Mot de l'auteure: Bonsoir, bonjour à toutes, et à tous, je poste cette suite plus tôt que prévue étant donné que je... ne savais pas vraiment comment m'occuper ce soir. J'ai boulié de vous prévenir que je changerai de point de vue; une fois Jacob, une fois Corah. J'espère que ça ne vous embête pas trop! Sinon, dites le moi. Mes chapitres sont tous écrits jusqu'au cinquième, alors j'ai de la marge ^^
Merci à mes 4 reiviewers: Melou007, Justmeandyou( t'inquiètes, je ne suis pas fautophobe^^), Coline B. ( Oui oui, voilà enfin la suite), et Djianara. Merci du fond du coeur, c'est en partie grâce à vous que j'ai remué mon popotin pour pouvoir vous livrer la suite plus tôt. J'espère vous retrouver à la fin de ce deuxième chapitre.
Je débouchais enfin dans la longue allée qui menait au cottage familial, des traces de larmes séchées sur les joues et des éclairs dans les yeux. Ce chemin, long d'une trentaine de mètres n'était pas - faute de moyens- bétonné, mais la terre tassée n'empêchait pas de bien fouler le pas. J'aurais très bien pu traverser les maisons de la réserve Quileute pour arriver en quelques minutes chez moi, mais j'ai préféré longer la route qui menait à Forks, puis emprunter l'allée que nos clients utilisent pour venir acheter nos fleurs. Ca rallonge de beaucoup le parcours, mais il faisait beau, un peu froid pour la saison, mais beau.
Cette année ,c'est la dernière que je passe au lycée Quileute. Etre la seule que l'on appelle visage pâle, c'est dur à supporter. Techniquement, je ne le suis qu'à moitié, mon père étant indien. Seule ma mère est une visage pale. Et je suis mal tombée à la loterie de la génétique, je n'ai aucunement le teint mat de mon père. Il n'y a que la couleur de peau qui compte pour les lycéens, ils s'en foutent des explications. Et ce Jacob Black, je ne sais pas ce qu'il lui a pris de renverser ma trousse en plein cours, puis de revenir bêtement la ramasser ensuite. D'habitude, il observe de loin les railleries des autres sans vraiment y prendre part. Peut-être a-t-il décidé de s'y mettre? Mais alors, pourquoi a-t-il ramassé les quelques stylos qu'il me restait à ranger? Et ce regard, ce regard de feu qu'il m'a lancé, qui a fait chavirer mon cœur le temps d'une respiration. Je ne sais plus trop quoi penser, après tout ça, à part qu'il est bien étrange.
Très peu de voitures sont garées dans la grande cour devant la maison, et la boutique bien sûr. Seuls les voitures de mes parents y étaient. Cette boutique de fleurs, c'est la fierté des Nello depuis des années. Ma grand-mère elle-même, petite, aidait ses parents à transporter les seaux de fleurs cueillies. Sauf que maintenant, il y a les engrais, internet, le téléphone, les voitures et les importations. La seule chose qu'il nous manque, c'est la main d'œuvre. Car oui, nous cultivons une grande partie des produits que nous vendons, seules les fleurs exotiques sont commandées Tout pousse dans notre jardin, derrière la maison, la séparant de celle de ma grand-mère.
En entrant dans la maison, les souvenirs me submergèrent et j'eus l'impression que mon cœur venait de tomber sur le lino, en me regardant lamentablement en faisant, boum-boom, boom-boom. J'espérai qu'en me retournant, ses jolies bouclettes couleur caramel s'agiteraient en proie à son petit rire aigu, et que ses deux yeux noisettes seraient fixés sur moi, attendant de ma part câlins et papouilles, ses deux petites mains dodues et tartinées de bouillie de gâteau tendues vers moi. A la place, grand-mère veillait à mon retour, ses cheveux gris blanc attachés en un traditionnel chignon de danseuse un peu lâche. Ses deux mains calleuses s'occupaient à éplucher des pommes de terre. Je lâchai mon sac à dos et j'accrochai ma parka à la patère prévue à cet effet, avant de tirer une chaise et d'imiter mon aînée.
Du haut de ses soixante huit ans, Denise était en bonne santé. Tous les matins, elle se réveillait à l'aurore,- plus tôt que moi d'ailleurs- pour faire un peu de ménage et regarder les plantations, puis elle venait prendre le petit déjeuner avec papa et maman alors que je prenais la route. Elle n'avait rien dit sur le fait que son fils épouse une visage pâle, et me considérait comme la fille qu'elle n'a jamais eue. Moi, je suis certaine qu'elle voit tout, qu'elle à un espèce de don, et toujours je l'écoute, même si ses conseils sont parfois farfelus.
- Le temps va virer à la pluie demain, l'idéal serait de laisser les serres ouvertes, me dit elle en passant à une autre pomme de terre.
- C'Est-ce que je ferai avant de partir demain, faudra juste que tu rappelles à papa de les refermer en milieu de journée. Si les tulipes prennent froid, on est mal. Et cette température qu'on a en ce moment!
Grand-mère abandonna subitement son travail pour étreindre mes mains dans les siennes. Son vieux sourire essaya de se faire réconfortant, et ses deux yeux brillants cherchèrent les miens sans les trouver.
- Comment vas-tu, Corah? Je me fais du souci pour toi.
- Je vais bien, ce sont juste les examens qui m'épuisent.
- Ca va faire combien de temps? Huit mois, environ?
- Presque neuf, admis -je, un tremblement dans la voix.
- Tu dois te changer les…
- Je dois y aller, grand-mère. J'ai des devoirs comme jamais.
Je repris possession de mes mains, désormais sales de terre, et commençai à me lever. Grand-mère resta silencieuse un moment, comme si elle réfléchissait, puis elle me demanda:
- Tu connais sûrement Billy?
Je levai le levier du robinet et rinçai mes mains sous le jet de l'eau froide.
- Ah, ce vieux loup en fauteuil, cette canaille! Bien sûr que je me rappelle de lui.
- Justement, je l'ai croisé cet après midi. Il m'a dit avoir besoin d'un peu d'aide, ces temps-ci, pour le ménage et la cuisine principalement, et sa fille vient de repartir pour l'université. Raconta grand-mère en prenant ma place devant l'évier.
- Et il n'a pas son fils auprès de lui?
Simple curiosité.
- Si bien sûr, mais il a de sacrées sautes d'humeur en ce moment. Et puis, ce Don Juan m'a dit que ta compagnie lui était plaisante.
M'étonnes pas qu'il soit étrange.
- Bien, soit, j'irais.
Revoir ce bon vieux père Black me ferait plaisir, du moment que son fils n'est pas dans les parages. Je ne tiens pas à l'approcher de nouveau. Jeudi, soit dans deux jours, je finis plus tôt que lui, d'une heure seulement. Il me suffira de me dépêcher, - je viendrais au lycée à vélo-, et j'aurais absolument tout mon temps pour le ménage et la cuisine. Il ne doit lui prendre qu'une vingtaine de minutes pour revenir chez lui. Au pire, je le croiserai lorsque je partirai de chez lui, ou sur le chemin. Je n'ai pas à m'en faire, tout se passera bien.
Le reste de l'après midi et le dîner se passa sans encombres, comme d'habitude, et je bouclais mes devoirs, les cheveux encore humides de la douche que je venais de prendre. Ma chambre était des plus simples. Le parquet vieilli et clair contrastait avec des rideaux marrons et une tapisserie turquoise, sans motifs. Ma couette de lit était beigeasse, enfin, si l'on pouvait dire qu'elle avait une couleur précise. La pièce avait un côté plage que je trouvais séduisant. Au dessus de mon bureau trônait, collé au mur, un miroir entouré de photos. Des photos d'elle en particulier. J'ai trop peur d'oublier son visage, mélange du mien en partie, peur d'oublier ce sourire si lumineux dès son réveils, ses deux yeux noisettes joueurs…
Un ombre à ma fenêtre attira mon attention au travers de mon miroir. Elle s'enfuit furtivement tandis que j'ouvrais ma vitre pour voir mon observateur. La tête penchée au dessus de mes hortensias bleus, je vis la silhouette d'un immense loup, le plus grand que je n'ai jamais vu, au trot, sous la lune et les étoiles.
Et soudain, sans prévenir, des trombes d'eau se mirent à tomber. Je restai là, sans trop savoir quoi faire et quoi dire. Puis je refermai ma fenêtre.
Cette nuit, comme toutes les autres avant celle-ci, mon sommeil fut agité du même cauchemar qui prend plaisir à revenir dès que j'ai les yeux fermés, me hantant. Quelques détails changent parfois, mais la trame reste la même. Mes parents ne réagissent plus. Ils se sont habitués à mes hurlements déchirant, et ils me laissent affronter mes songes seule.
Tim apparaissait toujours en premier. Il semblait serein, heureux comme les lendemains d'une bonne nuit, son visage irradiait de bonheur. Il la tenait dans ses bras, ma petite, et disait « t'en fais elle sera sage, fais au revoir ma puce ». Je me retournai, heureuse pourtant. Un lac bordait les pieds et j'étais seule entourée de sapins, devant cette eau. Une bouffée d'inquiétude m'inonda, alors que je m'enfonçais dans l'eau froide jusqu'à la taille. Et peu à peu, je vis l'eau se tinter de sang, un rouge vif, écarlate. Je sors de l'eau. Le corps de la petite gît à mes pieds, inanimé. Je crie de désespoir, serrant le cadavre de la petite dans mes bras tremblant. Alisha, Alisha…
« Encore, et bien pire, cette fois-ci. »
Je me réveille, en sueur, les larmes aux yeux, ma main cherchant fébrilement l'interrupteur de ma lampe de chevet. Le rythme de mon cœur ralentit pour revenir à la normale. Attendez un instant, je n'ai pas rêvé? Cette voix n'était pas un rêve! Mais c'est qui, alors?
« Et toi, t'es qui d'abord? C'est bien beau tout ça, mais… »
« La ferme Leah, on t'as pas sonné les cloches. »
Je deviens folle, non? Mais d'où viennent ces voix? Oui, c'est ça, je suis en train de devenir folle. Mais bon je n'ai rien à perdre à leur répondre.
« Je ne vois pas en quoi mon identité vous regarde. Vous m'entendez là? »
Sur le coup, je me sentis stupide.
« Tu es stupide. Répliqua la voix que je prenais pour celle de Leah. Et nous, tu crois qu'elles nous regardent tes pensées pourries? »
« Ah, parce que je suis supposée savoir qu'on lit dans mes pensées, génial. » Rétorquais-je, énervée.
« Grr »
« Du calme, vous deux. On voudrait savoir ce qu'il se passe. » demanda un homme.
« Ah, si je le savais moi-même! »
« Qui es tu? »
« T'es un loup, toi aussi? »
« Eh réponds nous! »
« Taisez vous! » Hurlais-je mentalement.
Et ce fut à nouveau le silence radio dans ma tête.
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