Titre original : Eight

Auteur : Lily Elizabeth Snape

Traductrice : PetiteMary

Disclamer : Les personnages sont à J.K. Rowling, l'histoire est à Lily Elizabeth Snape. Je n'agis qu'en tant que traductrice.

Résumé : Harry, âgé de huit ans, se fait maltraiter par les Dursleys. Rogue est un sorcier particulièrement froid et distant. Severus peut-il offrir à Harry l'enfance à laquelle il n'a pas eu droit?

Note de la traductrice

Youpi! En moins d'une semaine, j'ai doublé le nombre de chapitres! =) Pour ceux qui le ne savent pas, cette fic est composée de 21 chapitre, nous avons donc dépassé la moitié!

Chapitre 12

« La pire raclée que je recevrais. Au moins je saurai à quoi m'attendre. » Il avait demandé si j'avais compris. Était-ce le cas?

« Oui, monsieur. »

J'entendis son souffle s'accélérer fortement. Il se pratiquait, me tapotant quelques fois pour de faux. « Il n'a probablement pas fait ça depuis longtemps. »

Sa voix était calme et claire lorsqu'il ordonna : « Remonte tes pantalons, petit. »

« Monsieur? » Il allait le faire à travers mes vêtements? Comment était-ce possible?

Il soupira, et le fit pour moi au lieu de répéter l'ordre. Puis il me retourna, me leva en me prenant sous les bras, puis me déposa sur le lit.

Il me regardait, incrédule, incapable de comprendre la situation. Avais-je fait la bonne chose? J'allais bientôt le savoir.

« Ça, mon enfant, c'était la pire raclée que tu recevras de moi. »

Il me fixa, les yeux dans les yeux, pendant ce qui me sembla une éternité, m'interrogeant. D'énormes larmes perlaient à ses yeux tandis qu'il me demandait :

« C'est vraiment fini, n'est-ce pas, monsieur? Les… les coups? »

Il tremblait violemment; il avait besoin d'entendre ma réponse au même titre qu'il avait besoin de sommeil, d'air et de nourriture. « C'était la bonne chose à faire! »

« Oui, Harry, c'est fini. » C'était tout sauf un murmure. Je m'agenouillai à ses côtés.

« Merci, monsieur, merci, merci » parvint-il à dire avant de se dissoudre en sanglots spasmodiques déchirants qui chantaient la contre-mélodie de son infernale vie d'avant.

Ce n'était pas du tout embarrassant de l'avoir blotti contre moi, de le bercer alors que son petit cœur laissait s'écouler toute la douleur et le chagrin qu'il contenait.

Poppy serait fière.

Je pleurais, serré contre lui, sans avoir peur d'être puni. Était-ce normal ou était-ce le paradis?

Je me crispai à mesure que mes larmes séchaient. Combien de temps sa sympathie durerait-elle? Combien de temps avant qu'il soit fatigué que je fasse le pleurnichard? Et sera-t-il méchant la prochaine fois qu'il aura bu?

Aussitôt que j'en fus capable, je me redressai, tentant d'avoir l'air présentable.

« Es-tu prêt, Harry? » demanda-t-il, comme si je savais pour quoi. « S'il vous plaît, faites que ce soit quelque chose d'agréable! » priai-je.

« Oui, monsieur » répondis-je avec hésitation.

Il me regarda, son petit sourire narquois trahissant moins de frustration qu'à l'habitude.

« Sais-tu pour quoi tu es prêt, mon enfant? » Il fit un demi-sourire, respira et retint son souffle en un reniflement, comme s'il allait rire. « De moi ou avec moi? »

« N…non, monsieur. » Il ricana.

« Pour manger, évidemment. C'est pour ça que je t'ai demandé de retirer ta cape, mon enfant; nous sommes parmi les moldus, tu te souviens.

- Oh. » Je me sentis un peu stupide, mais aucune insulte ne vint, donc je me concentrai sur ne pas trébucher tandis que nous prenions la direction du long chemin pavé de Spinner's End.

Quand nous pénétrâmes le pub Knight's Head, les yeux furent sur moi et non sur le garçon. Je maudis silencieusement cette ville encore une fois. J'étais déçu que Poudlard ait été une si troublante expérience pour le garçon; j'aurais souhaité que nous puissions y retourner plus tôt.

Il hésita à s'asseoir avant que je ne le lui demande, je décidai de commencer par ça.

« Harry?

- Oui, monsieur?

- Pourquoi hésites-tu à t'asseoir à la table? »

Je pouvais presque entendre le rythme de son cœur qui palpitait. Il recula d'un pas et se recroquevilla un peu sur lui-même, le menton bas, mais les yeux sur moi.

« Je… je suis désolé, monsieur! »

« Prends une grande respiration, Severus. Tu vas rester calme! Tu es capable! »

« Ne t'inquiète pas, Harry. Je veux juste parler avec toi. Maintenant, reprends ton souffle et réponds à la question, mon enfant.

- Je n'avais jamais le droit de manger à table à la maison – je veux dire, chez les Dursley, monsieur.

- J'avais peur que ce soit le cas. Où te faisaient-ils manger, alors?

- Principalement sur le sol, monsieur.

- Bâtards! » Je m'étais exclamé un peu trop fort, attirant l'attention de la matrone du bar. Me reprenant, j'ajoutai : « Tu vas t'habituer à manger à la table avec moi. Quand ce sera le temps de manger, tu pourras t'asseoir à la table sans attendre que je t'en donne la permission. Qu'est-ce que tu en dis? »

« C'est bien, monsieur. Merci, monsieur. »

Une crise de passée. Combien à venir?

Mon Snape était très compréhensif soudainement. Il semblait me voir moi, maintenant; vraiment regarder mon visage et mes yeux et essayer de comprendre quel genre de garçon j'étais. Encore une fois, il s'était fâché en entendant parler de mon traitement chez les Dursley. Est-ce que ça voulait dire qu'il ne le répéterait pas? Repensant à la journée qui venait de passer, j'étais conscient qu'il avait eu amplement de chances de se débarasser de moi, s'il l'avait voulu.

Je sentais ma poitrine se remplir d'une douce chaleur en songeant à toutes ces brillantes réflexions.

« Qu'est-ce que j'peux vous servir, m'sieurs? demanda la dame qui portait un tablier en dentelle tâché.

"Je vais prendre un Whis– »

Professeur Snape s'arrêta, me regarda le front plissé, puis se racla la gorge.

« Disons un café, noir. Qu'aimerais-tu, Harry? »

Ils me fixaient tous les deux. Comment pouvais-je choisir? Je ne méritais rien! Et tous ces changements de sentiments étaient si étranges. Une minute j'étais content – moi, content! –, mais la suivante, j'étais de nouveau inquiet et effrayé. « C'était plus facile de rester tout le temps crispé. Au moins je n'avais pas l'impression de devenir fou! »

« Harry? » Sa voix était plus crispée cette fois. « S'il vous plaît, faites que je ne le fasse pas fâcher! »

« Euh, de l'eau s'il vous plaît, madame.

- Juste de l'eau? » Elle fronça les sourcils en direction de mon Snape et lui lança un regard de maîtresse d'école.

« Du lait, dit-il. Du lait également. »

Je chuchotai un « merci » après qu'elle soit partie.

« Veux-tu que je commande pour toi, Harry? » m'offrit-t-il après avoir parcouru le menu.

Je laissai sortir la respiration que je n'avais pas réalisé avoir retenue.

« Oui, monsieur. Merci, monsieur. »

Il darda ses yeux sur moi, comme s'il se décidait par rapport à quelque chose. Ça me fit me sentir embarrassé, et je me mis à jouer nerveusement avec la saleté sous mes ongles.

Il ne dit rien. Il se contenta de se racler encore la gorge.

Quand notre nourriture arriva, il me dit doucement : « Tu n'as pas à terminer ton assiette. Mange seulement à ta faim. »

Lisait-il mes pensées? Je commençais vraiment à me le demander. J'essayai quelques pensées pour voir si c'était le cas. « Pourquoi le ciel est-il bleu, Professeur Snape? Me le direz-vous? »

Rien.

La nourriture était merveilleuse, des pommes de terre chaudes et un peu salées, du poulet facile à mâcher et des haricots verts frais et légèrement croquants.

J'essayai de nouveau. « Comment avez-vous su exactement ce que je voudrais, parrain? »

Stupide moi. S'il lisait mes pensées, serais-je dans l'embarras pour avoir pensé à lui comme étant mon parrain? Ce terme me semblait horriblement informel.

« À quoi penses-tu, Harry? » me demanda-t-il à ce moment exact. J'échappai ma fourchette. Elle tomba bruyamment sur le plancher. Je baissai la tête, attendant une réprimande, au moins.

« Il ne me frappera pas, il ne me frappera pas » tentai-je de me convaincre.

Aussi vite qu'elle était tombée, la dame du bar m'en apporta une nouvelle.

« Voilà pour toi, mon chéri » chantonna-t-elle avant de jeter un regard dédaigneux à mon Snape. Pourquoi tout le monde pensait-il constamment qu'il était méchant? Ça me rappelait comment tout le monde m'avait toujours vu. « Il est anormal! »

« Tout va bien, mon garçon? » Il y avait ces mots : « mon garçon ». Ça ne me dérangeait pas avant que je commence à me sentir bien.

Je vis le film de ma vie s'activer de nouveau, la scène se déroulant dans la cuisine des Dursley. « Garçon! » était hurlé barbarement. J'avais échappé une assiette. Elle avait glissé de mes mains savonneuses. Mes mains saignaient tandis que j'essayai de ramasser les morceaux hâtivement. Quelqu'un venait vers moi. Once Vernon? Oncle Vernon! Je me recroquevillait en une petite boule, protégeant ce que je pouvais de moi. « Je suis petit. Je suis minuscule. Je suis une petite cible. Vise à côté, vise à côté. » Il me donnait des coups de pieds; je réagissais aux coups de pieds, mais c'était étrange. Je sentais des mains douces sur moi en même temps.

« Harry! Harry! » était murmuré frénétiquement à mon oreille. Oncle ne m'avait jamais appelé Harry.

« Ouvre les yeux, petit. Regarde moi. »

Où étais-je? Tout cela était si déroutant! Je pouvais à peine respirer.

Quelqu'un d'autre se déplaça à la périphérie de la scène.

« Est-ce que j'peux faire qu'que chose pour aider, monsieur Snape? »

Je connaissais cette voix. Cette voix ne venait pas de Privet Drive. C'était une voix gentille, la première que j'avais entendue depuis très longtemps. D'aussi loin que je pouvais me rappeler. La voix du tailleur. Et il avait appelé l'autre voix –

Snape. Oui, mon Snape.

J'étais brûlant, suant, tremblant, frémissant.

Mon Snape souffla au tailleur.

« Vous pouvez essayer. » Mais mon Snape ne partit pas, il resta juste à côté, tandis que le tailleur me parlait tout bas.

« Ç'a pas l'air d'aller fort, gamin. T'as rien à craindre ici. » Puis, super ultra bas : « Y t'a fait mal? »

Je l'entendis demandé. Je pensais que ça m'ennuierait, mais non. J'aurais posé la même question dans une telle situation.

Harry secoua la tête légèrement, puis me jeta un coup d'œil prudemment. Je tentai d'avoir l'air rassurant, mais ça put avoir l'air d'un grondement. « Je vais devoir me pratiquer devant le miroir. »

« Quelqu'un d'autre t'as effrayé, alors? » continua le tailleur.

L'enfant hocha la tête.

C'était un flashback. Je me rappelais trop clairement en avoir eu de nombreux après m'être installé à Poudlard. Quelque chose déclanchait un lointain souvenir tortueux et j'y étais complètement immergé, oubliant où je me trouvais actuellement.

Quel enfant difficile il se révélait être! Heureusement, je savais quoi faire pour Harry dans cette situation précise. Je me demandais à quelle fréquence ça reviendrait, et ce qui avait causé ce souvenir cette fois.

Harry cligna des yeux comme si des rayons de soleil le prenaient d'assaut. L'instant suivant il fit la chose la plus attachante : il tendit la main vers moi. Je l'attirai vers moi maladroitement, sachant que j'allais rougir. Il tremblait encore, respirant par halètements. À moitié entre le passé et le présent, coincé dans l'autre monde d'un retourneur de temps.

« Harry, commençais-je. Regarde la pièce. Nous sommes dans un pub, à Ashton-Under-Lyne. Tu es en sécurité ici. Personne ne va te faire de mal. N'est-ce pas, …

- Gray, m'sieur, dit le tailleur. C'est vrai, gamin. Rien va t'arriver. »

Je relevai le garçon, l'intimant de faire quelque pas lourdement sur le sol. C'était logiquement ce qu'il fallait : il devait reprendre conscience de son corps, se débarrasser de son passé. Je devais passer pour le fou de la place, parlant à ce petit enfant qui semblait être devenu totalement timbré, causant tout ce bruit au beau milieu de ce pub moisi.

Gray décida de montrer l'exemple; le vieux commerçant sauta sur place, me délivrant de mon embarras. Il marchait d'un pas lourd et se dandinait comme si une gigue irlandaise venait de commencer. Tenant les deux petites mains, la paire galopait tout autour, faisant trembler les planches en bois pourries. Les quelques personnes présentes dans l'établissement riaient et lançaient des « Hey, Gray! » La barmaid battait la mesure tandis que la femme de ménage pouffait de rire. Au moment où Gray le leva de terre pour le balancer avec entrain, Harry riait joyeusement. J'avais peur qu'il vomisse encore. Mais ce n'était pas grave si c'était le cas; il était tout simplement radieux, ce qui valait n'importe quel désordre imaginable.