Et voilà le deuxième chapitre ! o/ Merci anasky, ça me rassure que le début te plaise. Pour répondre à ta question, j'en posterai un demain, puis tous les deux jours, voire un peu plus à cause de mes examens de fin d'année & donc de la pause dans l'avancée de l'histoire. (J'ai écrit environ onze chapitres. x) ).
Bonne lecture ! & merci à ceux qui prennent le temps de me lire. N'hésitez pas à me harceler, j'aime bien ça. (a)


TWO.

« Ne revivez le passé,
que si vous allez vous en servir,
pour construire l'avenir. »
- Doménico Cieri Estrada.

oooooooooo

- DIX. DIX ! REVEILLE-TOI !

On me secoue assez violemment et je grogne. Des bips réguliers résonnent dans mes oreilles. Je suis toute engourdie. Le visage de Caleb Prior est penché sur le mien.

- Dix, il est temps ! Tu dois t'en aller.

Je fronce les sourcils et me redresse lentement. Il retire les aiguilles de mon bras d'un geste rapide. Des picotements douloureux chatouillent ma peau.

- Déjà ? je demande, complètement assommée.

Il acquiesce. Je soulève la couverture et m'assoit quelques secondes sur le rebord de mon lit pour m'encourager à me lever. Je contemple quelques minutes la pièce qui ne diffère pas beaucoup de ma cellule. Tout est blanc, sauf un mur, peint en bleu ainsi qu'une chaise, un lit et des machines qui composent la petite pièce.
Caleb se saisit d'une seringue et avant que je ne puisse dire quoi que ce soit, il la plante au niveau de mon épaule. Je lâche un petit cri de surprise et le repousse d'un coup de pied.

- Qu'est-ce que vous faites ?

Je tente de me tenir debout mais ma tête se met rapidement à tourner. Caleb me retient de justesse avant que je ne m'écroule au sol.

- C'était un piège, c'est ça ? C'est ça ? je m'écrie malgré mon état.
Il secoue la tête et m'aide à me redresser lentement. J'essaie de me dégager. Sa bouche s'ouvre, sûrement pour m'expliquer ce qu'il vient de m'envoyer dans le corps mais je lui coupe la parole.

- J'aurais dû m'en douter. Jeanine est derrière tout ça, hein ? Elle voulait savoir jusqu'où je pouvais aller pour sortir d'ici, pour n'avoir ne serait-ce qu'une seule once d'espoir de pouvoir vivre librement !

Ses mains se resserrent sur mes bras pour me bloquer.

- Calme-toi, s'il te plaît. S'il te plaît.

Son regard vert plongé dans le mien semble si sincère et compatissant que toute ma colère s'envole en un instant.

- C'est un sérum qui t'aidera à ne pas paniquer durant ta fuite. C'est un peu comme un calmant.

Je hoche le menton et inspire profondément. Caleb me lâche et me montre une pile de vêtements sur une chaise.

- Change-toi. Tu ne vas pas rester en chemise de nuit.

Sans répondre, je prends le tas et le pose sur le lit, avant de me racler la gorge pour faire signe à Caleb de se retourner. Il s'exécute en se grattant la nuque. Rapidement, je retire la blouse bleue d'hôpital, la cache sous le matelas et enfile une chemise blanche, en faisant attention à ne pas défaire mes bandages autour des poignets, un jean bleu clair et une veste de la même couleur. C'est la première fois que j'ai la chance de porter des vêtements propres et neufs. La sensation est plutôt agréable.

- Merci.

Caleb ne répond rien, et se contente de se tourner de nouveau face à moi.

- Je vais sortir, maintenant. Quand je te ferai le signe de courir, tu prendras la direction à l'opposé de moi. Normalement, tu devras trouver une sortie de secours. Une fois dehors, attends-moi une nouvelle fois et je t'indiquerai le chemin à suivre.

J'acquiesce et sourit légèrement. Il a l'air plus stressé que moi. C'est sûrement parce qu'il a plus à perdre si nous nous faisons prendre. Son visage s'éclaire le temps d'une seconde et il se met à fouiller dans sa poche de pantalon pour en sortir une enveloppe.

- La lettre ! je m'écrie, en me rendant soudainement compte que je ne la sens plus contre ma peau.
- Exact. Je l'ai récupéré après que tu te sois évanouie.

Il me la tend et je la prends. Pendant qu'il vérifie le couloir, je la replace sans attendre entre mon jean et ma chemise.

- Attends mon signal, dit-il avant de quitter la pièce.

Il laisse la porte entrouverte et je colle mon œil dans l'ouverture pour surveiller son avancée.
Caleb rejoint deux Erudits, sûrement des médecins qui discutent près de ma chambre d'hôpital, afin de les distraire. Je me prépare à fuir, sans penser au pire. Mon cœur bat normalement dans ma poitrine, sans doute grâce au sérum de Caleb.
Deux minutes passent, et je n'ai toujours pas bougé. Caleb me fait soudainement signe de partir en faisant mine de se gratter la nuque. Je prends une grande inspiration et ouvre discrètement la porte. Le couloir à ma droite semble désert. Je rase presque le mur blanc en marchant, tête baissée. Je tourne une fois à droite, puis à gauche. Le silence me compresse la poitrine. J'ai l'impression qu'une alarme va retentir d'un moment à l'autre, pour signaler ma disparition.
Je croise quelques infirmières, et médecins qui ne me remarquent même pas, mais à chaque fois, je lutte pour ne pas me mettre à courir.

Finalement, la sortie de secours apparaît au bout du couloir, à côté d'une grande fenêtre. Il fait nuit, dehors, c'est pour ça que l'hôpital est un peu endormi. Je pousse la porte et me stoppe quelques secondes, l'oreille tendue : elle est peut-être reliée à une sirène. Puis, je lâche le battant qui s'ouvre et se ferme jusqu'à s'immobiliser complètement, à sa place initiale, derrière moi. Si Caleb m'a ordonné de prendre ce chemin, c'est parce que c'est celui qui comporte le moins de risques. Je me détends légèrement, non seulement parce que j'ai réussi la première étape mais parce que je serai bientôt libre. Cependant, je reste sur mes gardes : on ne sait jamais.

Je descends les escaliers blancs un à un, en jetant quelques fois des regards par-dessus mon épaule pour vérifier que personne ne me suit. Une fois la dernière marche atteinte, je souffle un bon coup devant les dernières portes qui me séparent du monde extérieur puis, je les petite brise vient secouer mes cheveux, lâchés sur mes épaules. Je n'ai pas l'habitude d'avoir froid, alors je grelotte légèrement et frotte énergiquement mes bras pour réchauffer mon corps. Le ciel est recouvert de quelques nuages et la lune est ronde. Sa lumière m'envoûte et m'enveloppe. Je ferme les yeux, en attendant qu'elle m'aspire, et me fasse disparaître.

- Dix. Cours, annonce la voix de Caleb derrière moi qui me fait sursauter. Cours jusqu'au secteur Altruiste sur ta droite. Cache-toi chez l'un d'eux jusqu'à demain, et ensuite, débrouille-toi pour rejoindre les Audacieux sans te faire remarquer. Fais-attention aux sans-factions. Ils sont dangereux et c'est sûrement là-bas qu'ils te chercheront en premier.
- Comment ça, rester chez l'un d'eux ? je demande, surprise.
- Ils ne te poseront aucunes questions. C'est contraire à leurs règles de vie.

J'acquiesce et sourit timidement.

- Merci. Merci pour tout.

Il ne répond pas et ouvre la porte, mais il n'avance pas.

- Ne me remercie pas, Dix. Tu comprendras bien assez tôt pourquoi je l'ai fait. Maintenant, va-t'en.

Et avant que je ne puisse dire quoi que ce soit de plus, il disparaît à l'intérieur de l'hôpital. Alors sans attendre une minute de plus, je cours.

Je sprinte le plus rapidement possible. Ma gorge me brûle, je manque de souffle et mon cœur s'emballe. Mes poignets blessés me lancent terriblement. Mais, je me sens libre. Enfin. La lettre cachée entre mon jean et ma chemise frotte contre ma peau. Le vent me fouette le visage et hurle dans mes oreilles. Il fait à moitié noir et je ne vois presque rien mais je n'ai pas le temps de m'en plaindre et d'avoir peur. Je cours pour ma vie, ma liberté. Je cours pour moi, pour Rob, Lola et Zélie. Je cours pour me venger, pour crier.

Après ce qu'il me semble une éternité, j'aperçois des maisons grises, à présent, éclairées par la faible lumière de la lune, cachée derrière les nuages. Je ralentis : mon premier objectif est atteint. Mes jambes m'entraînent sur quelques mètres, emportées par l'élan, avant de s'arrêter complètement. Une nausée me prend la poitrine et je me penche, les mains sur les cuisses, pour chercher mon souffle.

De chaque côté, se trouvent des habitations qui se ressemblent parfaitement. Pas une seule ne semble abriter un habitant plus riche que les autres. Je marche, courbée, une main sur ma gorge qui brûle, jusqu'à une maison au hasard. Devant la porte, j'hésite. Ce n'est peut-être pas une si bonne idée. Les Altruistes ne sont pas autorisés à mentir. Si Jeanine envoie des Erudits chez la personne qui m'aura abrité, elle me dénoncera, sans forcément savoir ce que je risque.

Je reviens sur mes pas et traverse le quartier silencieux, perdue, vide, seule, mais libre.