Chapitre 4 : Premiers doutes

Son cri fut bref, mais il m'effraya au-delà du possible. Tâtonnant à l'aveuglette mon entourage, je finis par trouver ma meilleure amie dans le noir. Allongée par terre, elle était sans réaction.

- Catherine ? Appelai-je, inquiète.

Je passai la main sur son visage, cherchai prudemment ses yeux. Ses paupières étaient fermées.

- Pourquoi ne réagit-elle pas ? interrogea d'une voix masculine anxieuse non loin de moi.

Black ? Mais comment il a fait pour nous trouver, lui, il était à 10 mètres ! Bon chaque chose en son temps …

- Ses yeux sont fermés, je crois qu'elle s'est évanouie, répondis-je.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? Qu'est ce qu'elle a vu ?

- Je ne sais pas, je n'ai rien distingué d'autre que le noir.

Les lumières se rallumèrent brutalement. Lily, Mary et Lupin se précipitèrent vers nous. Un brouhaha s'installa, chacun commentant à sa façon ce qui venait de se passer.

- Elle va bien ? demandèrent en même temps les trois autres.

- Taisez-vous ! s'imposa le professeur Zell, sa voix dominant l'intégralité des conversations. Mademoiselle Stanne, Monsieur Black, veuillez accompagner Catherine à l'infirmerie. Les autres, rangez vos baguettes, la leçon de pratique est terminée. Prenez vos manuels.

Black passa un bras en dessous des genoux de Catherine et glissa l'autre au niveau de ses omoplates puis sortit de la classe en portant la jeune fille, moi sur ses talons.

- Quelle idiote, marmonnai-je furieusement contre moi-même, j'aurai du prévoir le coup … L'accident avec sa mère … Pas étonnant qu'elle ait réagi comme ça …

- T'inquiète, me rassura Black, ayant visiblement prêté attention à mes vociférations. Tout le monde est au courant de cet évènement, s'il y a quelqu'un à blâmer c'est le prof.

Je relevai la tête, étonnée du ton presque féroce qu'il avait employé pour la fin de sa phrase. Puis je remarquai la façon dont il serrait Catherine contre son corps, protectif. Je haussai un sourcil. Il suivit mon regard et gêné, desserra un peu sa prise.

- Je ne veux juste pas qu'elle tombe, ça serait con, affirma-t-il brutalement.

- C'est cela ! raillai-je, n'y croyant pas une seconde.

Nous atteignîmes enfin l'infirmerie. Pomfresh se précipita vers nous et retira immédiatement ma meilleure amie des bras de Black, qui afficha une mine clairement déçue avant de se reprendre brutalement. Je fis celle qui n'avait rien vu. Pomfresh nous rassura rapidement sur l'état de Catherine, qui sortirait de l'infirmerie grand maximum le soir même, puis nous mit à la porte sans prévenir, argumentant que Catherine avait besoin de repos.

- Et ne venez pas rendre visite, ça ne servira à rien, elle sera surement en train de dormir, et en plus vous la reverrez ce soir ! nous lança-t-elle en nous claquant la porte au nez.

Silence.

- Charmant personnage, remarquai-je d'un ton léger.

- Tout à fait ! Et cette voix … Quelle douceur !

- Trop, presque. Je me demande comment elle fait !

- Ça doit être un talent naturel.

- Surement !

Silence. Nos regards se croisèrent un instant.

- On campe la ? proposa-t-il, voyant que nous restions immobile.

- Non peut être pas.

- Moi aussi ça me dit moyen.

- Je te comprends.

Silence. Nous n'avions toujours pas effectué quelque mouvement que ce soit.

- On bouge, donc !

- Cela me parait avisé.

- Ah ? je …

- QU'EST-CE QUE VOUS FAITES ENCORE LA ? cria l'infirmière, exaspérée en ouvrant la porte.

- Sauve qui peut ! conseilla Black en prenant ses jambes à son cou.


Le feu crépitait dans la cheminée, réchauffant agréablement la salle commune des Gryffondors, presque vide à cette heure tardive. Affalée à plat ventre sur un canapé, agitant de temps en temps mes jambes au-dessus de mes fesses, je lisais tranquillement L'Etranger de Camus en attendant ma meilleure amie qui était supposé revenir de l'infirmerie dans la soirée. Je jetai un coup d'œil à la fenêtre. Le soleil se couchait, les derniers rayons rougeâtres se reflétaient sur le lac, créant un paysage magnifique. Je reportai mon attention sur la salle commune. Les Maraudeurs descendaient les escaliers de leur dortoir, et se préparaient visiblement à faire une expédition nocturne. La date me revint soudain en mémoire.

- Euh … Black ? appelai-je d'une voix hésitante, m'adressant à celui que je connaissais le mieux.

- Ouep ? répondis celui-ci en s'arrêtant, stoppant ses amis par son mouvement.

- On est le 22 octobre, l'informai-je, croyant qu'il verrait où je voulais en venir.

- Et alors ? répliqua-t-il complétement perdu.

- Et alors c'est la pleine lune.

La réaction du groupe m'étonna. Les regards des trois autres convergèrent immédiatement vers moi, jaugeant mon visage, tandis que les traits de Black se fermaient et qu'il me répondait d'une voix plus dure.

- Et alors ?

- Bah … euh … balbutiai-je, effrayée par leurs visages sérieux. C'est juste que d'après le cours de ce matin, Lup … Remus (me rattrapai-je en me rappelant à la dernière minute qu'il voulait que je l'appelle par son prénom) a peur de la pleine lune, pour une raison X ou Y, donc je me disais que … euh … une crise de panique en une journée suffisait.

Leurs expressions devinrent instantanément plus détendues.

Okaaay … S'ils ne cachent pas quelque chose, ceux-là, je veux bien bouffer le nounours géant de ma petite sœur jusqu'au dernier petit rembourrage …

- Ne t'inquiète pas pour moi, me rassura Lupin, visiblement attendri par mon attention. Ça ira super.

Sur ces paroles, ils traversèrent tous les 4 le tableau de la Grosse Dame, tandis que je les suivais des yeux, suspicieuse. Catherine entra dans la salle commune à ce moment-là et remarqua mon visage préoccupé.

- C'était à propos de quoi ? demanda-t-elle, en se tournant elle aussi vers le portrait.

- Je ne suis pas tellement sure … marmonnai-je. Mais hey ! C'est génial que tu sois de retour !


- Les Niffleurs sont des créatures à la fourrure noire et touffue et au museau allongé qui creuse dans le sol avec une grande facilité. Les Niffleurs sont très attirés par tout objet brillant et sont donc très utiles pour dénicher des trésors ; pour cette raison, les gobelins sont les principaux éleveurs de Niffleurs …

Depuis cinq bonnes minutes, Catherine, tranquillement assise sur une pierre, lisait son manuel de Soins aux Créatures Magiques à voix haute, me laissant m'occuper toute seule de la créature en question, qui tentait avec acharnement de m'arracher le collier doré que je portais.

S'il n'arrête pas son petit manège dans 5 secondes, je jure que je transforme cette immondice en hachis parmentier ! Mais pourquoi ai-je été assez idiote pour continuer cette matière pourrav, moi !

- Originaires de Grande-Bretagne, ces créatures vivent dans des terriers à environ cinq ou six mètres sous terre et ont des portées de six à huit petits …

- Catherine ? interrompis-je

- Oui ?

- Tu sers à rien.

La jeune fille se renfrogna.

- Je t'informe sur les merveilleux potentiels de l'animal dont tu t'occupes actuellement, tu devrais me remercier ! protesta-t-elle, boudeuse.

- Ouiiiiiiiii, c'est suuuuupeeeeer … Et tant que t'y es, tu ne veux pas bouger ton gros popotin et venir m'aider à massacr… hrmm … contrôler ce truc ?

- Je suis en convalescence ! se justifia-t-elle, on ne peut plus sérieuse.

- Catherine, t'es sortie de l'infirmerie il y a quatre jours !

- Et alors ? On ne sait jamais, il pourrait toujours y avoir des séquelles !

- T'es sérieuse ?

- …

- Mais oui tu l'es en plus ! Mon dieu, j'ai vraiment un don pour choisir mes potes ….

- Tes targets aussi … marmonna-t-elle, de façon presque inaudible.

- T'as baragouiné quoi la ?

- Tes targets aussi ! répéta-t-elle plus fort.

Mais de quoi elle parle cette illuminée ?

- Cimer, grogna-t-elle en me lançant un regard faussement meurtrier.

- Oh zut, j'ai pensé tout haut ? Quel dommaaaaage …

Silence. Une ébauche de sourire, qu'elle tentait fermement de réprimer, s'était dessinée sur le visage de ma meilleure amie.

- Bon pour de vrai, de qui tu parlais ? interrogeai-je de nouveau, intriguée.

- Ne fais pas l'innocente …

- Eclaire ma lanterne.

- De ce très cher Remus Lupin que tu as si adorablement voulu protéger de ses plus atroces peurs il y a quelques jours !

Je rougis.

- Comment tu sais ça toi ? m'étonnai-je. Tu es arrivée à la fin de la conversation !

Pitié, mes chères joues, redevenez blanches, vous avez 3 secondes …

- Oh mon dieu, mais tu rougis !

Traitresses …

- C'est le froid !

- C'est cela oui, et moi je suis le Ministre de la magie ! ironisa-t-elle.

- T'as pas la tête pour le job …

- Tu rougis ! Tu rougis ! cria–t-elle en sautillant comme une gamine un jour de Noël.

- Tu veux qu'on parle de Black ? répliquai-je soudain.

Ceci la calma aussitôt.

- Je ne vois pas de quoi tu parles, se défendit-elle, grincheuse.

- Mais oui bien sûr … Au fait, continuai-je, une pensée me venant soudain à l'esprit, tu ne trouves pas qu'on dirait … qu'ils cachent quelque chose ?

- Ce sont les Maraudeurs, répondit-elle en haussant les épaules, ils doivent en cacher un paquet, des trucs …

- Oui mais là c'est différent, plus important j'ai l'impression.

- Qu'est ce qui te fait dire ça ?

- Je ne sais pas … Les regards qu'ils échangent parfois, leur réaction affolée quand tu abordes des sujets pourtant d'une banalité rare. Et regarde Lupin, tu ne trouves pas ça bizarre la forme qu'a pris son épouvantard ?

- Il est peut être juste superstitieux ! Tu vois des complots partout ma belle !

- Mouai … répondis-je, moyennement convaincue. T'as peut être raison.

Ou peut-être pas …

- Emma ? appela soudain Catherine, m'arrachant à mes réflexions.

- Ouep ?

- Il est passé où, le Niffleur ?

Je balayai mon entourage du regard. Pas de signe de la créature.

Flute …


- 4 heures de retenues pour avoir perdu un machin moche à souhait, qui ne sert de toute façon à rien ? m'indignai-je, en franchissant les portes du château.

- Ce n'est pas vrai ça, si t'avais écouté ma lecture …

- Ferme-la.

Un aboiement retentit derrière nous. Nous fîmes volte-face. A quelques mètres de nous au dehors, se tenait assis un gros chien noir.

- Mais c'est Poulet !

- Roooo, qu'est-ce qu'il est mignon il nous a retrouvé ce bout de chou !

Clairement agacé, le canidé se leva et fis demi-tour en agitant la queue, attendant visiblement qu'on le suive.

- Bon bah let's go, hein ! annonça Catherine en sortant du château.

- …

- ...

- Pourquoi on le suit déjà ?

- Aucune idée.

Soudain j'aperçus plus loin dans le parc notre Niffleur perdu, vagabondant tout seul à la recherche de richesses.

- C'est pour retrouver ce truc que tu voulais qu'on te suive ? lançai-je au chien, exaspérée.

Ce dernier m'observa avec des yeux ronds.

- Nan mais arrête il n'a pas tort, si on le rapporte à Hagrid, on pourra peut-être éviter la retenue, réfléchit Catherine.

- Ouai mais encore faudrait-il le ramener jusque-là bas, remarquai-je avec un manque de volonté évident.

Silence.

- C'est toi qui t'en charges ! nous criâmes en chœur.

- Si tu ne le fais pas, argumenta précipitamment Catherine, je lance la rumeur que tu fantasmes sur Lupin. Et dis pas que tu pourrais faire la même chose de ton côté avec Black, je m'en fiche, la moitié de l'école le dis déjà depuis l'épisode du bisou sur la tempe !

C'est beau, l'amitié …

- Ok, j'y vais, concédai-je de mauvaise grâce.