Et voilà, comme promis, la suite en fin de semaine. Les vacances sont commencées, même si c'est à regret, mais j'ai au moins le plaisir de vous revoir pour ce quatrième chapitre. Je remercie tous mes gentils petits reviewers qui me font très plaisir, et aux autres lecteurs qui viennent ici. J'espère que vous serez à nouveau nombreux pour ce chapitre, et pour les suivants.

Bon, suite à la grande vague facebookienne, je me suis créé une page: Ptitemanou ( l'avatar est le visage d'une poupée en noir et blanc). Venez devenir fan! Je préfère mieux ça plutôt que de donner mon nom de famille et mon prénom sur . J'aurais ainsi la chance de pouvoir discuter avec vous plus amplement.

Bonne lecture. C'est du point de vue de Corah.


Cette semaine s'est écoulée particulièrement vite, et je ne pouvais rien y faire. Je n'étais pas si pressée que ça de passer mes examens, finalement. Pourtant, la pluie faisait que les journées paraissaient longues. Sortir dehors fermer les serres n'est pas agréable, le froid restait tenace en pénétrant dans les vêtements humideS, et il vous collait à la peau toute la journée. Le printemps tardait vraiment à arriver et si ça continue, je m'arrangerai pour passer mon été dans l'ouest, afin d'avoir chaud au moins une fois dans l'année. Ou en Floride, à voir.

Mais passer mon samedi à regarder la pluie ne me semblait pas un programme très entraînant. Les clients ne se bousculaient pas au portillon, sauf Emily venue passer un peu de temps avec nous, pour commander des fleurs, papoter, et demander des conseils. On dit que lorsqu'elle était jeune, sa maison a été incendiée et c'est la cause de son visage tuméfié d'un côté. Mais je n'écoute pas les racontars. Tiens, en parlant de blessure, la mienne est presque guérie. Je ne sais pas si ce miracle vient du fait que la blessure était superficielle, ou que ce soit Jacob qui m'avait soignée. En effet, ses mains brûlantes sur mon bras ne m'ont pas laissées indifférente. Ça a été comme un électrochoc, un agréable électrochoc.

Sa parka était étalée sur mon lit, attendant qu'on la porte, ou qu'on l'amène à son propriétaire. J'aurais bien sûr le temps de faire un saut chez les Black, mais y aller sans y être invitée relevait de l'impolitesse. Ne pas lui rendre sa parka aussi. Et ce serait mieux que de compter les gouttes d'eau sur ma vitre. Ne voulant pas y aller les mains vides, je mis dans un sac un bouquet de tulipes cueillies ce matin. Puis, vêtue de la parka, j'enfourchai mon vélo.

Les voix se sont tues dans ma tête depuis que je les ai entendues pour la première fois, et mes cauchemars se sont dissipés. Peut-être rêvais-je à moitié réveillée? Ou bien je suis devenue folle. Oui, c'est ça. Je suis complètement loufoque. Comme si je ne m'en étais pas rendue compte avant. Je frappai trois coups à la porte, un peu essoufflée. Jacob ouvrit.

Ah, si je m'étais attendue à ce qu'il soit simplement vêtu d'un short en jean qui lui allait comme un gant! Jamais je n'avais vu son torse finement musclé. Et voilà, encore un électrochoc, tu vas finir par disjoncter ma pauvre Corah. Gênée par cette impudeur, je lui tendis le bouquet de fleurs.

- Ça ne me flatte pas beaucoup, qu'une fille m'offre des fleurs. Révéla t'il, en même temps qu'un sourire aussi lumineux qu'un soleil.

- Moi, ça me flatterai que tu te couvres un tant soit peu, beau mâle. Dis je en m'étonnant des deux derniers mots que je croyais n'avoir que pensé. Je fais un coucou à Billy et je repars. Je viens te rendre ta parka, et te remercier.

-Billy est chez le chef Swan, mais rentre, ne reste pas sur le palier.

- Non, je n'ai pas prévu de rester longtemps.

- Et moi je ne veux pas rester seul. Entre donc.

- D'accord.

Non, je n'avais effectivement pas prévu de rester longtemps, mais les conditions météorologiques en ont décidé autrement. J'aurais dû sentir que l'air suintait l'orage. Un grondement sourd et grave, comme sorti des entrailles de la terre, fit trembler toute la maison, moi y compris. Puis une triomphale averse s'abattit sur la réserve.

- Bon, eh bien, tu n'as plus qu'à attendre que cela passe, si tu ne veux pas que je te prête à nouveau ma parka et que tu reviennes à nouveau me la rendre demain.

- En effet. Je suis sûre que ça ne va pas durer longtemps.

- Peut-être que si.

- Ou pas.

- En attendant, tu pourrais m'aider à répéter le théatre? Me demanda t'il en

- Si ça t'enchantes.

Dans notre lycée Quileute, le théâtre peut faire partie, si l'on choisit ce module, des épreuves les plus simples qui rapportent des points. Mais bien sûr, le rôle doit être bien interprété, à la réplique près, au geste près. Je n'avais pas choisi cette option, trouvant ridicule d'apprendre un rôle par coeur pour le restituer devant un Jury. Mais aider Jacob restait dans mes cordes. Il avait piqué une scène finale d'une célèbre pièce de Shakespeare, où il trouve son amante étendue, morte d'amour et de chagrin. Je jouais donc le rôle du cadavre (merci l'ambiance) étendue, sur le lit ( à l'odeur douteuse), écoutant d'une oreille durcie par la rigidité cadavérique sa tirade, que je suivais sur le livre. Alors qu'après avoir lu la suite, et l'avoir vu s'élancer vers le lit, je me relevai de moitié, le stoppant de la main. Il me regarda, amusé, les bras croisés;

- Wow wow wow. On n'est pas sensés reproduire tous les gestes non plus, hein?

- Bien si! C'est plus facile pour mémoriser la pièce. Recouche toi Juliette Capulet. T'es sensée être un cadavre en voie de putréfaction, et je ne pense pas que Shakespeare serait d'accord pour un remake de son oeuvre version zombie.

- Ah mais tu sais, les acteurs au cinéma, ils font semblant! Pas pour de vrai, nous, on fait pareil, comme ça on aura l'air de professionnels, tu vois?

- Je n'ai pas envie d'imiter les acteurs. Avoua t'il en se rapprochant un peu plus.

- Tu aimerais vraiment embrasser une morte?

- Si c'est toi, bien sûr. Et tu ne connais pas la pièce? Elle n'est pas morte, finalement, simplement endormie, et réveillée par un baiser de son beau Roméo...

- Beau? Ca va? Tu rentres encore dans tes chaussures?

- Je crois. Dit il en se rapprochant à nouveau.

Mon coeur battit la chamade alors que peu à peu, je voyais son visage se rapprocher, ses yeux plonger dans les miens, son souffle se mélanger au mien. Je n'étais qu'une bourrasque de sentiments, qui pouvait partir au quart de tour. Se laisser emporter était si tentant... Mon corps disait oui, ma tête refusait. Je plaquai mes mains sur ses épaules et trouvai un moyen de détourner son attention.

- Ah, l'orage est passé!

Pour me sortir de cette chaleur étouffante qui nous enveloppait tous les deux, je collai mon nez à la vitre embuée et, comme pour se moquer de moi, un éclair dansa furtivement dans la pièce. Jacob se laissa retomber à côté de moi, le dos au mur, et lachait un soupir.

-Tu ne veux pas de moi. Tu ne veux pas m'embrasser. Résonna t'il, déçu.

Je fis de même et collai mon dos au mur froid et humide. Je ne pensai qu'il lui prendrait si mal.

- Mais non, ce n'est pas toi! C'est juste besoin de temps, Jacob. On se parle depuis deux jours à peine, et tu te jettes sur moi, comme ça.

- C'est bon, c'est compris, tu ne veux pas de moi.

- Non je te dis! Je ne suis pas prête à m'engager sérieusement à nouveau.

- Et surtout pas avec moi.

- Bon, comme tu as l'air de vouloir jouer ta tête de mule, reste y mais écoute moi.. J'étais fiancée, il n'y a pas si longtemps que ça, j'avais 16 ans, et avec un visage pâle. Depuis 9 neuf mois, on a rompu, et j'ai du même l'attaquer en justice.

- Pourquoi?

- Pour quelque chose qui ne te regarde pas.

Il soupira à nouveau, et une vague d'air chaud fouetta mon visage, puis il tourna la tête et ne m'adressa pas la parole. Je me sentais stupide, encore plus que lorsque j'essayai de communiquer à des voix que j'entendais dans ma tête. Tout ça parce que Tim m'a complétement détruite, je refuse de me reconstruire avec un autre qui recollera les morceaux. Je préfère rester démolie, en miette et qu'on me laisse pourrir sur place. Ca ne tourne pas rond, dans ta tête, Corah. J'essaie de me rattraper en lui prenant la main, mais ses doigts restent contractés, et je force comme une malade pour les détendre. Impossible. Je lui chatouillais les côtes en riant et le priant de se lâcher un peu. Il sourit calmement, comme une personne souffrante, et prit ma main dans la sienne, deux à trois fois plus grande. Jacob était un vrai radiateur ambulant et j'avouai même avoir un peu chaud en sa présence. Fatiguée, je glissai dans sommeil comateux, la tête posée dans le creux de l'épaule du Quileute.

Alors que j'ouvris de nouveau les yeux, pour la deuxième fois de la journée, je croisai ceux de l'homme assis près de moi. Je n'avais pas rêvé, comme si passer du temps avec lui absorbait mes cauchemards.

- Coucou toi. Murmura t'il en caressant ma joue brûlante. Bien dormi?

- Oui, oui.

- Et, tu sais quoi? L'orage est passé, tu peux rentrer chez toi.

- Il est quelle heure?

- Cinq heures moins le quart.

- Oh, si tard! Je dois y aller, tu as raison.

Je m'extirpai difficilement, encore engourdie de sommeil, du lit et tapotai mon pull en coton pour le défroisser un peu, et j'ajustai mes cheuveux bouclés/ Il me restait encore à préparer les commandes florales pour demain, et à passer au cimétière. Mes parents comptent sur mon coup de main, je ne pouvais pas me désister, même si, pour une fois, j'eus du mal à quitter cette maison si pauvre et pourtant si chaleureuse et accueillante. A moins que ça ne soit ses habitants qui l'imprégnaient de leurs émotions... Jacob me suivit sur le perron, ses grandes mains dans ses poches. Il s'écrai un « Ah, j'oubliais! » avant de disparaître dans la maison, et il revint avec sa parka, et l'expression d'un gamine qui n'ose pas avouer sa bêtise.

- En fait, j'ai oublié de te dire que je te l'avais donnée. Peut-être que j'avais envie de te revoir.

- Faute avouée, à moitié pardonnée.

- Seulement? J'espérai mieux. File, mais reviens moi vite.

- Pas de problème.

Et dès la seconde où j'ai enfourché mon vélo, mon esprit ne fut occupé que par une seule chose; Jacob Black. A chaque geste, chaque mouvement chaque pas, j'étais obnubilée par l'Indien. Je me demandais ce qu'il faisait, où il était, si lui aussi, il pense à moi comme je pense à lui. A vélo, je failli louper mon virage et me retrouver dans le fossé. Ensuite, je dûs recommencer plusieurs fois les compositions et les bouquets commandés car je me trompai de fleur, de disposition, de couleur... Mes mains tremblaient tellement qu'il m'était impossible de faire un travail précis et bien fait. Si bien que, au bout de plusieurs tentatives pour me concentrer qui furent toutes un échec, je réalisai un dernier bouquet de roses, et pris la direction du cimetière.

En passant par ma porte d'entrée, - et non celle de la boutique-, je croisai ma grand-mère, emmitouflée dans son anorak jaune, un parapluie à la main. Il bruinait légèrement, et je comprenais son choix de s'habiller en conséquence. D'ailleurs, cette année, avons nous eu quelques journées de soleil? Si oui, cela me semble déjà bien loin. Est ce que Jacob serait d'accord avec moi?

- Le temps n'est pas terrible, hein? Lui fis-je remarquer.

- Ah ça, non! Si tu savais ce que je viens de voir, tu n'en croirais pas une miette.

J'avalai ma salive, anxieuse.

- Dis toujours.

- Je ramassai un peu de mousse pour décorer, du côté de la Push, et un immense loup a bondi au dessus de moi. Il était aussi grand qu'un cheval.

Un immense loup. Aussi haut qu'un cheval.

- Tu dois exagérer un peu, grand-mère.

Non, elle n'éxagérait pas.

- Tu vois, j'étais sûre que tu ne me croirais pas.

Mais si mamie, je te crois.

- C'est juste que c'est un peu dur à avaler, mais je te fais confiance.

- Pourquoi, tu en a vu un, toi aussi? Me demanda t'elle en tendant l'oreille.

Oui, pas plus loin qu'à ma fenêtre.

- Non, mais ça doit être impressionnant. Je vais y aller, sinon je serai trempée avant d'avoir pu arriver sur place.

- D'accord. Et fais y une petite prière pour moi.

- Entendu.

Je prenais toujours une heure, deux même, parfois, le samedi, pour aller lui rendre visite, comme pour lui faire passer cette longue éternité plus rapidement. Il pleuvait la plupart du temps que je passai là bas, mais ça ne me dérangeait pas le moins du monde. Le plus important pour moi était de passer du temps avec elle, c'est incontournable. Pour Tim, c'est seulement passager. Je le voyais rarement devant cette petite place où nous avions pour point commun de nous y rendre. Il se tenait debout, ses deux points blancs serrés comme s'ils renfermaient une pièce qu'ils ne voulaient pas laisser tomber, les yeux humides et fermés. Tim s'en voulait. Il a été stupide et il regrette, maintenant. Il s'en veut comme je lui en veux.

Les gouttes de pluie ruisselaient le long des feuilles vertes avant de tomber dans un espèce de clapotis frénétique et continu sur la petite plaque de marbre noir brillant, neuve et entretenue chaque semaine. Je balayai les quelques feuilles mortes qui étaient collées à la tombe par l'eau, puis je retirai le bouquet de la semaine dernière, à peine défraîchi, et le remplaçai par celui tout frais que je viens de ramener. Je m'asseyais sur la tombe comme sur le rebord d'un trottoir, comme si Alisha était spirituellement à côté de moi.

- Je me demande quand il fera beau à nouveau, mais tu ne dois pas te préoccuper de ces choses là, non? Enfin, mes pensées sont toujours dirigées vers toi, même si cette semaine bat le record de l'étrange. Rien ne pourra te remplacer, tu me manques,j'aimerai à nouveau te sentir dans mes bras.

Et je me mis à penser à Jacob. A penser tellement fort qu'il m'a peut-être entendu. Je voulais qu'il m'entende, qu'il sente que je vais mal et qu'il arrange tout ça, comme cette blessure au bras. Qu'il fasse disparaître cette douleur. Un sifflement aigu crissa dans mes oreilles, ma tête me fit mal, comme si on y perçait un trou, ma vue se troubla, et, la seule chose que je vis avant de tomber inerte sur la tombe furent les inscriptions sur la stèle:

Alisha Nello- Mars 2008- Août 2009.

Et la voix de Leah apparut, comme un phare en pleine brume, m'éclairant de son timbre.

« Aie! C'était puissant, cette fois-ci. J'en ai les oreilles qui bourdonnent. »

« Jacob, intervint un homme, comment ce fait il que cette personne pense à toi? »