POST TENEBRAS, LUX ("After Darkness, Light" ; Après l'Obscurité, la Lumière)

DISCLAIMER DE L'AUTEUR : Si les personnages m'appartenaient, croyez-moi, les choses se seraient terminées plutôt différemment. Je les ai juste emprunté pendant quelques temps ; Malheureusement, je vais devoir les rendre à la fin.

DISCLAIMER DE LA TRADUCTRICE : L'histoire ne m'appartient pas, elle est l'oeuvre magnifique de "LOTEN".

Chapitre 12

NOTE DE L'AUTEUR POUR CE CHAPITRE : Voilà ! Avec une intrigue plus complexe ! Je pense que vous allez aimer celui-là…


« La porte est verrouillée maintenant, mais elle s'ouvrira si tu es sincère
Si tu comprends le "moi", alors je comprendrai le "toi". »
– Metallica, 'The Unforgiven II'.


Début avril, une semaine seulement après les vacances, Hermione fut une fois encore réveillée aux aurores. Pas par Pattenrond cette fois, mais par une voix qui l'appelait. Elle ouvrit ses yeux pour voir des flammes vertes dans la cheminée, et entendit Severus l'appeler impatiemment à plusieurs reprises. Réprimant un bâillement, elle se glissa hors du lit et attrapa sa robe en frissonnant. « Je suis réveillée, je suis réveillée. Qu'y a-t-il ? »

« Je… Merlin, c'est à cause de l'heure ? Je suis désolé, cela aurait pu attendre le matin. »

« Bon, je suis réveillée maintenant – plus ou moins. Il s'est passé quelque chose ? »

« J'ai fini la potion. » Dit-il sans préambule.

« C'est bon ? Et elle fonctionnera ? »

« Oui. »

« Severus, c'est merveilleux ! Je serai en bas dans quelques minutes, je veux voir ça. »


La potion n'avait rien à voir avec ce à quoi elle s'était attendue. Il s'était basé sur le traitement existant pour choisir les premiers composants, qui étaient d'un bleu laiteux similaire. La potion complète avait bouillonné dans un état à moitié finie pendant des semaines, dans une teinte violet grisâtre. C'était à présent une potion claire, presque de couleur or, avec une nuance de vert, ressemblant bizarrement à l'éclat d'un soleil de printemps, tandis qu'il la tendait. « Je ne m'attendais pas à ce qu'elle soit de cette couleur. »

« Moi non plus. » Répondit-il, ayant l'air fatigué mais fier – à juste titre. Elle le regarda et lui sourit, et il devait être vraiment fatigué parce qu'il n'y avait rien de réservé dans son expression quand il lui sourit en retour. Cela le transformait complètement, et pendant un moment elle vit à travers le masque et les cicatrices l'homme qui se cachait dessous. Son propre sourire faiblit parce qu'elle avait vu cela, alors que ses yeux se rencontraient. C'était un étrange moment d'intimité, tous les deux mal à l'aise, sans l'être pourtant en même temps.

Ils clignèrent tous les deux des yeux et regardèrent ailleurs simultanément, et Hermione rapporta son attention sur l'innocente et scintillante potion dans sa main, se sentant curieusement déconcertée. « Projetez-vous toujours de la prendre au début des vacances ? »

« Oui. » S'il avait été touché par le moment qui venait juste de se passer, il ne le montra pas quand il continua : « Je… souhaitais en parler avec vous. Je ne sais pas du tout à quel point les effets seront graves… »

Cela lui prit un moment pour qu'elle comprenne ce qu'il disait réellement. « Voulez-vous que je sois là ? »

« Je souhaiterais qu'il n'y ait personne de présent, mais je sens que je pourrais avoir besoin de quelqu'un, seulement pour noter ce qu'il se passe – je serai difficilement dans une position objective. C'est également possible qu'il y ait un risque que je me blesse moi-même, à cause des convulsions ou d'autres choses. »

« Et bien, si vous faites une telle offre à une fille comme moi, Severus, je ne vois pas comment je pourrais refuser. » Lui dit-elle sarcastiquement, et ses lèvres se retroussèrent en un demi-sourire amusé qui ne dissimula en aucune manière la lueur de soulagement dans ses yeux – il avait pensé qu'elle dirait non. Même maintenant, il n'avait pas confiance dans cette étrange amitié qui existait entre eux.


En se rendant de nouveau à ses propres appartements, elle se trouva incapable de retourner dormir. Elle réfléchissait à ce qu'il venait juste de se passer. Assise à son bureau, elle commença à écrire une lettre à Luna. C'était sûrement très significatif que sa première impulsion dès qu'il avait achevé la potion ait été de le lui dire et de partager le triomphe. Mais quand elle essaya de décrire ce moment spontané lorsqu'il lui avait souri, Hermione hésita, et découvrit qu'elle ne voulait pas vraiment le raconter à quelqu'un, même à Luna. C'était trop privé, d'une certaine façon. Et elle n'était pas sûre de ce qu'elle éprouvait à propos de ça.

Cela ne l'avait pas rendu meilleur, ou quoi que ce soit d'autre sortant tout droit d'un mauvais roman sentimental. Severus semblait aller bien mieux qu'il ne l'était du tout où c'était son professeur, mais ça ne voulait pas dire grand-chose. Il ne serait jamais charmant. Mais elle sentait quelque chose en sa présence, un certain charisme qu'il imposait étrangement quand il n'était pas désagréable, et à cet instant où leurs yeux se rencontrèrent, son sourire avait adouci ses traits durs, abaissé temporairement ses défenses, et l'avait rendu moins distant, plus humain – et masculin. Ou peut-être qu'elle en avait simplement prit davantage conscience aujourd'hui.

Après un certain temps elle conclut lentement que c'était au moins partiellement parce que ce qui existait entre elle et Severus était de l'amitié adulte. Ses autres amis étaient des personnes qu'elle avait connues depuis l'enfance, et il y avait une certaine innocence dans leurs relations car à bien des égards elle les voyait toujours comme des enfants de onze ans et ils la voyaient de la même façon. L'amitié développée entre deux adultes était plus complexe et moins innocente, surtout puisqu'ils étaient de genres opposés. Techniquement, bien sûr, Severus devait d'abord la voir comme une gamine de onze ans broussailleuse aux dents proéminentes, mais elle n'avait pas cette impression. Il la traitait en tant qu'adulte et presque en tant qu'égal.

Le reste de cette étrange réponse pourrait être attribuée à de la pure biologie, se dit-elle tristement. Severus était un homme, et selon les standards du monde magique il n'était pas si vieux que ça. Il n'était pas non plus réellement laid, elle appréciait sa compagnie, et ça faisait un bon moment qu'elle n'avait pas été avec quelqu'un. Il était indubitable que cela expliquait également sa réaction à lui – car il avait réagi, elle s'en rappelait maintenant. Ses pupilles s'étaient un peu dilatées et quelque chose dansait dans leurs profondeurs avant qu'ils ne regardent tous les deux ailleurs.

Heureusement, c'était tout ce qu'il y avait. Autre chose serait affreusement compliqué et sans doute embarrassant, d'une façon unilatérale pour elle. Hormis ses absences de jugement par rapport à sa vague attraction pour Lockhart quand elle était adolescente, Hermione avait évité beaucoup de complications amoureuses jusqu'à maintenant. Pas de béguin non partagé, pas d'hommes désespérément inadéquats, et pas de relations désastreuses – sauf si elle comptait Ron, et après tout elle n'était pas sûre qu'il lui ait fait subir ça. Il n'avait pas été si mauvais que ça.

Cependant, elle n'avait pas eu d'histoires réussies non plus, réfléchit-elle. C'était très difficile pour elle de se trouver un point commun avec la plupart des hommes – pas nécessairement parce qu'elle était plus intelligente qu'eux, mais davantage car elle était plus intellectuelle. Jusqu'à ce qu'elle ait commencé à avoir des conversations régulières avec Severus, elle n'avait pas réalisé combien elle s'était sentie isolée, comme si vouloir discuter de quelque chose de complexe ou d'académique était en quelque sorte un crime.

« Je suis levée depuis trop longtemps, Pattenrond. D'une minute à l'autre je vais faire apparaître une glace et je vais chanter All By Myself* ou une autre chanson de ce genre. » Avertit-elle son chat, dont l'oreille tremblota en réponse, mais qui ne daigna même pas s'étirer. Elle scruta rapidement en souriant sa lettre pour Luna écrite à moitié, et après avoir réfléchit un instant, elle la lança dans le feu. Elle écrirait demain, quand elle serait plus certaine de ce qu'elle voulait dire.


La mi-avril était arrivée, et Hermione s'était retrouvée dans la chambre de Severus par un pluvieux matin de printemps. Elle avait dû argumenter pendant un long moment pour qu'il accepte cela. A l'origine, il avait prévu de prendre la potion par terre, dans le laboratoire, ce qui n'était pas l'endroit le plus confortable du monde. Il avait abandonné avec mauvaise grâce, en se renfrognant et en grommelant que la douleur ne serait pas moindre juste parce qu'il serait allongé sur un matelas. Il était retombé dans un silence obstiné quand elle avait souligné que bien que cela eut été vrai, il ne se blesserait pas lui-même s'il avait des convulsions sur un matelas, alors qu'il le ferait sans aucun doute s'il était sur un sol de pierres froides.

Sa chambre était aussi impersonnelle que le reste de ses appartements – encore plus, en fait. La seule trace de personnalité dans toute la chambre était la pile de livres de poche très abîmés sur la table de chevet. Ca aurait pu être une chambre d'hôtel, outre cela. Sa caravane donnait de meilleurs aperçus de sa personnalité.

Severus s'assit sur le bord du lit, en étudiant la petite fiole dans ses mains. Il ne semblait pas content, peut-être en partie parce qu'il se préparait à endurer une douleur atroce, mais aussi parce qu'il serait démuni pour une durée indéterminée. Hermione savait qu'il n'appréciait pas qu'elle soit là, à l'affut et trépidante. Elle Transfigura un fauteuil à côté du lit et s'y assit confortablement, et Pattenrond, curieux, se percha sur l'un des bras du fauteuil pour regarder. Il jeta un regard de travers à son audience et sourit avec mépris.

« Avez-vous besoin de quelque chose, Granger ? Un peu de popcorn, peut-être ? »

Reconnaissant le mépris caractérisant le « Severus sur la défensive » davantage que celui codant pour le « Severus acerbe », elle l'ignora et répondit calmement : « Ce n'est pas un jeu, et nous le savons tous les deux. Je serai là quand ce sera fini. »

Il se déroba de tout contact visuel, regardant par terre, et remua, mal à l'aise, avant de prendre une longue inspiration et de lever le flacon. « A votre santé. » Dit-il d'une voix atone, en fermant ses yeux et en engloutissant la potion aussi vite qu'il le pouvait.


Cela prit plus de temps que ce qu'avait calculé Severus. Oh, le vrai traitement semblait être fini au bout de deux heures, autant qu'elle put en juger, mais à ce moment-là il s'évanouit, et ne repris pas conscience avant l'après-midi. Ce qui était probablement tout aussi bien, considéra Hermione, car cela lui avait donné le temps à elle de se remettre de ses nausées, de sécher ses larmes et de se ressaisir d'une manière générale. Lorsqu'il ouvrit ses yeux, elle était en train de lire un des livres qui étaient posés à côté de son lit – une anthologie de poèmes, étonnement.

« Severus ! » Elle lâcha le livre et se pencha en avant, le regardant avec anxiété alors qu'il clignait des yeux et fixait son attention sur elle. « Est-ce que vous allez bien ? Ca a fonctionné ? »

« J'espère bien que oui. » Répondit-il d'une voix enrouée. « Je détesterais avoir subi ça pour rien. » Il frissonna en fermant les yeux. « Mon Dieu, j'avais oublié à quel point ça faisait mal. »

« Ca ne semble pas être le genre de choses qu'on peut oublier… »

« Je pensais, avant, que j'y avais simplement été habitué. Il semble que ça devait être des lésions nerveuses, et je ne les sentais simplement pas complètement. »

« Est-ce que ça fait toujours mal ? »

« Oh, oui.. » Répondit-il d'une voix creuse, les yeux fermés. « C'est pour cela que je sais que la potion fait effet. Les nerfs se régénèrent tous. Je vais avoir mal jusqu'à ce que plus aucun nerf ne soit sensible. »

Après un moment, elle versa avec précaution de l'eau de la cruche dans un verre proche du lit et le lui proposa. « Est-ce que vous pouvez vous assoir pour boire ? » Demanda-t-elle.

Pour toute réponse, il lutta douloureusement pour se mettre en position assise par pur fierté, têtu, refusant d'admettre combien il souffrait, et prit le verre, le buvant lentement à petites gorgées avant de le rendre et de s'effondrer contre les coussins. « Que s'est-il passé ? » Demanda-t-il d'un ton plus objectif. « Je ne me rappelle pas de grand-chose excepté la douleur. »

« Elle n'a pas fait effet immédiatement. Vous avez commencé à paraître inconfortable après quelques secondes, mais apparemment ça n'a pas vraiment commencer à vous faire souffrir avant deux ou trois minutes. » Hermione frémit. « C'était dur à dire. J'aurais pu le dire clairement si vous aviez crié, ou autre chose, mais vous ne faisiez aucun bruit du tout, mise à part votre respiration. Vous trembliez – pas de convulsions, mais des frissons, comme l'attaque de février – et vous souffriez évidemment, mais vous étiez totalement silencieux, et vous ne répondiez à rien de ce que je disais. »

Severus hocha sombrement la tête. « Ca a toujours été… une sorte de pointe de fierté, de ne jamais crier sous le Doloris. Même le Seigneur des Ténèbres ne pouvait pas me faire crier de cette façon, la plupart du temps. S'il voulait que je crie, il fallait qu'il soit créatif. Pas que cela lui posait problème, bien sûr. Maintenant, je suppose que c'est simplement ancré en moi, de faire le moins de bruit possible quand je souffre. Il y a certaines techniques pour bloquer la douleur… »

Et elle ne voulait tellement pas savoir de quelle façon il avait été traité pour qu'il donne cette réponse. Elle se demanda brièvement si elle devait lui dire la vérité, qu'environ après une heure à subir cela, il s'était de façon évidente glissé petit à petit dans une sorte de flashback, puisqu'il avait commencé à lutter contre des obstacles invisibles. Et sans même l'implorer, alors qu'elle aurait pu y faire face, il commença plutôt à demander simplement d'un ton apathique que cela cesse, d'un air curieusement résigné qui signifiait bien qu'il savait la chose impossible. Ce fut à ce moment-là qu'elle se sentit mal.

Essayant d'imiter son ton de détachement froid, elle continua : « Vos yeux étaient fermés tout le temps. L'effet semblait être plus grave dans votre bras gauche, mais je ne sais pas si c'était physique ou psychologique. Cela dura peut-être deux heures, mais à un certain point pendant la seconde heure vous avez perdu connaissance. Vous trembliez toujours, mais c'était évidemment dû aux contractions des muscles, pas aux mouvements que vous faisiez. Il y a environ une heure, les tremblements diminuèrent pour devenir des soubresauts, et vous avez été inconscient depuis lors. »

Il hocha seulement la tête d'un air pensif, et cligna des yeux quand Pattenrond sauta sur le lit et vint le renifler. « Quel est ton problème, boule de poils ? » Demanda-t-il faiblement au chat.

Hermione essaya de sourire. « Il était au moins aussi inquiet que moi. Je crois qu'il pensait au début que quelque chose vous attaquait. »

« Stupide animal. » Ronchonna-t-il, détournant son visage de Pattenrond qui l'inspectait minutieusement avant de céder et de commencer à le caresser. « Je suis désolé que vous deux ayez dû assister à ça. » Ajouta-t-il sans la regarder.

Elle le fixa pendant un long moment, en contrôlant sévèrement ses impulsions premières – qui étaient de commencer à pleurer ou de tenter de l'étrangler – et répondit finalement : « Je pensais que seuls les Gryffondors persistaient à s'excuser pour des choses qui n'avaient rien à voir avec eux. »

Il rit rudement et grimaça. « Touché**. »

« Voulez-vous quelque chose ? Je ne peux pas cuisiner d'une façon aussi satisfaisante que vous, mais je peux cuisiner. Ou je peux appeler les elfes de maison pour qu'ils apportent quelque chose. »

« Non. Je n'ai pas besoin d'une bonne. » Sa voix se rapprochait de son ton froid habituel, les murs se rebâtissaient rapidement.

« Cessez d'être un foutu obstiné comme ça. » Lui dit-elle hargneusement. « Vous êtes souffrant. Que faites-vous de votre 'il est parfois nécessaire d'admettre que vous êtes seulement humain' ? »

Il cligna des yeux et fronça les sourcils. « Vous vous rappelez de… ? Peu importe. Il ne s'agit pas seulement d'être têtu. Je ne suis pas blessé, j'éprouve seulement de la douleur, et j'ai supporté pire. La douleur ne va pas s'atténuer plus rapidement parce que je suis allongé sans rien avoir à faire excepté y penser. Je me sentirai pieux si je suis debout et si je m'active. De plus, cela aidera à rendurcir le lien entre les nouveaux nerfs et mes muscles. »

Bien sûr que je m'en souviens. Elle se renfrogna en réalisant que rien de ce qu'elle pouvait dire ne le persuaderait de simplement se reposer. « Bêta d'obstiné. Bien. Allez-y et blessez-vous. »

Ses lèvres tremblèrent alors qu'il se retenait de sourire. « Insupportable femme. Vous ne pouvez pas arranger le monde à votre manière. Allez dorloter quelqu'un d'autre pendant un moment. Je n'ai pas besoin de ça, et je ne le mérite pas non plus. »

« C'est votre opinion. »

« Et c'est mon corps, et ma potion, et ici ce sont mes appartements. » Il s'assit, en repoussant Patterond sur le côté avec précaution, et il balança lentement ses jambes hors du lit. Il remuait prudemment, mais elle devait admettre qu'il semblait en bien meilleure santé que ce à quoi elle aurait pu s'attendre. D'un autre côté, avec son expérience de tolérance de la douleur, il pourrait probablement marcher sur deux jambes cassées sans montrer aucun signe de souffrance.

Hermione secoua la tête et dit, à moitié par d'admiration et à moitié par désespoir : « Vous n'abandonnez jamais, n'est-ce pas ? »

« On n'abandonne pas, pas avant de mourir. Vu comment ma vie s'est radicalement améliorée cette année, ce serait stupide de se laisser aller maintenant. »

« Je choisis de prendre ça comme un compliment, même si je doute que telle était votre intention. » L'informa-t-elle d'un ton hautain. Avant qu'il ne puisse répondre, elle ajouta rapidement : « Et maintenant, puisque que vous êtes théoriquement faible et perturbé pendant que vous récupérez, j'ai une faveur à vous demander… »

Severus la regarda avec méfiance. La suspicion dans ses yeux était difficile à soutenir, mais ce n'était pas personnel, et avec le temps il apprendrait à lui faire un peu plus confiance. Etant donné ce qu'elle allait en fait lui demander, c'était presque amusant de le voir tendu. « Quoi ? »

Elle lui sourit innocemment. « Que vous nourrissiez Pattenrond, pour moi, la semaine prochaine ? Je passe la dernière semaine de vacances au Terrier pour retrouver tout le monde et voir mes amis. »

La tension le quitta et il rit doucement, appréciant visiblement le fait qu'elle ait juste joué avec lui. « Je crois que je peux y arriver. Je pourrais vous dire de profiter de votre séjour, mais je trouve difficile d'imaginer quelque chose de pire. »

« Ils ne sont pas si terribles. » Répondit-elle, en essayant de paraître indignée alors qu'elle se retenait d'avoir un fou rire. Elle ajouta, plus sérieusement : « Si vous avez besoin de quelque chose, ne faites pas votre entêté, demandez-moi. »

« Je refuse qu'une Gryffondor persiste à me faire la leçon, et particulièrement vous. » Répondit-il en levant une main dédaigneuse vers elle. « Hors de ma vue. »

« Vous n'allez vraiment pas bien si c'est la meilleure insulte que vous pouvez trouver. » Rétorqua-t-elle avec un sourire, en se retournant.

Alors qu'elle partait, elle l'entendit doucement. « Hermione ? »

« Oui ? »

« …Merci. »

« N'hésitez pas, Severus, et je suis sérieuse. »


« Alors il est guéri maintenant ? » Demanda Luna avec intérêt. Elles s'étaient retrouvées pour une thérapie de shopping et de café comme autrefois, au milieu des vacances.

« Il dit que oui. Je suppose que nous ne le saurons pas avec certitude avant qu'il n'ait une autre attaque. J'espère que oui – je ne pense pas que je pourrais encore regarder ça. »

« C'était si affreux que ça ? » Interrogea Luna avec bienveillance.

« Non. C'était bien pire. S'il avait pleuré ou crié, j'aurais pu faire avec, tu sais. Mais il l'a juste – presque ignoré. Il est si fort, ça – ça m'effraie un peu. Et à chaque fois que je me prends à penser à comment il a appris à si bien endurer la douleur, ça me donne envie de pleurer. »

« C'est compréhensible. Il n'a pas eu une vie facile. Mais vois le côté positif – il te laisse l'aider. Apparemment, le projet avance bien. »

Hermione sourit. « C'est vrai. Mieux que je ne l'aurais pensé. Je pense que nous sommes vraiment de bons amis maintenant. »

« Il est de bonne compagnie pour toi. » Observa Luna, en faisant des dessins d'un air absent dans la mousse de son capuccino, avec sa cuillère.

« Qu'est-ce qui te fait dire ça ? »

Son amie la regarda avec son sourire rêveur habituel. « Je ne t'ai pas vu aussi heureuse depuis un bon moment. » Dit-elle simplement.

Etonnée, Hermione était prête à protester, mais elle s'interrompit et y réfléchit. L'année dernière, elle avait passé la plupart de son temps libre à se terrer dans ses appartements avec un livre et son chat, en harcelant fréquemment ses amis avec de longues lettres seulement pour avoir quelqu'un à qui parler. Cette année, elle avait passé la plupart de son temps libre avec Severus, à parler indéfiniment de tous les sujets possibles et imaginables, à l'aider dans ses recherches, à se disputer. Même leurs disputes étaient presque drôles.

« Tu as raison. » Concéda-t-elle lentement. « C'est bien d'avoir un ami que je vois plus d'une fois par trimestre. Nous… nous entendons bien. Même quand il est de mauvaise humeur. Et on aime bien parler des mêmes choses. »

« Bien. Je suis contente pour toi. »

« J'espère que les autres le seront. »

« Ah ? » L'expression vague de Luna se durcit quelque peu.

Hermione hocha la tête, sa bonne humeur se tarissant alors qu'elle se rappelait des quelques jours passés. « Personne d'autre ne semble apprécier que potentiellement je sois vraiment amie avec Severus. Je pense que Molly et Arthur sont soulagés qu'il aille bien à présent, mais ça ne va pas plus loin. Harry et Ginny ont compris plus ou moins pourquoi je voulais l'aider, mais maintenant qu'il s'est réadapté à son travail, ils semblent penser que tout est fait. Et Ron… » Elle soupira. « Je lui donne encore quelques jours avant qu'il ne dise vraiment quelque chose de méchant et que je finisse par lui jeter un sort ou le laisser tomber. Apparemment, c'est un crime que je veuille parler de moi et de ce que je fais alors que je pourrais très bien seulement l'écouter parler de Quidditch. Ca me rappelle pourquoi nous avons rompus. »

« Tu n'aurais jamais résolu le problème de toute manière. » Répondit Luna calmement en sirotant son café. « Ronald est mon ami, mais c'est un – quelle était cette expression ? – une verrue insensible. Tu mérites quelqu'un qui te comprend vraiment, ou au moins quelqu'un qui est prêt à en faire l'effort. »

Souriant ironiquement, Hermione sirota son propre café. « Le Prince Charmant ? »

« Ah, comme dans le conte moldu ? Non. Quelqu'un comme ça t'ennuierait parfaitement, et tu n'es pas le genre à avoir besoin d'être chouchoutée. Non… Tu as besoin de quelqu'un avec qui tu peux te disputer, quelqu'un qui peut te tenir tête. Un défi. »

« Tu as beaucoup réfléchi à ça… »

« Pas vraiment. C'est simplement évident. » Luna lui adressa un regard et eut un sourire vague. « De toute façon, tu es plus heureuse maintenant. Peu importe si personne d'autre n'approuve, n'est-ce pas ? »

Hermione hésita, surprise d'entendre ça d'une manière si directe, puis sourit. « Non, tu as raison, peu importe. Merci. »

« Tiens-moi au courant. » Répondit-elle avec ambiguïté, en finissant son café.


Quand Hermione s'avança dynamiquement vers l'école quelques jours plus tard, la première personne qu'elle rencontra était Severus, assis sur les marches à l'extérieur, fumant une cigarette sous le soleil. Il lui jeta un coup d'œil agrémenté d'un froncement de sourcils déconcerté alors qu'elle approchait, et se leva lentement. « Je pensais que vous n'étiez censée revenir qu'à la fin de la semaine ? »

« Je ne l'étais pas, non. Changement de plan. » Lui dit-elle laconiquement.

Il cligna des yeux en la regardant. « Que s'est-il passé ? »

« Rien. »

« Eh bien, c'est tout à fait convainquant. »

« Assez, Severus, s'il vous plait. » Elle le frôla en passant, et il bougea pour lui bloquer le chemin. Elle prit un air renfrogné.

« Je ne pense pas que ce soit une bonne idée que vous rentriez à l'intérieur sans que vous vous soyez calmée. » Dit-il d'une voix prudemment neutre. « Vous semblez prête à lancer des sorts sur quelques antiquités de valeur que vous croiserez. Et le seul qui peut se permettre de terrifier les étudiants ici, c'est moi. Ayez la bienveillance de respecter mon territoire. »

Elle souffla, encore trop en colère pour être amusée. « Je vois que vous insistez. »

« Oui. Venez, marchez avec moi. » Il ne lui donnait pas grand choix, la prenant fermement au coude et en la dirigeant vers l'extérieur, par un petit chemin, avant de l'arrêter et de la conduire à travers les arbres.

« Où allons-nous ? »

« Dans un endroit qui parfois m'aide à réfléchir. » Répondit-il, peu coopératif. Il lui vint à l'esprit tardivement qu'elle ne lui avait pas demandé comment il allait. Il boitait autant qu'avant, et il semblait se mouvoir assez bien. En regardant son visage, il ne paraissait pas fatigué ni stressé par rapport à d'habitude, et en réalité il semblait aller mieux que du temps où il passait la moindre minute de son temps libre à travailler dans le laboratoire.

« Ici, asseyez-vous. » Sa voix dissipa ses préoccupations quelques minutes plus tard, et elle s'assit docilement sur un arbre mort avant de promener son regard autour d'elle pour observer l'endroit où il l'avait amenée, et de cligner des yeux. Elle connaissait vaguement cette clairière ombragée, mais elle n'avait jamais été là à cette époque de l'année auparavant – partout le sol était tapissé de jacinthes. Un doux parfum flottait dans l'air. Il s'assit à côté d'elle et regarda en silence et avec attention les fleurs, en finissant sa cigarette, puis écrasa le mégot nonchalamment et fit disparaître les restes d'un sort.

Suivant son exemple, Hermione était assise en silence, absorbée par la paisible atmosphère. Le soleil était chaud, et il créait un motif de taches lumineuses et sombres qui mettait en valeur la voluptueuse couleur des jacinthes. Il y avait des oiseaux qui piaillaient quelque part, et elle avait toujours apprécié l'odeur des jacinthes, bien qu'elle n'en eut jamais senti d'aussi fortes avant.

Severus avait dû la sentir se décontracter. Après un moment, il demanda doucement : « Que s'est-il passé ? »

Elle changea de position avec un soupir. « Ca n'est rien d'important, vraiment. Je me suis juste… mise en colère. »

« C'est un euphémisme. Je ne vous ai pas vue si énervée depuis un bout de temps. »

« Non, probablement pas. D'habitude, quand je suis énervée je vais à mes appartements et je pleure un moment, pour me défouler. » Lui jetant un regard de travers, elle sourit timidement. « Ne paniquez pas, je ne vous l'infligerai pas de nouveau. »

Il grogna doucement et se pencha un peu en arrière, ses longues jambes étendues devant lui et croisées aux chevilles. « Serait-ce osé de ma part de supposer que c'était Potter ou Weasley qui vous a autant mise en colère ? » S'enquerra-il sèchement.

« Sûrement, mais ça ne veut pas dire que vous avez tort. » Répondit-elle avec un soupir. « Ils étaient juste… égaux à eux-mêmes. Je trouve ça plus difficile à tolérer maintenant que nous ne sommes plus des enfants. Je veux dire que parfois j'aimerais avoir une chance de parler, vous savez ? J'ai des amis, des centres d'intérêt et une carrière également, et j'aimerais beaucoup la partager avec eux, sauf que je ne peux pas en placer une. J'essayais de leur parler de la potion que vous aviez faite – ne vous inquiétez pas, ils ne connaissent pas les détails du degré de votre maladie. J'essayais seulement d'expliquer le processus. Je savais qu'ils ne seraient en réalité pas intéressés par l'aspect technique, mais je voulais juste parler de l'aide que je vous ai apportée pour la faire – parce que c'était quelque chose que j'ai aimé faire et auquel j'étais intéressée, alors j'ai follement supposé que mes amis voudraient bien écouter. Harry décrocha simplement, et Ron me dit de cesser de parler de vous avant de continuer à jacasser sur sa petite-amie du moment pour la cinquième fois ce matin-là. »

« Il est aussi subtil qu'avant, apparemment. » Murmura Severus.

« Oh, non, ce n'est pas ce qui m'ennuya. Notre histoire est finie depuis un bout de temps maintenant, et je l'ai dépassée. C'est juste qu'il a toujours besoin de parler de lui. Harry est pareil. Aucun des deux ne peux supporter de ne pas être le centre de la conversation quand nous sommes entre amis, bien qu'Harry déteste ça au moins quand il y a d'autres personnes autour. Et… Ca pourrait me déranger, vous savez ? Mais ce fait n'est jamais venu à l'esprit de Ron. J'ai seulement… J'aimerais bien qu'ils réfléchissent parfois. Je n'apprécie pas avoir le sentiment d'exagérer ou d'être trop sensible simplement parce que je veux leur parler d'autres amis. »

« Je ne souhaite pas particulièrement insulter vos amis – enfin, non, c'est un mensonge. Si vous attendez de l'un d'eux qu'ils réfléchissent, vous pouvez les attendre encore un moment. Pendant que vous attendez, si vous voulez, je peux allumer un feu et vous pouvez le fixer dans le vain espoir qu'il va geler. »

Hermione sourit à contrecœur. « Au moins, vous êtes honnête. Et vous comprenez que ce sont mes amis, lorsque je ne suis pas en train de me batailler contre mon envie de les étrangler. Ils ne semblent pas capables de saisir le concept que vous êtes mon ami, aussi. »

« Vous… me défendiez ? » Demanda-t-il, d'une voix surprise. Elle lui sourit.

« Oui. Je l'ai toujours fait, vous savez. C'est vrai que c'était toujours parce que je désapprouvais de ne pas respecter un professeur, mais maintenant… J'apprécie parler avec vous – même si nous nous disputons – et je n'aime pas être traitée comme si j'étais irraisonnable seulement parce que je veux que mes amis sachent que j'apprécie davantage mon travail. »

Il ne répondit pas, se recomposant apparemment après ces révélations, et ils restèrent assis en silence pendant un moment. Elle constata que le silence était paisible. Severus n'était pas du genre à remuer ou à être agité simplement parce que personne ne parlait. Il ne commençait pas de conversation futile. S'il n'avait rien à dire, il ne disait rien. C'était reposant, après la semaine qu'elle avait eue, et cet endroit était beau avec les jacinthes.

« C'est magnifique ici. » Dit-elle doucement après un moment.

« Oui. » Acquiesça-t-il légèrement.

« Comment saviez-vous ? »

« Comment j'ai trouvé cet endroit, ou pourquoi est-ce que je vous ai amenée ici ? »

« Les deux en vérité. »

Ses lèvres s'étirèrent en un de ses demi-sourires habituels. « Je connais ce lieu depuis très longtemps. Je me promenais souvent sur ce terrain quand j'étais enfant – pour trouver en général des cachettes ou de bons endroits pour faire des embuscades. » Admit-il narquoisement. « J'étais déjà passé par là, mais le hasard m'y ramena quand les jacinthes étaient en fleur. Après cela, je revins tous les ans. Et en ce qui concerne l'autre question… J'aime être à l'extérieur si je suis de mauvaise humeur. Mon humeur ne s'améliore pas en étant confiné dans les donjons. » Ajouta-t-il d'un ton sec. « Il est difficile de rester en colère quand vous êtes dans un endroit chaud, ensoleillé et avec une douce odeur dans les narines. »

« Oui. Merci. »

« J'aurais bien plus apprécié vous voir vous mettre en rogne contre un inoffensif élève de seconde année, mais ça aurait été terriblement pénible. »

« Et bien, j'ai eu un excellent professeur, en l'occurrence. » Dit-elle méchamment, en souriant face à ses yeux scintillant d'amusement. Elle avait récemment remarqué que Severus semblait plus enclin à rire de lui-même ces jours-ci – dans les limites du possible.

« C'est si gentil de me faire savoir que j'ai réussi à vous enseigner quelque chose de valeur. » Dit-il d'une voix traînante.

« Oh, vous l'avez fait, même si vous n'en avez jamais eu l'intention. » Dit-elle doucement. D'un côté comme d'un autre, elle avait beaucoup appris de lui – des choses comme apprendre à surveiller ce qu'elle disait, apprendre à garder un œil sur son environnement pour voir qui peut être dans les parages, apprendre à être sur le qui-vive (les menaces du professeur Rogue qui déferlaient sur eux sur un ton vindicatif étaient bien plus efficaces que le « Vigilance Constante ! » que leur aboyait tout le temps Maugrey). Plus tard, elle reçu d'autres leçons, moins évidentes – la force de l'amour et la valeur du courage, l'habilité de l'esprit humain à endurer plus que de raison.

Hermione ne dit rien de tout ça – elle n'aurait pas été capable de finir la première phrase sans bégayer et rougir comme une petite fille – mais elle n'en avait pas besoin. Ses yeux s'élargirent légèrement et il regarda précipitamment ailleurs, sans réfléchir au fait qu'il se pencha un peu en avant et qu'ainsi ses cheveux se balancèrent et cachèrent son visage de son regard – un geste qu'elle avait seulement pu observer dans les souvenirs d'autres personnes auparavant. Pendant un moment, elle ressentit l'envie presque irrésistible de tendre le bras et de repousser gentiment ses cheveux de sa figure, et de nouer rapidement ses doigts aux siens sur son genou, jusqu'à ce que la folle impulsion s'estompe.

Cherchant autre chose à dire, elle se rabattit sur ses pensées premières. « Comment allez-vous, Severus ? Est-ce que les effets de la potion ont diminué ? »

« Presque complètement. » Répondit-il après un moment, d'une voix un peu distante, comme s'il pensait à autre chose. « En vérité, elle a mieux fonctionné que ce à quoi je m'attendais. Quand les dernières traces de douleur se seront atténuées, j'essaierai de faire quelques sortilèges de diagnostic et je verrai s'il y a eu des améliorations. »

« Bien. Je suis contente. »

Le silence confortable retomba une fois de plus entre eux alors que le ciel s'obscurcissait, jusqu'à ce qu'il s'agite finalement. « Je vais devoir rentrer. Je dois encore évaluer les projets finaux de mes septièmes années avant que le trimestre d'été ne commence. »

Elle acquiesça, puis cligna des yeux, surprise, lorsqu'il se leva et lui offrit une main tendue, apparemment de façon complètement automatique. La prenant, elle réprima un frisson alors que ses longs doigts s'enroulaient autour des siens, qui les recouvrèrent quand elle se leva en observant doucement : « Vous avez manifestement été bien élevé… »

Il fronça un peu les sourcils, puis sembla réaliser ce qu'il avait fait. Il haussa les épaules et se détendit d'un air gêné. « Pas vraiment, comme vous devez le savoir. Mais quand j'étais enfant, les vieilles civilités étaient toujours enseignées à Poudlard – ces jours-ci, elles sont considérées comme étant terriblement de rigueur**, et sont connues en tant que caractéristique des sang-purs, mais à l'époque, on nous apprenait le protocole. Se lever quand une femme entre dans la pièce, ouvrir les portes et ainsi de suite. »

« Qu'est-ce que c'est… pittoresque. » Dit-elle, surprise, et il sourit légèrement.

« Pour vous, peut-être, mais c'était normal à cette époque. Ca l'est toujours, dans les anciennes familles, je crois. Nous apprenons aussi quelques uns des arts traditionnels – la danse, l'escrime, l'équitation. »

« Vous délirez. »

« Non, je suis très sérieux. Nous… n'avions rien à envier aux romans d'Austen. »

Hermione trouvait ça très curieux, mais après réflexion, c'est vrai que Severus avait quelques manières à l'ancienne. Elle n'avait pas vraiment remarqué, mais en règle générale il l'avait escortée à la porte quand elle partait de la caravane en été, et le faisait également quand elle quittait ses appartements. A ce moment-là, il s'inclina légèrement et lui offrit son bras, et elle roula des yeux. « Ca ne compte pas en tant que bonne manière si vous le faites pour énerver les gens. » Lui dit-elle en souriant, tandis qu'elle prenait doucement le bras présenté.

« C'est un non-sens. Les vieilles familles s'exercent encore à ces coutumes quelque peu antiques car elles leur permettent des stratagèmes bien plus subtiles pour éliminer les autres. C'en est donc un des motifs. »

Ils commencèrent à revenir vers Poudlard, et elle le regarda dans le crépuscule croissant. « Je n'y crois pas pour l'équitation et l'escrime. »

« J'admets avoir inventé ceux-là. » Concéda-t-il avec un autre demi-sourire. « La danse est vraie, cependant, ainsi que l'étiquette. Et je sais monter à cheval et escrimer. »

« Vraiment ? »

« Oh oui. J'ai appris beaucoup de choses étranges durant mon voyage – étranges pour un sorcier, en tous cas. »

« Votre genoux ne vous a pas gêné, à cheval ? »

« Pas vraiment, bien que j'en souffre un peu si je monte trop longtemps. Ou peut-être que si, mais c'était il y a des années, après tout. »

« Je n'ai pas monté à cheval depuis mes treize ans. » Dit-elle d'un air pensif. « Et je n'ai jamais essayé l'escrime. » Ajouta-t-elle ironiquement.

« Vous devriez. » Dit-il vaguement. « Peu de gens, Moldus ou sorciers, sont prêts à faire face à un ennemi qui tient subitement une épée. » Il semblait penser à quelque chose d'autre une fois de plus, et elle était contente de marcher en silence, sentant les mouvements des muscles dans son avant-bras sous sa main – il était tendu, n'en ayant apparemment pas terminé avec ses problèmes de contacts physiques.

Quand ils atteignirent le château, il ne paraissait pas enclin à parler, et une fois qu'elle eut ramassé Pattenrond, elle retourna à ses propres appartements, avec beaucoup de choses auxquelles réfléchir – en particulier ce léger frissonnement qu'elle avait ressenti quand il avait touché sa main. Oh mon Dieu.


Hermione était extrêmement soulagée de découvrir pendant les quelques jours suivants qu'en réalité elle ne rougissait pas quand elle le voyait, son cœur ne bondissait pas quand il parlait, et qu'il n'y avait aucune électricité quand elle le touchait – au moins la plupart du temps. Ce n'était pas l'idiote poussée hormonale qu'elle avait appréhendée. En fait, c'était bien plus simple – elle l'appréciait, et plus encore, il l'attirait. Tout ce qui s'était passé, c'est qu'elle avait simplement commencé à remarquer que c'était un homme.

Et il n'était pas réellement repoussant, se dit-elle, maintenant que sa peau et ses cheveux n'étaient plus si gras, que ses dents n'étaient plus jaunes et qu'il ne vivait plus avec les nerfs à vif. Sa voix était vraiment ridiculement sexy quand il ne grognait pas – et parfois même quand il le faisait, tant que ce n'était pas dirigé contre elle. L'homme pouvait vraiment faire d'un sarcasme quelque chose de magnifique. Elle appréciait ses yeux noirs et intenses, et il avait de belles mains dotées de doigts longs et élégants. Les cheveux longs lui allaient également – elle trouvait difficile de se le représenter avec des cheveux coupés courts. Même son nez n'était pas si visible maintenant, et avec d'autres petits changements par rapport à son apparence, cela donnait du caractère à son visage.

Après qu'elle eut prit le temps d'y penser, elle conclut que c'était encore un de ces trucs d'amitié adulte. Ses autres amis hommes étaient fermement rangés dans la catégorie « frère » - Harry et Neville l'avaient toujours été, ainsi que les garçons Weasley, avec l'exception de circonstance qu'était Ron, et elle n'était plus totalement sûre de ce qu'il avait été. Cela avait du sens que Severus soit différent, puisqu'elle ne l'avait pas connu en tant que garçon adolescent qui a constamment des ennuis – quand elle voyait les autres, elle voyait d'abord le garçon, puis l'homme en second.

Il valait aussi la peine de se rappeler qu'elle n'avait pas eu de rendez-vous avec un homme depuis un an – presque deux, maintenant qu'elle y pensait. C'était très déprimant, mais elle n'avait pas souvent rencontré de nouvelles personnes ces jours-ci. Severus et Neville étaient les seuls hommes qui avaient un peu près le même âge qu'elle, et qu'elle voyait régulièrement. En ce qui concernait Neville, ce n'était pas son type, et elle avait toujours l'image gravée de lui dans sa mémoire d'un enfant de onze ans petit et un peu potelé, qui avait une tendance à bégayer et qui perdait tout le temps son crapaud.

Une fois qu'elle eut régler cela pour sa propre satisfaction, elle se sentit mieux. Severus semblait ignorer totalement son dilemme. Ils avaient commencé le dernier trimestre maintenant, et il avait sept années d'étudiants à tourmenter pour leurs examens ainsi qu'une Maison à entretenir, plus les préparations pour l'année prochaine. Il avait quelque peu mis à jour le programme cette année, et envisageais d'autres petits changements l'année prochaine. Autant dire qu'il était très occupé. Elle passait toujours la plupart de son temps libre avec lui, mais elle s'asseyait surtout sur ce qui était devenu sa chaise dans ses appartements et continuait à travailler de son côté grâce à sa bibliothèque, alors qu'il fouillait régulièrement les piles de papiers qui l'entouraient.

« J'ai envie de vous poser une question. » Dit-il d'un ton absent, un de ces dimanche après-midi somnolent, alors qu'il signait encore un autre formulaire et qu'il le jetait sur une pile qui autrefois avait été une corbeille. « En réalité, qu'est-ce que vous faites quand vous n'enseignez pas ? Vous avez moins d'une demi-douzaine de cours par semaine. »

« J'embête les maîtres de Potions grincheux. » Répondit-elle sereinement, en souriant et en abaissant son livre. « Pas grand-chose, honnêtement. De la recherche. J'ai collaboré sur deux ou trois documents de Sortilèges et de Métamorphose, et j'ai obtenu quelques résultats de part mes propres publications. Rien de bien bouleversant. »

« Ne serait-ce pas plutôt… du gâchis ? Vous pourriez faire bien mieux. »

Tout comme vous, pensa-t-elle, et pas pour la première fois. Quand elle avait commencé ses recherches sur Severus, elle avait réalisé combien de qualifications il avait et combien de recherches il avait fait. Il perdait complètement son temps à enseigner à des enfants, et c'était assez évident qu'il n'appréciait pas cela.

Il valait mieux qu'elle admette que c'était en réalité un excellent compliment, et elle haussa les épaules en expliquant : « En ce moment ça l'est. Je… J'attends. L'année prochaine je vais gagner un cours. Les Etudes des Moldus deviendront une option une année plus tôt par rapport à maintenant. Minerva a l'intention de faire en sorte que le cours soit obligatoire pour les plus jeunes étudiants, et j'enseignerai tout le temps. A elle seule, la guerre nous a apprise que la société sorcière est toujours dangereusement divisée, et que c'est principalement dû à notre ignorance. La plupart des Sang-Purs ne savent rien de la société moldue. Les Nés-Moldus sont encouragés à laisser ce monde derrière eux. Et les Sang-mêlés comme vous qui connaissent les deux côtés de leur héritage sont aussi rares que des poules avec des dents. J'en ai fait mention auparavant. »

« Star Wars. » Dit-il doucement en s'en rappelant.

« Oui. Harry est un bon exemple – il a été élevé comme un moldu, mais il laissait cela derrière lui autant que possible. Lui et Ginny ont un téléphone, mais je pense que c'est tout. Ou Seamus Finnegan – c'est un Sang-mêlé, mais son père était intégré au monde magique et il ne savait rien à propos des moldus quand il était à l'école. Tonks était pareil, et son père était Né-Moldu. Et ça n'a pas de sens. Regardez-vous – vous vivez pratiquement comme un moldu. Pourquoi ? »

Il avait commencé à sourire. « Parce que c'est plus simple. » Dit-il légèrement. « Donner un petit coup sur un bouton pour la lumière demande beaucoup moins d'effort que de maintenir un sortilège. Les sorts de nettoyage ne fonctionnent simplement pas aussi bien que si vous le faites à la main, tout du moins quand je les utilise. Cuisiner magiquement n'est pas beaucoup plus rapide que de le faire sans magie, et ce n'est pas aussi intéressant. Les téléphones sont moins gênants et plus privés que les appels par Cheminette. Si vous avez une radio, dans tous les cas vous faites mieux de mettre des stations moldues, puisque la musique est meilleure. Les voitures sont plus sûres et plus confortables que les balais, comme le Ministère l'a réalisé, bien que j'admette que le transplanage est encore la meilleure alternative si le temps est un problème. Et la télévision et Internet sont probablement les meilleures inventions – regardez à quel point nos recherches ont été faites avec des ordinateurs. » Son sourire s'élargit. « La technologie suffisamment avancée n'est pas distinguable de la magie. » Cita-t-il.

« Arthur C Clarke. Exactement ! » Elle avait essayé pendant des années de se faire entendre par ses amis sur ces mêmes points. « Mais tout le monde est programmé pour assumer le fait que la magie doit automatiquement être supérieure à tout ce que les pauvres Moldus ont essayé d'imaginer, ils ne considéreront dont jamais les alternatives, et il n'y a qu'un pas pour aller jusqu'à croire que les moldus eux-mêmes sont inférieurs. Si l'on enseigne tôt aux enfants sorciers ce qui vient d'avoir été accompli et ce que les moldus ont à nous offrir, cela aidera à réduire tous ces vieux préjugés. »

« Je note que vous n'êtes pas assez naïve pour croire que cela résoudra tout. »

« Je ne suis pas stupide, Severus, et j'ai parcouru un long chemin depuis la SALE. » Il étouffa un rire, et elle le regarda d'un air menaçant, complètement surprise qu'il en eut connaissance. « Je ne veux pas changer le monde, pas vraiment. Je suis devenue trop grande pour cette phase idéaliste depuis longtemps. Mais c'est un point de départ, et ça en vaut la peine – ou ça en vaudra bientôt la peine. » Elle haussa les épaules en se calmant un peu. « Et pendant ce temps, je peux faire des recherches sur tout ce qui m'attire et prendre simplement du temps pour me reposer. Je n'ai pas toujours fait ça. J'ai pris un boulot au Ministère après mes ASPIC, en pensant que les choses allaient changer maintenant que V – le Seigneur des Ténèbres était mort. Je suis sûre que vous pouvez deviner comment ce petit rêve fut mis en pièces, mais j'étais obstinée et j'ai refusé d'abandonner, jusqu'à ce que Minerva m'offre le poste de professeur d'Etude des Moldus deux ans plus tôt. J'ai décidé que je ferai plutôt ça. »

« Et que pensez-vous de votre travail d'enseignante ? »

« J'aime ça. Je suppose que ça fait une grande différence parce que mon sujet est une option. Les étudiants ne l'ont pas choisie à moins qu'ils ne soient vraiment intéressés, je n'ai donc pas à supporter les idiots dont vous vous plaignez tout le temps. Et je n'ai pas non plus à débuter le travail d'enseignante pour des étudiants qui m'avaient connue quand j'étais élève. Si je peux aussi réellement commencer à faire changer des choses, j'aurai presque tout que j'ai jamais voulu. »

« Que prévoyez-vous d'enseigner à ces jeunes Sang-purs plein de préjugés ? » Demanda-t-il, ayant l'air vraiment curieux et sincèrement intéressé – quelque chose que personne d'autre n'avait été.

« Le point de départ devra être constitué des principes basiques. Des choses comme l'électricité et la science. Excepté Arthur Weasley, la plupart des sorciers ne sont pas intéressés, et le peu qui le sont s'y prennent désespérément mal et mélangent tout. La plupart des sorciers ne savent même pas comment le monde fonctionne – des choses telles que la gravité ou le contenu de l'air sont simplement considérés comme acquises. Ensuite, je veux parcourir l'histoire – beaucoup de personnages importants moldus étaient secrètement des sorcières ou des sorciers, mais beaucoup ne l'étaient pas. Tant de choses du passé ont eu tellement d'impact sur le monde sorcier sans que personne ne le remarque. Et il y a plusieurs raisons valables de les connaître. Si les sorciers en avaient su davantage à propos d'hommes comme Hitler, ils auraient pu ne pas être si empressés de suivre Grindelwald ou le Seigneur des Ténèbres. Je veux leur apprendre comment survivre dans l'Angleterre moldue aussi – par rapport à l'argent, les coutumes, les lois. Encourager les étudiants plus âgés à apprendre à conduire, peut-être. Quelques uns de mes camarades de classe ne savaient même pas qu'il y avait une Reine d'Angleterre, vous saviez ça ? Et les ordinateurs ! La vie moldue est en train de devenir très informatisée en ce moment. La plupart des Sang-purs seraient totalement impuissants s'ils avaient à fuir le monde magique tout comme vous l'avez fait. Si les chasses aux sorcières reviendraient maintenant, nous aurions de sérieux ennuis. Et l'histoire se répète toujours. »

Réalisant tout d'un coup qu'elle avait peut-être été un peu trop enthousiaste, Hermione s'arrêta de parler et le regarda fébrilement, se sentant embarrassée. Il y avait une lueur d'amusement sur son visage, mais ce n'était pas moqueur, il semblait plutôt vraiment impressionné. « Vous avez beaucoup réfléchi à ça. »

« J'y ai pensé depuis ma première année. » Dit-elle. « En fait, essentiellement à cause de vous. »

Il cligna des yeux et fronça les sourcils. « De moi ? »

« Ce casse-tête logique, qui gardait la Pierre Philosophale. J'avais fait ce genre de casse-tête pendant des années, mais Harry et Ron n'en avaient jamais entendu parler. Ils n'avaient jamais vu ce genre d'énigme avant. Aucun Sang-pur ne l'avait fait. C'est ce qui en faisait une telle défense efficace. Ca m'a fait penser que parfois la magie n'était pas toujours le meilleur moyen. »

Ce qu'elle dit lui valut un autre demi-sourire. « Je base beaucoup de mes cours théoriques en Potions sur la chimie moldue. » Confia-t-il doucement. « Beaucoup de principes sont identiques. Et pour mes potions de guérison je fais tous les stocks de l'infirmerie parce que j'ai de meilleurs résultats, et j'ai de meilleurs résultats parce que j'ai modifié les recettes – dans beaucoup de cas, en utilisant des découvertes de la médecine moldue. »

« Je ne savais pas, mais cela fait sens. Et depuis que je vous en parle, j'ai travaillé sur mon futur programme. »

Severus leva un sourcil. « Ah oui ? »

« Vous vous rappelez quand vous étiez à terre dans le laboratoire, en début d'année ? Vous disiez que vous ne pensiez pas le monde magique capable de produire un quelconque travail de qualité, que cela soit en musique, en art, en poésie, ou en prose. »

« Avez-vous mémorisé toutes les conversations que nous avons eues ? » Demanda-t-il avec une teinte d'amusement ennuyé dans la voix.

« Celles qui sont importantes, oui. » Répondit-elle vivement. « Vous aviez raison. Et le programme tel que je l'avais arrangé était un peu trop intensif. C'est pourquoi, de toutes les choses importantes, je veux encourager les élèves à jeter un œil à l'art, la musique et la littérature moldus. Ce serait d'une part une lumière de secours, quelque chose de différent, et ça leur donnerait d'autre part une idée de la culture moldue. Enfin, ça les encouragera à essayer de nouvelles choses. »

Il transféra son regard intense d'elle au mur, et fut silencieux pendant un moment alors qu'il pensait à tout ça. Finalement, il la regarda de nouveau, une expression sérieuse sur le visage, et dit simplement : « Peut-être que vous ne pensiez pas changer le monde, Hermione, mais si ça marche… Vous ne le changerez pas seulement, vous le mettrez en feu. Changer ces vieilles attitudes pourrait être l'une des seules choses les plus importantes qui se passeront jamais dans notre société. J'espère vivre assez longtemps pour voir ça. »

Se reprenant du ton inhabituel de sa voix, et luttant pour ne pas rougir ou pleurer de pur bonheur face à cette défense inattendue, elle sourit et répondit clairement : « Oh, vous le ferez. J'ai n'ai pas mis tant d'efforts à vous materner pour vous laisser partir maintenant, et j'aurai besoin de vous pour convaincre votre Maison. De plus, je prévois de vous emprunter quelques unes de vos musiques et de vos livres quand je le devrai. »

Il crachota une ébauche de rire, pris au dépourvu. « Ah, vraiment ? Et que me dois ce plaisir ? »

Vous me devez quelques services. Je pourrais également réfléchir à quelques moyens de remboursement. Résistant à l'envie de dire ça juste pour voir sa réaction, elle lui fit un large sourire. « Vous devez rejoindre la révolution, camarade. Pas seulement la voir se passer, mais y prendre part. Si vous voulez bien m'aider, il y a beaucoup de choses que vous pourriez décrire en ce concerne 'vivre avec le meilleur des deux cultures'. »

« Donc vous allez mettre en colère ma Maison, voler mes possessions, et me faire rembourser mes dettes en me forçant à faire des heures supplémentaires ? » Demanda-t-il, amusé. « Vous, les Gryffondors, ne savez vraiment pas négocier. »

« Cette Gryffondor en particulier est en train d'apprendre d'un Serpentard. J'apprends très vite. Donnez-moi le temps. »


NOTE DE L'AUTEUR : Il y a beaucoup de scènes importantes dans celui-là. Lisez-le avec attention, nous reviendrons à presque tous les sujets abordés ici plus tard.

*All By Myself est une chanson d'Eric Carmen de 1975. Il y eut plus de 500 000 exemplaires vendus, c'est devenu un standard.

** « Touché » était en français dans le texte original, tout comme « de rigueur ». C'est qu'il aime le français ce Severus !


Merci beaucoup pour toutes les reviews, je partage toute la beauté et l'ingéniosité de ce texte avec vous !