Le Cœur a ses raisons…

Résumé : Après la faute commise par Arthur avec Dame Mévanwi, Guenièvre décide que c'en est trop. Elle veut partir. Pour aller où ? Rejoindre Lancelot ? Certainement pas ! Guenièvre voulait être libre et quel était l'intérêt de quitter l'homme que l'on aime pour un homme que l'on n'est pas sûre d'aimer ? Elle avait besoin de plus de certitudes car tout ce que la Reine de Bretagne avait jamais voulu c'était aimer et être aimer en retour…

Chapitre 1 : l'Annulation

Guenièvre Pendragon pensait avoir une patience et une tolérance infinies. Cependant, même la Reine du Royaume de Logres avait ses limites. Son mari avait joué avec ces limites pendant près de 15 ans et aujourd'hui la jeune femme ne pouvait pas laisser passer cette trahison. La femme d'un chevalier… Mévanwi de Vannes… Cette goutte d'eau avait fait déborder le vase de Guenièvre. Il lui semblait que son cœur, saignant depuis des années de la maltraitance émotionnelle de son mari, avait fini par s'ouvrir en deux. L'air lui manquait terriblement et les larmes coulaient abondamment sur ses joues laiteuses.

La nuit était pourtant calme au château de Kaamelott durant laquelle elle avait surpris le Roi avec sa nouvelle conquête. Recroquevillée dans son lit, elle n'arrivait pas à calmer la tempête qui régnait dans sa poitrine. Elle ne pouvait tout simplement plus supporter sa condition de Reine de Bretagne. Il fallait qu'elle fasse quelque chose, qu'elle se sorte de cette situation avant qu'elle ne meure de chagrin ou qu'elle finisse par se jeter par la fenêtre de sa chambre… Elle y avait tant pensé durant ses dernières années ou le poids de la solitude se faisait de plus en plus oppressant. Seulement, à quoi cela servirait-il ? Arthur lui avait dit lui-même : elle n'était « Rien » …

Lorsque le jour se leva enfin, elle avait pris sa décision : elle ne voulait plus être la femme d'Arthur Pendragon. Elle n'était pas aussi bête que son mari et la cour du château le pensait. Elle savait que ce n'était pas si simple d'annuler un mariage… En tout premier lieu, elle devait se renseigner sur la manière dont elle devait procéder… Les lois bretonnes étaient complexes, elle aurait donc besoin d'un spécialiste pour l'aiguiller discrètement sur la marche à suivre. Elle savait que le Père Blaise se levait toujours très tôt. Elle prit donc le temps de s'habiller d'une robe bleu clair toute simple ne nécessitant pas l'aide d'Angharad. Elle n'avait pas envie de voir son amie et bonniche avant que son plan ne soit mis en marche.

Elle traversa donc le château, rasant les couloirs, ne croisant que les quelques serviteurs s'affairant avant le réveil des bourgeois. Guenièvre finit par atteindre la salle des archives sans encombre. Le Père Blaise était effectivement là, griffonnant sur un parchemin, concentré sur sa tâche. Elle racla légèrement sa gorge afin de signifier sa présence au cureton qui releva finalement le nez de son papelard.

_ Ma Reine !? Il est rare de vous voir ici de si bon matin.

_ Oui… C'est-à-dire que j'avais une question a vous posé plus ou moins urgemment, voyez-vous ? répondit-elle, forçant un sourire sur son visage fatigué.

_ Si je peux vous aider…

_ Il ne s'agit pas de moi mais d'une amie… Elle souhaiterait se renseigner sur comment faire annuler un mariage. Quelles seraient les conditions requises ?

_ Il est très difficile voir quasiment impossible d'annuler une union au royaume de Logres… répliqua le Père Blaise en fronçant les sourcils.

_ Je m'en doute bien ! Mais quels seraient les prérequis ? Peut-être ses raisons entrent-elles dans le cadre de la juridiction !

Le prêtre, outre le fait d'être extrêmement surpris par l'éloquence de sa Reine, commença tout de même à fouiller dans son barda afin de trouver la loi demandée. Il finit par trouver un petit parchemin listant les conditions à remplir afin de rompre une union légitime.

_ Y a-t-il eu bigamie, fraude ou manque de compréhension ?

_ Pas à ma connaissance, accorda Guenièvre, feignant de réfléchir intensément.

_ Il y a aussi la non-consommation de l'union, ajouta-t-il en haussant les épaules.

_ Ce qui veut dire ?

_ Ce qui veut dire que si pour toute raison l'un des époux n'a pas été capable de consommer le mariage, cela peut donner lieu à une annulation.

Les choses de l'amour dont elle avait toujours été privée… Guenièvre ne pouvait pas mieux tomber, elle rentrait pile-poil dans cette catégorie. Néanmoins, il y avait un hic…

_ Comment est-il possible de prouver que le mariage n'a pas été consommé comme vous dites ?

Le Père Blaise fronça à nouveau les sourcils d'incompréhension. Où la reine voulait-elle en venir à la fin ?

_ Je suppose qu'un examen gynécologique effectué par un médecin assermenté, ou ce qui s'en rapproche le plus, prouvant la pureté de la femme devrait suffire.

Guenièvre hocha alors la tête comme si l'information ne lui était pas plus importante que cela…

_ Et une fois les preuves rassemblées, les époux doivent-ils signer un papier stipulant l'annulation du mariage où les preuves suffisent-elles ?

Il se pencha une nouvelle fois sur le texte de loi avant de répondre par la négative. Pas besoin de signer quoique ce soit, l'attestation et le texte de loi suffiront.

_ Je vous remercie Père Blaise de m'avoir accordé un peu de votre temps. Puis-je emprunter cette loi ? Je vous la rendrais très certainement demain après l'avoir montrée à mon amie, s'empressa-t-elle d'ajouter en voyant sa réticence.

_ Bien entendu… mais demain sans faute alors !

_ C'est promis !

La reine pris donc le parchemin, le roula délicatement avant de souhaiter une bonne journée au prêtre. Guenièvre avait bien remarqué les expressions du cureton, elle savait qu'il se doutait de quelque chose et se fit la réflexion de lire attentivement le texte de loi afin de vérifier par elle-même ses dires. Une première étape de franchie, il fallait à présent passer à la suivante… Dans ce château, il n'y avait qu'une personne qui soit familière avec les examens et autres petits bobos de l'assistance : Merlin.

Il était tôt. Le château était encore largement endormi quand Guenièvre atteignit le laboratoire du druide. Elle espérait juste qu'il serait déjà réveillé. Elle frappa donc poliment avant d'entrer doucement dans la pièce. Il n'y avait personne mais elle entendait distinctement des bruits de pas venant de l'arrière.

_ Ma Reine ? Vous êtes bien matinale aujourd'hui !

L'enchanteur remarqua alors le sourire d'agacement se peignant sur son charmant visage.

_ Je sais… J'ai besoin de vous pour une affaire assez délicate…

_ Si cela concerne la magie s'est inutile, il est nul en sortilège ! scanda Elias en débarquant dans la pièce à son tour.

_ Rassurez-vous Elias, ça n'a rien à voir ! rétorqua Guenièvre alors que Merlin ouvrait déjà la bouche afin d'enguirlander son collègue.

_ Ah ? Pourquoi donc avez-vous besoin de moi alors ?

_ Comme je vous le disais c'est assez délicat mais vous êtes la seule personne en qui je peux avoir confiance et dont la déclaration ne pourra être contestée.

Merlin et Elias se regardèrent alors à la fois surpris et curieux. Ils n'osèrent ouvrir leurs bouches, attendant que la reine se décide.

_ Je souhaiterais que vous effectuiez un examen gynécologique.

Les deux hommes ouvrirent grands les yeux.

_ Mais pourquoi donc ? et sur qui ?

_ Sur moi-même, afin de vérifier ma condition d'une part et de lever le doute sur un point en particulier.

_ Sur quel point ? demanda alors Elias, craignant ce que la Reine allait répondre…

_ Ma virginité.

_ Ma Reine… Pourquoi voudriez-vous…

_ Cela ne regarde que moi ! Mais sachez que j'aurai besoin d'une attestation signée de votre main, en fait de vos mains à tous les deux tant qu'à faire, stipulant les résultats exacts de l'examen.

_ Ma Reine… dans quel but voudriez-vous…

_ Ma question est : pouvez-vous le faire ou non ? coupa Guenièvre une seconde fois.

Pour une fois, les deux enchanteurs ne savaient vraiment pas où se mettre et restaient étonnamment silencieux.

_ Dites-le moi tout de suite si vous ne pouvez pas afin que j'aille quérir le médecin du village qui lui saura ! s'exclama-t-elle devant le mutisme des deux acolytes.

_ Très bien, ne vous énervez pas…

Sans un mot, Elias commença par dégager la table de tous les objets s'y trouvant. Ils la nettoyèrent comme ils purent avant de la recouvrir d'un drap et de demander à Guenièvre de s'y allonger.

L'examen ne dura pas si longtemps que cela : quinze à vingt minutes tout au plus, mais pour Guenièvre, qui n'avait jamais été touchée, il sembla durer une éternité. Pour la première fois, les deux enchanteurs travaillèrent de concert afin d'effectuer leur tâche du mieux possible. Elias utilisa même un ou deux sortilèges afin de confirmer leurs conclusions. Ils devaient se couvrir un maximum et être sûrs de leur résultat si jamais on venait leur demander des comptes. Ce moment gênant passé, ils se penchèrent sur une feuille de parchemin vierge et commencèrent à écrire leurs conclusions.

_ Pouvez-vous en faire trois exemplaires, je vous prie, dont un que vous garderez pour vous ?

Merlin et Elias acquiescèrent d'un commun accord et finalement tendirent à la reine ses deux parchemins attestant de son indubitable virginité.

_ Je vous remercie bien… murmura-t-elle doucement gardant encore quelques instants la tête baissée avant de la relever dignement en sortant du laboratoire.

Une fois partie, Merlin et Elias poussèrent un soupir comme si la pression s'évacuait finalement de leur corps.

_ Ça craint ça… mais là vraiment ! commenta Elias en levant les bras au ciel.

_ Je ne sais pas ce qu'il a bien pu faire cette fois… mais c'était la fois de trop visiblement… ajouta Merlin en s'appuyant sur la table.

_ J'ai toujours dit qu'elle finirait par craquer ! C'est un miracle qu'elle soit restée aussi longtemps vu comment il la traite ! poursuivit l'enchanteur vêtu de noir.

_ Je le sais bien ! Mais malgré tous mes efforts j'ai jamais pu lui faire comprendre à cette tête de mule que Guenièvre était faite pour lui !

Elias leva les yeux au ciel mais préféra ne pas répondre. Jamais au grand jamais le roi n'acceptera ce fait.

En ce milieu de matinée, le château de Kaamelott n'avait jamais paru aussi calme… C'était le calme avant la tempête.