« Donc… Pourquoi m'as-tu amenée ici ? » fit Caroline en le suivant de quelques pas. Ils franchirent la porte de l'atelier de peinture. Klaus lui fit signe de s'approcher en souriant :

« En souvenir de bons moments… » La vampire blonde fit la moue, rien ne la toucherait. Elle était cependant curieuse de voir ce que l'originel avait peint en son absence. Elle erra donc de toile en toile, tournant le dos à Klaus pour bien lui signifier son mépris. Les peintures, elle devait le reconnaitre, étaient de belle facture. Les couleurs se mêlaient en harmonie ou forçaient le contraste complet au gré de l'artiste. Mais elle ne parvenait pas à ressentir quoique ce soit. La soirée dont il parlait était pourtant claire dans sa mémoire, une robe bleue scintillante, un bracelet étincelant, une dispute suivie d'un dessin… Elle s'intéressa aux croquis posés sur une planche de travail. Il y avait des vues de la Nouvelle Orléans, des personnes dans divers endroits : bars, échoppes… En feuilletant, elle tomba sur un visage qui la frappa par sa ressemblance. Le regard lointain, un demi-sourire aux lèvres, son double la fixait avec un air rêveur. Klaus s'approcha dans son dos, réduisant la distance entre eux :

« Il m'arrive de te dessiner sans m'en rendre compte. Ce n'est qu'à la fin, quand ton regard retient mon attention que je réalise… » Caroline sentit sa proximité mais ne le repoussa pas.

« Je me rappelle de certaines choses, » fit-elle en se retournant. Klaus planta son regard dans le sien, attentif et sûr de lui. Caroline soutînt son regard sans ciller.

« Je t'ai dit que certaines personnes étaient juste horribles et ne pouvaient pas être sauvées. Je t'ai aussi que je voulais que tu t'en ailles, que tu ne faisais pas partie de ma vie.

-Caroline, menaça-t-il. Elle se rapprocha de lui :

« Mais tu as aussi dit qu'il ne fallait pas sous-estimer l'attrait du mal, même la plus innocente créature peut se laisser prendre. » Un silence passa entre eux, Klaus murmura :

« Où veux-tu en venir ?

-Le mal… » Caroline secoua la tête. Elle s'appuya contre la table qui supportait les dessins.

« Il n'y a pas de frontières aussi délimitées. Suis-je mauvaise sans mes émotions ? Je ne crois pas être meilleure avec. Je ne suis pas attirée par le mal. » Klaus ne put s'empêcher de sourire avec arrogance :

« Tu as déjà dit cela la dernière fois.

-Oh ? Et que s'est-il passé ? »Klaus franchit l'espace qui les séparait et caressa les cheveux blonds de la vampire :

« Tu m'as embrassé. » Caroline sembla amusée par cette déclaration.

« Non, j'ai tué douze sorcières pour mon amie. J'ai menti. J'ai obéis à ce sentiment humain aussi imprévisible que douteux. Et tu m'as rappelé mes paroles… » Klaus fronça les sourcils, pourquoi passait-elle d'un souvenir agréable à un autre moins agréable… Il ne comprenait pas sa logique. Caroline le contempla un instant :

« Pourquoi n'en profites-tu pas ? Je ne te plais plus sans mon humanité ? Je suis pourtant beaucoup moins pénible sans mes principes et mes jugements moralisateurs.

-Peut-être me suis-je habitué à tes jugements moralisateurs…

-Tu as surtout aimé quand je les ai mis de côté dans les bois. » Il rit franchement :

« Caroline, mon amour, tu n'arriveras pas à me distraire. » Elle lui offrit son plus beau sourire :

« Vraiment ? » Elle s'avança près de l'un des tableaux inachevés en le désignant du regard. Elle se saisit d'un pinceau et traça en diagonal un trait noir.

« Je peux le réparer. » fit Klaus immobile et légèrement tendu.

« Vraiment ? » Caroline s'approcha d'une nature morte en cours d'exécution, se saisit d'une pomme servant de modèle et croqua dedans avant de la lancer à Klaus.

« Je me souviens de ce que c'était, répliqua-t-il pensif» Caroline , agacée par son manque de réaction, avisa alors une peinture retournée contre le mur. Elle esquissa un sourire et fit mine de s'approcher. Aussitôt Klaus réagit et bloqua son chemin. La vampire blonde fronça les sourcils quand il joignit ses poignets pour l'empêcher de faire quoique ce soit.

« Tu ne me ramèneras pas, asséna-t-elle, et je tuerais ces jumeaux. » Klaus répéta simplement ce qu'il avait assuré pour chaque œuvre :

« Je peux le réparer, je me souviens de ce que c'était. » Il croisa son regard et déposa un baiser chaste sur ses lèvres.

« Je te ramènerai. » Caroline fondit sur lui sans lui laisser le temps de réfléchir. Ses lèvres trouvèrent les siennes rapidement. Caroline se blottit contre lui et mit toute son ardeur à faire fléchir sa volonté. Elle le sentit se détendre et encercler sa taille de ses mains. Alors seulement elle se saisit des ustensiles sur la table de travail derrière elle pour le frapper avec. Dans sa course pour lui échapper, elle renversa des verres d'eau colorée ayant servi pour différentes peintures.

« Caroline ! Ragea-t-il. »

Un verre brisé et un bruit de course retentirent de bon matin dans la demeure des originels. Hayley grimaça. Rebekah allait hurler. Klaus répliquerait. Elijah serait patient.

Caroline franchit le seuil de la porte et avisa Hayley. Elles se mesurèrent du regard. La vampire blonde n'avait aucune émotion la concernant : ni haine, ni attachement. Elle pouvait donc trouver sa présence acceptable. Elle s'assit à ses côtés et croisa les jambes. Hayley berçait dans ses bras son enfant. La nouvelle mère avait été mise au courant du drame qu'avait traversé la jeune vampire et un surplus d'hormones la poussait à lui manifester son amitié. Elle était particulièrement touchée que des émotions trop intenses, la perte d'un être cher, l'aient fait basculer de l'autre côté. Elle sentait que Caroline acceptait mieux sa présence que les autres, peut-être parce qu'elle ne cherchait pas à la changer. Dans une situation similaire, Hayley se disait qu'elle aurait peut-être fait la même chose. Et si ses émotions l'avaient entravée, elle les aurait étouffées. Elle resserra son étreinte et contempla son bébé. Elle l'aurait fait…

Klaus déboula dans la pièce, excédé. La surprise le stoppa net dans son élan alors qu'il s'apprêtait à récupérer Caroline qui avait pris un malin plaisir à saccager son atelier. Avait-il été stupide d'essayer de recréer l'atmosphère de leurs premiers rendez-vous. La vision de ces deux êtres que tout oppose l'immobilisa un instant. Il avait souvent pensé à cette rencontre, à ce qu'elle impliquait pour lui. Un enfant, une mère et un amour difficile. Particulièrement en ce moment. Ses yeux revinrent sur Caroline. Elle affichait un sourire satisfait. L'originel eut envie de rire quand il réalisa sa stratégie. Elle savait qu'elle était en zone neutre du moment qu'elle se tenait près d'Hayley ou du bébé. Elle ne risquait rien.

« Un problème, Klaus ? fit Hayley.

-Pas grand-chose… » Il s'assit dans l'un des fauteuils. Caroline fronça les sourcils, elle pensait se débarrasser de lui un moment si elle le poussait à bout. Klaus croisa les mains et lui sourit aimablement. Elle l'ignora. Hayley ne prêta pas attention à leur manège.

« Elle a faim, je vais lui préparer son biberon. Caroline, chérie, tu peux t'en occuper le temps que je revienne ? » Klaus écarquilla presque autant les yeux que l'intéressée quand elle se retrouva avec l'enfant dans les bras.

« Que… » Hayley lui tapota l'épaule et s'en fut comme si de rien était. Il fallait du courage ou une grande dose de stupidité pour confier à un vampire son enfant même hybride.

L'enfant gesticulait moins et observait attentivement la vampire. Elle était assez près pour frôler les boucles blondes de Caroline. Celle-ci la laissa faire, vaguement ennuyée d'être prisonnière de son propre piège. Elle la redressa pour que la petite fille soit face à elle. Cette dernière commença à toucher son visage avec curiosité tout en babillant des mots incompréhensibles. Comme pour la mère, l'enfant ne lui évoquait aucune espèce de sentiment, elle pouvait donc s'en contenter. Klaus n'avait pas cette chance. Il l'observait attentivement, songeur. La faire revenir serait difficile. Elena pensait qu'il pourrait les aider mais il ne voyait pas comment… Un vampire retrouve son humanité seulement quand il le désire, et cela pouvait prendre des années…

Une chose imprévue se passa, l'enfant hybride sourit à la jeune femme. Et Caroline sentit son cœur s'accélérer. Elle dissimula bien vite cette faiblesse et remit rapidement l'enfant dans les bras d'Hayley à son retour. Elle se tourna alors vers Klaus :

« Laisse-moi les tuer, le reste m'importe peu. »

Elena fit irruption dans la pièce. Elle avait couru jusqu'ici et peinait à contenir sa joie. Elle se précipita sur Caroline encore assise et s'agenouilla devant elle. Matt la suivait de peu aussi essoufflé qu'elle.

« Caroline, ils ont trouvé un moyen. » La vampire blonde la contempla sans comprendre.

« Stephan est revenu à la vie. »