Chapitre 2 : Clairvoyance
- Il était une fois un roi et une reine. (soupir) Chaque jour ils se lamentaient « Ah ! si seulement nous avions un enfant. » Mais d'enfant, point. (reniflement dédaigneux)Un jour que la reine était au bain, une grenouille bondit hors de l'eau et lui dit : « Ton vœu sera exaucé. Avant qu'une année soit passée, tu mettras au monde une fillette. » (ricanement) Ce que la grenouille avait prédit arriva. La reine donna le jour à une fille. Elle était si belle que le roi ne se tenait plus de joie …
- C'est complétement nul ! se plaignit Catherine, en ramenant violemment son dos contre le matelas.
- Dis donc, la chieuse, protestai-je, c'est toi qui a demandé d'être instruite sur la culture moldue ! Donc tu la fermes et tu laisses Lily finir ! Et un peu de respect, cette histoire est un pilier solide de mon enfance !
Lily laissa échapper un léger rire, et referma le livre.
- Hé, mais pourquoi tu t'arrêtes ? interrogea Mary, sang pur elle aussi, mais visiblement plus passionnée par l'histoire que l'autre débile qui me servait de meilleure amie.
- Ses commentaires constructifs gênent ma lecture, sourit Lily en faisant référence aux nombreux soupirs, ricanements, et exclamations dédaigneuses de Catherine qui avaient accompagné cette histoire et les précédentes.
Deux regards noirs se tournèrent vers la concernée.
- Mais comment vous pouvez aimer ça ? se défendit la jeune fille. Il n'y a rien qui se passe, on s'ennuie et le langage est archaïque …
- C'est le principe d'un conte pour enfants boloss ! raillai-je.
- Et sincèrement, une grenouille ? Je veux dire, ils auraient pu choisir n'importe quoi, un papillon, un faon, mais non, ils prennent l'animal le plus degueu qu'il existe sur terre dans une histoire pour gosses de 3 ans …
- La grenouille a un aspect magique et mystérieux qui correspond bien à la situation, opposa Mary d'une voix douce.
- Bah dans ce cas-là, pourquoi pas une licorne ?
- Hé les filles, vous entendez ? nous interrompit Lily en dressant l'oreille.
Silence. Tout le monde tenta de percevoir ce dont Lily parlait. En effet, à travers la porte ouverte, nous parvenaient des voix masculines depuis la salle commune. Jetant un coup d'œil à ma montre, je constatai qu'il était une heure du matin.
- Les Maraudeurs font une expédition, avançai-je, guère surprise.
- On les suit ?
Tout le monde se tourna vers Catherine. 3 réponses fusèrent en même temps.
- C'est contre le règlement.
Lily évidemment.
- J'ai la flemme.
Ça, c'était moi.
- Ouai pourquoi pas ?
Catherine, Lily et moi observâmes choquées la douce et discrète Mary qui venait de prononcer ces mots. Catherine reprit en premier ses esprits.
- Allez, supplia-t-elle en nous regardant. Si même Mary veut y aller …
- Sympa, souris la concernée.
- … vous devriez vous bouger le popotin ! Lily, on s'en branle du règlement …
- Charmant, grimaça la préfète.
- … et franchement Emma, je ne préfère pas relever cette justification absurde, t'es vraiment une larve.
Lily et moi nous concertâmes du regard, pour retourner ensuite vers ma meilleure amie, qui attendait notre décision avec une mine pleine d'espoir.
- Nop !
- Bande de lavettes, grommela Catherine. Allez, viens Mary, on va aller s'amuser sans ces deux coincées du règlement.
Les deux jeunes filles quittèrent la chambre. Je dirigeai mes yeux vers l'unique occupante restante de la chambre.
- On parie deux gallions qu'elles reviennent toutes les deux avec une retenue, alors que les garçons s'en tirent sans rien ? proposai-je, espiègle.
- Tenu !
Un ange passa. Je réfléchissais à comment aborder le prochain sujet qui m'intéressait.
Bon, autant y aller cash …
- A propos de garçons, comment ça se passe avec Potter ces temps-ci ?
Lily soupira.
- Je ne sais pas … Il a changé c'est sûr. Il est devenu plus … mature, si on peut qualifier ça comme ça. Mais parfois, il y a son attitude de « Lily, regarde, je suis trop génial, je suis le plus beau, le plus fort et j'ai le bocal comme pas deux, sort avec moi ! » qui ressort et ça m'exaspère, tu ne peux pas savoir à quel point.
J'éclatai de rire.
- Tu l'aimes bien hein ? Malgré tout.
Lily rougit et garda les lèvres closes.
- T'as pas besoin de l'avouer, ça se voit sur ton visage. En plus il n'y a pas de honte, c'est un Adonis vivant ce mec !
- C'est juste …
Elle se tut.
- Juste quoi ?
- J'ai l'impression parfois qu'il se moque de moi, que tout ça n'est qu'un défi personnel pour se prouver qu'il peut même avoir la fille qui ne veut pas de lui … (je toussai), ok, qui ne voulAIT pas de lui.
Je méditai un instant ses paroles.
- Franchement, je ne pense pas. Quel est l'intérêt, ça fait quand même 4 ans qu'il te poursuit. Un simple « défi » comme tu le dis, n'a pas cette résistance au temps. Il aurait abandonné.
- T'es sure ? Il m'a l'air plutôt déterminé, comme personne.
- Lily, as-tu vu le nombre de râteaux que tu lui as infligés ? Et pas que des gentils en plus. Moi je l'admire un peu, Potter. Il s'accroche. Aucune fille ne vaut tant d'humiliations, si le mec n'est pas amoureux.
- Tu penses que je devrais lui donner une chance ?
- Je pense surtout que si c'est réellement ce que tu veux, tu devrais te magner. Amour ou pas amour, tout le monde a son point de rupture, conclus-je en ramenant les couettes au-dessus de moi. Bonne nuit Lily !
- Bonne nuit Emma !
- Emma, Catherine s'est endormie dans son assiette … me chuchota Lily, visiblement soucieuse.
Un ricanement moqueur franchit la barrière de mes lèvres. Catherine et Mary étaient rentrées à cinq heures du matin, avec non seulement une retenue chacune, mais après avoir essuyé une engueulade mémorable de notre directrice de maison, qui avait dit être « profondément déçue par cette attitude irresponsable venant de jeunes filles si brillantes ». « En plus c'était seulement une mission de reconnaissance » avait boudé ma meilleure amie en parlant des Maraudeurs, qui eux, s'en étaient sortis sans séquelles. Deux gallions de plus dans ma poche, Lily et moi nous étions dirigées vers la Grande Salle pour le petit déjeuner, suivies de deux zombies pour lesquelles le manque de sommeil se voyait clairement sur le visage.
Je lançai une pomme sur la dormeuse, qui ne réagit pas. Un peu plus loin, Mary baillait toutes les 5 minutes, déchiquetant sans réellement y penser son omelette avec sa fourchette.
- On la laisse ici ? proposai-je en désignant Catherine, m'attirant un regard réprobateur de Lily.
- Dur réveil ? lança une voix amusée derrière nous.
Je tournai sur le banc et tombai sur Potter et Black, qui observaient Catherine et Mary avec un grand sourire ironique. Lily rougit et sembla trouver soudainement un grand intérêt à son jus de citrouille.
- On se demande pourquoi, grommelai-je en leur lançant un regard significatif.
Black leva ses deux mains.
- Nous déclinons toute responsabilité dans cette histoire. En soit personne ne nous a clairement vu en train de nous balader dans les couloirs de l'école à une heure tardive.
- Vous auriez pu nous aider au lieu de vous casser dès que McGonagall a pointé le bout de son nez … accusa Mary d'une voix endormie.
- Ça … Fallait pas nous suivre, ma chère, répondis Black avec un grand sourire
Potter ne disait rien, trop occupé à essayer de croiser le regard de Lily qui gardait ses yeux inexorablement fixés sur le liquide orangé. Black détailla Catherine du regard et prononça doucement :
- Elle est toute mignonne quand elle dort …
- Euh … répondis-je utilement, dépassée.
Black m'ignora et se pencha sur Catherine, posant une main dans ses boucles blondes qu'il caressa un instant. Puis il déposa un baiser sur la tempe de la jeune fille et se redressa, tandis que tout le monde même Lily, qui avait abandonné son verre, l'observait, étonné.
- Tu viens James ? appela-t-il, ignorant les regards convergeant vers lui.
Après un dernier regard vers Lily, ce dernier suivit son meilleur ami, et tous deux s'éloignèrent de nous. Je le suivis des yeux, la bouche ouverte. Catherine allait être folle de rage.
Ah oui d'ailleurs …
Je me tournai brusquement vers Lily, qui venait aussi de sortir de sa léthargie.
- C'est toi qui lui dis ! nous criâmes en chœur.
Silence.
- Mary ? proposai-je en avisant la jeune fille complétement déconnectée du monde qui l'entourait.
- Parfait. Me soutins Lily.
- Maryyy … prononçai-je d'une voix doucereuse.
- Il a fait QUOI ? hurla presque Catherine, oubliant de toute évidence l'endroit où nous nous trouvions.
- 20 points de moins pour Gryffondors, mademoiselle White, susurra le professeur Orwell, directeur de la maison Serpentard, qui de mon point de vue, n'attendait que ça depuis la dernière occasion qu'il avait eu d'enlever des points à notre maison, c'est-à-dire 3 minutes et 30 secondes auparavant.
- Il a fait quoi ? murmura de nouveau ma meilleure amie.
Flute, c'est les racines de sisymbre ou de gui ça ? Elles se ressemblent toutes ces plantes c'est pas possible ! Oh et puis limite on s'en tape, improvisons …
Je jetai l'ingrédient dans mon chaudron et observai avec un intérêt croissant le liquide tourner au rouge vif, au lieu du parme clair indiqué sur le manuel.
Intéressant …
- Emma ! chuchota Catherine d'une voix agacée en claquant ses doigts devant mes yeux.
Pourquoi c'est moi qui aies dû lui dire déjà ? Ah oui, parce que je suis la pigeonne de service …
- Je te l'ai déjà dit, répondis-je calmement. Il a passé la main dans tes cheveux … (la potion se mit à bouillonner. Merde …), ensuite il t'a embrassé sur la tempe (C'était quoi cette étincelle ?) et puis il est parti.
- …
- Ce truc va exploser, m'alarmai-je en regardant notre chaudron.
D'un coup de baguette machinal, Catherine fit disparaitre la potion.
- J'arrive pas à croire … commença-t-elle, exaspéré.
- Tu viens de faire quoi la ? m'exclamai-je.
- … qu'il puisse faire ça quand je suis endormie ! Je veux dire, sincèrement …
- Cat, on n'a plus rien ! On va rendre quoi au prof ?
- … c'est limite du viol !
- Youhou ! fis-je en agitant la main devant ses yeux. On a plus de potion !
Catherine sembla prendre conscience du problème et demeura silencieuse un instant.
- Bon bah on aura zéro, annonça-t-elle, pragmatique. De toute façon, ça ne peut pas être pire que le -2 qu'on aurait récolté si on avait rendu l'horreur que tu venais de nous réaliser.
- Ca fait une heure que tu me laisses me débrouiller toute seule, trop préoccupée par l'attitude oui ou non abusive de Black ! protestai-je. Pas étonnant que je l'ai foirée cette potion !
- …
- …
- Bon on fait quoi ?
- On se barre ? proposa Catherine, mortellement sérieuse.
- Ha. Ha.
- Bah on a qu'à glander qu'est-ce qu'on peut faire d'autre ?
- Allez. Acquiesçai-je en m'installant confortablement sur ma chaise.
- Pour de vrai, c'est quoi cette attitude ? songea-t-elle à mi-voix en observant Sirius lancer discrètement un pétard dans la potion de Severus Rogue.
BOUM !
- MONSIEUR BLACK !
- Pourquoi ça te préoccupe tant que ça ? interrogeai-je en penchant la tête sur le côté.
- … GAMIN ARME D'UNE BAGUETTE, IRRESPONSABLE CRETIN …
- Je déteste ce genre de comportement. Black prend les filles pour des objets, et je n'ai juste pas envie d'être un nom de plus écrit dans son carnet, répondit Catherine en soupirant.
- … 50 POINTS DE MOINS POUR GRYFFONDOR ET UNE RETENUE …
- Mouai ! Ce avait pas vraiment l'air d'être ca au petit déjeuner, de mon point de vue en tout cas …
- … J'ESPERE QUE CA VOUS APPRENDRA A ARRETER DE VOUS COMPORTER COMME UN …
- En même temps, tu vois des sentiments partout toi ! Pas étonnant ceci dit, vu les idioties qu'on t'a lu dans ton enfance …
- … CA NE M'ETONNE PAS DU TOUT DE VOTRE PART …
- Fais pas semblant, t'as adoré le Petit Poucet il y a quelques temps, t'arrêtes pas de me le ressortir maintenant ! Et quel est ton problème avec Perrault de toute façon ?
- Qui ça ?
- Laisse tomber.
- Je peux savoir ce que vous faites Mesdemoiselles ? Intervint le professeur d'une voix dangereuse.
Mes yeux se posèrent sur la mine enragée du directeur des Serpentards, puis sur notre chaudron vide, puis de nouveau sur le professeur.
- Euh …
- On a perdu combien de points en deux heures de potion finalement ? demanda Catherine, dépressive, en sortant des cachots.
- En tout ou seulement nous ?
- En tout.
J'effectuai un rapide calcul mental.
- 130, annonçai-je, fataliste, dont 60 réellement justifiés.
- Emma ?
- Oui ?
- Lily arrive.
- Merde.
Je fis volte-face. En effet, Lily s'approchait à grand pas, les traits déformés par la colère, une expression d'ordinaire réservé à James Potter à la suite d'une blague douteuse des Maraudeurs. Le sermon dura 15 minutes. Néanmoins, il était vrai que nous avions battu Black en termes de perte de points durant ce cours, ce qui était réellement un exploit. Pour ne pas arranger les choses, ce dernier vint nous féliciter pendant l'engueulade de Lily, s'attirant les foudres de la jeune fille. Nous en profitâmes pour nous éclipser discrètement. Un ange passa.
- En soit, c'est clairement de ta faute, remarquai-je.
- Oh la ferme ! souris Catherine.
- La dernière arrivée au dej se paye le banc qui grince ? proposai-je, sans prendre en compte sa dernière intervention.
- Deal !
Nous nous mimes a courir.
