Titre original : Eight
Auteur : Lily Elizabeth Snape
Traductrice : PetiteMary
Disclamer : Les personnages sont à J.K. Rowling, l'histoire est à Lily Elizabeth Snape. Je n'agis qu'en tant que traductrice.
Résumé : Harry, âgé de huit ans, se fait maltraiter par les Dursleys. Rogue est un sorcier particulièrement froid et distant. Severus peut-il offrir à Harry l'enfance à laquelle il n'a pas eu droit?
Chapitre 15
J'avais encore fait cette chose. Où j'étais perdu dans mes souvenirs et j'étais là – là – encore. Juste effrayé, tellement effrayé et incapable de penser, de respirer, même de bouger.
Tellement froid, tellement douloureux, tellement triste et stupide et pourquoi voulait-il encore de moi?
Qui voudrait de moi, en particulier dans cet état-là?
Je n'avais rien fait de bien, juste dormir comme un gros lourdaud. Il devrait me battre.
« Je suis méchant. Je mérite d'être puni. »
Je l'avais même réveillé. Il avait dormi sur une chaise parce que j'avais accaparé le sofa.
« Qu'est-ce qui cloche chez moi? » criai-je dans ma tête. À moi-même. Il y avait des voix, elles me parlaient, me criaient après. Oncle Vernon, ma tante, moi…
Pourquoi ne pouvais-je pas être libre?
« Il parle. Écoute! »
…
« Est-ce que tu peux m'entendre, Harry? »
Ça prit un moment, mais il répondit d'une voix éteinte : « Oui, monsieur. »
« Elle n'aurait pas du faire ça, tu sais. Je suis vraiment en colère contre elle. Tu n'as rien fait de mal, mon enfant.
- Je suis désolé, monsieur! »
Il avait probablement entendu mes mots différemment; comme une phrase embrouillée à travers une vieille corne de phonographe.
« Tu n'es pas dans le pétrin, Harry. Maintenant, dis-moi ce que je t'ai dit. »
Alarmé et confus, il répéta comme un perroquet :
« Je ne suis pas dans le pétrin, monsieur?
- C'est exact. Très bien. »
Je ne voulais vraiment, mais vraiment pas parler de tout ça. C'était probablement aussi son cas. Je choisis de passer à d'autres sujets que j'avais l'intention d'aborder récemment.
« Voudrais-tu m'appeler parrain, Harry? Ou par mon prénom, Severus? »
J'avais capté son attention, le délivrant de ses profondes rêveries.
« Vous me permettez de vous appeler « parrain », monsieur? demanda-t-il, excité.
- Oui, bien sûr. »
Il s'exclama : « Merci, parrain! »
Avant qu'il ne glisse dans la peur, je voulais passer à autre chose.
« Voudrais-tu revoir Poppy, ou retourner à la maison?
- Pourrais-je… pourrais-je voir Madame Poppy puis aller à la maison, s'il vous plaît, monsieur? »
Ce mot encore – monsieur. « Donne lui le temps, Severus. Patience. »
Je grimaçai intérieurement.
…
Il fit venir Poppy par la cheminée encore une fois. Elle lança quelque chose comme « foutu chat », ça devait être un truc de sorciers. Peut-être un chat noir?
Ils parlèrent pendant un instant et j'imaginai que j'étais sur un balai volant bien au-dessus de l'ombre d'un croissant de lune. Je pouvais vrombir à travers les nuages et je sentais le vent tiraillant mes cheveux emmêlés. J'imaginai que j'avais des essuie-glaces sur mes lunettes pour ne pas qu'ils s'embrument! Piquant, plongeant et tournoyant, un peu comme quand on passait sur une bosse vraiment vite en voiture, je supposais. Si seulement j'avais eu un vrai balai de sorcière auparavant, j'aurais pu m'envoler du toit de chez les Dursley et ne jamais revenir.
Mon vol prit brusquement fin quand mon Snape me demanda nerveusement si ça me dérangeait de rester un peu avec Poppy. Ça m'était égal. J'étais bien avec elle, mes entrailles ne s'envolaient pas loin de l'écoeurante statique qui m'entourait. Comme avec mon Snape – parrain.
« Est-ce que c'est ce qu'ils veulent dire quand ils répètent « tu es en sécurité »? »
…
Bouillonnant, je crachai le ridicule mot de passe « Rowntrees Jelly Tots » (1) et escaladai quatre par quatre les marches menant au bureau du directeur.
« Je vais tuer cette femme brutale, Albus! » criai-je sans réfléchir.
- Asseyez-vous, asseyez-vous, mon garçon. Réglisse mordeuse? »
Mon regard mauvais lui servit de réponse.
« Vous m'avez presque crucifié pour avoir posé la main sur Harry quand je n'étais pas en pleine possession de mes moyens. McGonagall l'a battu avec une canne, monsieur le directeur! »
Les sourcils du vieil homme s'élevèrent de surprise, toutefois il répondit :
« Elle devait avoir une bonne raison, alors, Severus. »
Pur préjugé! Je bondis de la chaise qu'il m'avait présenté et je faillis foncer dans la harpie en question alors qu'elle honorait notre estimé directeur de son odieuse présence.
« Je vois que Severus est déjà venu déblatérer quant à mes pratiques disciplinaires, dit-elle d'un ton sarcastique.
- Douze coups, Minerva? À un enfant de huit ans! » Cette expérience était tellement étrange. Je n'avais jamais été si survolter par rapport à quoi que ce soit du genre dans ma vie.
« Severus, allez-vous arrêter de crier! Albus, oui, je lui ai administré douze coups pour destruction de biens et mensonge catégorique à ce sujet. J'avais l'intention de n'en donner qu'un seul, mais je n'avais pas réalisé à quel point je m'étais affaiblie avec le temps. Je n'ai même pas obtenu une grimace ni une excuse pour les objets abimés. Je ne ferais certainement pas mal au précieux fils de Lily et James!
- Il ne mentait pas! Il se comporte comme un elfe de maison quand il est laissé à lui-même. Ses foutus moldues étaient horrible envers lui – »
À ce moment, la tête de Poppy apparut, flottant dans les flammes émeraude.
« Severus, vous devez venir ici et voir ce que ce – » Elle balbutia quand son regard croisa celui de Minerva.
Reprenant d'une voix aussi aiguisée qu'un rasoir, elle déclara :
« Vous pouvez être certaine que je vais prendre le temps de parler avec vois, Professeur McGonagall! »
…
Madame Poppy était fâchée! Je ne croyais pas qu'elle était fâchée contre moi, mais comment était-ce possible? Je ne comprenais pas pourquoi tout le monde était si bouleversé par quelques coups de canne. Elle l'avait fait par-dessus mes nouveaux pantalons, en plus. J'étais constamment blamé pour des choses que je n'avais pas faite et j'avais été battu bien plus de nombreuses fois.
Pour l'instant, j'étais étendu sur le canapé, attendant que Professeur Snape voie les effets de ma punition. « Quoi, elle a dit Professeur McGonagall! Professeur Snape parlait avec elle! J'étais foutu, cette fois! » J'étais déjà en postition, rien ne recouvrant mon derrière.
Je ravalai le peu de vomi qui menaçait de sortir de ma bouche. Serrant les dents et me forçant à respirer, je me préparais à ce qui m'attendait.
Une odeur de suie flotta de la cheminée quand mon tuteur en sortit. Il vint directement à moi, je tremblais si violemment que mes jambes tressautaient.
« Oh, Harry, dit-il doucement en posant une main chaude sur mon dos. Occupons-nous de ça et allons à la maison. »
Poppy me donna ce truc liquide utilisé pour les plaies. « Ils sont si gentils! » Elle me laissa même l'appliquer par moi-même. Je me sentis beaucoup mieux, ne serait-ce que d'être capable de m'asseoir confortablement.
Mon Snape repassa par la cheminée tandis que madame me berçait et me racontait une histoire à propos d'un jeu de conte de fées appelé « couidich ». « Elle a une aussi grande imagination que moi! »
Je voulais savourer cet instant, sachant que des moments spéciaux comme celui-ci ne se produiraient pas souvent. Malheureusement, mon estomac avait une toute autre idée en tête. Je le réprimandai de se sentir affamé. J'avais déjeuné ce matin! Je devenais trop habitué à manger tout le temps.
…
Dumbledore était prêt à se ranger du côté de McGonagall. Toutefois, quand je leur montrai l'image, d'un geste de baguette, de l'état d'Harry, l'effet fut encore plus grand que ce à quoi je m'attendais.
Minerva était sous le choc.
« Je n'ai jamais voulu… Vous ne pouvez pas croire que je… » Après cela, elle éclata en sanglots.
Albus s'évertua à lui offrir un mouchoir et des paroles apaisantes. C'était typique de Minerva, de mon point de vue. Elle n'avait aucune idée de comment traiter une enfant comme Harry. « Ou un enfant comme moi. » En effet, ma première expérience seul à seul avec elle en tant que première année avait été très semblable à celle que le petit venait d'endurer.
J'avais eu le culot de m'endormir dans son cours de métamorphose du mardi matin. J'étais tellement soulagé d'être finalement loin de la maison, l'épuisement de centaines de nuits sans sommeil m'avait rattrapé. Sans compter que Pomfrey m'avait rafistolé dès la sortie du train. Pour la première fois de ma vie, j'étais détendu et je ne souffrais d'aucune douleur.
Ça n'avait pourtant pas duré quand McGonagall m'avait attrapé. Après le dîner, je m'étais présenté dans sa classe avec trois autres Serpentards, tous plus âgés que moi. J'étais le premier, et je n'avais émis ni geste ni son; mon père insistait sur le protocole. J'avais reçu le nombre maximal de coups permis à l'époque, tous plus féroces que le précédent.
De retour dans la salle commune, j'avais été louangé pour mon stoïcisme, mais avisé de faire tout un tapage la prochaine fois, pour que ce soit plus rapide et moins douloureux.
Après ces trop nombreuses minutes de stupide bavardage, je fis la seule chose logique; j'allumais une cigarette. À la lumière des circonstances, aucun des vieux sorciers ne me réprimanda. Finalement, le pire sembla passé, et le chat tigré retrouva son miaulement.
« Comment, par la barbe de Merlin, l'enfant est-il resté muet? » demanda-t-elle, incrédule.
Albus commença à répondre, mais je savais que je pouvais mieux l'expliquer, et – il va sans dire – de façon plus concise
« La pratique. Il était fréquemment battu par son oncle. Il était aussi forcé à cuisiner, jardiner, et nettoyer la maison entière, uniquement. Ça devrait vous donner un aperçu vous permettant de réaliser à quel point vous vous étiez non seulement dans le faux, mais également barbare. »
Sur ce, elle quitta le bureau instamment. Me sentant un peu triomphant et plutôt languissant, j'affichai mon mépris pour le bureau d'Albus en manquant la cheminée avec mes cendres de cigarette, avant de me prélasser dans un fauteuil en chintz. Je voulais fumer le reste de mon mégot avant de partir. C'était également pour montrer au directeur que j'étais en charge de la situation. Je n'étais pas à la tête de Serpentard pour rien.
Prenant une dernière bouffée avec autant de condescendance que je pus rassembler, j'affirmai :
« Directeur, j'ai de sérieuses décisions à prendre quant à mon futur et celui de mon filleul. Présentement, je ne suis pas convaincu que Poudlard serait un bon environnement pour lui. »
Il commença à protester en minaudant de son exaspérante façon de mage au yeux qui pétillent quand Minerva revint – avec en main sa foutue canne! Mais avant que je puisse la lui prendre et la jeter avec elle, elle la brisa en deux et la balança dans les flammes, lançant un Incendio pour accélérer le processus de destruction.
« Severus, je suis vraiment désolée. Je dois m'excuser auprès d'Harry immédiatement, proclama-t-elle comme si elle avait encore son mot à dire.
- Absolument pas, c'est hors de question. Nous venons à peine de parvenir à le calmer. Albus, je vous contacterai pour discuter de l'année scolaire à venir. Jusque là, j'espère que nous ne serons pas dérangés. »
Il était temps de rentrer à la maison!
(1) Les Jelly Tots sont des sucreries anglaises de la marque Rowntrees.
