POST TENEBRAS, LUX ("After Darkness, Light" ; Après l'Obscurité, la Lumière)

DISCLAIMER DE L'AUTEUR : Si les personnages m'appartenaient, croyez-moi, les choses se seraient terminées plutôt différemment. Je les ai juste emprunté pendant quelques temps ; Malheureusement, je vais devoir les rendre à la fin.

DISCLAIMER DE LA TRADUCTRICE : L'histoire ne m'appartient pas, elle est l'oeuvre magnifique de "LOTEN".

WARNING : C'est une histoire de romance entre HG/SR. C'est du rating M et il y aura des lemons dans les chapitres à venir. Si vous n'aimez pas, ne venez pas lire. Mais le mot clé, c'est que ce sera une longue histoire. Elle prévoit aux alentour de 300 000 mots et 43 chapitres.

NOTE DE L'AUTEUR : Cette fiction commence dix ans après la fin des Mangemorts. C'est pratiquement conforme à l'histoire originelle sauf pour la mort de Rogue et la plupart de l'épilogue qui-ne-doit-pas-être-connu. Les longueurs de chapitre varieront ; J'écris avec un style nouveau donc les parties ne se lieront pas aussi facilement entre les chapitres.

NOTE DE LA TRADUCTRICE : Bonjour à tous! Pour x raisons, j'ai repris la traduction de manelor de la fic originale en anglais de Loten. Ce premier chapitre est donc la suite de la première traduction, elle commence au chapitre 6, veuillez nous excuser pour ces désagréments de publication, mais on ne pouvait pas faire autrement! ^^ La première partie étant là: s/7355516/1/bPost_b_bTenebrax_b_Lux

Merci encore à manelor pour m'aider dans la relecture. Bonne lecture!

Chapitre 11

NOTE DE L'AUTEUR POUR CE CHAPITRE : Pas mal de choses se passent dans celui-là… L'intrigue devient encore plus dense…


« Vous pouvez être trompé si vous faites trop confiance, mais vous vivrez dans le tourment si vous ne le faites pas assez. » - Frank Cane.


C'est par une froide après-midi de février que survint l'évènement tant redouté par Severus. Cela arriva avec une soudaineté presque effrayante. Le seul avertissement qu'il eut était un léger mal de tête, et tandis qu'il traversait son salon faiblement éclairé à la recherche d'une potion anti-douleur suffisamment douce, sa vision se brouilla subitement et devint noire alors qu'un vicieux spasme de douleur jaillissait dans son genou malade. La jambe céda sous lui et il tomba lourdement avec un juron surpris qui se transforma en grognement de douleur, alors que l'articulation endommagée entrait en collision avec le sol de pierre ferme.

Quand la douleur de l'impact s'atténua, il essaya de s'assoir avec précaution, et les muscles de sa jambe gauche commencèrent à tressaillir et à trembloter d'une manière horriblement familière, ce qui l'empêcha soudainement de tenter de se soulever. Il se lança un sortilège pour être au courant des dégâts : la jambe droite très douloureuse, le bras gauche inerte. Il n'était pas prêt d'être capable de se lever avant un long moment.

C'est mieux maintenant qu'au milieu d'un cours, se dit-il avec résignation, en s'étendant sur le sol là où il était tombé et en se préparant à patienter. Les morveux l'auraient regardé fixement si le détesté maître des Potions s'était effondré devant eux – mais si cela devait arriver, ça se serait sûrement produit pendant la guerre. Il en avait été proche à plusieurs occasions. Une fois qu'il aurait un nombre suffisant de membres fonctionnels, il pourrait atteindre la baignoire. D'ici là, il n'y avait rien d'autre à faire excepté attendre. Un autre frisson le secoua assez pour que ses dents s'entrechoquent, et il serra les mâchoires pour s'empêcher de mordre accidentellement sa langue. Des points noirs dansaient devant ses yeux. Il n'avait pas eu d'attaque si grave depuis plus d'un an.

Ça lui apprendra, considéra-t-il alors que la douleur s'intensifiait. S'il avait fait plus d'efforts dans ses recherches, il aurait pu y remédier en ce moment-même. Enfin, il tirerait la leçon de ses erreurs. Demain il commencerait à travailler pour de bon. Il pourrait même laisser Granger l'aider, comme il savait qu'elle le voulait. Le frisson suivant était bien plus qu'une convulsion, et il réalisa qu'il passerait en réalité le lendemain allongé discrètement dans une pièce sombre, à moins qu'il ne réussisse à faire rapidement quelque chose à propos de son état.

Un autre spasme convulsif le secoua, assez fort pour qu'il heurte douloureusement sa tête contre le sol de pierre, et il eut un frisson nerveux dans le dos. Une attaque aussi grave pourrait l'immobiliser pour une semaine à moins qu'il n'obtienne de l'aide, mais… la cheminée était trop loin, il n'y avait pas de portraits dans cette pièce, et il n'y avait aucune chance pour qu'il soit capable d'invoquer un Patronus dans cet état. Cela limitait sévèrement ses options.

En fait, il put seulement penser à une seule source possible d'aide, qui n'était probablement pas à portée de voix de toute façon.

« Pattenrond… » Siffla-t-il faiblement, en essayant de soulever sa tête. C'était en réalité un nom sacrément stupide pour un chat, quand on y pensait. « Toi, la miteuse boule de poils… Est-ce que tu rôdes encore furtivement ici… ? » Oh, Merlin, cela faisait mal. « …Pattenrond ? »


Hermione était un peu surprise de son attitude détachée alors qu'elle s'agenouillait auprès de son collègue. Elle n'était pas sûre qu'il soit conscient, mais les spasmes qui secouaient son corps rendaient évident ce qu'il lui arrivait. « Severus ? » Demanda-t-elle doucement. « Est-ce que vous pouvez m'entendre ? »

Ses paupières s'agitèrent. Il avait des cils étonnement longs pour un homme, nota-t-elle de façon objective, ou peut-être était-ce juste qu'ils se démarquaient d'une manière saisissante sur sa peau blême. Il cligna des yeux, de ses yeux injectés de sang et un peu hagards, la tête tournée vers elle. « Oui, Granger. » Répondit-il d'une voix enrouée en frissonnant.

« Bien. J'ai besoin que vous me disiez comment je dois vous soigner. Je ne sais pas ce que vous faites, d'habitude. »

« Potion. » Coassa-t-il. « La bleue… celle que je vous ai donnée. Le grand placard. L'étagère du haut. » Il mangeait un peu ses mots, mais il semblait conscient de son environnement, ce qui était un soulagement. Elle ne pouvait pas vraiment s'imaginer en train de traiter son attaque avec un résultat immédiat, car elle ne savait même pas par où commencer. Rapportant la bouteille, elle le tint pour qu'il puisse la voir, et il acquiesça.

« Combien ? »

« Tout. » Grinça-t-il. Etant donné les petites doses qu'il lui avait dit de prendre, cela semblait beaucoup, mais elle n'essaya pas d'argumenter. Débouchant la bouteille, elle glissa un bras sous ses épaules et l'aida à lever sa tête, en inclinant la bouteille sur ses lèvres. Il vida presque le tout, mais un autre spasme le secoua et le reste se répandit sur ses vêtements. Après quelques minutes, les convulsions ralentirent et parurent moins sévères, mais elle pouvait dire d'après sa respiration qu'il souffrait toujours.

« Et maintenant ? »

« La baignoire. De l'eau froide. Ne me lévitez pas. » Ajouta-t-il alors qu'elle cherchait sa baguette magique. Perplexe, Hermione la remit dans la poche de sa robe et commença à essayer de monter son bras sur ses épaules, en s'arc-boutant pour tenter de l'aider à se tenir debout.

« Vous ne vous sentiriez pas mieux avec de l'eau chaude ? »

« Si. Mais ça n'aiderait pas. » Il grogna d'effort et tituba plus ou moins debout, en s'appuyant lourdement sur elle. « Du froid pour arrêter ça. Puis du chaud plus tard. »

Il lui sembla qu'un très long moment se passa avant qu'ils n'atteignent la salle de bain. Hermione constata que Pattenrond les avait devancés. Elle n'avait pas réalisé que le chat pouvait tourner les robinets, mais l'énorme baignoire était déjà à moitié pleine. Severus haleta, et elle aurait pu penser que c'était un rire à première vue, avant qu'il ne siffle de douleur et ne trébuche. Elle se rattrapa à peine au mur.

« Essayez de ne pas refaire ça. » Lui dit-elle. « Vous êtes trop grand pour moi pour que je vous rattrape. » Il l'ignora, s'effondrant par terre et frissonnant. Une fois que la baignoire fut pleine, Pattenrond donna des coups de pattes au robinet et le ferma avant de la regarder, dans l'expectative. Hermione baissa les yeux sur l'homme à demi-conscient et se sentit contrariée quand elle commença à rougir. « Euh, Severus… ? »

« Quoi ? »

« Le bain est prêt. Mais… vos vêtements… »

Il marmonna quelque chose qui ressemblait à une injure : « Maudits Griffondors », avant de la regarder du mieux qu'il pouvait. « Les chaussures et le manteau. Le reste… n'est pas important. »

Ok. Elle pouvait y arriver. C'était stupide de se tracasser pour ça, vraiment, mais rien dans sa vie jusqu'ici ne l'avait préparé à l'expérience surréaliste de déshabiller partiellement son ancien professeur de Potions. Une fois qu'il eut vidé ses poches et qu'il fut en pantalon et chemise, et après une autre convulsion particulièrement méchante qui la conduisit à éviter de justesse d'être touchée au visage, il rampa à moitié dans la baignoire en contrebas et tomba pratiquement dedans, avec un halètement pour la fraîcheur. « Que dois-je faire d'autre ? » Demanda-t-elle, incertaine. Il avait fermé ses yeux, sa tête reposée sur le bord de la baignoire.

« Essayer de ne pas… me laisser me noyer. » Répondit-il dans une faible tentative de sarcasme.

« Est-ce que je dois aller chercher Poppy ? »

« Non. » La troublante véhémence de la réponse était sans ambiguïté. Soupirant, elle n'argumenta pas, mais s'installa au coin de la baignoire en restant assez proche afin d'empoigner ses cheveux ou autre chose s'il coulait.

« Combien de temps ça va prendre ? »

« Sais pas. » Il ouvrit un œil, la regarda, puis le referma. « V-vous deviez être autre part ? »

« Aussi déprimante qu'est ma vie sociale, Severus, il est possible que je puisse penser à faire des choses plus intéressantes. » Répondit-elle ironiquement, en l'étudiant. Le froid semblait fonctionner : ça le faisait frissonner de façon incontrôlable, mais il ne paraissait pas trembler beaucoup. « Pourquoi m'avez-vous empêchée de vous léviter ? » Interrogea-t-elle avec curiosité, en se disant que s'il parlait, c'est qu'il était toujours conscient.

« Ai pensé que ce serait amusant de… faire en sorte que vous me p-portiez. »

« Vous ne pouvez pas mentir correctement quand vous êtes dans cet état. »

« La Lévitation… empirerait la chose. Sais pas pourquoi. Q-quelques fois appris à la dure. Poppy avait pour habitude de m'aider à me s-soigner. »

« Alors pourquoi est-ce que vous ne me laisserez pas l'appeler maintenant ? Elle doit en savoir plus que moi sur le sujet. »

« Non. Elle connaît… Les effets secondaires directs de la m-malédiction. Et non pas ce que c'est. Au temps où cela co-commença, j'étais… l'ennemi. Personne d'autre ne sait. » Ses paroles s'étaient adoucies, elles étaient moins inarticulées et décousues, bien que le froid le fasse claquer des dents. « C'est pourquoi je vous ai a-appelée. Vous le saviez déjà. Je ne ferai plus d'autre erreur. »

« Et Pattenrond était dans vos appartements. »

« Aussi. » Acquiesça-t-il, en frissonnant.

« Est-ce que ça s'atténue ? »

« Oui. » Il souffla doucement. « Les t-tremblements sont en train de disparaître. »

« Qu'est-ce je ferai quand ils cesseront complètement ? »

« Réchauffez l'eau lentement, j-juste en-dessous de la chaleur humaine. Cela aide contre la d-douleur. »

« Une potion anti-douleur n'aiderait pas ? »

« Non. Enfin, elle diminuerait la d-douleur, mais elle réagirait également avec la potion que j'ai déjà prise et ça me ferait énormemement mal. » Il sourit faiblement. « J'ai aussi appris cela à la dure. »

« Comment faisiez-vous tout ça quand vous étiez seul ? »

« Je ne le faisais pas. » Répondit-il laconiquement. « Vous avez vu la salle de bain dans la caravane. Je r-restais généralement là où je m'é-écroulais, jusqu'à ce que les effets diminuent assez pour que je sois capable de me t-tenir debout sous la douche. Ça prenait des jours, parfois. »

« Mon Dieu, Severus. » Elle secoua la tête et arrêta de poser des questions. Elle avait le sentiment qu'elle n'aimerait aucune des réponses. Qu'importe les raisons pour lesquelles il était si honnête avec elle, elle souhaitait quelquefois qu'il ne le soit pas. Après un certain temps, il semblait avoir cessé de trembler et frissonnait seulement. Elle commença lentement à réchauffer l'eau, et les frissonnements cessèrent progressivement dans le même temps. Son visage se relaxa. « C'est mieux ? » Demanda-t-elle doucement.

« Oui. » Soupira-t-il. Après un moment, il ajouta calmement : « Mes excuses pour avoir interrompu votre soirée. »

« Vous pouvez être exaspérant de temps en temps, et vous êtes toujours un con désobligeant, mais vous êtes mon ami et je ne suis pas prête à vous laisser dans la douleur. » Lui dit-elle pragmatiquement. « Même si vous le méritez. »

Il soupira en riant silencieusement, ses lèvres tressautèrent, mais il ne répondit pas. Après un certain temps, il souleva sa tête et se redressa avec précaution. « Assez. Je vais m'endormir et couler si je ne bouge pas sous peu. » Il semblait avoir assez récupéré pour se déplacer sans l'aide de personne, et il se traîna hors de la baignoire. Hermione se sentait fatiguée à présent – elle fut très surprise car il était déjà deux heures du matin – et se limita à un sortilège de séchage avant de l'aider à boiter vers sa chambre, où il rampa sous les couvertures et s'effondra.

« Voulez-vous que je m'occupe de vos cours de demain ? »

« Non. » Marmonna-t-il d'une voix ensommeillée. « Je n'ai rien jusqu'à l'après-midi. J'irai très bien d'ici là. »

« Très bien. Je vais vous laisser prendre un peu de sommeil. »

Elle était presque sortie quand il l'appela doucement : « Hermione ? »

« Oui ? »

« Merci. »

« De rien, Severus. »


Ce n'est que lorsqu'elle fut lovée dans son propre lit, Pattenrond ronronnant à côté d'elle, et qu'elle fut juste sur le point de s'endormir qu'Hermione réalisa quelque chose. Quand Severus était sortit de la baignoire, de l'eau ruisselant sur lui, ce qui rendait ses vêtements collant et ce qui collait également ses cheveux à son visage… Elle réalisa à ce moment-là qu'il était en fait extrêmement bien pour son âge. Pas mal pour tous les âges, en réalité.

J'ai vraiment besoin d'une vie sociale.


En dépit de sa décision « d'éviter de transformer tout ça en tragédie », la première chose qu'Hermione lui dit quand elle le vit le soir suivant fut : « Vous allez bien ? » et dès qu'elle l'eut dit, elle se sentit stupide.

Il parut plus amusé qu'autre chose, sans doute parce qu'il avait vu une sorte d'irritation sur son visage. « Oui. » Répondit-il évasivement. « En fait, la nuit dernière fut… utile. »

« Comment ça ? »

« Vous parler alors que j'avais une attaque m'a fait davantage prêter attention aux symptômes. Je sais de quelle sorte de potion de soin j'ai besoin maintenant – ou, plutôt, quelles potions existantes je dois combiner. »

« Ne pouvez-vous pas simplement en prendre de différents types ? »

« Que diable vous a appris Horace pour vos ASPIC ? » Marmonna-t-il. « Mon programme de dernière année était dédié pendant un trimestre entier seulement aux potions de soin. Non, je ne peux pas. Elles réagiraient entre elles, les rendant inefficaces au mieux, toxiques au pire. »

« Alors comment les combinez-vous ? »

« Lentement. » Répondit-il sarcastiquement. « Cela implique de décomposer chaque potion par composant et d'isoler les ingrédients actifs dont on a besoin, de se débarrasser de ceux qui ne sont pas nécessaires, puis d'essayer des combinaisons possibles en ajoutant des ingrédients ou des procédés supplémentaires si besoin. Une fois que cela est fait, le reste de la procédure résulte plus ou moins de tests et d'erreurs. Ça prend énormément de temps pour achever une combinaison fiable, ce pourquoi tant de traitements se fient à des potions génériques plutôt qu'à des remèdes à l'action plus spécifiquement ciblée. »

« Et donc, quelles potions avez-vous besoin de combiner pour traiter… ce que vous avez ? »

« Un tonique nerveux standard, une potion plus spécifique qui facilite la régénération de myéline, et un anti-inflammatoire. »

Ca représentait vraiment une quantité astronomique de travail, et elle savait que ce serait au-delà de ses capacités – aussi agaçant que c'était de l'admettre, même seulement à elle-même. Elle ne voulait certainement pas le lui confier. « Une potion de régénération de myéline ? Je n'ai jamais entendu parler de quelque chose de cette sorte. »

« Vous ne l'avez pas fait, » Répondit-il sarcastiquement, « parce ça n'existe pas. C'est l'une des raisons pour lesquelles cela va prendre du temps. »

« Vous allez inventer une potion et la combiner avec deux autres. Et bien, je suppose que c'est le genre de choses qui vous a permis d'obtenir votre maîtrise. » Marmonna-t-elle. « Vais-je être capable d'aider au moins un peu ? »

« Je ne sais pas. » Répondit Severus avec franchise. « Vous n'avez pas le – l'instinct pour la fabrication des potions. »

« Merci. » Répondit-elle catégoriquement.

Il soupira. « Ce n'était pas une insulte, simplement la vérité. Je suis content de ne pas vous avoir enseigné pendant vos ASPIC – aucun d'entre nous n'aurait apprécié l'expérience. Vous trouviez la matière plus difficile avec Horace, vous auriez bien plus lutté si j'avais été alors votre professeur. Vous avez obtenu d'excellentes notes à vos BUSES uniquement parce que vous possédez une excellente mémoire et l'habilité à suivre des instructions à la lettre, mais vous n'avez jamais eu… la profonde compréhension du pourquoi et du comment pour une chose particulière qui fonctionnait, la spontanéité nécessaire pour créer quelque chose de différent. » Il la regarda. « C'est l'une des raisons pour lesquelles je notais vos travaux si sévèrement et que j'essayais de vous empêcher de répondre aux questions en cours. »

« Je ne comprends pas. »

« J'essayais de vous faire réfléchir. Si tout ce que je voulais était une réponse régurgitée directement du livre, j'aurais pu demander à n'importe qui. Même les vrais imbéciles pourraient lire et répéter, la plupart du temps au moins. Vous étiez l'étudiante la plus brillante de la classe, sans aucune compétition – vous auriez dû les laisser dans la poussière, et au lieu de cela vous me nourrissiez avec les mêmes réponses qu'eux. » Il gloussa doucement en secouant la tête. « Avez-vous idée d'à quel point c'était frustrant ? Pour la première fois en des années j'avais une étudiante dotée d'une réelle intelligence, et vous ne l'utilisiez pas. »

« Avez-vous idée du nombre d'heures que je passais sur ces foutus essais ? » Dit-elle hargneusement.

« Des heures à la bibliothèque en cherchant ce que d'autres avaient déjà découvert. » Claqua-t-il en retour. « Et à me donner des recherches d'autres personnes, qui la moitié du temps seulement avaient un rapport avec le sujet original. Si vous aviez dépensé moins de temps à mémoriser votre livre et plus de temps à essayer de comprendre les principes mis en œuvre – si vous aviez été capable de me donner quelque chose d'original, même si c'était faux – j'aurais été bien plus impressionné. »

« Rien de ce que j'aurais fait ne vous aurait impressionné. »

« Vous n'avez pas idée de l'énormité de votre erreur. » Répondit-il calmement. « Je suis professeur depuis que j'ai vingt ans. Pendant tout ce temps, j'ai eu moins d'une demi-douzaine d'étudiants dotés d'une réelle et sincère aptitude pour ma matière. C'est incroyablement décourageant d'avoir à lutter et à se battre pour préparer un cours pour les examens, en sachant qu'en réalité ils n'achèveront jamais rien de plus que le passage du diplôme. Aucun de mes étudiants n'a jamais été au niveau de la maîtrise. La plupart d'entre eux n'en étaient pas capables, et le peu d'entre eux qui auraient vraiment pu faire quelque chose d'extraordinaire n'étaient pas intéressés. »

« J'étais intéressée ! » Protesta-t-elle, moins en colère maintenant face à son humeur plus nostalgique. « J'appréciais les Potions – j'aurais encore plus apprécié ça si vous n'aviez pas été un tel bâtard envers mes amis et moi. »

« Vous savez pourquoi j'étais ainsi. »

« Oui, en grande partie. Mais parfois, Severus, vous étiez tout bonnement… cruel. Sans aucune raison. »

Il commença à protester, puis ferma sa bouche avec un claquement audible de la langue. « Vous faites référence à la fois où Malfoy a jeté un sort à vos dents. »

« Pas seulement, mais c'était certainement l'occasion la plus mémorable. » Répondit-elle calmement, un peu surprise qu'il s'en soit rappelé. « Je ne vous ai jamais beaucoup apprécié, Severus, mais je vous respectais, et je ne vous ai jamais détesté – jusqu'à ce que vous me disiez ça. »

Il y eut un long silence. Severus évita ses yeux, et soupira finalement, en pinçant l'arrête de son nez avec lassitude. « Je ne vous blâme pas. C'était cruel, vicieux et injustifié, et je vous assure que j'ai regretté de vous l'avoir dit – pas que j'espère que cela vous réconforte. Je suis sincèrement désolé. »

« Ce n'était même pas ce que vous avez dit qui m'a fait de la peine, pas vraiment, » Répondit-elle plus doucement, en s'apaisant un peu devant l'excuse inattendue. « Je n'ai juste pas compris pourquoi vous vouliez me dire quelque chose simplement pour me blesser. Vous n'avez jamais été aussi haineux même envers Harry, et encore moins envers quelqu'un d'autre. »

« Vous avez raison. » Répondit-il calmement. « C'était inexcusable. »

« Pourquoi avez-vous dit cela ? »

« Pas parce que je le pensais. J'étais difficilement en position de me moquer des dents de n'importe qui d'autre, n'est-ce pas ? Je ne le suis toujours pas, d'ailleurs. Honnêtement, ce n'était pas du tout par rapport à vous. Je ne suis pas sûr que cela rende la chose plus acceptable ou pas. J'étais… C'était juste quelques jours après que le nom de Potter ne soit sortit de la Coupe. Dumbledore et moi étions les seuls qui savions ce que cela signifiait. La Marque avait commencé à noircir. Je savais qu'il reviendrait, et ce que cela voulait dire. Cette leçon… Je revenais juste à ce moment d'une autre réunion inutile avec Dumbledore. J'étais dégoûté de ses platitudes vides et de ses tentatives pour me redonner le moral et me rassurer, comme s'il le pouvait. Je n'avais absolument aucune patience pour vos histoires puériles, des disputes insignifiantes alors que le monde aurait pu littéralement arriver à sa fin, et je me suis déchaîné avec le plus haineux des commentaires auquel je pouvais penser, à destination de la première cible disponible. Malheureusement, c'est vous qui avez payé le prix de ma colère à cette occasion. Vous n'étiez pas la première ni la dernière. »

Hermione se sentit très stupide. Elle avait été obsédée si longtemps par cet incident, et pas une fois la date de l'évènement ne lui avait traversé l'esprit. Elle avait juste assumé le fait que c'était personnel. « Oh. » Répondit-elle d'une petite voix. « Je ne sais pas pourquoi je n'ai pas pensé à ça. »

« Parce que j'avait été si souvent un pur bâtard que j'avais à peine besoin d'une raison pour être méchant. » Affirma-t-il calmement. Elle voulait démentir cela et lui dire qu'il ne l'avait pas été, mais elle ne pouvait pas s'obliger à dire ça. Il avait été méchant.

Un bref et fragile demi-sourire traversa son visage. Elle suspecta que c'était parce qu'il était content qu'elle n'ait pas essayé de lui mentir. « Il semblerait que nous nous soyons éloignés bien loin du sujet originel. » Observa-t-il. « Si j'avait été moins… moins fidèle à moi-même, en étant honnête… Et si je m'étais comporté mieux avec vous, ça n'aurait pas fait de vous un prodige des Potions. La matière n'était pas faite pour vous. Ça m'a prit du temps pour l'accepter, mais je m'y suis finalement fait. Vos véritables intérêts se posent sur autre chose. Se prendre d'affection pour la matière n'est pas assez. »

« Je suppose que vous avez raison. » Acquiesça-t-elle. A présent qu'ils étaient tous les deux apaisés, elle savait qu'il avait raison – elle n'avait jamais vraiment envisagé de passer le restant de sa vie à travailler sur des potions. « Donc, pour en revenir à ma question de départ – serai-je capable de vous aider ? »

« Si vous souhaitez toujours le faire, oui. Probablement pas avec l'analyse et la spéculation, mais certainement avec le travail prosaïque inhérent, et peut-être avec la préparation de la potion finale une fois que je saurai comment la faire. Ce ne sera pas intéressant. » La prévint-il.

« Ce n'est pas ce pourquoi je le fais. » Répondit-elle, et il la regarda brusquement avant de trouver autre chose à examiner autre part, ses doigts tremblant nerveusement.

« J'ai l'intention de commencer ce week-end. » Dit-il finalement. « C'est un week-end de sortie à Pré-au-Lard, les étudiants seront donc hors du chemin, et je devrais m'être rattrapé sur mes travaux écrits d'ici là. »

Elle entendit la question inexprimée – je deviens meilleure dans le déchiffrement du langage-de-Severus – et y répondit. « Je suis libre tout le week-end. »

« Très bien. Et ça ne prendra pas autant de temps que vous le pensez – j'espère avoir quelque chose de concret aux environs de Pâques. »

« Seulement moins de deux mois, pour faire tout ça ? »

« Les potions de soin sont rapides à confectionner – ce n'est pas comme le Polynectar qui doit reposer un mois. Et comme vous l'avez dit, c'est l'une des raisons pour laquelle j'ai atteint ma maîtrise. » Répondit-il avec une minuscule ombre de sourire en coin.


Ce samedi, Hermione entra dans les appartements de l'homme (le mot de passe actuel était « Iscariote » elle se demandait combien de mots de passe ayant un rapport avec la trahison et le double espionnage il pouvait inventer) et suivit la lointaine musique jusqu'à son laboratoire. Meat Loaf, aujourd'hui, ce qui la fit sourire tandis qu'elle fredonnait l'air. En entrant dans le laboratoire, elle cessa brusquement de fredonner et le fixa. « Mon Dieu, Severus. »

« Bonjour à vous également. » Répondit-il vaguement, sans lever le regard. Il était en train de griffonner des notes sur un bout de papier. Le banc sur lequel il travaillait était littéralement recouvert de douzaines d'épaisses feuilles, remplies d'une écriture très serrée. Ce qu'il semblait être la moitié d'une forêt s'étalait autour de lui.

Parmi la demi-douzaine de questions qui se présentèrent à son esprit, celle qu'elle eut sur la langue fut : « Pourquoi utilisez-vous du papier moldu et pas du parchemin ? »

« C'est moins cher. » Répondit-il d'une façon absente. « Et le stylobille ne se répand pas et ne goutte pas. »

« Et vous ne pouvez pas mâcher une plume aussi facilement qu'un stylo ? » Suggéra-t-elle d'un ton acerbe, en regardant d'un œil critique son stylo, qui témoignait de nettes marques de dents.

Il grogna doucement en retour, complètement obstiné. « C'est vrai. »

Curieuse, elle examina quelques unes des feuilles proches. Une partie de son travail ressemblait à des calculs d'Arithmancie. D'autres parties paraissaient être des équations chimiques moldues. Le reste était des notes écrites. Des cercles et des lignes reliaient divers parties de la page à d'autres, et il y avait beaucoup de ratures. « Ce doit être ce à quoi ressemble le Chaos. »

« Ne me demandez pas de vous expliquer. Même moi je n'y comprends pas encore tout. C'est l'équivalent écrit d'une réflexion à voix haute. »

« Que voulez-vous que je fasse ? »

Il désigna vaguement son ordinateur portable. « Cherchez les méthodes de traitement de la sclérose en plaques ou d'autres lésions neurologiques. Le bêta-seron est le traitement le plus commun que j'ai trouvé, mais il n'a pas d'équivalent magique, donc j'ai besoin d'une alternative. Essayez d'apprendre exactement comment ils traitent la dégénération de myéline. Et ne touchez pas à la musique. »

« Oui, Monsieur. » Marmonna-t-elle, en réprimant un sourire alors qu'il la regardait d'un air renfrogné.


Travailler au laboratoire était étonnement paisible, décida-t-elle un peu plus tard. Severus ne se parlait pas à lui-même constamment comme le faisait Ron quand il tentait de trouver une solution, il ne soufflait pas non plus, ni ne soupirait, comme le faisait Harry. A part le grattement de son stylo, il était presque complètement silencieux. C'était agréable de travailler avec quelqu'un d'autre qui s'y mettait sérieusement.

Cela exigea d'elle cependant tout son self-control pour ne pas qu'elle réagisse lorsqu'il commença à fredonner en accord avec la musique. Un regard surpris lui indiqua qu'il n'était pas conscient de ce qu'il faisait, et elle présuma qu'il serait furieux si elle attirait son attention dessus. C'était… Et bien, pour n'importe qui d'autre, elle aurait dit que c'était adorable, mais ce mot ne correspondait tellement pas à Severus Rogue. Réprimant un sourire, elle garda son attention focalisée sur le clavier, bien qu'elle ne pouvait pas vraiment s'empêcher de se demander quel pouvait être le son de sa voix quand il chantait.


Il avait raison, ça ne prit pas autant de temps que ce qu'elle avait imaginé, bien qu'elle ignorât sa nature plutôt obsessive. Il avait travaillé au moindre moment disponible, y compris bien tard la nuit presque chaque soir, et en de quelques occasions, il avait travaillé directement du début de soirée jusqu'à son premier cours du matin suivant. Ses contributions, une fois que les vraies analyses et préparations commencèrent, avaient essentiellement consisté à lui rappeler de s'arrêter assez de temps pour manger, à lui prodiguer du papier neuf et à agir telle une caisse de résonance durant les séances très tardives quand sa concentration vacillait et qu'il avait besoin d'exprimer ses pensées à voix haute.

La potion de myéline avait été assez simple à fabriquer. Severus avait expliqué qu'il n'était pas en train d'essayer de créer une potion complète, mais seulement un composé qui agirait dans la potion à trois effets qu'il allait éventuellement utiliser pour son traitement. Cela ne nécessitait pas vraiment de travail, il fallait seulement montrer que cela fonctionnerait quand le produit fini serait prêt. Il ne pouvait pas expliquer comment il sut qu'il y était arrivé, à la quatrième tentative de création. Il l'avait apparemment juste ressentit lorsque tout s'assembla. Hermione supposa qu'il avait été capable de sentir la magie latente de la mixture et qu'il avait pu dire alors que c'était correctement ordonné, mais elle ne savait pas si c'était de l'habileté magique, de l'instinct ou de la simple expérience.

Ajouter l'anti-inflammatoire avait également été simple. Il n'avait pas créé une potion séparée pour cela, finalement. Il n'en avait pas eu besoin. Avec quelques ingrédients clés ajoutés à la potion de myéline, on obtenait le même effet, lui assura-t-il. Le tonique nerveux se révélait être plus problématique – pour éviter qu'il réagisse avec les autres potions, plusieurs ingrédients principaux devaient être supprimés, ce qui la rendrait inefficace. La seule solution était soit de trouver des substituts adéquats pour ces ingrédients, soit de trouver un procédé qui stabiliserait le mélange. Ajouter un stabilisateur externe diminuerait l'effet de la potion et baisserait sensiblement la probabilité qu'elle fonctionne. Severus n'avait pas été content de découvrir cela.

« Severus ? »

« Oui ? »

« J'étais en train de réfléchir aux différentes propriétés que vous essayez d'incorporer dans cette potion. »

« Qu'y a-t-il ? » Demanda-t-il distraitement.

« Il n'y a pas d'analgésique dedans. Pas d'antidouleur. »

« Je le sais. »

« Pourquoi ? Le tonique nerveux était conçu pour fonctionner conjointement avec des analgésiques. Pourquoi les omettre ? »

« Parce que la combinaison du tonique et de l'antidouleur fonctionne temporairement en étouffant la nervosité, en contenant presque le système nerveux à un état de stase pendant que le tonique agit. C'est bon avec un Guérisseur expérimenté qui se tient prêt, qui exécute des charmes de diagnostiques et homéostatiques pour tout garder en état de fonctionnement. Ça n'ira pas pour ce cas-là. Je dois pouvoir être capable de dire que c'est efficace, et les nerfs doivent travailler ou bien la nouvelle myéline sera rejetée – un peu comme pour une greffe d'organe. »

Hermione grimaça. « Alors vous allez boire quelque chose qui va fondamentalement détruire tous vos nerfs à vif. Sans antidouleur. »

« Oui. » Répondit-il calmement. « C'est pourquoi je persévère. Si je peux arriver à l'obtenir pour Pacques, je peux la prendre au début des vacances, et avoir deux semaines pour récupérer. Autrement ça devra attendre l'été. Je doute que je serai en forme pour enseigner immédiatement après ça. »

« N'y a-t-il pas quelque chose que vous pouvez ajouter pour aider ? » Demanda-t-elle.

« Non, malheureusement. Quelque chose qui serait assez fort pour être d'une véritable utilité empêcherait la potion d'agir correctement, si ça ne me rend pas simplement malade. Quelque chose de moins puissant serait inutile – aussi inutile que de prendre de l'aspirine contre un Doloris. »

Une métaphore déprimante et juste, soupçonna-t-elle. Cette potion allait lui faire éprouver les mêmes sensations que le Doloris. « Combien de temps ça va prendre pour qu'elle fonctionne ? »

« Je ne sais pas. Pas si longtemps que ça. Des impulsions nerveuses prennent quelques millisecondes pour se propager. Réparer les nerfs est beaucoup plus complexe, naturellement, mais ça ne devrait pas être très long. Une heure ou deux, au maximum, j'espère. »

« Bon Dieu, Severus, autant de temps ? Ça vous tuera avant que vos nerfs ne soient réparés ! »

Il leva le regard de ses notes et lui adressa un sombre et fragile demi-sourire. « Si tel est votre souhait. » Dit-il, si doucement qu'elle pu à peine l'entendre.

« Je ne comprends pas… »

« J'ai un seuil de douleur encaissable extrêmement élevé, Hermione. Je vous assure, j'ai survécu à bien pire qu'une heure ou deux de douleur neurologique. »

Elle avala sa salive et ferma solidement la porte à son imagination, puis elle rétorqua : « Ça ne veut pas dire que vous devez encore la supporter. Il doit y avoir un autre moyen. »

Il leva un sourcil. « Si vous connaissez une façon de manipuler et réparer des nerfs endommagés sans les stimuler, alors éclairez-moi. »

« Il n'y en a pas, et vous le savez. » Répondit-elle d'un air renfrogné. « Mais il doit y avoir un moyen de vous empêcher de ressentir cette stimulation. » Elle mordit sa lèvre, son esprit s'emballant. « Est-ce que la potion ferait effet si vous étiez inconscient ? »

Il était assez courtois pour considérer au moins la question avant de secouer la tête. « On arriverait à rien avec un sédatif, et un vrai anesthésique réagirait assez pour sérieusement perturber beaucoup de processus physiologiques. Mes compétences de Guérisseur sont surtout limitées aux blessures. Je ne peux pas neutraliser quelque chose comme ça. »

Moi non plus, réfléchit-elle. Elle ne songea pas à évoquer le fait de recruter un Guérisseur. Le seul en qui Severus aurait rien qu'un peu confiance était Madame Pomfresh, et s'il avait voulu qu'elle soit impliquée, il aurait déjà fait le nécessaire. « Je pourrais vous Stupéfixer après que vous l'ayez bu. » Suggéra-t-elle, à demi-sérieuse.

« C'est la meilleure proposition que j'ai eue depuis des années. » Marmonna-t-il, et elle le fixa. Elle ne pensait pas qu'il allait lui signifier avoir entendu sa proposition. Plus fort, il continua : « J'apprécie votre sensibilité, mais je ne pense pas que cela fonctionnerait. »

Hermione poussa le commentaire à moitié soupiré dans un coin de sa tête pour y réfléchir plus tard et se focalisa sur la conversation. « Je suppose que non. Y a-t-il un compromis, un moyen de réduire la stimulation, pour qu'au moins ça ne soit pas aussi douloureux ? »

« Probablement, mais ça serait très compliqué d'y parvenir, et pour être honnête ça ne ferait qu'une petite différence. Une fois que la douleur atteint un certain niveau, elle devient globale, et le degré précis de douleur cesse d'être pertinent. » Elle ouvrit sa bouche pour argumenter et il lui adressa un regard perçant. « Soyez assurée que je sais de quoi je parle. »

Elle se calma à contrecœur. « Bien. » Elle réfléchit à la question et fronça les sourcils. « Et à propos des anesthésiants moldus ? »

« C'est une bonne idée en théorie. Dans la réalité, je n'en sais pas assez à propos de ceux-là pour prédire comment ils influeraient sur la potion, et je n'ai pas non plus la moindre idée de comment en obtenir. A moins que vous ayez de l'expérience dans le cambriolage d'hôpitaux, ou de réserves de potions ? »

« Non, je… » Réalisant ce qu'il venait de dire, elle s'arrêta de parler brusquement et lui lança un regard furieux. Il lui adressa un sourire en coin, et elle demanda, exaspérée : « Etes-vous au courant de tout ce que j'ai fait de mal pendant ma scolarité ? »

« J'en doute, mais j'en connais certainement la plus grande partie. » Répondit-il, suffisant. « Votre agression sur Malfoy pendant votre troisième année était inspirée, au fait. Il aurait bloqué un sort, mais jamais il n'aurait anticipé votre coup de poing dans le nez. »

« Mais comment diable savez-vous tout cela ? »

Il sourit, ôta ses lunettes de lecture et les nettoya d'un air absent avec la manche de sa robe laissée de côté. « J'ai deviné que ça devait être vous qui aviez cambriolé la réserve, simplement parce que ni Potter ni Weasley n'étaient assez discrets pour réussir à le faire… »

« Comment saviez-vous que c'était nous en premier lieu ? »

Le sourire devint un petit sourire satisfait, et il gloussa légèrement. « Vraiment, Professeur Granger, utilisez votre tête. Qui prépara un antidote pour votre accident de Polynectar, à votre avis ? Les effets n'étaient pas faciles à inverser, et si je n'avais pas été là vous auriez passé un long moment avec des moustaches. Tout comme pour votre agression sur Malfoy, je l'ai vu. Je passais devant une fenêtre du second étage à ce moment-là. »

« Et vous ne m'avez pas punie pour avoir agressé un Serpentard ? »

Sou sourire s'élargit. « Je me suis tout juste contenu de vous applaudir. » Répondit-il, apparemment sincère. « Drago était un môme pourri gâté. J'ai passé des années à souhaiter pouvoir lui tirer les oreilles. »

Surprise par les mots ainsi que par le sentiment, elle réprima un petit rire. « Vous savez, ce sont des phrases comme ça qui me font soudainement me rappeler que vous êtes du Nord. »

Il la regarda sans expression sur le visage, son sourire se fanant. Juste au moment où elle devenait effrayée par le fait qu'elle avait pu l'offenser, il dit alors d'une façon distante et avec un visage dur : « Ah ouais ? Un blème ave les gens du Nord, ptêtre bin ? » *

« Mon Dieu. » S'étouffa-t-elle, en le fixant dans une sorte d'horreur. « Qu'est-ce que c'était que ça ? »

Il gloussa rapidement et répondit de sa voix normale. « Ça, c'était comment j'aurais dû parler, si ma mère n'y avait pas prêté attention. C'était l'accent local, et l'accent qu'avait mon père. D'ailleurs, c'est aussi l'accent qu'a 'Tobias Prince', puisqu'il assure un camouflage efficace. »

« C'est… horrible. »

« C'est très sudiste de dire ça. » Observa-t-il, un sourcil se relevant.

« Je ne voulais pas dire ça. Je n'ai que faire des accents du nord. Mais dans votre voix… Ca sonne juste… faux. » Sa voix avait toujours été sa meilleure caractéristique, et ce doux et soyeux ronronnement n'allait simplement pas avec les voyelles rugueuses et les consonnes plus dures des dialectes du nord. Elle n'aurait pas pu être plus choquée si Pattenrond avait commencé à parler français. Il rit encore, et elle secoua la tête. « Je suis sérieuse. C'était diablement terrifiant. »

Severus grogna doucement. « Dans l'ensemble, je suis content que ma mère ait jugé bon de s'assurer que je ne grandisse pas avec cet accent. J'avais déjà assez de problèmes comme ça, sans ressembler à un figurant d'Emmerdale Farm**. »

« Ça se passe dans la Vallée du Yorkshire. Coronation Street*** serait sûrement plus approprié – vous êtes de Manchester, n'est-ce pas ? De quelque part au Lancashire, de toute manière… »

Il brandit une main d'une façon dédaigneuse. « Vous êtes originaire du sud, on semble tous parler avec le même accent pour vous. »

« Raciste. » Le réprimanda-t-elle, en remarquant ironiquement et sans surprise qu'il ne lui avait pas répondu, quant à ses origines.

« Quoi, nous sommes de races différentes maintenant ? »

« Oh, taisez-vous. Vous n'avez pas un Impardonnable-en-bouteille à fabriquer ? »

Il eut un petit sourire tandis qu'il se retournait vers ses notes. Hermione se surpris à sourire également. C'était agréable de voir un autre pan de son sens de l'humour, et elle était contente qu'il se sente manifestement assez à l'aise avec elle pour faire des blagues, même à ses dépends. Elle n'avait pas plaisanté, cependant : entendre sa magnifique voix soudainement déformée si violemment par l'imposant accent avait été une parfaite torture.


*Bien entendu, il est impossible de traduire un accent, quelque soit la langue (en tous cas personnellement, je ne sais pas le faire), et je ne connais pas du tout celui de Manchester. Alors j'ai juste fait un « mélange » d'accents français. (La phrase originale est : "Yeah? Got a problem wit' people from up North, 'ave yer?" si ça peut en amuser certains. ;)

**Emmerdale ou Emmerdale Farm est un soap opera britannique diffusé à la télé dans les années 70, il suit la vie des habitants du village fictif d'Emmerdale dans le Yorshire de l'Ouest.

***Coronation Street est un soap opera britannique diffusé à la télé dans les années 60, qui suit la vie des habitants d'une ville fictive qui prend pour modèle Salford, à Manchester. La classe ouvrière y est très représentée, et l'humour est très pince-sans-rire.

NOTE DE L'AUTEUR : Si vous regardez Blow Dry vous entendrez Alan Rickman avec un accent du nord. Il n'est pas mauvais.