Titre: Le complexe de Dieu

Résumé:

Une faction d'anges veulent reprendre le Paradis en main et faire un coup d'état .
Pour cela ils ressuscitent Gabriel qui n'a rien demandé. Mais pourquoi ? Dans que but ?
Les Winchester se trouvent aux prises avec ce nouveau problème, et de taille. Et Gabriel est devenu humain. Sabriel. Seulement le début de la saison 8 en compte (pas les tablettes ni les portes de l'Enfer)

Rating:

M

Disclaimer:

Je ne possède pas la série Supernatural (loin de là) et n'en tire aucun profit.

Bonsoir ^^ Je vous remercie pour tous vos commentaires aussi géniaux que nombreux ! Pour un premier chapitre je suis vraiment ravie !

J'espère que celui ci vous plaira aussi, je vous souhaite une bonne lecture ^^

Eith: Merci pour ton commentaire très sympathique et tes compliments qui le sont tout autant. Oui c'est plutôt sadique je l'avoue Gabriel en bave XD J'essaye de respecter le caractère des personnages, mais j'ai quelques appréhensions avec Gabriel je l'avoue donc je suis contente qu'il t'ai plu dans ce premier chapitre ^^ Tu me diras si j'ai géré pour celui ci XD

Ignis: Et ouiiii un Sabriel *w* Non je l'ai pas du tout loupé notre petit Gaby XD Il pourrait presque porter plainte à la ligue des personnages martyrisés ^^ merci de ta review ^^


Chapitre II

Un réveil tout en douceur.


Sam contemple un coin de mur d'un air vide. Pas assez concentré pour lire le livre posé par terre. Il balaye de son regard fatigué la forme allongée sur le lit. Il se lève, passe une main sur le front fiévreux de l'homme blond et se rassoit, consulte sa montre. Une bonne moitié de la nuit qu'il est là. La relève ne devrait pas tard-

Un bruissement d'ailes et Castiel apparaît. «Je viens prendre le relais -murmure l'ange- comment va-t-il ? »

« Pas mieux, pas pire. Il est stable à trente huit cinq pour le moment, tu me préviens, moi ou Dean s'il y a du changement. »

Un bâillement écorche la fin de la phrase. Sam se frotte les yeux d'un geste lasse, ne parvenant qu'à rendre sa vision plus trouble encore.

« Va te coucher, Sam. Tu n'as pas dormi depuis combien de temps ?» s'enquit l'ange.

Second bâillement. « Aucune idée, trois jours peut être ? On était sur une affaire.»

Ils sont tout le temps sur des affaires depuis que son frère est revenu. Dean se vide l'esprit de Purgatoire. Un moyen comme un autre de s'empêcher de penser. Un moyen que les Winchester affectionnent particulièrement. Sam s'éclipse de la chambre du blessé. Ses jambes sont en plombs. Sa tête flotte, déjà dans un univers alternatif. Il pousse la porte de sa propre chambre, ou de la chambre qu'il a choisi comme telle parmi la dizaine de disponibles et s'écroule plus qu'il ne se couche. Il s'endort à poings fermés en quelques secondes.

Secousse.

Il sursaute, par réflexe ses doigts plongent à toute vitesse sous l'oreiller et en ressortent un revolver. Il cherche frénétiquement qui vient de le tirer du sommeil. L'afflux d'adrénaline fait battre son cœur, accroît ses sens. Une silhouette se découpe dans les ténèbres.

« Sam c'est moi. »

Il laisse retomber son arme.

« Castiel ? »

« Il a beaucoup de fièvre, je ne crois pas que... »

« Combien ? » demande le chasseur en se redressant.

« Quarante et un. »

« Quoi ? Merde !» Le chasseur file à toute vitesse dans le couloir.

« Dean l'a amené dans la salle de bain. »

« Je vais chercher des glaçons. »

« Moi aussi. » Castiel s'envole.

Sam court vers un réduit où est entreposé un ancêtre du congélateur. Il ouvre les bacs d'un grand coup, farfouillant dans tous les sens. Ses mains rapidement frigorifiées. Il n'y a pas de glaçons. Pas encore inventés sans doute. Le chasseur cherche frénétiquement n'importe quoi qui peut servir, n'importe quoi. Dans le dernier bac, il y a des petits sceaux de glace pilée. Parfait. Il en attrape autant qu'il peut et court à la salle de bain, les anses de fer s'enfoncent cruellement dans ses paumes. Dean a déjà plongé Gabriel dans la baignoire d'eau froide.

« Dean ! Y en a d'autres dans le réduit 8B. »

« Je fonce ! »

Sam verse la glace dans l'eau. Le blessé frissonne mais son visage conserve une couleur rouge soutenue. Castiel revient juste au bon moment avec deux glacières remplies à ras bord de glaçons. Grondant sous l'effort, les chasseurs déversent l'intégralité de leur contenu dans la baignoire.

Gabriel sort brusquement de son sommeil comateux en hurlant quand les cubes dévalent sa peau brûlante. Il se débat dans sa gangue de glace et d'eau, ses mouvements rendus patauds par les vêtements. Incapable de reprendre son souffle, sa poitrine se soulève en vain. La respiration coupée par la température polaire. Un coup de massue sur son torse. Il se fige, tétanisé. Électrisé par le choc thermique.

La fièvre et la glace entre en collision. Collision brutale. Des soubresauts agitent ses membres de convulsions incontrôlables. Ses dents claquent tandis que l'eau gelée pénètre jusqu'à ses os. Si lourde. Si glaciale. Des millions d'aiguilles douloureuses s'enfoncent dans sa peau. Il a tellement froid qu'il a mal. Il est tellement gelé que le froid brûle. Il a l'impression de mourir.

La chaleur n'existe plus. N'a jamais existé.

Qu'est ce que la chaleur ?

Il va mourir. Trop froid. Beaucoup trop froid. Et puis il y a cette frayeur. Cette frayeur irrationnelle qui lui tord les entrailles. Il veut se lever mais des pressions sur ses épaules l'en empêchent.

« Non ! Laissez moi ! Laiss- »

« Hé ho le débile, on se calme c'est nous. »

Cette voix...

Son cerveau désorienté par la brutalité du réveil se recentre. Il connaît cette voix. Celle de Dean Winchester. La panique qui voilait sa raison s'étiole. Il y a trois personnes autour de lui. Trois personnes qu'il connaît bien. Ses muscles se relâchent.

Soulagement.

« Désolé pour le bain, c'était le seul moyen de faire baisser la fièvre. » avance le plus grand des trois acolytes.

Mais c'est trop pour son corps épuisé par la fièvre et les blessures. Sa tête se met à tourner. Sa vision se met à tanguer. Gabriel retombe dans la baignoire, inconscient. Et cette fois si, c'est l'eau qui tangue. Droite. Gauche. Droit Gauche. L'eau qui chante.

Des flots de glaçons noyés roulent autour de son visage blême. Constellations d'icebergs perdus dans le sang de l'océan. Les fragments de banquise vont et viennent. Bercés par les vagues qui tapent l'émail. Qui veulent s'enfuir. Les mèches dorées balancent sous les ondoyances. Couronne de soleil abîmée dans un ciel liquide.

Les ondulations s'adoucissent progressivement. Se calment. S'éteignent en caresses sur les joues pâles.

.

.

.

« On devrait peut être le sortir non ? » demande Sam.

Dean ne prête pas grande attention aux paroles de son frère. « Il commence à ressembler à un schtroumpf. »

Castiel ne connaît pas la référence. « Qu'est ce qu'un...schtroumpf ? »

« C'est un genre de mini nain de jardin tout bleu, à moitié nudiste, qui vit dans des champignons et qui dit tout le temps - ! »

Sam roule des yeux. « Dean... » cherchant un soutien auprès de l'ange qu'il ne trouve pas, ce dernier incline la tête sur la côté. Perplexe.

« Qu'est ce que entends par à « moitié nudiste » exactement ? Et quel est l'intérêt de vivre dans des champignons ? »

« Dean... »

« J'explique à Castiel la vie des schtroumpfs. »

« Aide moi ! » râle Sam.

« Ah oui désolé. »

.

.

.

« ….Il est plutôt lourd l'emplumé. »

« La ferme et traîne. »

Dean ouvre la bouche pour continuer sa dissertation sur les petits hommes bleus mais Sam lui coupe la parole une fois de plus.

« Traîne en silence. Et fais attention aux marches.»

« T'as raison il risque d'avoir des bleus. »

« T'es lourd. »

« C'est lui pas moi. »

Dieu que Sam a envie de dormir, là, maintenant, tout de suite. Quand il est enfin de retour dans sa chambre il est sept heures du matin. Un détail l'agace. Quelque chose lui échappe, quelque chose d'essentiel. Qu'est ce c'est ? C'est en rapport avec l'archange. C'est important. Morphée est plus forte que Sam. Et Morphée gagne toujours, tôt ou tard. Tant pis. Il dort d'une traite jusqu'à midi.


Poussant un soupir de satisfaction, Dean s'assoit devant son assiette et commence à dévorer comme s'il n'avait pas mangé depuis deux jours.

« Pas mauvais du tout ce poulet grillé. » Il plante sa fourchette dans une pomme de terre et l'agite sous le nez de Sam qui mange plus posément en face. « Tu vois c'est que je sais faire la cuisine ! Et toi qui doutais de mes talents de cuistot. »

« Faire la cuisine ? »

« Et tout seul ! »

« Donc pour toi faire la cuisine c'est ça ? »

« Bah en gros oui. »

« J'appelle plutôt ça « mettre le poulet tout prêt dans une assiette et le faire réchauffer. ». »

« Je n'ai pas fait que ça ! » s'indigne Dean, la bouche pleine de pommes de terre à demi mâchées.

« Ah pardon, tu as enlevé l'emballage et tu as fait l'aller retour jusqu'en ville. »

« Exactement ! Ne minimise pas mes actions. Et tu oublies les patates. »

Petit reniflement de son cadet. « Tu veux parler de celles déjà découpées en cubes dans le frigo ? Il te restait juste à ouvrir le sachet et les faire cuire. »

« Et quelle est la définition de la cuisine môssieur Stanford ? Cuire des trucs ! »

Sam pouffe. « Pas tout à fait. »

« Quasiment. Je suis meilleur que toi, c'est pour ça que tu refuses de reconnaître que ce que j'ai fait cuire est délicieux. »

« Meilleur que moi ? »

« Parfaitement. Je possède les compétences de base. Acheter, découper l'emballage et en cas de nécessité, passer au micro-ondes ou à la poêle.»

« Je dois donc t'appeler « Chef » ? » se moque Sam en piquant un morceau de poulet dans l'assiette de son aîné.

Dean grimace en répondant. « Tu viens de voler dans mon assiette ? »

« Perspicace. »

Un sourire goguenard aux lèvres, Sam chaparde trois cubes de pommes de terre. En représailles Dean arme sa fourchette, et fond sur le repas de Sam mais ce dernier part l'attaque d'un revers. C'est un comportement purement gamin mais ils en ont besoin l'un comme l'autre pour évacuer le stress de la nuit.

« Je suis un Chef et toi, vulgaire commis aux poubelles, tu oses voler ma nourriture ? »

« C'est moi le cuistot de la famille, retourne à la plonge. »

Dean adopte un air dégoûté en tentant une offensive furtive sur la gauche. « A chaque fois que tu fais le repas j'ai droit à des légumes ou des salades de légumes ! Et pire que tout...des salades à la salade ! Rien ne vaut un bon steack. »

« Je t'empêche de sombrer définitivement dans la malbouffe, tes artères me remercieront dans quelques années. »

« Je serais bien assez vieux et édenté plus tard pour manger tes saletés diététiques. »

Les attaquent fusent de part et d'autre de la table. Verbales et physiques. La pointe d'une fourchette par ici. Une disparition inexpliquée par là. Les aliments diminuent de chaque côté, volés à la vitesse de l'éclair et au final Dean et Sam mangent le repas de l'autre.

Il ne reste plus rien dans les assiettes, sauf dans celle de Dean où un ultime morceau de viande n'a pas encore été englouti, par un miracle qui relève à coup sûr du divin. Le regard des deux frères convergent vers le même point. Leurs mains se serrent sur les couverts. Leurs yeux se croisent. Vengeurs.

« N'y pense même pas. » gronde Dean.

« J'vais me gêner. »

Leurs yeux se plissent au même moment. Leurs doigts tapotent lentement le fer de leurs armes. Qui passera à l'action le premier ? Qui clignera des yeux en premier ?

Dean incline son cou à gauche. Craquement.

Sam incline son cou à droite. Craquement.

Ils s'humidifient les lèvres. Se défient du regard. Se provoquent. Il ne manque plus qu'une musique de western en fond sonore.

« Tu le regretteras. » ricane Dean.

« Jamais. » Et Sam s'élance pour l'assaut final. « Vive le bio ! »

Dean avance sa défense, personne ne touchera à son bien ! « Longue vie aux fast food ! »

Les armes s'entrechoquent en un crissement métallique. S'immobilisent. Chacun essaye de faire ployer l'autre. Les deux couverts croisés tremblent sous la lutte de leurs deux forces opposées.

« C'est le mien, grande courge. » râle Dean, louchant sur sa fourchette sale, arrêtée à quelques centimètres de son visage.

« Pas pour longtemps, vieux tacos. » Sam réussit dévier la force de Dean et plante les dents de la fourchette dans la viande. Victorieux il rapatrie son larcin en s'exclamant : « Alors qui est le commis aux poubelles maintenant ? Légumes pendant un mois pour le perdant !»

Dean ne renonce pas, ne s'avoue pas vaincu. Légumes pendant un mois ? Plutôt mourir ! Il donne un coup de pied dans le tibia de Sam et celui ci perd son couvert des mains qui tombe sur la table. Le morceau tant convoité roule. Roule. Il s'arrête devant Castiel.

Castiel qui se tient raide comme une planche depuis le début du repas.

Castiel qui n'a pas bougé.

Castiel qui n'a pas décroché un mot.

Castiel au visage de marbre.

Castiel qui ne bouge toujours pas.

Qui ne parle toujours pas.

Les sourires un peu factices des frères glissent. L'amusement éclate. L'amusement éclate devant deux yeux bleus perdus dans le lointain. Deux yeux tristes. Le turquoise terni, assombri. C'est la brume qui a oublié son écharpe nébuleuse sur un lagon.

« Castiel ? »

N'obtenant pas de réponse, Dean se lève et pose une main sur son épaule.

«Cas' ? »

Les lagons perdent leur fixité. Se recontactent avec la réalité. Le brouillard se dissipe. La tristesse non.

« Oui ? »

« Est ce que ça va ? »

« Oui. »

Les Winchester échangent un regard. Pas convaincus du tout.

« Tu ne sais pas mentir, tu le sais bien. Qu'est ce qui te chiffonne ? »

« Je vais bien Dean. »

Sam n'en croit pas un mot. « Tu devrais être content depuis le retour de Gabriel, non ? »

« Oui. Je le suis. »

« Cache ta joie. » ajoute Dean.

« Je suis content de voir mon frère. » répète Castiel, presque mécaniquement.

Sam scrute l'ange. Il veut des réponses et il sait que Castiel en a. « Oui, bien sûr que tu es heureux qu'il soit revenu mais il y a autre chose. »

« Autre chose ? Je suis inquiet pour lui. »

Sam repère la prudence dans sa voix. « Pour commencer, voilà que Gabriel débarque on ne sait d'où alors qu'il était censé être mort. »

« Ce n'est pas la première fois que ce genre de situations arrive. Dans votre périmètre de fréquentation les retours inattendus sont très récurrents. » dit froidement l'ange.

« Non je te le concède. Mais qu'un archange ne puisse soigner ses propres blessures. Et qu'un ange en soit tout aussi incapable, c'est plus que bizarre. C'est anormal. »

Le silence s'épaissit. Le regard gris affronte le regard bleu. L'ange serre les lèvres. L'humain resserre l'étau de ses iris. Sam ne cédera pas. Il sait qu'il a raison. Il sait que l'ange cache quelque chose. « C'est anormal, Cas'. »

Dean intervint. « Autant que tu nous dise maintenant ce qu'il se passe.»

Castiel baisse lentement la tête vers ses chaussures. Plusieurs secondes filent.

« Alors ? Complètement anormal ?»

« C'est...c'est possible. »

« Je le savais. » marmonne Sam.

« Mais je ne peux pas en dire plus. »

« Pourquoi ? »

« Cette décision ne m'incombe pas. »

Frustré, Sam fronce les coins de sa bouche. « Il faut qu'on sache ! Si Gabriel a fait quelque chose ça peut nous retomber dessus. »

« Je ne sais pas ce qu'il a fait, je sais juste qu'il a un...problème. »

« De quelle nature ? »

Castiel secoue la tête. Non ce n'est pas à lui de le dire. Pas à un lui. Ce serait un manque de respect envers son frère. Dean tapote l'épaule de l'ange au trench et s'adresse à Sam. « Il ne va rien nous dire. Laisse le. »

« Mais ça pourrait nous compromettre, quoi que ce soit. Si Gabriel a été ramené ce n'est pas pour rien. »

« Je sais Sam. »

« Qu'on sache un peu à l'avance les ennuis qui vont immanquablement arriver. »

« Je sais Sam. »

« Mais... »

« On aura qu'à interroger l'autre zozio évanoui à son réveil. »

« Tu veux dire, s'il se réveille. Je te rappelle que sa fièvre est montée jusqu'à quarante et un et qu'on a dû le plonger dans un bain de glace. »

« S'il ne se réveille pas, le problème est réglé de toute façon. »

Se rendant compte de ce qu'il vient de dire, Dean tente de s'excuser.

« Ce n'est pas ce que je voulais dire Ca- »

Sam l'interrompt, il vient de réaliser. Voilà ce qui lui échappait la veille ! La dernière pièce du puzzle s'imbrique en un flash de connexion spécial. Tellement évident, pourtant. Oui, c'est forcément ça. Toute la colère naissante a brusquement disparu. L'apaisement, une des deux facettes de la connaissance. La facette blanche.

Sam n'a pas besoin de dire le moindre mot. Castiel déchiffre l'expression de son visage. Sam hausse un sourcil interrogateur en une question silencieuse. L'ange hoche la tête. Gravement. Clarté de cristal qui teinte la musique de l'évidence. Parfois, les mots n'ont pas besoin de sons pour parler. Mais il ne suffit pas de regarder. Encore faut-il savoir lire. Et Castiel lit beaucoup de choses dans les yeux de Sam. Excuses. Compassion.

Une compassion qui inonde le gris comme la lune inonde la mer.

Une compassion vraie. Une compassion sans faux semblants. Parce que Sam est ce genre de personne malgré tout ce qu'il a fait, tout ce qu'il a subi. Tout ce qu'il a caché. Tout ce qu'il a détruit. Tout ce qu'il a construit. Tout ce qui l'a fait grandir, aussi. Sam est ce genre de personne. Le genre qui comprend. Qui entend les paroles. Qui entend le silence.

Une pointe de chaleur s'allume dans la poitrine de l'ange. Un élan d'affection pour un ami. Un simple battement de paupière suffit. Merci.

Devant cette complicité toute inédite entre son frère et l'ange, Dean reste totalement largué. D'habitude c'est lui aux premières loges, à la place spéciale Castiel VIP. Pas cette fois. Il se sent mis à l'écart. Brisant l'échange intensif, il se racle la gorge. « Vous êtes bien gentils tous les deux mais est ce que quelqu'un aurait l'amabilité de m'expliquer à moi, qui ai séché pendant les cours de télépathie troisième langue ? »

Sam se tourne vers son aîné.

« Qui peut être malade ? Qui peut avoir de la fièvre ? Qui peut en mourir ? Nous, Dean. Les humains. »

L'explication se fait jour dans l'esprit du chasseur.

« Oh tu veux dire que... »

« Il a perdu ses ailes. » confirme Castiel d'une voix douce. « Je vais voir comment il va. » ajoute-t-il en se dirigeant vers la chambre attribuée à l'ange déchu.

Dean ne dit rien. Sam pas d'avantage. Que peuvent-ils bien dire ? Il n'y a rien de plus à dire. Ils se dirigent chacun vers le salon. Le mutisme accompagne leurs pas.

Le salon comporte deux canapés et trois fauteuils. Ils ont chacun leur canapé attitré. Sam attrape un livre sur la table basse et commence à lire. Dean attrape l'ordinateur de son frère et commence à... Non, Sam ne veut pas savoir ce qu'il fait dessus. Parfois il vaut mieux rester dans l'ignorance. Plusieurs heures plus tard, la température de Gabriel qui a chuté drastiquement après son immersion forcée est remontée légèrement pour se stabiliser à trente neuf.

Lassé, Sam finit par parcourir le journal. Il faudrait vraiment installer une télé ici. Oh, tiens une possible affaire à la page neuf. Il entoure l'article suspect d'un trait rouge quand il voit Dean débouler vers lui.

« Il est réveillé ! Enfin !»

« Tu as l'air bien guilleret. »

« Plus vite il sera debout, plus vite il sera parti. »

« Ne rêve pas trop, ses plaies ne vont pas guérir du jour au lendemain. »

« Il va rester ici ? »

« On a pas trop le choix. Il n'a nul part où aller. » Sam sourit à demi quand Dean se renfrogne. Mais il n'est pas plus réjouit que lui. Loin s'en faut.


Dean ouvre la porte d'un geste si brusque que le battant claque contre le mur. « Alors l'enquiquineur au bois dormant, enfin debout ? » ricane-t-il

Le dit enquiquineur est assis sur le matelas, effectivement bien éveillé mais pas encore debout. Son teint a retrouvé sa couleur naturelle. Il semble aller plutôt bien note Sam. Du moins aussi bien que l'on peut aller dans ces conditions.

« Il semblerait. »

« Nous sommes tellement ravis de te voir. » enchaîne acidement l'aîné Winchester.

Gabriel arrondit les lèvres d'un air innocent. « Crac. »

« Crac ? »

« Le bruit de mon pauvre petit cœur qui se brise. Je n'ai même pas droit au moindre remerciement. Et dire que je vous ai sauvé la vie, quelle ingratitude ttttt. » Il secoue la tête d'un air faussement peiné. Un peu gêné sans doute, Dean ouvre la bouche. La referme.

« Comment tu te sens ? » demande prudemment Sam.

« En forme olympique. Je te retiens avec ton « ça ne chatouille même pas » » ironise-t-il. En fait, il a mal partout, son corps n'est qu'un amas de douleurs. Comment les humains font-ils pour supporter ça ? Sam hausse les épaules et lui agite une petite boite sous le nez.

« C'est quoi ? »

« Des calmants. »

Gabriel tend la main mais Sam la retire hors de sa portée. « D'abord tu nous dis ce qu'il t'es arrivé. Deal ? »

« Tu fréquentes trop les démons. »

« Je suis prudent. Tu veux les calmants ou je vais les ranger ? »

« Alors que tu as joué à la reine de la couture sur mon pauvre corps agonisant ? Évidement que je les veux! Deal. »

« On t'écoute. »

« Au fait Sam, tu n'as vraiment pas des doigts de fée, ta carrière de brodeuse me semble sérieusement compromise. »

« Gabriel ! »

« Ça va, ça va. »

Gabriel prend un air songeur et laisse passer quelques secondes pour ménager son effet. Il déglutit exagérément. « Tout commence quand... » il se tait net.

Au bout d'une poignée d'instants supplémentaires, Dean s'impatiente. « Quand quoi ? »

« Quand soudain …. »

Nouvelle pause.

Une veine se met à palpiter dans le cou de Sam.

« ...j'ai oublié ! Envois les calmants mister dentelles ! »

Sam essaye de maîtriser son énervement, et surtout de maîtriser sa délicieuse envie de l'étrangler dans les règles de l'art. Jusqu'à ce que mort s'en suive. Avec force et gargouillis. Dean donne un coup de poing dans un mur. «Je vais le buter. Il trouve encore le moyen de se payer notre tête, une fois de plus !»

Gabriel reste stoïque, un sourire tout bonnement angélique aux lèvres. Sam ferme étroitement les yeux. Inspire. Souffle.

Calme.

Calme.

Caaaaalme.

Bien.

« Nous savons déjà deux ou trois choses. Donc soit tu nous raconte le reste et je te donne les calmants, soit je repars avec. L'offre expire dans trois...deux... »

Le sourire glisse du visage de Gabriel, remplacé par une expression que Sam n'arrive pas à interpréter. Une oscillation instable. Le masque vacille sur ses traits, hésitant à tomber. Hésitant à révéler ce qu'il se cache dessous. Le masque s'étiole. S'effrite. Des craquèlements courent sur la surface. Fêlures instables et protéiformes. Et puis le masque se fissure.

Se brise.

Sur la palette changeante se fixe une expression déterminée, dénuée de tout amusement. La pétillance des iris dorées est remplacée par un éclat dur. Sam réalise qu'il était là depuis le début, cet éclat. Depuis que Gabriel a reprit conscience. Il était dissimulé, enfouit sous le rictus sardonique. Mais il était là.

Gabriel répond d'une voix sans timbre. Une voix neutre. Clinique. « Je n'ai plus ma grâce, mais vous le savez déjà. Castiel a lâché l'info c'est bien ça ? »

« Oui. Mais j'ai plus ou moins deviné.-concède Sam- Je croyais que seul Dieu pouvait décider de retirer une grâce. Et que lui seul pouvait ressusciter les morts. »

« Des anges hauts placés peuvent aussi ramener des morts. La grâce n'est pas quelque chose de simple à ...retirer. Père emploie la méthode douce. Il a le pouvoir de la rendre indolore. Enlever une grâce sans le consentement de Dieu est un blasphème passible du châtiment absolu. »

« Donc toutes tes blessures signifient que ce ne n'était pas consenti ? »

« Ni par moi ni par Dieu. »

« Dans ce cas qui t'as ramené ? Qui t'as déch- »

« Le reste ne vous concerne pas. » Le ton de Gabriel se fait mordant. Tranchant comme le fil d'une lame. Toujours cette dureté. Cette intransigeance.

« Mais- »

« Le reste. Ne vous. Concerne. Pas. Du balais les mômes, ouste. »


Maintenant qu'il est seul. Maintenant que la pièce est vide. Alors maintenant, seulement maintenant, Gabriel laisse la façade s'effondrer. Toutes les barrières cèdent. Se rompent. Sa figure se disloque, reflet de ce qui se passe à l'intérieur.

A l'intérieur il tombe en morceaux.

A l'intérieur il est en morceaux.

En morceaux.

OOOOO-Paradis, quelque part-OOOOO

Derrière son bureau Mebahiah tremble de fatigue. Non, pas de fatigue, d'épuisement. Son essence a été plus fragilisé que prévu, plus sollicitée que prévu. Et elle a beaucoup de mal à s'en remettre. Mebahiah va devoir attendre un peu avant de faire la seconde invocation. Le temps que sa grâce se régénère et qu'elle récupère la totalité de son énergie.

Elle a besoin de tout ce qu'elle a pour le rituel. Sans compter que la prochaine fournée de Dévoreuses doit arriver à maturation, sinon elles ne sont que des mollusques inutiles. Bientôt, elle sera prête.

Bientôt. Pas encore.


Une review ?

Initialement je devais aussi inclure une discussion explicative entre Gabriel et Castiel à la fin du chapitre mais ça allait vraiment faire trop long après, j'ai donc coupé ici ^^ vous l'aurez au prochain :D