Titre original : Eight

Auteur : Lily Elizabeth Snape

Traductrice : PetiteMary

Disclamer : Les personnages sont à J.K. Rowling, l'histoire est à Lily Elizabeth Snape. Je n'agis qu'en tant que traductrice.

Résumé : Harry, âgé de huit ans, se fait maltraiter par les Dursleys. Rogue est un sorcier particulièrement froid et distant. Severus peut-il offrir à Harry l'enfance à laquelle il n'a pas eu droit?

Note de la traductrice

Voilà pour vous! Dites merci, parce que je dois bosser dans quelques heures à peine et je ne suis pas encore couchée!

Chapitre 6

Jamais dormi dans un lit? Quelle pitié. Ces horribles moldus tordus! Une liste constamment grandissante de questions me brûlait les lèvres, mais cet enfant avait besoin de se reposer et de manger avant tout.

« Et bien, Harry, voilà ta chance. »

Je tapotai l'oreiller défraîchi, mais il ne bougea pas.

« Viens maintenant, petit. Au lit. Tu as besoin de te reposer. »

Gardant fixés sur moi ses deux yeux émeraude grands ouverts, il grimpa sur le matelat moelleux, en équilibre sur le bord. Il testait la situation. Je commençais à m'impatienter; allais-je devoir dicter chacun de ses mouvements?

« Couche toi, petit. » lui ordonnai-je d'un ton un peu plus brusque que je ne l'aurais souhaité.

Il s'exécuta immédiatement, tendu comme un arc. Laissant mon niveau d'irritation redescendre, je me sermonai intérieurement et me rappelai d'être patient.

« Qu'est-ce que c'est que cette histoire? Sévérus Snape? Patient? »

Je n'avais qu'à faire comme si c'était le cas. Je m'agenouillai près du lit et plongeai mon regard dans les yeux de ma nouvelle charge.

« Relaxe maintenant, petit. Je ne vais pas changer d'avis, je veux que tu reste dans ce lit. Ne serais-tu pas mieux sous les couvertures? »

Il devint très excité, soudainement.

« J'ai droit à une couverture aussi, monsieur? »

Ces foutus moldus!

« Bien sûr, petit. »

Je soulevai les couvertures et le regarda se glisser entre les draps, avec au visage une expression de pur bonheur. Il posa sa tête sur le matelas, et plutôt que de me lancer dans un autre inévitable échange, je lui soulevai tout simplement la tête et glissai l'oreiller de plume en dessous.

« Merci, monsieur! » gazouilla-t-il, comme si un lit était un cadeau luxueux ou exotique.

« Exactement comme je l'aurais fait. »

Le lit était tellement merveilleux! J'étais au chaud et les draps lourds repoussaient tous mes frissons hors de mon corps. Je ne croyais pas en ma propre chance! D'abord l'homme m'avait laissé jouer dehors tout l'après-midi de la veille, puis il avait guéri mes blessures, et maintenant il me mettait au lit… et il avait dit quelque chose à propos du petit-déjeuner aussi, n'est-ce pas? Tout semblait en place pour que ce jour soit le plus beau jour de ma vie! Je savais que je devrais toujours faire face à ma punition, mais pour le moment je ne pouvais me résoudre à y penser. J'étais trop confortable, et je me surpris à me demander :

« Est-ce cela, avoir quelqu'un qui s'occupe de soi? »

Je décidai de rester éveillé; j'essayai vraiment! Je ne me sentais pas de dormir pendant ce jour, encore plus s'il cuisinait. C'était mon travail. Et puis une pensée contradictoire me frappa :

« Pourquoi est-il si gentil avec moi? »

Oui, pourquoi était-il si gentil avec moi? Je n'avais certainement pas fait quoi que ce soit pour le mériter. Au contraire, je n'avais causé que des problèmes ces deux derniers jours. Tout en me questionnant, je sombrai dans un sommeil profond.

Je m'activai dans la cuisine, tentant de mettre de l'ordre dans tout ce que j'avais appris. L'enfant avait visiblement été battu de façon barbare et répétée. Il avait l'air d'avoir été affamé. En constatant la quantité de nourriture restante, je voyais clairement qu'il n'avait pas mangé beaucoup ici non plus. Qu'il puisse tirer un tel plaisir d'un simple lit et d'une couverture était une preuve flagrante de la négligeance dont il avait souffert. Comment ne l'avais-je pas vu plus tôt?

« Parce que dès que j'ai vu qu'il était le portrait tout craché de James, je l'ai à peine vraiment regardé. Je ne le voyais pas, pas vraiment. »

Peu de temps après les jours d'enfer où je servais d'agent double, j'avais mis de côté la partie de moi qui analysait chaque situation d'une multitude de perspectives. La vie était tellement plus facile quand je pouvais me fermer aux autres, quand je n'avais pas à m'en faire pour quoi que ce soit. Je n'avais pas à voir et je n'avais pas à savoir. Je pouvais vivre seul avec ma propre souffrance, au lieu de la mienne plus celle de tous les autres.

Mais je n'étais plus seul, et que j'en sois heureux ou non, j'étais redevable envers Lily. Et après avoir vu en Harry les horreurs auxquelles j'avais dû faire face quand j'étais enfant, je voulais le guérir. Je voulais lui donner les soins que je n'avais jamais eus. Peut-être que mes démons intérieurs seraient exorcisés par –

Un cri à glacer le sang résonna du premier étage de l'humble cottage. Un réflexe me fit bondir à sa porte en l'espace de quelques secondes. Il était toujours endormi, son corps complètement arqué. Il marmonait entre deux cris venant du plus profond de son âme.

« Harry! Harry, réveille-toi maintenant. Tu fais un cauchemar. »

Il ne répondit pas à ma voix, je secouai donc doucement son épaule. Aussitôt que je touchai, il se redressa, se précipitant hors de ma portée. Il ne semblait pas conscient quand il s'affala sur le plancher. Se recroquevillant de nouveau dans ce foutu coin, il suppliait comme si sa vie en dépendait.

« Je suis désolé, monsieur! Je suis tellement désolé! Je ne voulais pas causer tout cela! Je ne le ferai plus, monsieur! »

Puis il arrêta, un calme étrange s'étant emparé de son petit corps. Il se tint droit, un bras enroulé autour de sa taille émaciée. Puis, sans l'urgence et le désespoir du moment précédent, il parla sur un ton à peine audible :

« Je suis désolé, monsieur. »

Chaque mot était prononcé avec précaution, même s'ils avait été répété de façon monotone. Il semblait résigné, si un enfant de huit pouvait le sembler.

« Harry? Petit, regarde moi. »

Il ne voulait pas, ou ne pouvait pas. Je me dis que la distraction était peut-être la clé. Les enfant étaient facilement distraits, non?

« C'est le moment de manger, puis on va sortir un peu. »

Il me suivit dans les escaliers, manquant de trébucher dans ma robe. Sachant que je devrais bientôt me changer pour enfiler mon adorable costume de moldu, je transformai mon attirail; il ne sembla pas le remarquer.

« La nouveauté de la magie doit déjà être disparue. Comme les jeunes sont changeants! »

Il s'assit sur la vieille chaise quand je lui fis signe de le faire, puis attendit que j'aie commencé à manger pour grignoter le reste de notre pain.

« Quel est le problème, petit? Trop dur pour toi?

- Non, monsieur, chuchota-t-il, avalant avec difficulté.

- Harry, combien de fois as-tu mangé depuis que tu es arrivé? »

Il déglutit, le visage assombri par de la… culpabilité?

« Deux, monsieur. »

C'était intolérable. Non seulement avais-je laissé l'enfant dans un coin toute la nuit, mais en plus je l'avais affamé. Ça devait changer immédiatement. Mais son comportement n'allait pas de paire avec son dernier commentaire.

« N'as-tu pas faim?

- Oui, monsieur. »

Il ne mangeait tout de même pas plus que son bout de pain rassi. Ça devenait exaspérant!

« Alors pourquoi par l'enfer ne manges-tu pas? »

Je regrettai immédiatement mon ton en le voyant reculer.

« Je suis désolé, monsieur » piailla-t-il.

J'étais aussi fatigué de ses constantes excuses.

« Je suis désolé n'est pas une réponse, petit. Dis-moi pourquoi tu ne manges pas. »

Mon ton était un peu plus don, cette fois.

« Je suis désolé, c'est juste que… »

Il s'arrêta et toussa.

« Oui, c'est juste que quoi? Continue. »

Il prit une grande inspiration, comme s'il s'apprêtait à se laisser chuter en parachute de quelques milliers de mètres d'altitude.

« Je crois, monsieur, que je vais être capable de manger davantage après… après ma, hum, punition, monsieur.

- Quelle punition? »

Par Merlin, que pensait-il avoir fait, cette fois?

« Ma punition pour être resté dehors après la noirceur, et pour être allé dans votre jardin, et pour avoir fait un désordre, et pour avoir crié. »

Ça allait prendre un long, long moment pour lui enlever cet état d'esprit d'enfant battu. Nous allions devoir nous y prendre une crise à la fois.

« Et je dois contrôler mon tempérament! »

« Petit, écoute moi. Ta punition pour être resté dehors et être allé dans le jardin était de rester dans le coin. Je ne voulais pas te laisser là plus d'une demi-heure. C'est ma faute si tu t'es fait dessus; aucun enfant ne devrait rester au coin toute la nuit! Et tu criais parce que tu as fait un cauchemar; c'était hors de ton contrôle.

- Alors… alors vous n'allez pas me… me fouetter, monsieur? demanda-t-il avec espoir.

- Non, Harry, je ne vais pas te fouetter ou te punir d'aucune façon. Je me demande, toutefois, pourquoi tu as décidé de rester dehors sous la pluie. »

Il but une gorgée d'eau, et je pouvais voir ses rouages s'activer. Peu importe ce qu'il ruminait, il essayait de le formuler de la bonne façon pour moi.

« Et bien, monsieur, quand vous, hum, ne vous sentiez pas bien, vous avez… vous avez dit d'aller dehors et de jouer. J'ai cru que je ne devais pas rentrer tant que vous ne m'en donniez pas l'ordre, donc je suis resté dehors jusqu'à ce que vous arriviez.

- Tu veux dire quand j'étais saoul, c'est ça? » demandais-je, déjà furieux contre moi de m'être conduit de façon aussi stupide.

Il mordit sa lèvre inférieur et regarda au loin. Donc je l'avais puni à tort dès le départ. Je me haissais de plus en plus à mesure que les minutes passaient.

« Mange ton petit-déjeuner. Je vais être de retour dans un moment. »

Je fis claquer la porte du dongeon et je versai tout le Whysky Pur Feu et tout autre alcool qui me tomba sous la main dans la lavabo. Je me débarassai aussi de la potion calmante et de la potion de sommeil sans rêves, toutes deux étant contaminées.

Quand je remontai, il fixait le vide, un morceau à moitié mangé de croûte tenant mollement entre ses doigts. Je l'observai pendant un instant, me demandant à quoi il pensait, comment il se sentait. Il ne pouvait être vraiment confortable ici, et je doutais hautement qu'il était confortable avec son oncle et sa tante. Est-ce que cet enfant avait déjà connu le bonheur? L'amour? La chaleur? Je ne voulais pas le faire sursauter, mais je voulais que cette journée soit efficace. Et il avait besoin d'être mis au lit très tôt après la nuit qu'il avait passée. Quelques heures de sommeil ne pourraient le faire tenir très longtemps, j'en étais sûr.

« Harry, dis-je doucement en approchant la petite figure triste. Harry?

- Oh! Oui, monsieur? Je suis désolé, monsieur. »

Il se redressa, se cogna contre la chaise et échappa le pain.

« Je suis désolé! Je vais le ramasser tout de suite, monsieur!

- Harry, dis-je en m'assoyant à côté de lui. Tu n'as pas à t'excuser. C'était un accident. Ne te tracasse pas pour ça. »

Je redressai la chaise, et il commença à manger la croûte sur le plancher.

« Ne mange pas ça, petit. Jette-le. »

Il regarda longuement le morceau de nourriture tandis qu'il obéissait en robot.

« Cet enfant doit être encore affamé. »

Je me raclai la gorge.

« Nous allons prendre une bouché au Chaudron Baveur avant nos courses. Je suis fatigué du pain et du fromage, pas toi? »

Il ne dit rien, mais tremblait tellement fort que ses dents cliquetaient.

« Viens, petit, allons t'habiller. »