POST TENEBRAS, LUX ("After Darkness, Light" ; Après l'Obscurité, la Lumière)
DISCLAIMER DE L'AUTEUR : Si les personnages m'appartenaient, croyez-moi, les choses se seraient terminées plutôt différemment. Je les ai juste empruntés pendant quelques temps. Malheureusement, je vais devoir les rendre à la fin.
DISCLAIMER DE LA TRADUCTRICE : L'histoire ne m'appartient pas, elle est l'œuvre magnifique de "LOTEN".
WARNING : C'est une histoire de romance entre HG/SR. C'est du rating M et il y aura des lemons dans les chapitres à venir. Si vous n'aimez pas, ne venez pas lire. Mais le mot clé, c'est que ce sera une longue histoire. Elle prévoit aux alentour de 300 000 mots et 43 chapitres.
NOTE DE L'AUTEUR : Cette fiction commence dix ans après la fin des Mangemorts. C'est pratiquement conforme à l'histoire originelle sauf pour la mort de Rogue et la plupart de l'épilogue qui-ne-doit-pas-être-connu. Les longueurs de chapitre varieront. J'écris avec un style nouveau donc les parties ne se lieront pas aussi facilement entre les chapitres.
NOTE DE LA TRADUCTRICE : Un chapitre qui m'a transcendée, très bonne lecture !
Chapitre 8
NOTE DE L'AUTEUR POUR CE CHAPITRE : Ok, je suis loin d'être aussi intelligente que je pense l'être, clairement. Presque tout le monde l'a deviné. Vous devriez tous vous sentir très fiers, parce que maintenant je me sens un peu idiote d'être autant surexcitée de façon dramatique.
« Il y a une alchimie dans la douleur. Elle peut être transformée en sagesse, qui, si elle n'apporte pas la joie, peut pourtant apporter le bonheur. » - Pearl S Buck.
Plus les semaines passaient, et moins elle se rapprochait de son but, qui était de le comprendre. Il continuait d'éviter toute compagnie, en esquivant les repas et la salle des professeurs. Elle parla brièvement avec les elfes de maison et elle apprit qu'ils livraient des ingrédients dans ses appartements et qu'il faisait sa propre cuisine. Elle était certaine que, éloigné à ce point des élèves, elle était la seule personne à lui parler. Même avec elle, il était sans arrêt sarcastique et froid tel qu'il l'avait toujours été. S'il ne voulait pas répondre à une question, soit il l'ignorait royalement, soit il se servait de ses sarcasmes pour répondre. Elle n'avait jamais imaginé à aucun moment, qu'il s'ouvrirait soudainement et deviendrait sympathique et amical – franchement si cela s'était passé ainsi, ça aurait été bien plus terrifiant que de faire face à Voldemort, et ça aurait signifié qu'il avait une lésion cérébrale chronique – mais étant donné les circonstances, elle avait pensé qu'il aurait pu changé un tout petit peu.
Et pourtant, en dépit de son attitude invariablement froide et dédaigneuse, il laissait de temps en temps, ce qui était incroyable, entrevoir quelque chose de plus. Une semaine après leur première conversation dans le laboratoire, elle trouva une note sur son lit, qui disait énigmatiquement : « Je crois que j'ai quelque chose à vous. ». Sa curiosité piquée au vif, elle se rendit jusqu'à ses appartements après le dîner et le trouva allongé sur le sofa dans son salon, en train de lire, un Pattenrond ronronnant et roulé en boule sur ses genoux. Incapable de parler, elle s'était tenue dans l'entrée en regardant les longs doigts de Rogue caresser distraitement la fourrure rousse derrière les oreilles de son animal de compagnie.
« Comment a-t-il fait pour entrer ? » Réussit-elle à dire finalement.
Ses yeux noirs brillèrent d'amusement derrière ses lunettes. « Je n'en ai aucune idée. Cependant, selon mon expérience, c'est presque impossible de stopper un chat qui souhaite particulièrement aller quelque part. »
« Je suis désolée s'il vous a dérangé. »
« Il ne l'a pas fait. J'aime les chats. » Dit-il d'un ton absent, à sa grande surprise. Sans être sûre de savoir comment répondre, elle le regarda ôter ses lunettes et les poser sur le dessus de son livre, sur la petite table près de son coude. De toutes les façons possibles qu'elle avait imaginées pour qu'elle attire sa sympathie, elle n'avait pas pensé aux animaux comme moyen de thérapie.
« Avez-vous déjà eu un animal de compagnie ? » Demanda-t-elle doucement. Il secoua la tête, apparemment absorbé religieusement par la lueur lumineuse renvoyée par la fourrure de Pattenrond.
« Non. Quand j'étais jeune, mon père n'aurait pas toléré d'animal, même pour les vacances seulement, et un de mes camarades de dortoir se serait sans aucune doute insurgé qu'un animal m'appartienne. Quand j'ai commencé à enseigner … Je n'en ai jamais ressenti le besoin, pour être honnête. Les donjons ne sont pas vraiment idéaux pour un animal, de toute façon votre chat est le premier à s'aventurer volontairement aussi loin. »
« Pattenrond voit le château de Poudlard dans son intégralité comme faisant parti de son territoire. Apparemment, il vous y inclut dedans. » Répondit-elle, voulant qu'il continue de parler. Il grogna légèrement, et ça aurait pu être une illusion créée par la lumière, mais Hermione le vit sourire un peu. Je t'en dois une, la boule de poils. Tu n'es pas un chat, mais un faiseur de miracles. « Vous devriez être flatté. Il n'aime pas grand monde. » Elle n'avait jamais complètement compris les critères qu'avait Pattenrond pour ses amitiés qu'il choisissait avec discernement, mais il considérait manifestement que Rogue en valait la peine.
« Splendide, moi non plus. Nous allons nous entendre à merveille. » Répondit-il sarcastiquement et elle se mordit les lèvres pour contenir son rire.
« Comment êtes-vous entré chez moi pour laisser le mot ? » Demanda-t-elle, plus curieuse qu'inquiète. « Est-ce que c'est de la même façon que pour accéder au bureau de Minerva ? »
« Oui. »
« Est-ce que quelqu'un d'autre peut le faire ? »
« Oui. »
Elle réfléchit pendant un moment. « N'importe qui peut le faire ? »
« Non. »
« Pourrais-je le faire ? »
« Pas encore. »
« Vous n'allez rien me dire, même pas insinuer quelque chose, n'est-ce pas ? » Demanda-t-elle, frustrée par ses réponses monosyllabiques, et il fit un demi-sourire en secouant la tête.
« Non. Vous savez déjà tout ce dont vous avez besoin pour trouver la solution. »
« Allez, Pattenrond. » Dit-elle au chat, qui ouvrit un œil et la regarda d'un air endormi avant de changer de position avec réticence. A son amusement, il s'accrocha de ses pattes antérieures à la poitrine de Rogue et le regarda bien en face, ronronnant, avant de se retourner et de sauter au sol, et de venir à pas feutrés vers sa maîtresse. Elle le ramassa en souriant un peu et regarda Rogue en train d'enlever les poils roux de son pantalon – il portait rarement sa robe de sorcier dans ses appartements, avait-elle remarqué. « Désolée à propos des poils. »
« La seule façon d'éviter les poils de chat quand on possède un chat est d'avoir une de ces horribles sortes de Sphinx sans poils, et j'ai peine à croire qu'ils soient de vrais chats. » Répondit-il doucement.
« C'est vrai. Je n'ai jamais été sûre de ce qu'est Pattenrond – je crois que c'est un demi-Persan rouge, demi-Fléreur, mais je peux avoir tort. »
« Puisqu'il semble en remarquable bonne santé compte tenu de son âge et puisqu'il est assez intelligent pour trouver son chemin jusqu'à mes appartements, il ne me semble pas probable qu'il soit juste un chat. » Accepta-t-il. C'était une bonne remarque. Elle était propriétaire de son animal de compagnie – ou il en était le sien, comme il le laissait entendre parfois – depuis quatorze ans à présent et il avait environ trois ou quatre ans au moins quand elle l'avait acheté. Brusquement l'absurdité de la situation la frappa elle était en train de discuter de races de chats avec Severus Rogue, lui parmi tous.
« C'est le genre de discussion que je me serais attendue à avoir avec Minerva, et non avec vous. »
Il la regarda, une autre chimère de ce qu'aurait pu être un sourire au coin des lèvres. « En réalité, McGonagall n'aime pas beaucoup les chats. Je crois qu'elle est légèrement allergique. Vous l'avez peut-être vu quand elle s'est transformée récemment, c'est comme si elle avait un mauvais rhume. »
Hermione ravala un petit rire idiot. « Mais alors pourquoi est-ce que c'est sa forme Animagus ? »
« Un masochisme latent serait ma meilleure suggestion. » Lui dit-t-il sèchement. « Bien que je suppose qu'elle ne savait probablement pas qu'elle était allergique jusqu'à ce qu'elle se transforme. Vous devriez le lui demander. » Ses yeux scintillèrent d'amusement. « Si vous le faites, assurez-vous de me prévenir à l'avance, ainsi je pourrai avoir une bonne vue. »
« Cela impliquerait que vous quittiez vos donjons et que vous vous mêliez aux autres, pauvres mortels que nous sommes. » Remarqua-t-elle. « Etes-vous sûr que ça en vaut la peine ? »
« Pour agacer Minerva McGonagall ? Absolument. »
« Bon, sur ce je vais reprendre mon chat et vous laisser à votre livre … » Se décida-t-elle. « … Avant que je ne perde tout respect pour ma Directrice. Bonne nuit, Severus. »
« Bonne nuit. »
En quittant les appartements de l'homme, elle regarda son chat qui ronronnait. « Je ne sais pas comment tu t'y es pris, Pattenrond, mais je crois que tu as vraiment fait sourire Rogue. Pour cela, tu mérites un cadeau : va donc aux cuisines te trouver du poisson. » En marchant dans le couloir, elle fit une pause et baissa le regard sur son animal de compagnie alors qu'une pensée soudaine lui venait à l'esprit. « Si tu es entré dans ses quartiers par toi-même, tu aurais pu en partir très facilement. Alors pourquoi s'est-il dérangé pour me dire que tu étais ici, si tu ne l'ennuyais pas ? Est-ce que le plus grand misanthrope du monde sorcier voulait en réalité de la compagnie ? » Demanda-t-elle.
Pattenrond cligna des yeux de façon énigmatique.
Cette conversation avait été une immense surprise, l'une de celle qui renforçait sa détermination d'arriver à connaître le vrai Rogue. Elle souhaitait en particulier voir encore ce semblant de sourire – elle n'avait jamais rien vu d'autre que de l'impassibilité sur son visage, ou bien un sourire méprisant, sarcastique, réservé pour ses moments de rage (et une fois de l'agonie, quand il toussait du sang sur le plancher de la Cabane hurlante, mais elle essayait de ne pas y penser) et elle voulait voir ce qu'un vrai sourire ferait à son visage.
Son vingt-neuvième anniversaire tombait un samedi proche de la fin de Septembre. Elle était dans la salle des professeurs tôt ce matin, riant avec ceux de ses collègues qui étaient réveillés en ouvrant ses cadeaux. Ce fut une surprise quand Rogue entra, puisqu'il mettait rarement les pieds dans la pièce. Il paraissait fatigué et irritable, comme fréquemment et il se dirigea directement vers le café tout juste prêt dans un coin de la pièce. « Qu'est-ce qui vous amène ici, Severus ? » Demanda-t-elle en marchant vers lui.
« Pénurie de café. » Marmonna-t-il, focalisé sur ce qu'il faisait. Apparemment il n'était pas quelqu'un du matin. Se remplissant une tasse – il le prenait toujours fort et noir, soit sans aucun sucre, soit avec selon l'opinion d'Hermione beaucoup trop de sucre, cela dépendait de son humeur – il se retourna et était bien parti pour atteindre la porte quand il parut remarquer ce qu'il se passait. « C'est votre anniversaire ? » L'interrogea-t-il d'un ton neutre.
« Oui. »
A sa déception, si ce n'est sa surprise, il ne dit rien d'autre et s'échappa simplement de la pièce. Echangeant des coups d'œil avec ses collègues professeurs, elle roula des yeux en secouant la tête. Un 'Joyeux anniversaire' l'aurait tué ? Juste quand elle pensait qu'il commençait à s'adoucir un peu, il faisait quelque chose comme ça, et la laissait perplexe quant à savoir s'il y avait vraiment quelque chose de plus en lui que la carapace glaciale qu'il laissait voir au monde entier.
Hermione se sentit très coupable d'avoir eu ces pensées, plus tard, lorsqu'elle retourna à ses appartements après le déjeuner pour trouver une disposition de fleurs en papier à couper le souffle dans son salon – trois roses rouge et blanches, chacune pliée avec une exquise précision. Il n'y avait pas de carte, ni de mot, mais elle ne connaissait personne d'autre qui appréciait les origamis ou qui aurait pu s'introduire dans ses appartements. Quand elle le remercia cette après-midi là, il semblait figé et dit impatiemment qu'il n'avait aucune idée de ce dont elle était en train de parler. Cette expérience lui apprit à tout le moins qu'il n'y avait jamais eu aucun signe qui montrait que Rogue mentait, et qu'il était peu judicieux d'avoir pensé ne serait-ce qu'un moment qu'elle avait compris la moindre chose à son propos.
Elle ne le revit pas jusqu'à fin Octobre. Sa quête pour trouver un remède lui prenait la plupart de son temps dans ses recherches. Elle savait qu'il se rendait à la bibliothèque occasionnellement pour jeter un œil sur les livres de santé, de guérison et de Magie noire, et elle essayait de diriger ses propres lectures vers les volumes qu'il ne semblait pas avoir déjà lus. Une fois qu'il aurait commencé réellement à préparer des potions, elle ne doutait pas de le voir plus souvent, mais pour le moment il ne paraissait pas particulièrement vouloir de compagnie. Minerva avait – avec réticence – insisté pour qu'il rejoigne ses collègues dans la salle des professeurs à l'occasion. Evidemment la Directrice s'était rendue compte que le clivage entre Rogue et les autres professeurs n'était pas une bonne chose. Il avait obéit avec la même réticence et y passait une ou deux heures pendant la soirée la plupart du temps, dans son coin habituel, notant des devoirs ou lisant le journal en ignorant complètement les autres. Mais Hermione était certaine qu'il était conscient de tout ce qui se disait autour de lui et qu'une moitié de la raison de son obéissance résidait dans le fait qu'il avait ainsi la chance de rester au courant des évolutions actuelles.
Il refusait toujours d'assister aux repas, mais la majorité des banquets étaient obligatoires pour tout le corps enseignant, et c'était donc Hermione qui se trouvait assise à côté de lui pour Halloween. Il paraissait être de mauvaise humeur, même pour Severus Rogue, repoussant sa nourriture dans son assiette, sans appétit, tout en regardant dans le vide, et les ombres dans ses yeux étaient plus prononcées que jamais.
« Est-ce que tout va bien ? » Demanda-t-elle doucement. Il ne répondit pas, il ne l'avait apparemment même pas entendue, et c'était mauvais signe – Rogue était toujours conscient de son environnement. Une telle distraction ne correspondait pas du tout à son caractère. « Severus ? »
« Quoi ? » Dit-il d'un ton rauque et irrité.
« Est-ce que tout va bien ? » Il lui lança un regard noir avant de détourner les yeux sur ce point ni trop éloigné ni trop proche, qui semblait le fasciner, sans prendre la peine de répondre. Dans cet état d'esprit, même si elle pouvait le pousser à répondre, il était probable qu'elle n'obtienne qu'un grognement déplaisant, cependant elle s'inquiétait pour lui. « Avez-vous eu une autre crise ? » Demanda-t-elle rapidement, après avoir fait en sorte d'être sûre que personne d'autre n'écoutait.
Cela lui valut un regard un peu surpris de sa part, comme s'il ne lui était pas venu à l'esprit que ce pouvait être la raison de son inquiétude. « Non. » Répondit-il d'une manière inattendue. Hermione réfléchit alors frénétiquement, essayant de penser à ce qui aurait pu le troubler en dehors de ça.
« Alors quoi ? »
« Ne pourriez-vous pas vous occuper de vos affaires pour une fois ? » Dit-il sèchement, en rentrant les épaules et en se tournant dans une autre direction. En lui lançant un regard chargé de colère contenu, elle reporta son attention sur sa nourriture, et le laissa bouder si c'est ce qu'il souhaitait. Après un moment, elle l'entendit soupirer et elle lui jeta un regard du coin de l'œil, observant la tension dans son attitude tandis qu'il marmonnait. « Si vous voulez tout savoir, je n'ai pas bien dormi. »
« Je pensais que vous ne le faisiez jamais. » Remarqua-t-elle sèchement : le fait est qu'il était insomniaque chronique. En tant que seul membre du Trio d'Or toujours présent à Poudlard, Hermione possédait maintenant la Carte du Maraudeur, et il apparaissait que quelque soit l'heure à laquelle elle la vérifiait négligemment - les moments où elle était elle-même éveillée - le petit point marqué 'Severus Rogue' était toujours en mouvement soit dans son bureau, soit dans son laboratoire ou dans son salon, très rarement dans sa chambre.
Il la fixa d'un air furieux. Contrairement à la plupart de ses regards tristement célèbres, la raison de l'expression de celui-ci était facile à déchiffrer, c'était un très clair message voulant dire : 'Voyez comment vous réagissez quand je prends la peine de vous adresser la parole,' et elle se sentit légèrement honteuse. « Est-ce qu'il y a une raison particulière ? » Demanda-t-elle gentiment, en essayant de transmettre dans son ton une excuse sans vraiment s'excuser, puisqu'il semblait tellement ne pas aimer ça.
« Je n'apprécie pas cette période de l'année. » Répondit-il sèchement. De part les mouvements de ses épaules quand il se retourna, Hermione comprit que la conversation était terminée il avait répondu à sa question et considérait de façon évidente que c'était fini. Revenant à son assiette, pensivement, elle méditait à propos de ce qu'il avait dit. Etait-ce l'automne qu'il n'aimait pas, Octobre, ou Halloween en particulier ?
Ce ne fut que tard cette nuit, quand elle fut prête pour aller se coucher, que la réponse la frappa brusquement, et elle se maudit de ne pas s'en être rendu compte avant. Bien sûr ! Halloween de l'année 1981 avait été pratiquement la pire nuit de la vie de Rogue. Pas seulement parce qu'il avait perdu la seule personne qu'il avait jamais aimée, mais parce que c'était de sa faute. Assise sur son lit, elle réfléchit à cela encore un peu. Il y avait d'autres facteurs dans l'histoire. Comme tout ce qui concernait Rogue, ce n'était jamais aussi simple et net que ce qu'il y paraissait au premier abord.
La mort de Lily était évidemment le pire, mais la mort de James l'avait sûrement affecté, peu importe qu'il l'ait haï Il devait la vie à James, et avait échoué à rembourser cette dette. Et Voldemort était tombé. Bien que Rogue ait déjà changé de camp à ce moment-là, il ressentait probablement encore une loyauté persistante envers son premier maître. Aussi, réalisa-t-elle lentement, la mort des Potter marquait une promesse brisée – Dumbledore avait promis de protéger Lily et sa famille en échange des services de Rogue, et avait échoué à la tenir, ce qui constituait sans doute un seul cas parmi des douzaines d'autres de promesses brisées par quelqu'un qui lui en avait faite.
« Ce n'est pas étonnant qu'il ne puisse pas dormir. » Murmura-t-elle à Pattenrond, qui était assis et qui la regardait attentivement. Brusquement, il lui vint à l'esprit une idée, et elle regarda son animal de compagnie. « Pattenrond, voudrais-tu aller le voir ? Severus ? Je suis certaine qu'il aurait besoin d'un ami en ce moment, et un ami qui ne peut pas parler serait parfait – il ne voudra pas de compagnie humaine, bien qu'il en ait probablement besoin. S'il te plait ? »
Le chat la regarda pendant un long moment, puis se leva et vint frotter sa face aplatie contre elle, en ronronnant d'une manière rassurante, avant de bondir hors du lit et de sortir avec un coup de queue. Ils utilisaient tout le temps des animaux pour les thérapies moldues, et Hermione estima en se rallongeant qu'ils étaient particulièrement efficaces dans les cas de dépression ou de désordre psychiatrique. De plus, écouter Pattenrond ronronner et ressentir sa chaleur sur ses jambes la faisait toujours se sentir mieux après de mauvais rêves ou quand elle ne pouvait pas dormir. Ce dont avait besoin Rogue en ce moment même était d'une compagnie qui ne le jugerait pas, qui voudrait seulement le faire se sentir mieux, et puisqu'il ne croirait jamais à de tels motifs innocents venant de sa part, Pattenrond était la deuxième meilleure solution. Il était bien plus probable qu'il fasse confiance à un animal.
C'est un début, se dit-elle à elle-même. Elle essayait de ne pas le prendre en pitié, mais c'était parfois extrêmement difficile.
Cette dernière idée sembla fonctionner bien mieux que ses précédents efforts. C'était dur de dire s'il dormait mieux grâce à Pattenrond ou parce que Halloween était maintenant passée, mais il paraissait un peu moins stressé. Elle se surprit en train d'essayer de ne pas sourire à chaque fois qu'elle remarquait des poils roux sur sa robe. Son chat passait maintenant plusieurs nuits par semaine en dehors de ses appartements. Il lui manquait, mais s'il passait ces nuits dans les donjons, Rogue en avait davantage besoin qu'elle.
Quand Rogue amena le sujet de lui-même dans la salle des professeurs, en demandant un peu maladroitement si son chat devrait passer autant de temps loin d'elle, elle sourit vaguement, le regarda dans les yeux et répliqua que, selon ses propres mots, il était vraiment difficile d'empêcher un chat d'aller quelque part, particulièrement là où il souhaitait aller. C'était une réponse très Serpentarde, une réponse dont elle était fière. S'il suspecta que c'était de son fait à elle, il n'en dit pas un mot.
Halloween marqua dans le même temps le début d'une période difficile pour Hermione. On était maintenant mi-novembre, et l'anniversaire du jour où ses parents avaient rompu tout contact avec elle pour de bon n'était passé que depuis quelques jours – un mois ou deux après que la guerre ait prit fin, elle était partie les voir pour restaurer leur mémoire et essayer de s'expliquer. Ils avaient été horrifiés par ce qu'elle leur avait fait subir et par le fait qu'ils savaient qu'elle pourrait refaire la même chose, et pire, sans qu'ils en prennent connaissance, et sans leur accord. Les deux mois suivants avaient été incroyablement éprouvants, avant que tout ne s'effondre pour de bon à la fin novembre de cette année-là.
Pendant la journée, elle pouvait se focaliser sur ses cours, sur sa recherche continue à propos de la neurologie et des maladies auto-immunes, sur ses devoirs en tant que membre du corps enseignant, sur ses lectures mais la nuit, il semblait que rien de ce qu'elle pouvait faire ne mettait un terme à l'activité de son esprit ni ne bloquait ses pensées et ses souvenirs douloureux qui la tourmentaient. Suivant l'exemple de Rogue, elle essaya la musique, ce qui fonctionna un peu, et aida certainement dans le sens où elle n'avait pas à supporter ce silence oppressant, mais cela ne stoppa pas l'insomnie ou les cauchemars.
Après un rêve particulièrement horrible, quand elle se réveilla en criant littéralement, Hermione admit la défaite. Rogue avait promis une fois qu'il lui ferait de la potion de Sommeil Sans Rêves si elle en souhaitait, et c'était le cas tout de suite. En s'asseyant, frissonnante, elle balaya d'un air absent les poils de son chat inquiet et regarda l'heure. Deux heures et demie du matin. Elle avait besoin d'un peu de sommeil, ou elle s'endormirait pendant les cours demain. En tâtonnant sous son oreiller, elle trouva la Carte du Maraudeur, et murmura. « Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises. » avant de scanner le parchemin des yeux à la recherche d'une personne en particulier.
Elle n'était pas du tout surprise de voir que Rogue n'était pas dans son lit, en dépit de l'heure extrêmement avancée, mais il n'était pas non plus dans ses appartements. Cela lui prit presque dix minutes de recherches sur la carte avant de le trouver en haut de la Tour d'Astronomie, marchant en de petits cercles en suivant la rambarde. Et bien, il semblerait qu'il n'y aurait aucune potion ce soir – cela aurait vraiment pris du temps pour la préparer de toute manière. Elle pouvait toujours au moins le lui demander il l'aurait demain, à moins qu'il ne fût pris dans une de ses colères. Et sincèrement, elle ne voulait plus rester allongée ici parler à quelqu'un, même s'il était de sale humeur, pourrait aider. Une dispute la distrairait au moins. Murmurant « Méfait accompli », elle se leva et empoigna sa robe.
Pendant le temps qu'elle mit pour émerger dans la nuit froide en haut de la tour, il s'était arrêté de marcher en cercles et se tenait debout appuyé sur la rambarde, observant les terres des alentours. Comme toujours, il ne semblait pas du tout surpris de la voir, il lui jeta simplement un coup d'œil et inclina doucement sa tête pour la saluer avant de retourner à sa contemplation de la nuit d'automne. Elle marcha et se tint derrière lui, pour regarder dehors c'était une nuit dégagée, le ciel était remplit d'étoiles, et la lune à demi pleine. Aucun d'eux ne dit un mot, dans cette curieuse atmosphère qui se développe au petit matin quand deux insomniaques se rencontrent.
Sincèrement, elle était un peu surprise de son choix de lieu. Elle avait su depuis des années qu'il traînait fréquemment dans les couloirs la nuit, mais ici c'était l'endroit où il avait tué Albus, l'endroit où il s'était de son plein gré soumis à la condamnation et la haine engendrées par son activité d'espionnage et où il s'était effectivement damné lui-même. Cela paraissait être un endroit étrange pour vouloir y rester et réfléchir, mais elle ne le connaissait vraiment, en dehors de la relation élève-professeur, que depuis quelques mois c'était certainement une période trop courte pour cerner la façon dont il raisonnait.
« Je n'arrive pas à dormir. » Dit-elle finalement, doucement.
« Vraiment, Professeur Granger ? » En dépit des mots sarcastiques, son ton était neutre, calme. « Je ne l'avais pas deviné. »
« S'il vous plait, Severus. J'apprécie habituellement de me disputer avec vous, mais je ne peux vraiment pas ce soir. »
« Alors je vais devoir m'efforcer de me contenir. » De n'importe qui d'autre, cette remarque aurait pu être taquine, mais ses yeux et sa voix étaient sérieux. Il la considérait de ce regard appuyé qu'elle détestait, celui qui signifiait qu'il voyait bien plus de choses qu'elle aurait voulu.
« Cet été, vous m'avez proposé de préparer la potion de Sommeil Sans Rêves pour moi, si jamais j'en voulais. » Dit-elle doucement, sans le regarder. « J'en voudrais, si l'offre tient toujours. »
« Elle sera sur votre bureau, demain soir. » Une petite part de tension en elle s'évanouit. Elle avait pensé qu'il refuserait, ou qu'au moins il aurait badiné avant d'accepter. Elle ne pouvait pas affronter une autre nuit d'horreur.
« Merci. » Dit-elle plus doucement, la gorge serrée.
« Voulez-vous en parler ? » Offrit-il avec la même douceur.
« Je n'imagine pas un seul instant que cela puisse vous intéresser. »
Il se raidit légèrement à côté d'elle, ses yeux s'agrandissant de colère. Perdue dans les terres nues sous eux, elle ne le remarqua pas, combattant contre les larmes menaçant de tomber de ses yeux. Comme il lui lançait un regard d'animosité, ses yeux perdirent cet éclat de colère et redevinrent pensifs avant de reprendre leur expression neutre il paraissait être en grande réflexion.
« J'ai trouvé quelques numéros anciens de la Gazette de cette saison, de l'automne qui suivait la guerre. » Dit-il finalement, avec juste une vague pointe de question dans sa voix.
Elle fit un signe de tête affirmatif avec raideur. « Oui, Severus, vous avez raison comme d'habitude. Bien joué. »
« Je n'essaie pas de mettre mon nez dans des choses qui ne me regardent pas, Hermione. » L'usage de son prénom la fit sursauter, ce qui l'aida à réfréner la menace des larmes, alors qu'elle se tournait vers lui. Ses yeux étaient impénétrables comme toujours, la seule émotion discernable dans ses profonds yeux noirs était un soupçon d'insensibilité, dans ce regard sans vie dont elle se souvenait de par les années passées.
Il continua de parler doucement, de sa voix âpre et râpeuse. « En dépit de l'opinion général, je suis humain. Je suis aussi très familier avec la douleur, la souffrance, la tristesse, la colère… et la culpabilité. »
Sa compréhension la toucha davantage que son sarcasme ne l'aurait fait, et elle lui tourna le dos, mordant sa lèvre et déglutissant. Elle détestait se sentir émotive et vulnérable – humaine, lui chuchota une petite voix – et si elle devait se décomposer devant quelqu'un, Severus Rogue n'avait jamais été dans son top cent. Il y eut un mouvement dans le coin de son œil elle le considéra et le trouva en train de lui tendre sa robe.
« Il fait froid ici. » Dit-il calmement, presque avec gêne. « Vous n'avez peut-être pas remarqué, mais votre corps vous le fera sentir. »
Il avait raison. Avec réticence, elle tendit la main et prit l'habit noir de ses mains, enveloppant ses épaules du vêtement en réalisant seulement quand cela cessa qu'elle était en train de frissonner. Les odeurs familières de la classe de Potions émanaient de l'étoffe : de la fumée de bois, des herbes, des produits chimiques et des agents conservateurs. Elle pouvait toutes les identifier mais l'une d'entre elles lui échappait. Se blottissant plus encore dans la laine perpétuellement chaude, elle se concentra sur elle, sentant quelque chose de terreux à base de plantes, et l'identifia éventuellement comme étant du romarin. Elle n'avait pas pensé au romarin en tant que senteur particulièrement masculine avant. Du romarin pour se souvenir…
A côté d'elle, il s'éclaircit la gorge, bougeant légèrement et évidemment mal à l'aise, avant de parler de la même voix âpre et râpeuse. « Je vais vous énoncer une des plus difficiles leçons que je n'ai jamais eu à retenir, Hermione. Tout ne mérite pas une bataille, et vous ne pouvez pas vous battre contre tout et espérer gagner. Il est parfois nécessaire d'admettre que vous êtes… seulement humaine. »
Quelque chose à propos de ces mots, venant de cet homme parmi tous, la toucha comme s'il lui avait donné un coup. Cela, combiné à sa prise de conscience qu'il parlait certainement d'une tragique et amère expérience, la fit finalement sortir de ses limites, et elle commença à pleurer pratiquement silencieusement.
Quand ses larmes se tarirent finalement, elle réalisa que son visage était terré contre sa poitrine et que ses mains s'emmêlaient dans sa chemise. Alors que sa robe avait l'odeur de son travail, de si près elle pouvait le sentir lui – une étrange et complexe senteur qui ne lui rappelait rien de plus que la pluie, la distinctive odeur de l'air après un orage, teintée d'une légère pointe de fumée et de quelque chose à base de plantes, de romarin, de menthe et de thym. Si elle avait imaginé que cela pouvait arriver, elle aurait prédit qu'il s'enfuirait, littéralement, ou qu'il la repousserait sans ménagement, mais en fait ses bras l'entourèrent et la tinrent proche de lui alors qu'il essayait maladroitement de la serrer contre lui – son corps entier était tendu et il était clairement gêné, mais il faisait un effort pour être réconfortant. Le fait qu'il était très probable qu'il n'ait aucune expérience de cette sorte de réconfort et qu'il n'ait aucune idée de ce qu'il était en train de faire frappa Hermione, mais elle appréciait l'effort, et bien que tout en lui criait qu'il voulait être à des milliers de kilomètres de là, la chaleur de son corps seule était apaisante.
Prenant pitié de lui, elle se détacha avec attention dès qu'elle bougea, il laissa tomber ses bras et recula en évitant ses yeux. Trouvant son mouchoir, elle s'essuya les yeux et se moucha avant de s'envelopper plus fortement dans la robe et de le rejoindre à la rambarde.
S'essuyant à nouveau les yeux, elle se tint en silence pendant un moment. « Comment saviez-vous ? » Demanda-t-elle finalement. Hermione elle-même n'était pas entièrement sûre de ce qu'elle demandait, mais comme toujours il sembla comprendre même s'il mit un très long moment à répondre. Il gardait ses yeux résolument braqués sur l'horizon, et ses articulations devenaient blanches à force d'agripper la rambarde.
« Comme je le disais, je suis familier avec la douleur. Je… Je sais aussi ce que cela fait de – d'être noyé par elle, noyé à un tel point que vous avez désespérément besoin de vous tourner vers quelqu'un, n'importe qui, et – de juste vous laisser aller, parce que c'est ça ou suffoquer. »
Il comprend vraiment. Dans un moment de compréhension, Hermione se tourna pour le regarder. « Mais personne n'a jamais fait ça pour vous, n'est-ce pas ? » Demanda-t-elle très doucement. « Vous n'avez jamais pu … Vous laisser aller. »
Il eut un tic nerveux sous un œil, et elle put affirmer qu'il usait de tous les vestiges de son self-control de fer pour garder sa figure complètement dépourvue d'expressions. Ses yeux semblaient morts, dénués de vie et perdus. « Bonne nuit, Hermione, » Dit-il finalement, se retournant et passant précipitamment la porte pour descendre les escaliers. Elle savait qu'il ne fallait mieux pas le suivre il s'était libéré autant que possible ce soir, et si elle poussait plus loin ce prodige, il exploserait.
Elle puisa dans la chaleur de sa robe qu'elle tenait plus fortement, son cœur souffrant pour lui à ce moment. Il ne lui avait pas répondu : il n'en avait pas besoin. Tant d'année de douleur et de souffrance, et personne vers qui se tourner, personne pour lui offrir un simple réconfort humain. Il avait dû être terriblement seul. Elle se rappela d'à quel point son corps avait été rigide et inconfortable alors qu'il essayait de la tenir et de se souvenir quand il avait été touché pour la dernière fois il n'avait jamais apprécié les contacts humains, de ce qu'elle savait, mais c'était peut-être parce qu'il n'y était pas familier. D'une certaine façon, il lui rappelait un petit animal égaré, rempli de peur et de méfiance, désespéré d'atteindre et de toucher quelqu'un et pourtant trop effrayé pour le faire, tressaillant au moindre geste. Elle ne pouvait même pas imaginer à quel point il avait dû être seul elle suspectait que cela durait depuis si longtemps qu'il ne savait même pas dans quelle mesure il en souffrait.
Et pourtant, en dépit de cela, il avait essayé de l'aider quand elle en avait eut besoin. Il avait essayé de lui offrir du réconfort alors qu'il n'avait aucune idée de comment s'y prendre. Il n'avait rien à gagner à avoir cette attitude, pas lorsqu'elle lui était déjà redevable pour la potion de Sommeil Sans Rêves. Il avait été complètement étranger à son caractère, et pourtant il était le seul à avoir pu comprendre totalement ce que cela faisait d'intérioriser toute cette douleur, cette peine et cette culpabilité jusqu'à ce qu'on ne puisse plus les supporter. Ses amis … ils étaient de 'typiques Gryffondors', comme l'aurait dit Severus, passionnés et enflammés, leurs émotions se répandaient autour d'eux, et Hermione n'aimait habituellement pas cela. A l'accoutumé, elle gardait tout en elle, plus comme Severus le faisait.
Doucement, elle entama la longue marche jusqu'à ses appartements, perdue dans ses pensées, en gardant en tête la persistante odeur de pluie.
Dans la froide lueur du jour, elle révisa quelque peu son opinion. Il n'y avait pas de doute quant au fait qu'il était blessé, profondément, presque mortellement, mais cela ne signifiait pas qu'il ne répondrait pas aux appels à l'aide. Il avait quarante-huit ans pratiquement un demi-siècle à garder en soi tout ses sentiments, ce qui avait laissé des marques. Ce n'était pas un conte, elle n'allait pas trouver la solution à tous ses problèmes ni l'aider à cicatriser comme par enchantement – ah ah. Il était trop détruit pour cela. Ses blessures étaient trop graves pour être guéries le mieux qu'il pouvait espérer, le mieux qu'elle pouvait faire, c'était de lui donner quelque chose d'autre qui lui permettrait d'oublier autant que possible, quelque chose pour atténuer un peu la douleur, afin qu'il puisse vivre avec. Ca ne semblait pas être beaucoup, mais c'était plus que tout ce que quiconque ne lui avait jamais donné si elle pouvait y arriver, ce serait suffisant pour le rembourser, au moins un peu.
Typiquement Gryffondor, se dit-elle avec un petit sourire tandis qu'elle nettoyait sa figure et qu'elle se brossait les dents, d'essayer d'assumer la responsabilité des problèmes du monde entier. Ce n'est pas à moi de le guérir. Cependant, elle souhaitait toujours le faire, en partie parce qu'il méritait mieux, en partie parce que le monde magique le lui devait, en partie parce qu'il était un être humain, mais aussi en partie pour son propre bien. Depuis quelques mois, elle avait entraperçu brièvement l'homme tapis sous le manteau de cicatrices qui l'enserraient. Elle avait eu le pressentiment qu'il pouvait être quelqu'un qu'elle souhaiterait apprendre à connaître.
Il n'avait pas de personnalité innocente et aimante enterrée profondément en lui qui pourrait être ramenée à la surface par des cajoleries, elle le savait. S'il y avait eu quelque chose de cette sorte en lui, ça n'y était plus depuis des années. Il était ce qu'il était – meurtri, amer, méfiant, seul, colérique et blessé. Si elle ne pouvait l'accepter, il faudrait mieux qu'elle s'en aille dès maintenant, parce si elle persistait à vouloir le changer, ils souffriraient tous les deux. Quelques petites choses semblaient meilleures en lui si elle pouvait les atteindre, elles contrebalanceraient l'obscurité que tout le monde voyait en lui et l'aideraient à trouver une sorte de stabilité. Essayer n'importe quoi d'autre serait vain pour une raison ou pour une autre. Pour le meilleur ou pour le pire, cette obscurité faisait parti de lui, et elle n'avait ni le pouvoir ni le droit de changer cela.
L'immense étendue de ce qu'elle planifiait lui donnait le vertige. De toutes les victimes possibles de la guerre qu'elle aurait pu décider d'essayer d'aider, elle devait faire une fixation sur la plus meurtrie d'entre elles. Et puis, elle avait été engagée sur ce chemin au moment même où elle s'était dirigée vers lui à la Gare de Waterloo, que c'eût été une coïncidence ou quelque chose de complètement différend. Hermione se rappela qu'elle avait toujours confiance en elle-même. Elle avait besoin de parler à quelqu'un qui lui offrirait une perspective différente, mais qui ?
Le portrait d'Albus était le choix le plus évident, mais Hermione rejeta l'idée au moment où elle surgit dans sa tête. Severus avait loyalement servi Dumbledore pendant plus de vingt ans, mais elle était prête à manger Pattenrond s'il lui disait qu'il avait vraiment apprécié son maître, et elle était certaine que Dumbledore n'avait jamais totalement compris son espion, si ce n'est seulement pour le contrôler. Hermione pensait toujours à son Directeur avec affection et respect, mais en même temps ces émotions étaient beaucoup moins fortes que ce qu'elles avaient été. Que cela ait été nécessaire ou pas, elle n'avait pas apprécié ce qu'il leur avait fait à tous. Cela avait été nécessaire, mais la façon dont il prétendait que rien n'était en train de se tramer lui retournait l'estomac. Elle aurait eu bien plus d'estime pour lui s'il avait admis honnêtement ce qu'il était en train de leur faire.
Non, Albus n'avait aucun aperçu de ce qui se passait dans la tête du maître des Potions. Au mieux, il pourrait probablement lui dire de quelle façon provoquer certaines réactions, et elle se contenterait essentiellement de cela. Les anciens collègues de Severus constituaient également un mauvais choix il n'avait jamais apprécié aucun d'entre eux et eux non plus en retour. Ils n'avaient rien à lui offrir.
Peut-être que ce dont elle avait besoin n'était pas de nouvelles données mais d'avoir une perspective différente de ce qu'elle savait déjà. Aucun des amis de Severus – il n'en avait aucun – mais peut-être que l'un des siens l'aiderait à organiser ses pensées confuses. Mais qui ? Pas Ron, il ne lui parlait toujours pas, mais elle le soupçonnait de l'avoir oubliée. Noël aurait été l'occasion d'envoyer une carte et un cadeau comme si rien ne s'était passé. Harry ? Non. Il avait eu trop d'histoires avec Severus, trop d'amertume en ressortait. Il ne détestait plus le maître des Potions, mais il ne comprendrait certainement pas le fait qu'elle souhaitait aider son vieil ennemi. De plus, avoir une opinion d'homme n'était pas ce à quoi elle aspirait.
Ginny ? Trop proche d'Harry… et dans tous les cas, Hermione suspectait que son amie rousse ne la comprendrait pas non plus. Elle ne voulait pas passer des semaines à expliquer ce qu'elle tentait d'accomplir, pas quand elle ne le savait pas vraiment elle-même. Brusquement la réponse vint à elle Hermione s'installa à son bureau et commença à écrire une lettre.
Chère Luna
Ca fait un bail que nous ne nous sommes pas parlées, depuis que tu as proposé de donner une interview à Severus cet été. Désolée pour mon silence. Je me suis seulement habituée de nouveau à ma routine. En fait, je voulais ton avis par rapport à quelque chose je sais que je te l'ai déjà dit, mais tu sembles toujours avoir une façon de voir les choses différemment, et je pense que cela pourrait m'être utile en ce moment… Es-tu libre ce week-end ? J'aimerais pouvoir te parler…
« Bonjour Hermione ! J'allais t'écrire de toutes manières. Je sais que cette période de l'année est difficile. »
« Oui, ça l'est. » Acquiesça Hermione, bizarrement soulagée de dire cela. Le curieux mélange du caractère de Luna composé de rêveries et d'un sens commun solide comme le roc était étrangement relaxant. « Mais c'est plus simple maintenant que l'anniversaire est passé. »
« Bien. Tu en souffres de moins en moins chaque année, non ? » Le regard flou de son amie était maintenant perçant. « Est-ce que d'autres s'en sont souvenus ? »
« Non. » Admit-elle tristement, « Mais je ne m'attendais pas à ce qu'ils le fassent. »
« Etre seule n'aide pas, tu sais. »
« Je n'étais pas seule. Quelqu'un à Poudlard était là. En réalité, c'est ce dont je voulais te parler… » Prenant une grande inspiration, Hermione se lança dans le récit de ce qui s'était déroulée en haut de la Tour d'Astronomie. Cela prit un long moment. Cependant Luna ne dit rien, elle était juste assise, le menton dans la main, ne regardant rien de particulier, écoutant sans commentaires.
« Et bien … » Dit-elle prosaïquement quand Hermione eut fini. « Je vois pourquoi tu n'en as parlé à personne d'autre. »
« Non. » En convint-elle ironiquement. « J'ai pensé – espéré – que tu ne réagirais pas de la même façon qu'eux. Je ne veux pas avoir à me justifier de vouloir aider quelqu'un. »
« Tu n'en as pas besoin. » Répondit-elle avec entrain. « Je n'ai cependant jamais vu le Professeur Rogue de la manière dont toi tu l'as vu. Je suppose que c'est parce que je ne suis pas une Gryffondor il n'a jamais détesté les Serdaigle. J'ai une vision des choses plus neutre. Et je n'ai jamais cru à ce que quelqu'un montrait en surface, car personne n'est simple. »
« Exactement. » Acquiesça Hermione tranquillement. « Ca m'a pris du temps pour comprendre ça. Donc es-tu d'accord avec ce que j'essaye de faire ? »
Luna parut curieusement sérieuse. « Oui, en fait oui. Je pense… Et bien … »
« Quoi ? »
« Ne le prends pas mal, s'il te plait. Je pense à ça depuis des années, mais si j'en aurais parlé avant tu m'aurais jetée un sort. »
« Parler de quoi, Luna ? » demanda-t-elle, exaspérée.
« Et bien, je me suis souvent demandée si toi et le Professeur Rogue étiez autant en désaccord que ce qu'il y paraissait parce que vous êtes tellement semblables en réalité. Je veux dire, la raison de son dégoût pour Harry est évidente, et si l'on déteste Harry on doit également détester Ron, mais tu n'étais pas tellement mêlée à leurs affaires. Il semblait te détester pour tes propres aptitudes. »
« Je l'agaçais. Je faisais de mon mieux, et je le montrais. »
« Comme beaucoup d'autres élèves, mais il ne les a jamais détestés pour cela. »
« Que veux-tu dire, Luna ? Je ne suis pas en colère, juste confuse. De quelle façon étions-nous semblables ? »
« Vous êtes tous les deux meurtris. » Dit simplement Luna. « Ce qu'il s'est passé à la tour en est une preuve. Il n'aurait pas pu t'aider à moins que ce que tu étais en train de traverser ne concorde avec ce qu'il avait enduré. Il n'aurait pas su comment le faire. Mais c'était bien plus que ça. Je pense que tu as été une élève très similaire à celui qu'il était par le passé. »
« Quelle sorte d'élève ? »
« Intelligente. Isolée. Marginalisée. Frustrée. Seule. Brillante. Impatiente. »
Hermione ouvrit sa bouche pour dénigrer rageusement cela, mais elle la referma toute seule. Rien de ce qu'avait dit Luna n'était faux. Il y avait quelques différences, car elle doutait que Severus n'ait jamais essayé d'obtenir l'approbation d'un professeur ou d'aider un élève moins habile, et elle n'avait jamais créé de sortilèges pour blesser des gens ou été exposée à ce genre de brimades qu'elle avait vu dans la Pensine. Mais Luna avait seulement listé beaucoup de facteurs communs.
« Peut-être. » Dit-elle finalement, avec réticence. Si cela avait été quelqu'un d'autre que Luna, elle aurait été outragée de toutes les implications de cette constatation, mais Luna ne voyait pas le monde de la même manière que la majorité des gens – c'était pour cela qu'elle lui avait parlé en premier lieu, après tout. « Et qu'est-ce que ça veut dire ? »
« Je ne sais pas. » Répondit gaiement Luna, « Mais il est évident que ça signifie quelque chose. Il ne se serait pas ouvert autant qu'il l'a fait sinon. Même de ce que tu m'as dit à propos de sa santé, il ne lui était pas nécessaire de te laisser apprendre autant de choses. Il réagit à ta personne, Hermione, le pourquoi n'est pas important. Si tu veux l'aider, tu as plus de chances d'y arriver que n'importe qui d'autre. Mais ça ne veut pas dire que tu y arriveras. »
« Je le sais. » Assura-t-elle à son amie. « Ce n'est pas un conte de fée. Il ne va pas devenir quelqu'un de différent, et je ne veux pas cela. »
« Qu'est-ce que tu veux ? » Demanda Luna très sérieusement.
« Je veux l'aider. Je ne sais pas comment le faire cependant. Je ne suis pas assez arrogante pour penser savoir comment l'aider. Il est ce qu'il est, je veux juste faire en sorte que ça soit moins douloureux et moins difficile pour lui. Et, d'une certaine façon, je pense que nous sommes amis, bien que la plupart des gens ne le voient pas ainsi. »
« Humm … » Murmura Luna, apparemment absorbée par ses pensées. Hermione y était habituée.
« Qu'a-t-il laissé paraître quand il t'a donné cette interview ? »
« Hein ? Oh. Ca ne s'est pas passé comme ça. Il me l'a envoyée, avec la photo. Je ne l'ai pas vu depuis la guerre. »
« Et donc, des idées pour ce que je fais à présent ? »
« Faire en sorte que Pattenrond l'aide était un bon début. » Dit pensivement Luna. « Les animaux sont toujours plus facile à approcher que les gens. Je pense que tu as eu une bonne idée quand tu l'as comparé à un animal sauvage égaré … Conserve cette idée. Laisse-le s'accommoder à toi et se rapprocher de temps en temps. Essaye de trouver quelque chose à dire – par rapport aux livres, ça pourrait être une bonne idée. Quelque chose de sain. L'as-tu touché depuis l'épisode de la tour ? »
« Pardon ? »
« Ne t'inquiètes pas, je ne suis pas encore folle. » Dit Luna avec un sourire. « C'est une question sérieuse. »
Hermione y pensa pendant un moment. « Je l'ai seulement vu une ou deux fois depuis cette nuit. Il m'a donné la potion de Sommeil Sans Rêves que je lui avais demandé et m'a dit que ce n'était pas la solution, puis je lui ai rendu sa robe, et nous nous sommes vus brièvement pour parler de ses recherches. »
« L'as-tu touché ? »
« Je ne m'en rappelle pas … Attends. Si. Dans la salle des professeurs, accidentellement. J'ai touché son bras. »
« Comment a-t-il réagi ? »
« Il s'est éloigné brusquement. » Dit-elle lentement. « Très violemment. Il a déchiré le papier qu'il était en train de lire. Je me rappelle avoir pensé que j'aurais provoqué une moins grande réaction si je l'avais poignardé sans faire exprès. »
« Et ensuite ? »
« Il a agit comme si rien ne s'était passé, il a juste grogné après moi, pour la forme. »
« Alors tu avais raison. Il n'a pas été touché depuis un bon bout de temps. »
« Qu'est-ce que ça signifie ? »
« Le touché est important, Hermione. Des psychologues moldus ont fait des expériences avec des animaux – des chiots, des singes ou d'autres, j'ai oublié lesquels exactement. Ils prenaient des nouveaux nés, et les élevaient en assurant leurs besoins essentiels – nourriture, eau, chaleur, santé, propreté – tout, excepté les contacts physiques, avec leur propre espèce ou avec les humains. Ils les touchaient le moins possible, presque jamais. »
« Et qu'est-ce qui s'est passé ? » Demanda-t-elle avec curiosité.
« La plupart d'entre eux sont morts. Ceux qui ont survécu étaient anormaux. Agressifs, dangereux, et incapables d'interagir avec les autres. »
Hermione assimila lentement la chose. « Ce qui veut dire que je devrais faire quoi ? »
« Je ne sais pas. C'est ton projet, pas le mien. Mais si ça peut aider, ils commencent à apprivoiser les chevaux comme ça : ils passent une semaine environ à simplement apprendre au cheval qu'être touché ne blesse pas, que ce n'est pas quelque chose à craindre. Peut-être que c'est par ça que tu devrais commencer. Montre-lui qu'interagir avec un autre humain ne fait pas mal, que parler et toucher sont des choses normales. Je veux dire : il le sait déjà intellectuellement, mais tu dois le lui montrer de manière inconsciente. Ce n'est pas un problème intellectuel – si c'était le cas vous trouveriez tous deux la situation beaucoup plus simple. C'est en rapport avec l'instinct, pas la raison. Donc demander de l'aide à une Serdaigle n'était pas très intelligent de ta part, vraiment. »
Les deux femmes se sourirent, avant qu'Hermione ne commence à rire. « Tu es en train de me donner des conseils pour rompre la bride de Severus ? »
Elles éclatèrent toutes les deux d'un fou rire incontrôlable.
NOTE DE L'AUTEUR : Luna est peut-être rêveuse, mais personne ne peut l'être tout le temps. Pattenrond se montrera encore il est drôle. Le pas s'accélère un peu, mais on prend toujours les choses du bon côté, et doucement, ne vous inquiétez pas.
