POST TENEBRAS, LUX ("After Darkness, Light" ; Après l'Obscurité, la Lumière)
DISCLAIMER DE L'AUTEUR : Si les personnages m'appartenaient, croyez-moi, les choses se seraient terminées plutôt différemment. Je les ai juste emprunté pendant quelques temps ; Malheureusement, je vais devoir les rendre à la fin.
DISCLAIMER DE LA TRADUCTRICE : L'histoire ne m'appartient pas, elle est l'oeuvre magnifique de "LOTEN".
Note de l'auteur : Mince, le temps passe vite. Je n'ai pas réalisé que nous en étions si loin dans l'histoire.
« L'opposé de la solitude n'est pas la camaraderie. C'est l'intimité. » - Richerd Bach.
Les examens arrivèrent bien trop tôt. Hermione surveillait un grand nombre d'examens, pour donner aux enseignants à temps plein un peu de temps pour respirer. Severus n'avait pas ce luxe, puisqu'il devait être disponible pendant toutes les épreuves pratiques de Potions. Personne d'autre que lui ne surveillait les examens de sa propre matière, mais une fois de plus, aucune autre matière n'était encline à produire des explosions si des élèves paniquaient. Cela signifiait qu'elle ne le voyait pas autant qu'avant, mais comme elle était également occupée, elle n'était pas très affectée. Elle était presque en train d'appréhender les vacances d'été, cependant. Ses amis seraient occupés, et elle doutait qu'ils seraient moins agaçants qu'ils ne le furent à Pacques. Elle s'attendait en toute confiance à passer cette brèche terrée dans son petit appartement essayant de ne pas bouillir jusqu'à ce que mort s'ensuive ou de ne pas s'effondrer de pur ennui.
« Avez-vous des plans pour l'été, Severus ? » Demanda-t-elle paresseusement, une chaude après-midi quelques jours avant la fin des cours. Ils étaient encore à l'extérieur. Même dans les donjons, il faisait trop chaud pour être complètement à l'aise à l'intérieur.
« Pas vraiment. » Répondit-il, en portant davantage attention à allumer sa cigarette qu'à la question. « La caravane aura probablement besoin de quelques réparations, mais c'est tout. J'ai eu assez de voyages pour un moment. Et vous ? »
« Non. Je pourrais partir, mais Luna est occupée, et je ne pense pas que je pourrais tolérer quelqu'un d'autre pendant plus d'un jour. J'irai sûrement rendre visite à quelques personnes, mais excepté ça, non. Peut-être que j'essayerai de penser à un nouveau sujet pour commencer des recherches… Prévoyez-vous une nouvelle recherche ? »
« A un moment donné, je pensais essayer de développer une meilleure potion pour traiter les cicatrices. » Dit-il d'un air pensif. « J'avais utilisé un produit Moldu, » il fit un bref demi-sourire, « mais contre des cicatrices causées par des sorts ou des créatures magiques les effets ont des limites, et je suis sûr qu'il y a une meilleure alternative. »
« Je suppose que ce n'est pas seulement pour les cicatrices sur votre cou. » Dit-elle doucement, se rappelant des cicatrices qu'elle avait remarquées sur ses bras l'été dernier, ou quand il remontait ses manches pour travailler au laboratoire.
« Non. Il y en a plein d'autres. » Il haussa les épaules et exhala un mince panache de fumée, en le regardant se dissiper dans le crépuscule. « Aucune d'entre elles ne fait mal. Mais la peau est tendue, et ça peut être gênant. »
« Je sais. »
Il la fixa un moment, la question aux bords des lèvres, avant de décider évidemment que ce n'était vraiment pas ses affaires et de regarder ailleurs. Elle envisagea brièvement de lui dire, mais décida de ne pas le faire maintenant. Ce n'était pas un problème en tant que tel, c'était sa seule cicatrice, mais la conversation serait moins gaie, et elle n'était pas d'humeur pour ça. De plus, elle pensa que c'était un peu trop personnel pour qu'il soit à l'aise, et s'il décidait de lui rendre la pareille elle était certaine qu'elle ne voulait vraiment rien savoir sur ses cicatrices. Pas encore, tout du moins.
« Alors c'est le projet dont vous allez vous occuper, l'année prochaine. » Dit-elle clairement, pour se distraire autant que lui.
« Vous allez encore insister pour me harceler ? »
« Là, là, ne soyez pas désagréable, Severus. Admettez-le, je fus assez utile et pas totalement agaçante. »
Il grogna aigrement pour répondre, et elle avait du mal à retenir un sourire, ce qui l'aurait uniquement renfrogné. Encore une nouvelle découverte par rapport à lui, se dit-elle. Cela lui avait donné au moins une certaine immunité contre l'air menaçant qui, autrefois, l'aurait fait fuir.
Le chaos habituel survint le dernier jour du trimestre. Finalement, tous les élèves furent partis, et les professeurs se tinrent dans le hall d'entrée en échangeant des soupirs de soulagement avant de ramasser leurs possessions et de partir à leur tour. Hermione marcha vers les grilles avec Severus, en silence, n'ayant, pour la première fois, aucune hâte d'être en vacances. Il ne semblait pas non plus être de bonne humeur, en dépit de son triomphe, un peu plus tôt dans la journée, quand Serpentard avait regagné péniblement leur place de quatrième à deuxième dans la coupe des quatre Maisons.
« Tout va bien ? » Demanda-t-elle doucement. Ils étaient pratiquement les derniers à partir, et le calme imperturbable des terres les entourait.
Il expira lourdement. « Je n'ai jamais aimé retourner à la maison pour l'été. » Dit-il catégoriquement. « Même si l'école c'était l'enfer, la plupart du temps, c'était toujours mieux que d'être chez moi. »
C'était à prendre ou à laisser, se dit Hermione : faire face à des tyrans d'un côté et à un père abusif d'un autre côté. Il est vrai qu'elle n'avait aucune preuve que son père le maltraitait, mais ça avait été insinué de façon très prononcée par plusieurs sources, et si elle n'avait besoin d'aucune preuve du tout puisque c'était écrit dans ses yeux en ce moment même. Ne sachant pas vraiment quoi dire, elle ajusta sa prise sur le panier de Pattenrond et toucha brièvement son bras avant de retirer sa main. Il n'avait pas tout à fait tressailli sous son toucher, mais elle supposait que c'était seulement parce qu'il avait fait un effort pour ne pas le faire.
« Et quand vous aviez seize ans… » Dit-elle maladroitement, en se rappelant de ce qu'il lui avait dit.
Il acquiesça, davantage en signe d'aveu que d'accord. « Ce n'était pas aussi terrible que vous le pensez, ou que ça aurait pu l'être. Je… Je ne me suis pas vraiment soucié du fait qu'ils soient morts. D'une façon ou d'une autre, je n'ai rien ressenti pour ma mère en y réfléchissant. J'aurais ressenti plus de choses si j'avais regardé le corps d'un étranger. Et en ce qui concerne mon père… » Il fit une pause et ses lèvres se tordirent en un petit rictus. « Ma première réaction fut d'être en colère. » Sa voix baissa de volume et une obscure forme de douleur se faufila dans ses yeux. « J'avais prévu de le tuer moi-même. J'avais toujours la foutue potion dans ma malle. J'avais travaillé dessus pendant tout le trimestre. Et le bâtard tricha en mourant avant. »
Elle savait qu'il disait cela principalement pour être choquant. Mais ça ne signifiait pas que ce n'était pas vrai. Bizarrement, Hermione pensa qu'elle était reconnaissante pour ce rappel, de ce que cet homme était capable de faire. La dernière chose qu'elle souhaitait était qu'elle se construise une image fantastique de lui dans sa tête ou qu'elle le mette sur un piédestal. Et, encore plus curieusement, l'histoire ne la dérangeait pas autant qu'elle aurait dû peut-être le faire. Sur le coup, Severus avait seize ans. Il venait juste de perdre sa meilleure amie (ça ne lui était pas venu à l'esprit quand il lui avait parlé pour la première fois de ses parents, que c'était le même été que celui de l'incident qu'elle avait vu dans la Pensine, en bas du lac). En fait, il avait perdu sa seule amie. Il était isolé, blessé, en colère et seul, et il retournait à des semaines d'abus et de tristesse sans espoir de s'échapper même pour quelques heures. Mais il n'avait pas été brisé. Elle ne pensait pas qu'il aurait vraiment réalisé ses plans. De plus, en le regardant, elle estima qu'il n'y croyait pas non plus. Quelques années plus tard l'histoire aurait été très différente, bien sûr, et maintenant il n'aurait pas hésité une seconde. Mais à ce moment-là ? Non.
« Parfois les choses ne vont pas comme prévu. » Dit-elle finalement. « Mais parfois elle vont comme prévu. »
Semblant un peu perplexe face à sa réaction, Severus fit de son mieux pour ricaner. « Si vous me citez Mick Jagger, je le jure, je vais vous jeter un sort. »
« Accordez-moi un peu de crédit. J'ai de meilleurs goûts que ça. Et nous savons tous les deux que vous n'auriez pas pu le faire, pas à ce moment-là. Je peux croire que vous lui auriez jeté un sort, dans le feu de l'action, mais je ne crois pas que vous étiez alors capable d'un meurtre prémédité, ou vous l'auriez déjà fait. »
« Ne soyez pas naïve. »
« Je ne le suis pas. Je suis honnête, et vous le savez. Maintenant, je sais que vous l'auriez fait, si vraiment vous n'aviez pas d'autre alternative, et je peux croire que vous n'auriez pas ressenti grand-chose. Mais vous n'auriez pas pu à cette époque, et même maintenant vous ne le feriez pas uniquement par plaisir. »
Il ne voulait pas que ses yeux rencontrent les siens, alors qu'ils se tenaient face à face au soleil. « Hermione, ne faites pas l'erreur de penser que vous savez la moindre chose à propos de ce que je suis capable de faire. J'ai vu et j'ai fait plus que vous ne pouvez l'imaginer, et vous ne me connaissez pas aussi bien que vous le pensez. »
« Peut-être pas. » Répondit-elle, toujours aussi incroyablement calme. « Mais je m'y rapproche. » Elle tendit le bras, et toucha le sien gentiment, en ignorant sa réaction car il tressailli automatiquement, et lui sourit. « Passez un bon été, Severus, et je vous vois en septembre. » Raffermissant sa prise sur le panier de Pattenrond, elle se retourna avant qu'il ne puisse répondre, en sentant ses yeux sur elle alors qu'elle se concentrait.
Dans la fraction de seconde où elle transplanait, alors que le monde tournoyait de façon vertigineuse devant ses yeux, elle entendit au loin sa voix soupirer : « Septembre. »
L'été ne commençait pas de manière propice. Luna était partie chasser avec optimisme une étrange créature au Portugal, Harry et Ginny étaient rentrés dans une de leurs phases agaçantes et écœurantes lorsqu'ils ignoraient tout le monde exceptés eux-mêmes (elle soupçonnait Ginny d'être encore enceinte, et si non, qu'elle le serait probablement bientôt) et tous les autres semblaient trop occupés pour parler. Tous. Ou pour se voir pour boire un verre, ou pour manger. Ou même pour répondre à une lettre. Elle ne s'était pas sentie aussi seule, frustrée, isolée et ennuyée depuis… et bien, depuis l'été dernier, en fait, jusqu'à ce qu'une certaine rencontre à la Waterloo Station transforme totalement sa vie.
Et ceci, soupçonna Hermione, était la réelle raison pour laquelle elle se sentait si irritable à présent. Il lui manquait, aussi désobligeant, irritant et désagréable qu'il soit. Au moins il voulait lui parler, et l'écouter quand elle parlait, quel que soit sa propre opinion du sujet. Et le temps n'aidait pas. Une terrible canicule avait débarqué et il faisait trop chaud pour bouger, et presque trop chaud pour penser. Et le foutu ventilateur était cassé. Son appartement était un four, quel que soit le nombre de sortilèges de refroidissement qu'elle tentait.
Agacée par tout et de mauvaise humeur, elle s'affala lourdement sur une chaise et prit son téléphone mobile, faisant défiler son répertoire dans l'espoir de trouver un ami oublié – de préférence un qui vive quelque part où il y avait de l'air conditionné. Elle fit chou blanc, mais le dernier nom lui fit froncer les sourcils – elle avait oublié qu'elle avait le numéro de Severus, bien que pour égard pour son intimité elle l'avait classé en tant que S. Impulsivement, elle lui envoya un message.
Bon, mon été est une vraie merde. Et le vôtre ?
C'était une perte de temps que d'envoyer des messages à n'importe lequel de ses amis, vraiment – même Harry n'avait jamais prit la main pour ça. Elle n'attendait pas de réponse, mais à sa surprise son téléphone bipa seulement une minute plus tard.
Vous me brisez le cœur.
Regardant l'écran, elle sentit un sourire s'installer sur son visage.
Je suis une briseuse de cœur ? Flatteur. Est-ce que tous les Serpentards font de beaux discours ? Répondit-elle. *
La réponse était presque instantanée : Oui. Trompeurs, naturellement.
Ceci lui valut un rire faible mais ravi alors qu'elle composait à la hâte sa réponse. Elle rejeta sa première réponse – ce serait trop simple de commencer à flirter, et c'était une mauvaise idée à bien des niveaux, sans mentionner le fait qu'il en aurait ri jusqu'à en être malade. Et bien, avoir le sang froid serait utile dans cette chaleur.
Sa réponse vint aussi rapidement qu'avant. Il était manifestement assez familier avec les sms pour écrire des messages rapidement sans avoir à recourir au massacre de mots. Vous êtes en train de discuter du temps ? Vous êtes terriblement Anglaise.
Ainsi, je suis patriotique. Mais sérieusement, votre terrain doit être une fournaise.
Cela prit un peu plus de temps pour qu'arrive sa réponse cette fois-ci. Si c'est une tentative pour obtenir une invitation à venir voir vous-même, vous devriez vraiment travailler votre subtilité, Gryffondore.
Vous connaissez mes amis. Pourquoi aurais-je besoin de subtilité ?
Excellent point. Pourtant vous devriez trouver utile un certain degré de subtilité maintenant que vous êtes en plus illustre compagnie.
Hermione sourit, se demandant brièvement ce que son dictionnaire de téléphone lui avait suggéré. Son vocabulaire n'était pas vraiment ce que les fabricants de téléphone avaient eu en tête. Prenant un moment pour réfléchir à ses messages, elle réalisa qu'il avait raison et qu'elle avait essayé de se faire inviter à la caravane. Elle réalisa également que bien qu'il n'ait pas dit oui, il n'avait pas dit non non plus. Et, clairement, il s'ennuyait autant qu'elle. Prenant sa décision, elle envoya sa réponse. Je vais sans doute contracter la perfidie par une exposition plus fréquente à la susdite illustre compagnie. Une fois qu'elle l'eut envoyé, elle se rendit dans sa chambre pour se changer, et pour se rappeler du point de Transplanage qu'elle utilisait avant.
Son téléphone bipa encore alors qu'elle fermait sa porte à clé. Vous en parlez comme d'une maladie.
C'en est une. Une affection complexe et imprévisible avec plusieurs symptômes et, pourtant, sans traitement efficace. Mes recherches sont en cours. Répondit-elle, avant d'enfouir son téléphone dans sa poche et de se concentrer.
Quand le monde s'arrêta de tourner, elle était au coin d'un terrain proche de la route qui menait au terrain de la caravane. Elle étouffait autant de chaud ici qu'à la maison, en dépit du fait qu'elle était près de la mer, en dehors des terres. Tandis qu'elle commençait à marcher, son téléphone sonna encore, et elle lu le message en marchant. Ca semble sérieux. Des théories sur la cause ?
C'était probablement la conversation la plus irréelle qu'elle ait jamais eu avec quelqu'un, décida-t-elle, en envisageant plusieurs réponses possibles, alors qu'elle marchait sur le terrain et se dirigeait vers son van. Plusieurs théories, mais pas de preuves solides. Le sujet a une tendance à être un con narquois et peu coopératif. Le progrès est lent.
Elle était assez proche pour entendre le bip de son téléphone quand le message arriva, et elle cligna des yeux en voyant le van. Il avait installé un hamac entre la caravane et sa jeep, plus bas qu'habituellement, et était étalé dedans avec un bras enroulé derrière sa tête et son téléphone dans l'autre main. Il souriait légèrement alors qu'il lisait le message avant de presser rapidement des boutons. Le léger bruit de la radio flottait dans l'air à travers la porte ouverte derrière lui.
Hermione essaya d'étouffer le son de l'alerte qui annonçait un message sur son téléphone puisque sa réponse arrivait, bien qu'elle ait moins de réussite pour réprimer son rire quand elle le lit. J'ai toute confiance en votre insupportable obstination. Même si vos amis n'ont jamais rien exigé d'autre qu'une approche brutale, il y a toujours de l'espoir pour vous.
« Ce n'était pas très gentil. » Dit-elle tout haut en marchant vers lui. Il avait regardé autour de soi quand elle avait rit et ne semblait pas surpris de la voir. Apparemment elle avait correctement interprété le message.
« Exact. » Répondit-il en remuant légèrement pour mettre le téléphone dans sa poche. Son apparence la choqua, puisque elle avait commencé à se ré-habituer à le voir en robes et en habits plus officiels. Il portait un jeans décousu et un pâle tee-shirt gris qui était seulement à demi-boutonné, et il était pieds nus.
« Ce n'est pas un peu bas pour un hamac ? » Demanda-t-elle, baissant son regard vers lui. Le col ouvert du tee-shirt montrait le collier yin-yang qu'elle lui avait offert en janvier (pour autant qu'elle sache, il ne l'avait jamais enlevé, ce qui était plutôt mignon). Il laissait voir également une partie d'une cicatrice et la naissance de poils noirs qu'elle essayait de ne pas regarder.
« Pensez-vous honnêtement que je pourrais grimper et sortir d'un hamac normal avec ma jambe ? » Interrogea-t-il, en s'abritant les yeux de la main puisqu'il la regardait. Il semblait fatigué. « Même ça c'est délicat. »
« Vous n'avez pas répondu à la question, pourquoi vouloir y entrer ? »
« Comme vous l'avez précisément conjecturé, le terrain est une fournaise, presque littéralement. » Répondit-il d'un ton las. « J'ai dormi ici en fait la nuit dernière, dehors. Enfin, je me suis couché et j'ai fermé les yeux. Je n'ai pas essayé de dormir. »
« Vous m'en direz tant. » En convint-elle, en apercevant une chaise de terrasse abandonnée par une autre caravane proche et elle se servit nonchalamment. S'affalant sans élégance à côté de lui, elle essuya son visage. « Mon ventilateur est cassé. Je ne peux pas rester dans mon appartement plus longtemps : je fondrais. »
« Comment s'en sort la boule de poils ? »
« Oh, Pattenrond va bien. Il dort dans la baignoire avec le robinet qui goutte sur son dos de temps en temps. Et j'ai mis des glaçons dans son bol d'eau. Il va mieux que moi. Je lui dirai que vous lui avez demandé des nouvelles quand même. » Ajouta-t-elle dans un essai de sarcasme.
Il grogna doucement en retour, et après un moment changea de position. Elle ouvrit les yeux et les plissa quand elle le vit lever sa baguette. Un moment plus tard, deux bouteilles flottèrent par la fenêtre ouverte de la caravane et volèrent vers lui. « Severus ! Et tous les moldus ? »
« Par ce temps, ils penseront que c'était un mirage. » Répondit-il. « De toutes façons, ils sont tous à la plage à devenir complètement cramés en essayant d'ignorer les incessantes et interminables jérémiades de leurs enfants. » Il lui remit une des bouteilles, et elle tint le verre froid un moment avant de l'ouvrir. Cela s'avérait être de la limonade trouble, très froide, à un point presque choquant, et dans mélange parfait entre le sucré et l'aigre.
« Parfait. Merci. » Elle étudia la bouteille, qui ressemblait plus à une bouteille de bière qu'à autre chose, elle n'avait pas de marque. « Fait maison ? »
« En effet. »
« Vous vous ennuyiez vraiment, n'est-ce pas ? »
« Il fait si chaud que je pense que la télévision peut fondre, pas qu'il y ait quoi que ce soit à regarder. Je n'ai pas osé allumer l'ordinateur au cas où il surchaufferait. Et je ne peux pas me concentrer assez pour lire. Ca ne laisse pas beaucoup d'options. »
« Je connais ce sentiment. » Elle retomba dans le silence, savourant la douce musique et la boisson fraîche, le regardant d'un air absent. Il avait même une cicatrice sur le dessous du pied gauche, vit-elle, une coupure en dents de scie comme s'il avait marché sur du verre cassé. Son tee-shirt commençait à lui coller, et ses cheveux semblaient humides. Elle douta qu'elle ait meilleure allure. Ses cheveux n'étaient pas aussi indomptables qu'à l'accoutumée, mais ils avaient une tendance à friser dans d'extrêmes conditions climatiques, et même en jeans coupé et en débardeur il faisait trop chaud. « Par Merlin, c'est de la folie. Je pensais que le réchauffement climatique était supposé se faire graduellement. »
Il souffla un petit rire en réponse et sirota sa limonade. « Prenez une douche froide, si vous le souhaitez. » Offrit-il, ne prenant pas la peine d'ouvrir les yeux. « Je ne paie pas pour l'eau, le réservoir a un sortilège de recharge permanente, donc vous pouvez en prendre une aussi longue que vous voulez. »
« Ca a l'air… très tentant. » Admit-elle. « Mais je n'ai pas d'autres vêtements avec moi… » Il y avait toujours des sortilèges de nettoyage, mais elle ne serait jamais une bonne ménagère. Les sorts domestiques l'ennuyaient.
« Chambre, le second tiroir du bas. Vous pouvez emprunter un tee-shirt. Si vous voulez. »
« Je… » Elle hésita, en sentant la chaleur pratiquement suffocante l'envelopper, et changea d'avis. « J'ai trop chaud pour être polie. Merci. »
« Servez-vous. » Répondit-il vaguement.
La caravane était incroyablement chaude à l'intérieur. Ce n'était pas vraiment surprenant, étant donné que c'était pour l'essentiel une longue boîte de métal parquée la plupart du temps en plein soleil. Les portes aux extrémités étaient ouvertes, ainsi que les portes intérieures et toutes les fenêtres, mais il n'y avait pas de courant d'air. Avec précautions, elle entra dans sa chambre, trouva le tiroir et analysa les tee-shirts, en se demandant brièvement combien ça coûtait à cet homme si privé de lui permettre de s'immiscer si loin dans son monde. Tous les tee-shirts qu'elle trouvait seraient bien trop larges, mais elle en choisit finalement un bleu-gris délavé avec une feuille blanche de palmier sur le devant qui n'était pas moche. Elle n'avait aucune idée de pourquoi il l'avait. Ca ne lui ressemblait pas tellement, d'une manière ou d'une autre, et elle doutait qu'il ne l'ait jamais porté. Résistant fermement à l'envie de regarder dans ses autres tiroirs pendant qu'elle était là – il lui faisait confiance, et elle n'allait pas le trahir – elle se rendit dans la petite salle de bain et ferma la porte.
Elle se rendit compte qu'il n'y avait pas de verrou sur la porte. Une fois encore, ce n'était pas surprenant, puisqu'il vivait seul – elle fermait à clé sa propre salle de bain seulement par habitude, et la moitié du temps elle oubliait. Un sortilège de verrouillage la ferait se sentir mieux, mais ce serait aussi terriblement insultant – et soyons honnêtes, Hermione, est-ce que tu te plaindrais vraiment s'il entrait ? Elle regarda autour d'elle. Il n'y avait pas grand-chose à voir. Des toilettes, un tout petit lavabo, un cabinet de douche. Une étagère dans la douche soutenait une bouteille de shampoing, un gant de toilette et une bouteille de gel douche. Sur une étagère voisine à l'évier se trouvait une bombe de mousse à raser, un rasoir, une tasse avec un tube de dentifrice et une brosse à dents. Une étagère, en-dessous, soutenait une brosse à cheveux, un déodorant et un savon. Il y avait une tringle sous la petite fenêtre en verre dépoli avec deux serviettes accrochées dessus. C'était horriblement minimal et impersonnel, mais une fois encore, c'était une salle de bain. A quoi d'autre s'attendait-elle ?
Vaguement amusée par sa rêvasserie, Hermione se déshabilla rapidement et entra dans la douche. Le premier contact avec l'eau froide lui fit presque mal, mais après un moment son corps commença à se refroidir et elle se relaxa, se tournant pour inspecter les flacons sur l'étagère. Le shampoing était aux herbes, et d'après l'odeur, ça devait être de vraies herbes qui jusqu'à là poussaient dans le coin, ce qui signifiait probablement qu'il l'avait fait lui-même. Le gel douche était fruité. Elle utilisa les deux, soulagée de ne plus se sentir moite et mal-à-l'aise, et elle appréciait la chance de s'attarder sous la douche sans avoir à s'inquiéter du coût – sa facture d'eau avait récemment grimpé.
Quand elle s'habilla finalement et sortit avec la serviette humide, l'air commençait enfin à se refroidir tandis que les ombres s'allongeaient. Le hamac n'était plus au soleil, et Severus s'était endormi. Abandonnant ses tongs dans un souci de discrétion, elle suspendit les serviettes aussi silencieusement que possible, ne voulant pas le réveiller, puis s'assit sur les marches et le regarda dormir, fascinée par le fait d'entrevoir de lui un côté plus vulnérable.
Il paraissait plus jeune, endormi. Beaucoup de la tension dans son visage avait disparu, quelques uns de ses traits s'étaient adoucis. Il était cependant bon de garder à l'esprit qu'il était toujours dangereux. Sa baguette était à sa portée et elle avait vu à quel point ses réflexes étaient bons. Elle doutait qu'il était le genre de personne à dormir d'un sommeil lourd. Il ne ronflait pas non plus, ce qui, pour autant qu'elle sache, le rendait unique parmi ses amis mâles – et parmi quelques unes de ses amies, en y réfléchissant.
Après un bout de temps, ses yeux se mirent à bouger en-dessous ses paupières fermées, et elle se demanda ce à quoi il était en train de rêver. Elle espérait que ce n'étaient pas des cauchemars, mais soupçonna que c'était probablement des pensées positives. Il commença à tressauter un peu, aussi – pas à se battre dans son sommeil, mais plutôt à s'agiter comme un chien, bien qu'elle décida avec un petit sourire de ne jamais, jamais exprimer cette comparaison particulière en sa présence. En le regardant, elle fronça les sourcils. Qu'était-ce cette humidité sur son visage ? Peut-être qu'il était sujet à des sueurs nocturnes. Ca se produit pendant des cauchemars parfois… Cette pensée s'évanouit quand elle se pencha pour avoir une meilleure vue et réalisa ce que c'était vraiment.
Il pleurait. Silencieusement. Dans son sommeil.
Hermione le regarda pendant un long moment, se demandant si elle devait le réveiller. Il ne semblait pas avoir de cauchemars. Les mouvements de ses yeux étaient très lents, et les tressaillements occasionnels n'étaient pas vilains, sa respiration était profonde, et même régulière. Elle eut l'horrible sentiment que c'était quelque chose d'habituel pour lui. Peut-être que c'est ainsi qu'il s'en ait sortit pendant toutes ces années, songea-t-elle. C'est une espèce d'exutoire, et sans ça il serait devenu fou. Peut-être qu'il s'abandonne un peu lorsqu'il dort. Elle se demanda s'il était au courant, et se dit que non. Il n'aurait jamais relâché assez sa garde pour s'endormir à un endroit où quelqu'un pourrait le voir, s'il savait qu'il révélait quelque chose d'un peu personnel. Cela signifiait sans doute qu'il ne s'endormait que rarement, voire jamais, avec de la compagnie…
Elle n'était pas sûre du temps qui était passé, mais ça n'avait pas été long avant que le flot de ces larmes silencieuses ne diminue puis s'arrête. Severus soupira, remua pour changer de côté, et se détendit encore, tous ses mouvements cessant car il passait une fois de plus à un sommeil plus profond. Le mouvement avait un peu entraîné l'ouverture de son tee-shirt. Elle pouvait maintenant voir sa poitrine noire de poils, une cicatrice faisant un sillon sur elle, et une légère rondeur de muscle. Ca aurait pu la troubler si elle n'avait pas été si occupée à réfléchir à propos des larmes d'avant. Finalement, elle s'aperçut qu'il serait furieux s'il se réveillait et la trouvait en train de le regarder, et elle invoqua un livre, se limitant à un rapide coup d'œil à chaque bas de page.
Même son réveil lui donna un autre aperçu de lui. Tout le monde, d'après son expérience – les amis, la famille, les amants – prenait au moins quelques secondes pour s'orienter quand ils se réveillaient alors que leur cerveau enregistrait qui ils étaient et où ils étaient. Pas Severus. Il passa du sommeil à l'éveil complet sans passer apparemment par une quelconque étape intermédiaire. Un moment il dormait paisiblement, un moment plus tard il était assis, ses yeux alertes et sa baguette dans sa main – un réflexe automatique, supposa-t-elle. La remarquant, il se décontracta légèrement et glissa sa baguette dans sa ceinture. « Bonsoir. » Remarqua-t-il, semblant un peu gêné.
« Bonsoir. » Répondit-elle en souriant. « Vous vous sentez mieux ? Apparemment, vous en aviez besoin. »
« Humm. » Murmura-t-il évasivement en réponse. « Je ne m'attendais pas à ce que vous soyez toujours là. Même d'après mes normes habituelles, je ne peux pas croire que je sois particulièrement de bonne compagnie. »
« Oh, je ne sais pas… J'ai enduré pire. » Dit-elle aussi sarcastiquement qu'elle en était capable. « Et ce n'est pas comme si vous ronfliez ou autre. C'était très paisible, vraiment. De plus, il aurait été impoli de simplement utiliser votre douche et de partir. »
« Si vous le dites. » Il se souleva lentement en dehors du hamac et se leva pour s'étirer.
« Je le dis. Merci de me prêter le tee-shirt. »
Il lui lança un regard alors qu'il grimpait les marches de la caravane, la dépassant pour atteindre la salle de bain. Elle l'entendit marmonner dans sa barbe en passant : « Il vous va mieux qu'à moi. », et elle en fit presque tomber son livre, choquée, le regardant fixement jusqu'à ce qu'elle entende la porte de la salle de bain se fermer.
Qu'est-ce que ça signifie ? Elle sentit un autre frisson descendre le long de sa colonne vertébrale alors qu'elle songeait que quel que soit cette étrange attraction, elle semblait réciproque. C'était un développement inattendu. En y repensant, cela faisait sens – il avait moins d'amis qu'elle (en fait, il semblait n'en avoir aucun, excepté elle) et la seule femme ayant un peu près le même âge que lui à Poudlard ne devait même pas faire attention à lui – mais elle n'était pas encore complètement habituée à la notion que les hommes pouvaient la trouver attirante, même en vu des preuves accumulées pendant des années, qui confirmaient cela.
Un nombre important de petits signes, qui jusqu'à maintenant étaient passés inaperçus, lui vinrent à l'esprit à présent. Depuis les deux derniers mois environ – depuis un peu avant Pacques, en fait – il avait parut légèrement différent. Elle l'avait vu la regarder quelques fois intentionnellement, avec une expression curieusement troublée qu'elle n'avait pas pris en compte, comme ses expressions menaçantes habituelles, et il n'avait pas semblé savoir comment se comporter avec elle – un jour il pouvait faire de vrais efforts pour être moins hostile et plus courtois, et le jour suivant il était plus distant qu'il ne l'avait jamais été, oscillant entre les deux extrêmes comme si les mois précédents d'amitié tranquille n'avaient pas existé.
Bon. C'était… inattendu. Toujours en train de réfléchir, il lui vint à l'esprit qu'il paraissait passer beaucoup de temps dans la salle de bain, tout bien considéré. Se remémorant son expression quand il était passé à côté d'elle, Hermione se rendit compte qu'il n'avait certainement pas voulu le dire à voix haute, et qu'il s'était probablement parfaitement mis tout seul dans l'embarras. Son expression fermée et réservée, quand il réapparut finalement, le confirma. Elle estima qu'il était de bonne augure de prétendre qu'elle ne l'avait pas entendu, et aussi de faire semblant de ne pas avoir remarqué le mélange bizarre de soulagement et de quelque chose d'autre dans ses yeux.
Ça, c'était il y a une semaine. Pour diverses raisons, elle avait depuis passé la majeure partie de ses journées devant la caravane. Ça n'avait pas été si difficile que ça en soi. Il y avait quelque chose d'étrange dans l'air entre eux deux à présent, mais ce n'était pas de la tension, plutôt… une prise de conscience nouvelle. Et si elle pouvait sentir cette chose, se dit Hermione, alors Severus, le maître de l'espionnage, le pouvait certainement. Aucun des deux ne l'avait encore montré ouvertement, mais elle sentait qu'il y avait une certaine fatalité dans cela. Tôt ou tard, ils devraient admettre qu'il y avait quelque chose, là, entre eux.
Mais pour le moment, la canicule se manifestait avec la même violence, et il était plus facile de l'ignorer et de simplement apprécier passer du temps ensemble. Il passait la plupart du temps à cuisiner, principalement pour avoir quelque chose à faire. Elle apprit que plus un plat en particulier était exotique, et plus il reflétait son niveau d'ennui. La caravane était si chaude de toute façon que cuisiner ne faisait pas beaucoup de différence, bien qu'en général, le fait qu'ils ne mangeaient pas avant la tombée de la nuit apportait un peu de soulagement. A sa grande confusion, elle s'était endormie aussi, somnolant tout le matin. Tout ce qu'avait dit Severus quand elle essaya de s'excuser était que ce retour des choses était équitable, et il ajouta avec un sourire malicieux : « Et ce n'est pas comme si vous ronfliez. »
Ils regardaient des films, lisaient, ou parlaient. Sa collection de films (il avait juste commencé à évoluer vers les DVDs) était tout autant étrange et variée que sa musique, et finalement elle l'interrogea sur ça.
« Ce n'est pas un choix conscient. » Répondit-il d'un ton absent. « Je n'avais pas d'argent pendant un long moment. La plupart de mes films et de mes cds viennent de boutiques de bienfaisance et de ventes de particuliers. Ainsi que pour la plupart de mes livres, d'ailleurs. J'avais aussi des problèmes de concentration, pendant un moment, et c'était plus facile si j'avais un large éventail de genres disponible. »
« D'accord. »
« C'est mon tour pour les questions, je présume ? » C'était presque devenu un jeu, d'une étrange manière, de se rendre la balle chacun son tour pour poser des questions au hasard et hors de propos avec ce qu'avait demandé l'autre avant, sautant de sujet en sujet.
« Allez-y. »
« Qu'est-ce que vous faites ici ? »
« Quoi ? » S'asseyant – il lui avait donnée le hamac et s'était emparé d'un transat qu'il avait certainement volé à une caravane voisine – Hermione le regarda fixement. Il lui rendait son regard sérieux.
« Qu'est-ce que vous faites ici, Hermione ? » Répéta-t-il simplement. « Vous ne pouvez pas me dire que vous rêviez de passer vos vacances d'été entières à me regarder clopiner pour entrer et sortir de ma caravane cabossée et surchauffée, et à argumenter à propos du Parrain. Vous pourriez faire de bien meilleures choses. »
S'enfonçant dans le hamac, elle examina la question, profitant de ses filtres spéciaux pour les paroles-de-Severus qu'elle avait développés cette année. « Je n'ai pas d'agenda caché, je ne travaille sur rien, et ce n'est pas par pitié. »
Il parut presque frustré, triturant un bout effiloché de son jeans. « Ce n'est pas ce que j'ai demandé. » Ce qui n'était pas pareil que Je vous crois, remarqua-t-elle.
« Parce que… » Hermione hésita, en le regardant. Se rappelant des fois où il s'était ouvert à elle, même rien qu'un peu, et des fois où il avait montré qu'il lui faisait confiance (jusqu'à un certain point, au moins. Certainement plus qu'il ne faisait confiance à n'importe qui d'autre), quelque chose se brisa en elle, et elle lui dit la vérité absolue. « Parce que je suis seule, et que j'apprécie votre compagnie. »
Il cligna des yeux, son expression allant de frustrée à surprise, puis à une calme neutralité qui, d'une manière ou d'une autre, voulait signifier qu'il écoutait sans émettre de jugement. Elle prit une respiration, et commença à parler lentement, soulagée de finalement pourvoir le dire à quelqu'un.
« Tout le monde pense que je suis populaire. Héroïne de guerre, membre du célèbre Trio d'Or, professeur à la plus célèbre école du monde, une des plus célèbres sorcières du monde. C'est un mensonge, tout ça. Ma « célébrité » est basée sur la presse qui me déteste en grande majorité, qui débat indéfiniment sur l'identité de la personne avec qui j'ai couché ou avec qui je suis censée coucher ou avec qui je vais coucher prochainement. La seule famille qu'il me reste sont mes parents, et ils ne refusent pas seulement de me parler : je ne sais même pas où ils sont ou bien s'ils sont encore vivants. Mes collègues de travail… Ils sont adorables, pour la plupart, mais ils ont aussi été mes professeurs, et le gouffre générationnel rend cela difficile. Il y a eut tant d'histoires avec eux que c'est difficile d'être juste amis, et je n'ai pas grand-chose en commun avec aucun d'entre eux de toutes façons. Le seul à qui je peux vraiment parler est Neville, et il a sa propre vie.
Et en ce qui concerne mes amis, je n'en ai jamais eu beaucoup. Ca a toujours été Harry et Ron, vraiment, et Neville, et plus tard il y a eu Ginny et Luna. Ces jours-ci… Et bien. Je sais que l'amitié dans une école avec internat est un peu insolite, nous compensons tous le fait d'être séparés de chez nous et de notre famille. Je sais que les choses allaient forcément changer une fois que nous serions partis. Mais… maintenant ils n'ont plus besoin de copier sur moi pour leur devoir, et parfois c'est comme si je ne sers plus à rien, comme si l'effort n'en valait pas la peine. Quand nous nous voyons, qu'importe que j'essaye de parler de quelque chose qui se passe dans ma vie, ça ne semble pas important. J'ai l'habitude de ressentir ne pas valoir la peine d'être écoutée, et je déteste ressentir cela. Mais qu'importe ce que j'essaye de leur dire, j'ai l'impression d'exagérer. Luna est la seule à qui je peux parler comme avant, parce que les lois habituelles ne s'appliquent pas à elle, mais je ne la vois pas très souvent et il y a des choses qu'elle ne comprendra pas, bien qu'elle ait tenté de le faire. Elle est une bonne amie, mais nous sommes vraiment différentes.
Je… suis très seule, parfois. Avant l'année dernière, je pouvais passer des jours sans parler à personne. A moins que Pattenrond ne compte, mais les mauvais jours je pense que même lui en a marre de m'écouter. Mais avec vous, c'est… différent. Je n'ai pas peur de vous parler. Ce n'est pas comme si je devais surveiller mes mots avec vous. Nous apprécions beaucoup de choses identiques, et c'est merveilleux de pouvoir parler de… philosophie, ou comment les positions face à la Métamorphose ont évolué au quatorzième siècle, ou d'Arithmanciens célèbres, sans que j'ai l'impression d'être – un rat de bibliothèque, ou ennuyante. Et même quand nous parlons de quelque chose, pour laquelle, je pense, vous n'avez pas d'intérêt particulier, vous êtes assez poli pour écouter. Quand nous ne sommes pas d'accord sur quelque chose, vous ne supposez pas tout de suite que je dois avoir tort. Vous êtes prêt à écouter mon raisonnement. Quand on a parlé de mon travail et de ce que je veux enseigner, avant la fin du trimestre – vous êtes la première personne qui ait vraiment jamais été intéressé par mes projets, mes rêves. Oh, mes autres amis m'ont supporté, de leur façon, mais ils ne s'y intéressaient pas vraiment. Je ne sais pas si ça vous intéresse ou pas, mais vous avez montré un intérêt. Quand vous me demandez ce qu'il se qu'il se passe, je sais que vous allez vraiment écouter ma réponse. Vous ne voulez pas juste que je mente et que je dise que je vais bien.
Donc… c'est pourquoi je suis ici, je suppose. Parce que d'une étrange manière, vous êtes un bon ami, et parce que je suis presque aussi seule que vous, et parce que j'aime être ici. »
Il y eut un très long silence une fois qu'elle eut finit de parler. Severus était devenu très calme, de sa propre façon, et il regardait au loin avec un froncement de sourcils soucieux. En ce qui la concernait, Hermione se sentait presque délivrée d'avoir finalement dit à voix haute ce qui la tracassait depuis des années, sans mentir.
Finalement, il exhala lourdement et dit lentement :
« Bon, ça vous a fait du bien. »
C'était comme s'il lui avait donné un coup de poing dans l'estomac, elle était stupéfaite. Mais avant qu'elle ne puisse répondre, il recommença à parler et pendant qu'il continuait elle comprit un peu de ce qu'elle voyait sur son visage.
« Comment avez-vous pu passer tout ce temps à veiller sur cette paire d'imbéciles ? Pour aboutir à quelque chose de vaguement utile ? Comment avez-vous pu trouver le moyen de sauver le monde magique ? Comment avez-vous pu endurer cette torture pour leur santé à eux ? Quelle garce égoïste, il est clair que vous devez être punie. Par Merlin, je ne comprends plus rien au monde ! »
Il secoua la tête, la colère brûlant dans ses yeux noirs, sa voix rugueuse devenant un grognement. « J'ai mérité mon isolation, par des décennies d'actes épouvantables, par une morne et désagréable personnalité. Je ne peux pas comprendre comment quelqu'un comme vous finisse dans la même situation. Vous êtes l'exact opposé de… Vos soi-disant « amis » sont encore plus stupides que je l'ai toujours cru, et je ne pensais pas que c'était humainement possible. L'intelligence n'est pas un crime, et ils vous la doivent, plus qu'ils ne peuvent le réaliser. »
« « Ils » ? » Demanda-t-elle faiblement, tentant de suivre son étrange humeur. « C'est qui « ils » ? »
« Tout le monde ! » Gronda-t-il. « Est-ce que personne d'autre n'a remarqué que sans vous, le précieux Garçon-Qui-A-Survécu n'aurait pas survécu pour voir son douzième anniversaire ? »
Son indignation en sa faveur était exactement ce dont elle avait besoin, et la chaleur que cela provoquait rendit tous ses muscles liquides tandis qu'elle se détendait, perdant les nœuds de tension dont elle n'avait jamais prit conscience. Brusquement, une étrange pensée lui vint à l'esprit, et elle fronça les sourcils. « Aider à sauver le monde… aider à garder Harry vivant… endurer des horreurs pour la santé de gens qui n'en ont rien à faire… Severus, vous vous décriviez vous-même à l'instant, en même temps que moi. »
Pris au dépourvu, il la regarda fixement, sa colère s'effaçant tandis qu'il y pensait. Finalement, il dit calmement : « Apparemment, nous avons été deux à être punis. J'ai toujours eu l'impression que ma punition bien méritée était la résultante de mes nombreux pêchés, non pas celle de mes « bonnes » actions – si bonnes elles étaient. Mais si vous êtes dans la même situation, peut-être que j'avais tort… Veritas odium paret."
"Veritas veut dire vérité…Je n'ai pas compris le reste."
« Cela signifie « La vérité provoque la haine ». Si c'est la récompense qu'ont les héros, j'aimerais autant ne pas en avoir. »
« Je suis d'accord. » Répondit-elle chaleureusement. Elle avait pensé pendant longtemps que la façon dont il était traité n'était pas juste, quand, sans lui, ils seraient tous morts ou dans un état tel qu'ils auraient souhaité la mort. Il avait fallu cette conversation avec lui pour qu'elle se rende compte que la façon dont elle était traitée n'était pas juste non plus. Elle lui fit un large sourire, se sentant décidément étrange. « Je commence à comprendre ce dont vous parliez à la veille du Jour de l'An. »
« Et bien, d'habitude j'ai raison, surtout quand c'est sur ce sujet en particulier. » Lui dit-il, se levant pour lui offrir une main. « Venez à l'intérieur. Je vais faire de la sangria. Est-ce que j'ai bon souvenir : vous m'avez dit que vous n'aviez jamais vu Good Morning Vietnam ? »
« Tout ça m'a l'air presque parfait. » Répondit-elle, le suivant à l'intérieur et trouvant la cassette sur l'étagère bondée.
« Vous avez été définitivement trop longtemps seule, si c'est votre idée de la perfection. »
« Si les autres gens n'aiment pas ça, ils ne peuvent que se blâmer eux-mêmes. » Lui dit-elle en commençant à rire – elle n'avait jamais ressenti de telles choses auparavant, un étrange mélange de défiance, de colère, de haine, d'incrédulité, d'humeur résignée et de quelque chose qui se rapprochait de la peur, toutes ces émotions étant teintées d'une amertume presque douloureuse. Est-ce que Severus se sent ainsi tout le temps ?
Elle vit dans ses yeux qu'il comprenait parfaitement comment elle se sentait, puis il commença à rire aussi, son rire profond et rouillé venant se marier au sien dans cette chaude soirée d'été.
Hermione se réveilla le jour suivant avec un gros mal de tête, une fiole contre la gueule de bois sur la table de la caravane, un coussin sous sa tête alors qu'elle était allongée sur l'un des sofas, et le bruit de la douche qui coule. Lentement, les souvenirs refaisaient surface – ils avaient bu dans un espèce de défi, jusqu'à écœurement, en regardant d'horribles films et en pestant de manière générale sur toutes leurs connaissances communes (elle avait apprit un grand nombre de secrets intéressants sur les divers membres de l'Ordre. Kingsley en particulier semblait avoir une vie personnelle très haute en couleurs) avant qu'elle ne finisse par s'évanouir.
Au moment où elle avait rassemblé l'énergie nécessaire pour trébucher jusqu'à la table et boire la potion qu'il lui avait laissée, Severus émergea de la douche – complètement habillé, à sa secrète déception – et commença son petit-déjeuner. Par bonheur, il ne faisait pas aussi chaud que les jours précédents, et cela, combiné au soulagement de sa gueule de bois qui partait, la fit se sentir plus ou moins humaine.
« De retour dans le monde réel ? » La salua sardoniquement Severus, en cassant des œufs dans un bol.
« Presque. » Acquiesça-t-elle d'un air piteux. Elle fit courir ses doigts dans ses cheveux et grimaça en rencontrant des nœuds. « Que diable y avait-il dans ce truc ? Ça n'avait pas le goût de la sangria, selon moi. »
« C'était la version bon marché de la sangria. Du vin rouge, du jus d'orange et de la limonade. Essentiellement du vin, en fin de compte. Le vin rouge provoque toujours une gueule de bois – quand on boit autant qu'hier soir, en tous cas. » Il indiqua la porte ouverte. Hermione regarda à l'extérieur en fronçant les sourcils, et cligna des yeux à la vue de la boîte remplie de bouteilles vides.
« On a bu autant ? Je suis déjà surprise de me réveiller. »
« Elles ne datent pas toutes de la nuit derrière, mais pour la plupart, si. »
« Bon, il m'a semblé que c'était une bonne idée, sur le coup. Vous n'auriez pas dû m'y encourager, cependant. » Se sentant mieux, elle avança vers la cuisine. « Qu'est-ce qu'il y a pour le petit-déjeuner ? »
« Du pain doré ? »**
« Fantastique. Je peux encore utiliser votre salle de bain ? Je dois me laver les dents. »
« Faites comme chez vous. »
« Après le petit-déjeuner, je dois aller voir Pattenrond pour m'excuser. Je ne serai pas longue. »
NOTE DE L'AUTEUR : Le chapitre suivant est l'un des plus importants de toute l'histoire…
Note personnelle : oh oui, vous allez l'adorer le prochain, en espérant pouvoir le poster… Je suis désolée, je suis actuellement un double-cursus, et mon temps libre est très restreint, même si c'est toujours un plaisir de traduire l'histoire. Au pire, attendez la fin de l'histoire, et vous lirez tout d'un coup si vous ne voulez pas perdre le fil…^^
Si vous avez une illumination pour le passage délicat au tutoiement dans ce chapitre… Il viendra, au pire, dans le prochain.
Merci d'être toujours là !
*faire des beaux discours : to have silver tongues en anglais (avoir des langues en argent, littéralement), j'ai pensé que vous aimeriez être au courant, pour percevoir le bon choix des mots de l'auteur, et la connotation du discours.
**French toast, à l'origine.
