Hermione ne tenait plus. Elle le sentait de jours en jours, elle était de plus en plus faible. Mais rien ne la ferait déjouer de son objectif. Elle devait à tous prix perdre encore du poids. Elle se trouvait encore bien trop grosse.
Un autre problème se posait à elle. Le professeur McGonagall leur avait désormais alloué leurs appartements de préfets en chef. En soi, Hermione n'en était pas mécontente, cela lui permettait d'échapper à la surveillance quasi-constante de ses amis. En revanche, cela permettait à une autre personne de la surveiller dans l'ombre : Drago Malefoy. Il ne disait rien, mais elle sentait bien qu'il était présent dans son dos.
Ce matin-là, après une nuit encore bien agitée, elle se réveilla aux aurores. Le soleil pointait tout juste. Le ciel parsemé de teintes rouges et rosées était magnifique. Splendide même. Ces couleurs pastel lui rappelaient les voyages en France qu'elle avait fait avec ses parents durant les vacances d'été. C'était de bons moments. Mais c'était désormais un temps révolu. Ils étaient morts. Ils sont morts. Elle se le répéta quelques instants dans sa tête comme pour s'en convaincre. Sachant qu'elle ne parviendrait pas à se rendormir, elle décida de se lever.
Elle prit rapidement une douche. Ça lui fit du bien et lui permit de se « remettre les idées en ordre ». Chaque jour, la confrontation au miroir était un peu plus compliquée. Elle se trouvait hideuse et grosse.
D'un bref coup de baguette magique, elle verrouilla la porte de la salle de bain. Elle sortit de son sac l'une des petites lames qu'elle avait entreprit d'acheter sur le Chemin de Traverse en Septembre. Assise en tailleur sur le carrelage froid, elle déposa lentement la lame sur son avant-bras droit. Elle donna une légère pression. Aussitôt, sa peau encore à vif s'ouvrit et laissa couler le sang. Au départ, il perla. Des petites billes rouges parsemaient son bras. Puis elle continua, de plus en plus fort. Elle ferma les yeux pour savourer autant que possible son acte. Désormais, ce n'étaient plus de simples billes de sang, mais bel et bien des filets de sang qui s'échappaient des fraiches entailles.
Malgré sa béatitude interne, Hermione eut la présence d'esprit de voir qu'il fallait stopper son acte. Elle perdait beaucoup trop de sang. Elle lâcha la lame qui glissa de sa main et rebondit sur le sol de carrelage blanc.
Désormais les sous-vêtements blancs de la jeune fille étaient parsemés de sang çà et là. Elle tenta de se relever mais la tête lui tournait. Elle s'agrippa autant qu'elle put au rebord froid du lavabo, mais perdit l'équilibre et tomba au sol, évanouie.
Ce ne fut que quelques minutes plus tard, qu'elle reprit conscience, toujours allongée à terre. Sa première sensation fut d'avoir froid. Le carrelage sur lequel elle reposait, était gelé. Mais elle ne parvenait pas à se relever. Impossible. Elle se sentait si faible. Elle aurait voulu dormir. S'endormir pour toujours. Mais à cet instant, elle entendit quelqu'un tambouriner à la porte.
Granger ! Tu es là ? Je sais que tu es là, je t'ai entendue entrer. Ca fait au moins une demi-heure que tu es là-dedans, tout vas bien ?
…
Granger, bon sang, répond moi ! Tout va bien ?
…
Mais répond, Hermione !
Je.. je vais bien Malefoy, dit-elle d'une voix tremblante.
Oh mon dieu, murmura-t-il. Non, ça n'a pas l'air d'aller. Qu'as-tu fait ? Que se passe-t-il ?
Chut, je suis fatiguée.
J'entre.
Hermione n'eut pas le courage de le repousser. Elle se sentait bien trop épuisée.
Alhomora, prononça doucement Malefoy.
La porte s'ouvrit à la volée. Durant quelques secondes, Drago resta figé devant la scène qui s'offrait à lui. Il voyait une Hermione squelettique, plus blafarde que jamais, des entailles lui parsemant les bras, le ventre et les cuisses, baignant dans son sang.
Après cet instant d'effroi, il se précipita vers elle. Elle était consciente.
Hermione, dit-il d'une voix blanche. Tu m'entends ?
Oui, répondit-elle les yeux grands ouverts.
Tu peux bouger ?
Je ne sais pas
Il l'a pris sous un bras et l'aida à la mettre debout. Elle était tremblante et vacillante.
Ça va ?
Oui, répondit-elle.
Je t'emmène dans la chambre.
Drago entreprit de traverser le tout petit couloir qui séparait la salle de bain de la chambre des deux préfets. Il choisit de ne pas ramener Hermione dans sa propre chambre, mais jugea utile de l'emmener dans leur salon commun.
Il la fit asseoir sur le canapé face au feu. Il alla chercher une épaisse couverture et l'enroula dedans. Puis, avant de ne faire quoi que ce soit d'autre, il s'assit face à elle et lui dit :
Que fais-t-on maintenant ?
Elle le scruta avec un faux regard étonné.
Rien, ça va.
Il ne chercha pas à la contester. Il se contenta de se prendre la tête entre les mains. Elle ne dit rien non plus. Hermione ne parvenait pas à se réchauffer et continuait de claquer des dents. Elle voulut se lever pour retourner dans sa chambre chercher des vêtements.
Tu ne bouges pas ! Lui intima Drago avec une pointe d'agressivité.
Je veux juste aller m'habiller.
Je crois que tu ne comprends pas combien : ce que tu as fait est grave.
Il la fixa dans les yeux un instant. Elle ne semblait pas vouloir répondre. Alors il continua.
Qu'est-ce que je vais faire hein ? Je t'emmène à l'infirmerie ? Tu vas te débattre, je n'ai pas envie de me battre avec toi. Je te laisse ici ? Tu vas mourir.
Hermione sembla touchée par ses paroles. Elle se mit à pleurer.
Un énorme poids s'abattu sur le cœur de Drago. Il venait de la faire pleurer. Alors qu'il voulait l'aider. Il ne savait pas quoi faire.
Il se dirigea vers le canapé et la prit par les épaules et la secoua
Hermione que dois-je faire ? Que dois-je te dire pour que tu cesses de te faire du mal ?!
Désormais elle pleurait à chaudes larmes.
Mais je ne sais pas ! Laisse-moi Malefoy, laisse-moi tranquille, laisse-moi mourir. Mourir, je veux mourir.
Drago se leva. Il la regarda d'un regard de pitié mêlé à un regard quelque peu dédaigneux.
Très bien. Débrouille-toi. Tu vas finir par mourir, mais puisque visiblement c'est ce que tu souhaites, tant mieux.
Ces derniers mots avaient déchiré Malefoy. Pourquoi s'était-il sentit dans l'obligation de lui débiter ces horreurs ? Il sortit désormais à grands pas de leurs appartements. Sur le chemin de la Grande Salle, il ne cessait de repenser à Hermione recroquevillée, grelottante sur le canapé rouge.
En franchissant les portes de la Grande Salle, Drago se sentait mal. Il savait qu'il ne verrait, ce matin-là encore, pas Hermione à table. Que devait-il faire ? Prévenir le professeur Rogue de l'attitude d'Hermione ? Ne rien dire ?
« Puis mince !, pensa Drago. Après tout, ce n'est qu'une sale sang-De-Bourbe qui cherche à se faire remarquer. »
Mais malgré ces remarques pleines de méchanceté que Drago imaginait, il ne pouvait s'empêcher de penser à Hermione. Il prit son petit déjeuné machinalement, sans se rendre compte réellement de ce qu'il était en train de manger puis il se dirigea doucement vers la salle de potions où ils devaient avoir leur premier cours de la journée.
