Anxieuse, je tripotais le recoin de mon chemisier blanc, assise dans la salle d'attente aux côtés de Jacob. Je savais de quoi allait parler le rendez vous mentionné par la lettre que le notaire m'avait envoyée. Du testament de ma grand-mère. Mon fiancé avait tenu à m'accompagner, prétextant qu'il était dangereux de prendre la route lorsqu'on a des soucis en tête. Qu'importe, maintenant, nous ne pouvions plus mourir. J'étais donc condamnée dans mon corps de jeune fille de 20 ans. Avais-je au moins eu 20 ans, ou le processus avait 'il commencé avant ? Je verrai mes parents vieillir et mourir alors qu'aucune ride ne s'installera sur mon visage.
-Allons nous pouvoir rester ici, ou allons nous devoir nous cacher ?
-Mademoiselle Nello, Monsieur Redford vous attend.
Le notaire avait environ la cinquantaine, des cheveux poivre et sel et un debut de calvitie. Son ventre était marqué par les nombreuses bières qu'il avait du siroter devant des matches de football ou de baseball. Qu'importe… Le bureau n'était pas savamment décoré et semblait emprunté à un comptable. Des tonnes de paperasses jonchaient le bureau. Je m'asseyais sur l'une des chaises métalliques bas de gamme disposées pour les clients. Mr Redford ouvrit un dossier et m'adressa un regard.
-Tout d'abord, Mademoiselle, je tiens à vous présenter mes plus sincères condoléances.
-Merci, Monsieur.
-Je vous ai fait venir pour parler de l'héritage de votre grand-mère, elle vous a mentionnée dans son testament.
Il me tendit une enveloppe cachetée à la cire qu'il tira d'un range document.
-Elle souhaitait que vous receviez cette lettre. Ensuite, poursuivit il en lisant quelques lignes de la feuille qu'il avait sous les yeux, votre feue grand-mère à décidé de vous léguer sa propriété d'Hupper Road, dans la réserve Quileute.
Mon dieu, grand-mère m'a donnée sa maison.
-Vous en êtes sur ? Demandais-je, tout de même incrédule
-C'est écrit ici, noir sur blanc. Elle vous laisse aussi la coquette somme de 1285 dollars américains.
Grand-mère avait sans doute compris bien avant moi ce qui allait se passer et nous avait donc donné un coup de main. Curieuse, je fixais l'enveloppe réalisée dans un beau papier que je tenais dans les mains. J'ignorais ce qu'elle contenait, mais je la lirais plus tard. J'espérai y trouver quelques informations. Je m'en allais de ce bureau un peu secouée, et je fis part de l'entretien à Jake. Nous en avons profité pour déjeuner sur la route, mais je me suis contentée d'une part de tarte à l'orange. Je n'avais pas très faim, ces temps ci.
-Dis donc, tu es à fond dans les oranges, toi, en ce moment. Me fis remarquer Jacob en finissant son entrecôte.
-Eh bien, j'aime bien le gout. Penses tu qu'on pourrait… Vivre dans cette maison ?
Il me regarda en réfléchissant
-Eh bien, pourquoi pas. Je peux faire quelques travaux aussi . Nous aurons sans doute peut être à changer quelques choses.
-Oui, surement… La villa des Cullen est sur notre route, on pourrait leur rendre cette visite qu'ils nous demandent, tu ne crois pas ?
-Ca serait une bonne idée, oui.
-Je n'ai pas de téléphone sur moi, comment allons nous faire pour les prévenir ?
-Ne t'en fais pas, me rassura t'il, ils sont déjà au courant.
Le chemin fut long et sans dialogue jusqu'à la villa Cullen. Non pas que j'en voulais à Jacob, mais cette éternité nouvelle me flanquait la frousse. Jamais je n'aurais souhaité cela. Je voulais me marier, avoir des enfants, les voir grandir et vieillir moi aussi, puis mourir auprès de mon mari, dans ma vieille maison. C'était la faute de personne, sauf du destin. La maison vampirique semblait incroyablement moderne, au milieu de toute cette forêt. A l'entrée, je devinai Carlisle et Esmée qui nous attendaient pour nous souhaiter la bienvenue. Je descendis de la golf en titubant. Décidément, je n'étais pas en grande forme aujourd'hui.
-Nous sommes vraiment heureux que vous ayez décidé de nous rendre visite aujourd'hui. Lança Esmée en me serrant dans ses bras
Ils empestaient tous les deux.
-Bonjour, Carlisle. Salua Jake en lui serrant la main.
Ils nous invitèrent à entrer. Nous passâmes par la belle cuisine américaine –qui ne devait pas leur servir à grand-chose – avant d'arriver dans le salon où tout le monde était réunie. Rosalie et Emmett, qui m'avait sauvé la vie une fois. Enfin, même question, n'étais je pas déjà éternelle ? Alice et Jasper se tenait la main devant la bibliothèque et, près de la baie vitrée, Edward et Belle me toisaient en serrant leur fille près d'eux. Elle avait pris un an ou deux depuis le mois dernier. Alice s'approcha de moi et me prit la main.
-Dis moi, je peux t'aider à organiser votre mariage ?
-J'étais décontenancée par la demande.
-Oui, surement. Quand il en sera question.
J'ai donc vite compris qu'Alice voyait le futur. Je mourrais d'envie de lui poser des questions sur ce qui nous attendait.
-Nous sommes au courant, à propos de votre problème. Dit Carlisle en s'avançant vers nous.
-Je l'ai su dans la clairière, lors de notre rencontre. Précisa la femme aux apparences de lutin. Votre mariage va être splendide !
-Nous sommes la pour vous aider et vous écouter. Nous avons l'habitude de vivre une vie éternelle, nous vous conseillerons et vous protégerons tant que ça ne nous mettra pas en danger.
Carlisle avait raison. Ils pouvaient nous aider, mais à quelle mesure ? Ils étaient censés être nos pires ennemis. Jusqu'où pourrait aller la cohabitation entre deux espèces faîtes pour s'entre tuer ? Ils avaient tous l'air dignes de confiance, mais à quel point ? Carlisle proposa de me faire une visite médicale afin d'en savoir un peu plus sur mon rôle dans leur monde surnaturel. Son bureau ressemblait vraiment un celui d'un médecin banal. Il m'ausculta brièvement et fis quelques prélèvements.
-Ne te préoccupe pas d'Alice. Elle adore aider à organiser des fêtes.
-C'est une bonne intention, mais me marier et entendre le prêtre dire jusqu'à ce que la mort vous sépare, je trouverai ça un peu ironique.
-Ca semble étrange au début, mais je te promets qu'on s'y fait vite.
-Au bout de quelques centaines d'années, c'est ça ?
-Ne sois pas pessimiste, dit il en ouvrant la porte de son bureau.
De retour dans le salon des Cullen, je regardai Jacob qui semblait inquiet. Certes, nous n'avons pas parlé depuis des jours, en proie à la peur de la malédiction qui nous frappait. Je l'aimais plus que tout au monde et ça me réconfortait de savoir que mon éternité se passera auprès de lui.
-Tout va bien, Corah ? Me demandait mon futur époux
-Oui, tout va bien. Je crois.
-Pour la blondinette, ce sera simple de la faire passer pour de la famille, par contre Jake… Plaisanta Emmett
Alice arriva en tenant un sac. Surprise, je la vis l'ouvrir et le tendre devant moi en commençant un compte à rebours. Arrivé à zéro, je fus prise d'un haut le cœur et je vomis le maigre contenu de mon estomac.
-Carlisle, tu as gardé ton matériel de maternité ? Demanda t'elle à son père
De la part d'Alice, j'ai su que ce n'était pas une blague.
Non, c'était une vision.
