merci de votre réponse et de vôtre honnêteté, répondit Galadriel, sans insister davantage. Nous allons maintenant parler de votre ami, Aristide. Que lui a-t-il prit de s'enfuir comme ça ?
- Il est malade.
- Sa maladie l'a-t-elle rendu fou ?
Alice réfléchit un court moment avant de donner une réponse. Expliquer le cancer à un elfe, si instruit soit-il, n'était pas chose aisé.
- Sa maladie a évolué, et je pense qu'elle a gagné sa tête, le rendant incapable d'une perception juste des choses et de se rendre compte des dangers…
- Nous pensons qu'Aristide ne devrait pas être ici.
- Je vous demande pardon ?
- Peut être qu'il n'était pas destiné à ce voyage, n'ayant pas affronté les mêmes épreuves que Galoriand et vous.
- Sa maladie faisait qu'il affrontait la mort, sa maladie était une énorme épreuve.
- Je ne dis pas le contraire Alice. Simplement, nous pensons qu'il n'avait pas les mêmes aptitudes que vous pour venir ici. Ce qui expliquerait la dégradation de son état de santé.
- Ça me paraît possible…
- Galoriand m'a dit que lorsqu'il était dans votre monde, il avait subit quelques transformations physiques. Quant à vous, il semblerait que vous ayez du mal à cicatriser. Ce voyage entre les mondes n'est pas sans effet secondaire. Il faut une constitution robuste pour les supporter.
Les dernières paroles de Galadriel avaient plongé Alice dans un abîme de réflexion.
- Il faut que nous abordions un autre sujet, dit Galadriel. Aristide n'était pas seul dans la forêt hier soir. De plus Haldir m'a informé que lorsque la brigade a été attaquée dans les bois, vous sembliez être l'objet de l'attaque de ces orques.
Le sang d'Alice se glaça.
- Ce qui veut dire que quelqu'un sait que vous êtes là. Quelqu'un qui est allié avec les orques. Et ce quelqu'un n'est pas notre ami. Voilà pourquoi je vous pose une autre question Alice, et là encore, je requiers une réponse honnête. Pourquoi voudrait-on s'en prendre à vous et à votre ami ?
La jeune femme ne sût quoi répondre, partagée entre la volonté impérieuse de ne pas mentir à Galadriel et celle de suivre les recommandations d'Aristide. Elle se décidât enfin.
- Pour des raisons que je ne peux pas expliquer pour l'instant, je suis au courant de beaucoup de choses de ce monde, de ce qui va se passer. Si la situation l'exige toutefois, je m'engage à révéler tout ce que je sais. Je pense que vos… Ennemis aimeraient savoir ce que nous savons, Aristide et moi. Je vous assure toutefois que nous sommes venus en amis, et Aristide m'a engagé à ne rien révéler, de peur d'altérer une Histoire qui n'est pas la nôtre. Je pense qu'il se tiendra lui aussi à cette résolution.
Il y eut un silence au cours duquel Galadriel regarda Alice droit dans les yeux, y cherchant le mensonge ou la vérité. La mortelle soutint son regard.
- Pouvez-vous être sûre qu'Aristide n'a rien révélé à son mystérieux agresseur cette nuit ?
- Non, reconnût Alice. Mais…
- Ce seul doute suffit à mettre en danger tout notre peuple.
- Aristide ne devait pas être dans son état normal, il ne devait pas être cohérent alors…
Elle ne parvint pas à finir sa phrase. Galadriel réfléchissait, l'air grave. Enfin, elle remplit une cruche et se dirigea vers son miroir.
- Vous êtes arrivée en des temps bien périlleux. Je vous crois honnête et je vous prends au mot lorsque vous dites vous engager à me révéler les informations dont vous disposez au moment où il le faudra. Sachez toutefois que ce moment arrivera sans doute plus tôt que vous ne le croyez. J'aviserais. Tâchez de ne pas vous promener seule trop souvent dans la cité. Partez maintenant.
Alice fit la révérence, et partit sans demander son reste. Elle sentait une immense responsabilité peser sur ses épaules. Si seulement Aristide était en état de la conseiller, au moins de lui parler…
D'ailleurs, avait-il parlé ? Cette question la torturait.
A quelque distance de la clairière ou s'était tenue la réunion, l'attendait Galoriand, assis par terre, adossé à un arbre.
- Ça a été ? demanda-t-il.
- Pas vraiment, avoua Alice.
- Je m'en doutais. Alice, ce n'est pas ta faute.
- Ni la tienne.
- J'aurais préféré que nous nous rencontrions en d'autres circonstances, tu sais. Mais nous n'y pouvons rien pour l'instant. Suis-moi, nous allons nous changer les idées.
- Ou m'amènes-tu ?
- Je vais t'apprendre à tirer à l'arc.
- Ah, répondit Alice sans plus d'enthousiasme.
- Mais si, tu vas voir, c'est amusant.
Ils commencèrent à avancer, en bavardant. La présence de son ami à ses côtés apaisait Alice, et lui permettait de relativiser sa discussion avec la dame de Lorièn.
- Crois-tu au destin ? demanda d'un coup Galoriand, en changeant brusquement de sujet.
- Pourquoi tu me poses cette question ? répondit Alice.
- Je croyais que les gens qui demandaient toujours pourquoi avant de répondre aux questions t'agaçaient.
- Mmm. Touché. Non je n'y crois pas.
- Tu crois que c'est un pur hasard que nous ayons pu nous rencontrer ?
- Je pense que c'est une combinaison de choses, des petites comme des grandes, qui n'avaient pas de but en particulier, qui nous ont conduit à cette rencontre.
- Je pense que c'est le destin. Ne penses-tu pas qu'il y ait une bonne raison pour que tu sois ici ?
- Non, répondit platement Alice. Ce n'est pas mal place ici.
Galoriand avait l'air un peu refroidi par cet aveu.
- Mais j'aime beaucoup les gens ici, la cité, tout ça… Je suis heureuse d'avoir la chance d'être venue ici, d'ailleurs je...
Ils étaient arrivés au terrain d'entraînement, où plusieurs elfes tiraient déjà à l'arc.
Alice aperçut Legolas, accompagné de Gimli, Aragorn, Merry et Pippin.
Legolas la voyant arriver lui sourit, et elle sentit une vague de chaleur l'envahir.
- Oui, je pense effectivement beaucoup les gens ici, la taquina Galoriand.
Il l'entraîna vers une cible éloignée à l'autre bout du terrain, où les attendaient Lindorië, Anar et trois arcs.
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