Merci pour vos commentaires ;D
Voilà donc la suite. Chapitre peut être moins travaillé que les précédents au niveau du style mais je dois un peu contextualiser par rapport à la série ^^
Et puis dans le prochain il y aura un long passage narratif.
Je vous souhaite une bonne lecture, du moins je l'espère ;)
Eith:
Je crois que tu vas effectivement détester Mebahiah de plus en plus au fil de l'histoire. Elle n'en est qu'au début de ses agissements pernicieux xd Naomi je la détestais aussi, sauf dans le tout dernier épisode où là je me suis dit que finalement elle n'était pas aussi pourrie que ça mais ...pas eu le temps d'en profiter XD
J'aime beaucoup mélanger le sérieux et le ce qu'il l'est moins ;) je suis vraiment contente que tu aimes l'alternance et si l'univers est bien retranscrit à ton goût, je suis ravie ;) Quel plus beau compliment que de dire que ça ressemble à un vrai épisode *w* *w* *w* Le chapitre qui suit sera moins drôle mais le prochain devrait rattraper ;p
Moi aussi j'ai beaucoup de mal avec "schtroumpf" que j'ai allégrement copié sur google pour être sûre xddd
Merci pour ton commentaire très sympathique ! Et schtroumpf pour un schtroumpf pour tous xd
Guest: (vous êtes deux à n'avoir pas précisé de pseudo particulier, j'ai donc rangé mes réponses par ordre chronologique xd)
Merci à toi d'avoir laissé ton avis ^^ J'essaye de rendre les descriptions aussi vivantes que possible ^^ Il y aura un peu plus de dérives poétiques dans le prochain chapitre, je n'en ai pas trop mis dans celui là, histoire de ne saturer personne xd
Oui, à la base Sam et Gabriel ne sont pas non plus en super entente donc j'ai préféré faire évoluer la relation lentement que de commencer direct avec un Sam amoureux ^^
Guest:
Waouh superbe review ! Que de compliments, merci beaucoup *w*
Hé bien les fictions sont des histoires comme les autres ^^ donc autant y mettre sa patte puisque de toute façon c'est le but de la manœuvre ;) Je te remercie tout ce que tu dis me va droit au coeur, c'est très gentil ^^
Le caractère de Gabriel me fait un peu angoisser, il est tellement complexe, si pour le moment il est à peu près conforme, c'est déjà beaucoup.
En fait je me suis inspirée exactement du moment du cercle de feu pour construire le passage du masque ;D Tu as deviné juste ;D
Je suis contente que mon style et l'histoire te plaisent autant ! Et tu as raison, il faut jouer avec le français, il est est fait pour ça, comme toutes les langues.
Merci pour ton enthousiasme, j''espère ne pas te décevoir ;) (des admirateurs oula j'ai intérêt à faire attention mdr)
Chapitre III
Explications en pagaille
Gabriel remonte ses jambes contre son torse. Il les enroule dans ses bras et les serrent. Comme s'il voulait les faire entrer dans sa poitrine. Les jointures blanchies. Si fort que ses doigts en tremblent. Une brûlure se diffuse le long de son corps. Les fils tirent sur la chair.
Il s'en fiche. Il continue de serrer. Les ongles enfoncés dans la peau. La tête baissée, le front appuyé sur ses genoux. Il voudrait hurler. Hurler de toutes ses forces. Déchaîner sa rage.
Comment a-il pu se faire avoir aussi bêtement ? Comment a-il pu perdre sa grâce comme ça ? C'était indigne. Il était un archange, merde !
La colère et la honte se disputent le règne. Une mélasse dans laquelle il s'enfonce. Se noie. Suffoque. Il ne sait plus où donner de la tête. Ça enfle dans sa poitrine.
Il voudrait hurler à s'en éclater les poumons.
Il voudrait. Mais alors les Winchester viendraient. Et ça, il ne veut pas. A la place il se mord la lèvre.
En silence.
La fureur enflamme sa vision. Enflamme son cœur d'une aura de destruction. Contre cette garce de Mebahiah. Contre lui même aussi. Pour sa faiblesse. Pour ce corps qui est devenu humain.
Il enfouit son visage dans ses bras pour se retenir de saccager la chambre. De toute façon il n'y a rien à saccager à part le lit et l'armoire. Il ne bouge pas. Il se contient tant bien que mal. Il ne sait combien de temps il reste comme ça. Pas le moindre frémissement ne parcourt ses muscles. Et peu à peu la colère reflue. Les vagues de lave se retirent. Lentement.
La réalité pointe son nez derrière. Timide mais implacable. Il est humain. Il faut qu'il se fasse à l'idée. Lui qui était tellement, le voilà si peu. Si insignifiant. Aucune autre pensée ne se fraie de chemin dans son cerveau. Juste celles là. Elles prennent toute la place. Se propagent et s'étirent en striures sur l'eau de sa conscience.
Et elles tournent en boucle dans sa tête. Sans relâche. Tournent. Tournent. Résonnent en boomerang. Comme un écho dix fois répété. Cent fois. Mille. Une litanie qui n'a pas de fin, qui se répercute à l'infini en rafales systématiques.
Il est toujours dans cet état, les jambes ramenées contre le torse et le front posé dessus. Le regard vide. Il est toujours dans cet état quand on frappe à la porte. Gabriel déplie précipitamment les jambes. Avant même qu'il ne puisse dire quoi que ce soit, le battant s'ouvre.
Castiel entre d'un pas décidé. Dean le suit. Et Sam ferme la marche. L'ange déchu les regarde avancer en rythme. Ils s'arrêtent un par un devant son lit, impeccablement alignés. Presque malgré lui sa bouche se tord d'un sourire. Faux. Gabriel est comme ça. Il ne veut pas leur montrer. Il ne veut pas montrer le tumulte qui s'agite sous la surface. Il fait comme si de rien n'était. Et puis à croire qu'ils ont fait exprès de venir par ordre de tailles, avec autant de synchronisation.
« Alors les Daltons, on a oublié Joe ? »
Les trois arrivants se concertent d'un regard et s'aperçoivent qu'ils ont débarqué en ordre croissant. Haussement d'épaules généralisé.
« Dans ce cas -lance Dean- c'est toi qui a le rôle du petit teigneux furax. »
« Navré de te décevoir, mais le rôle du cowboy solitaire a déjà été distribué. Et il est taillé sur mesure pour ma fabuleuse personne. » Il se lance dans une imitation discutable de la musique du générique à grands renforts de « ding » et de danses d'épaules.
« A ce petit jeu, Joe semble plus taillé sur mesure. » Dean insiste lourdement sur les mots stratégiques, s'attirant une œillade agacée du blessé.
C'est vrai que Gabriel est vraiment petit, réalise Sam. Plus que Dean. Sam attend la prochaine vanne qui, connaissant la délicatesse de Dean et Gabriel, va immanquablement tomber dans les subtiles alentours bas de ceinture de « tirer plus vite que son ombre ». Et ça ne loupe pas.
« Nous ne sommes pas là pour ça. » intervient Castiel qui n'a bien sûr rien compris à ces étranges histoires de Joe, de cowboy et de chorégraphies mono épaulaire.
Les trois arrivants reprennent leurs visages de marbre. Comme si les Daltons n'étaient jamais passé par là. « Il faut qu'on parle, Gabriel. » énonce l'ange. Instantanément, le visage de ce dernier se fait sérieux. Imprégné de pierre, comme s'il l'était depuis le début. Depuis toujours.
« Je sais. Mais ...devant eux ? »
« Tu ne nous feras pas partir cette fois. » avance Sam, bien décidé à rester.
Castiel se fait rassurant. « Ils ont toute ma confiance, tu le sais. »
Septique, Gabriel lève un sourcil. « Sans vouloir te vexer, tu as toujours eu un faible pour ces deux humains là. »
« Tu doutes ? Tu as pourtant sacrifié ta vie pour les sauver. » lui rappelle l'ange.
« Je suis au courant, merci. Mais les choses ont peut être changé depuis, non ? »
« Oui, beaucoup. Mais pas l'assurance que j'ai en eux. »
Personne ne loupe le regard avorté de Castiel vers Dean. Tout le monde sait à qui s'applique vraiment cette confiance inconditionnelle. Cette foi.
« Très bien. Tu veux savoir quoi ? » capitule Gabriel.
« Tout. »
Gabriel ferme étroitement les yeux. Il rejette la tête en arrière, respirant profondément. Quand il faut y aller...
« C'est un coup des hautes instances. C'est elles qui m'ont fait revenir.»
« C'est à dire ? »
« Les gros bonnets. »
« Quel niveau dans la hiérarchie ? » insiste Castiel.
« Si haut qu'il faut presque un masque pour respirer. »
Le seul ange de la pièce fronce les sourcils. « Les Principautés ? »
« Bingo. »
Sam pose la question qui lui brûle ses lèvres. « Il y a des anges plus élevés que les archanges ? »
C'est Castiel qui répond.
« Cela dépend ce que tu entends par « archanges ». Les anges se divisent en plusieurs niveaux hiérarchiques, eux mêmes divisés en factions, elles même scindées en échelons. En bas de la pyramide se trouvent les anges inférieurs qui se succèdent en toute une série de factions et d'échelons de degrés divers. La classe au dessus sont les archanges, puis viennent les Principautés dites aussi « anges supérieurs ». Elles supervisent les anges et archanges, ce sont d'elles qu'émanent les ordres. Mais il y a une exception. Les quatre premiers Archanges ont plus de pouvoir que les Principautés. »
« Tu veux dire les quatre qui ont vu Dieu c'est bien ça ? » s'enquit Sam.
« Oui : Michel, Raphaël, Gabriel et Lucifer. »
« Merci à Castiel pour le blabla explicatif –conclut Gabriel – Je disais donc que j'avais été ramené d'entre les morts par une Principauté. »
« Laquelle ? » demande l'ange.
La réponse tombe comme une pierre dans l'estomac de Castiel.
« Mebahiah. »
Les yeux de Castiel s'écarquillent. Mebahiah entre tous n'aurait pas du...
« Elle...elle a vraiment... »
Un air amer plane sur le visage de Gabriel. « Surprenant de la part de l'élève modèle, n'est ce pas ? Même si nous ne nous sommes jamais entendu, elle et moi, elle a arraché ma grâce sans le moindre état d'âme. »
Oui. Arraché est le bon mot. Le mot juste. Mebahiah lui a arraché sa grâce. Avec toute la violence que ce mot implique. Ses mains se ferment en poings. Débordants de rancœur contenue.
Il s'aperçoit que Sam les fixe, ses poings. Il les force à s'ouvrir pour que Sam ne les scrute plus. Pour qu'ils arrêtent, tous, de le regarder. Il veut disparaître.
Qu'ils arrêtent de le regarder.
Qu'ils arrêtent.
Castiel insiste d'une voix douce. « Je suis désolé mon frère, mais j'ai besoin des détails. »
L'instant reste en suspension, hésite à s'écouler. Mais il faut bien qu'il passe. Alors il passe. Et l'homme allongé dans le lit est bien obligé de répondre. « Je sais. »
Il voudrait pouvoir dire qu'il ne sait pas. Il n'a pas envie de savoir. L'ignorance est un luxe qu'il ne peut s'accorder. Il doit le dire à Castiel, c'est important. Il voudrait ne pas le savoir. Mais voilà. Il le sait. Les deux chasseurs n'osent rien dire, conscients l'un comme l'autre que le fil de la conversation est fragile. Gabriel se lance avec réticence. Avec l'impression que ça ne sert à rien.
« J'ai été invoqué dans un cercle renforcé de lignes coercitives. Je me suis retrouvé à l'intérieur d'un étrange cube, une cage, située au centre du cercle. La cage était constituée d'une matière totalement inconnue, insensible à mon aura. Elle arrivait à me contenir. A m'emprisonner. »
Castiel fronce les sourcils.
« C'est étrange, je connais aucune substance possédant ces capacités en dehors de l'huile sacrée. »
« Je te garantie qu'il n'y en avait pas. Autre chose, le cercle avait été créé spécialement pour moi. »
« Avec tes noms et titres complets ? »
« Ouais. En énochien primaire, tellement vieux que j'ai eu du mal à le déchiffrer. »
L'inquiétude barre d'un pli le front de l'ange. Gabriel continue, désormais imperturbable. Maintenant qu'il est dans sa lancée, maintenant qu'il parle il se sent un peu mieux. Une fois vaincue la résistance.
« Mebahiah a fait un petit speech et puis deux anges inférieurs ont apporté des boites remplies de sangsues blanchâtres d'une bonne quinzaine de centimètres chacune. Les sangsues sont entrées dans la cage comme si elles ne rencontraient aucune résistance. J'ai senti tout de suite qu'il se passait quelque chose d'anormal avec elles. »
Et la grimace qui déforme ses traits de dégoût n'est que le reflet de celle qui s'affiche sur ceux de ses interlocuteurs. L'ange déchu raconte toujours. Sa voix devient basse. Assourdie. Sa voix enveloppe les sons et tisse un nuage ténébreux autour des syllabes. Essaye de les cacher, de les soustraire à la lumière sans le faire tout à fait. Baignant les sonorités dans la fontaine claire-obscure des secrets. De ces choses dites à moitié.
Comme pour atténuer ce qui ne s'atténue pas. Car les choses à moitié dites n'en sont pas moins prononcées.
« Les Dévoreuses, c'est apparemment comme ça qu'elles s'appellent, étaient immunisées contre mon pouvoir. Je l'ai déchaîné de toutes mes forces, mais la cage n'a même pas tremblé. Pas une fissure, rien. Et surtout, les sangsues n'étaient pas mortes. Et j'avais beau les bombarder de décharges, elles n'avaient pas la moindre égratignure. Elles absorbaient l'énergie que j'envoyais sur elles. Elles avaient ...faim. »
Un frisson d'horreur saisit Castiel et les deux chasseurs. Ils se doutent de ce qu'il va suivre.
« Et puis les premières ont commencé à me sauter dessus. Elles s'accrochaient, enfonçant leurs crocs dans ma peau. Je les ai enlevé, encore et encore. Autant que j'ai pu. Mais elles étaient trop nombreuses. Au bout d'un moment je ne pouvais plus. Et là, elles ont …aspiré ma grâce. »
Ses mains se crispent sur le drap. Il ne trouve pas les mots pour décrire ce qu'il s'est passé alors. C'est vouloir décrire une couleur à celui qui ne peut voir. C'est vouloir attraper de la fumée entre ses mains. On la voit. Mais jamais on ne peut la toucher. L'appréhender dans toute sa complexité.
Parce qu'il manque une dimension. Toujours.
Parce que personne ne possède cette dimension. Personne d'autre.
Parce que imaginer n'est pas suffisant.
Parce que imaginer n'est pas ressentir.
C'est aussi insaisissable que les brumes qui dansent. Aussi illusoire que ces évanescences sans consistance. Farandole de fantômes sibyllins qui s'effilochent d'avantage à chaque tentative d'effleurement. Tentatives qui dispersent les atomes en arabesques aériennes.
On ne peut capturer un nuage. De même. Aucune description ne sera à la hauteur. Toute description sera irrémédiablement partielle. Pathétiquement incomplète. Tellement imparfaite. Pas plus capable d'exprimer que l'épiderme n'est capable de comprendre le ballet de la brume.
Les sensations sont trop fortes. Trop vraies. Comment transcrire des images si vivaces. Des images gravées au fer rouge.
Comment raconter ?
L'horrible bruit des sangsues qui se repaissaient de leur repas. La souffrance infernale. La peur visqueuse. Le poison acide de l'impuissance. Ses ailes qui mouraient en tourbillons de flammes et de douleur. Ses plumes brisées une à une. Démolies. Disloquées dans une pure barbarie.
Le sang qui roulait sur sa peau. Ce sang physique qui n'était rien. Qu'il ne sentait même pas. Plus que le sang, c'était son essence qui se déversaient des plaies ouvertes. Tordue dans une agonie ignoble. Sa précieuse grâce fracassée, écartelée. Anéantie.
Non. Il ne trouve pas les mots.
Il n'y a pas de mots.
Et il n'a pas envie d'y mettre de mots.
C'est encore quelque chose qui lui appartient. C'est son nuage à lui. Son nuage d'apocalypse. Il se tait. Ne rajoute rien. Mais ses yeux parlent pour lui. Il n'entend pas les autres sortirent de la chambre. Il n'entend pas la porte se fermer doucement. Il n'entend pas. Juste son cœur dans ses oreilles. Un tempo lent. Lent et répétitif.
Ce cœur c'est le sien désormais. Vraiment le sien. Il pose une main contre la peau qui palpite. La pulsation vibre sous sa paume. Il reste longtemps, à écouter. A sentir.
Longtemps. A sentir le martèlement entre ses côtes. Cette explosion d'énergie.
Longtemps. A écouter la chanson cadencée.
Ba-boum. Ba-boum. Ba-boum.
Et c'est alors qu'il réalise. Qu'il réalise pleinement. Le supplice est passé. Le supplice est passé et il est vivant. Il est encore là. Il est vivant. Grâce à ce cœur qui bat pour lui. C'est la première fois qu'il a un cœur. Un cœur rien qu'à lui. Un corps rien qu'à lui.
Il n'est plus un ange. Il est amputé d'une partie de lui même. Oui. C'est vrai. Mais il est toujours là. Et seuls les vivants peuvent faire basculer le cours des choses. Les morts ne sont plus. Ne peuvent que regarder.
Le monstre de la colère s'est calmé. Il reviendra, Gabriel n'en doute pas. Mais pour le moment la rage couve sans flamber. Et ce n'est déjà pas si mal, pas vrai ? Il est temps de se secouer. Il est temps de sortir de cette chambre.
Faire un pas en avant.
Il peut faire un pas en avant.
Chaque chose en son temps. D'abord sortir. Le reste c'est pour plus tard. Le reste viendra.
Un pas.
C'est suffisant pour le moment. Faire un pas. Juste un pas.
Gabriel se lève difficilement. Son corps n'a pas l'air d'accord. Il prend un instant appui sur le montant du lit. Le mot « rouillé » prend tout son sens. Ça bloque dans ses articulations. Ça tiraille sur ses sutures. Sa mâchoire se contracte, les fils vont éclater, c'est sûr, la chair se creuser d'avantage encore. Mais non, rien ne cède. Ni l'une ni les autres. Il pose prudemment un pied devant l'autre, s'écartant du lit. Puis une autre enjambée. Puis une autre. Avec cette volonté de ne pas capituler.
Ne pas capituler.
Si la chair ne cède pas. Si les sutures ne cèdent pas. Alors lui non plus.
Lui non plus ne cédera pas.
Certes, à cette vitesse il n'est pas rendu... Une laitue mollassonne et arthritique avec déambulateur pourrait le battre à la course sans problème. Mais il ne s'arrêtera pas. Il est hors de question de s'arrêter. Il débouche finalement dans le couloir. Et aucune laitue mollassonne n'a eu l'idée de lui faire un croche pieds avec son déambulateur, merci Seigneur.
Le corridor se ramifie en deux intersections. Il n'aura pas la force de se balader à perte. Fort heureusement une musique lui parvient aux oreilles. Il se dirige vers la source du bruit, se tenant aux murs. Par dessus la mélodie, il finit par distinguer une conversation. Tant bien que mal il arrive dans une pièce de très bonnes dimensions, qui fait office de salon et de cuisine, les deux espaces séparés par quelques marches.
Castiel et les Winchester sont assis autour d'une table. Ils ne se sont pas aperçus de sa présence.
« Tout ceci a été planifié, c'est plus qu'évident. Le cercle, la cage, les...sangsues. Le tout est de savoir dans quel but. » avance l'ange.
« Ça pue la mort ce truc. » dit Dean.
« Tant que Gabriel ne se décide pas à parler on n'en saura pas plus. » soupire Sam.
Un ricanement coupe le conciliabule. Ils se retournent d'un même mouvement avec la vitesse seule conférée par l'habitude. Reconnaissant l'intrus, Sam relâche sa prise sur la crosse de son Sig Sauer.
Gabriel se tient là, debout dans ses vêtements déchirés. Adossé à un mur dans une posture que l'on aurait pu croire nonchalante si son bras, clairement agrippé au béton, ne le trahissait pas. Les mèches blondes qui lui tombent devant les yeux ne dissimulent pas l'éclat ravivé de ses iris. Ces iris que Sam avait cru voir s'éteindre et mourir quelques heures plus tôt. Et qui brillent désormais.
« Qu'y a-t-il de si drôle ? » demande-t-il.
« Pour une fois que je suis d'accord avec chacun d'entre vous, et en même temps en plus. C'est une grande première. Convoquez la presse ceci est historique. » Il s'avance péniblement vers la table et se laisse lourdement tomber sur une chaise. Aussitôt Castiel l'interroge du regard. Il lui fait un clin d'œil. « T'inquiètes, petit frère. »
« Tu es sûr que ça va ? »
Gabriel lève les exagérément les épaules.
« Boooon d'accord. P't être pas. Mais ça viendra. Et on a du boulot les gars, pas le temps de s'appesantir sur des inutilités. »
Sam est sur le point de protester, il est bien placé pour savoir que ce sont loin d'être des inutilités. Très bien placé. Mais Gabriel va le rembarrer avec une boutade quelconque. Il préfère ne pas en parler maintenant. « Que voulait faire Mebahiah ? » questionne-t-il, pas très sûr de vouloir connaître la réponse.
« Elle m'a dit qu'elle voulait, je cite « instaurer un nouveau Dieu. » Excusez moi du peu ! Question caboche hypertrophiée y a du niveau.»
Le visage du déchu se durcit, il rive son regard dans celui de Castiel avant de poursuivre.
« Elle a ajouté, et je crois bien que c'est là qu'on atteint des sommets dans la folie mégalomaniaque du psychopathe bordé de plumes « comme Castiel ». »
L'atmosphère déjà très lourde après l'annonce devient écrasante. Littéralement écrasante. Les épaules de Dean s'affaissent. La figure de l'ange se décompose. Pour autant, personne ne réagit. Ils regardent tous soit leurs mains soit la table. Sans un mot, plongés dans une concentration suspecte.
« ….C'est quoi ce tableau du troisième âge ? Je pensais lâcher une bombe avec des cris, des supplications, des « préservez-nous Seigneur » et voilà que je me retrouve devant trois potiches plus encombrantes que décoratives dans le plus pur style maison de retraite sous tranquillisants. En fait on dirait que vous étiez déjà au courant ? »
Sam se redresse d'un coup, faisant bouger la table, dans son indignation.
« Quoi ? Bien sûr que non ! » Mais la culpabilité peinte en lettres majuscules sur le visage de Castiel est bien trop criante. Sam rectifie. « Je veux dire...pas pour Mebahiah. »
Le sous entendu est on en peut clair. Gabriel est effaré.
« Castiel...mais qu'est ce que t'as fichu ? »
L'ange ne décolle pas de sans contemplation minutieuse du bois verni.
« Je...j'ai fais ce que je pensais devoir faire. Il s'est avéré que c'était...une erreur. Une monumentale erreur. »
« Sans blague ! Il t'a fallu combien de temps pour comprendre ça ?»
Le poing de Dean s'abat sur la table. Son regard est furibond. « La ferme ! T'étais pas là, Gabriel. T'as rien à dire ! Alors la ferme ! »
Mais Gabriel ignore l'avertissement et continue d'un ton badin. « Et dis moi tout, tu as fait ça comment ? »
« J'ai absorbé les âmes du Purgatoire. » répond Castiel, sans détour.
« Tu...attends ! Tu as fait quoi ?! »
« J'ai absor- »
« J'avais entendu la première fois ! Mais c'est d'une stupidité... Ça me surprend de ta part. Même moi je n'aurais jamais fait ça. Et pourtant j'en ai fait un tas de conneries. Mais me prendre pour Dieu... »
Dean gronde, le regard sombre. « Dis le type qui s'est prit pour Loki.»
Sam voit que son frère est à deux doigts de balancer son poing ailleurs que sur la table. Et ce débile d'ancien archange ouvre la bouche pour en rajouter une couche avec un air calme et légèrement hautain qui va faire exploser Dean sans l'ombre d'un doute.
« Calmos, Dean. J'ai fait semblant d'être un dieu. Pas Dieu. La nuance est non négligeable mais je m'attends pas à ce que tu la saisisses tout de suite. Prends ton temps, je t'en prie. Et gomme moi cet air renfrogné, je suis blessé je te rappelle et on ne frappe pas les blessés. J'ai simplement pointé le fait évident que Castiel a joué à la roulette russe avec le bouton auto-déstruction comme un foutu suicidaire. »
Sam se racle la gorge et se tourne vers Gabriel, péchant la première idée qui lui vient avant que Dean ne perde son calme. « Tu n'as pas des questions à poser sur la « condition humaine » Gabriel ? »
Précipitamment, il empoigne le sus nommé par l'épaule et le traîne sans ménagement vers la salle de bain au pas de course. Sam ferme la porte et lâche son épaule. Gabriel vacille et se rattrape à la cabine de douche.
« Alors, pour info le sujet Castiel-en-mode-délire-divin est classé dans la catégorie « précaution d'emploi : ne pas secouer avant d'ouvrir » vu ? »
« J'avais cru comprendre. Vous avez un paquet de sujets explosifs comme ça non ? »
Sam élude la question, principalement parce qu'elle est rhétorique et surtout beaucoup trop vraie. Et y répondre prendrait...beaucoup trop de temps. La majorité des sujets sensibles le concernent en plus. « Dean est à fleur de peau en ce moment. Si tu ne veux pas te retrouver avec un coquard de la taille d'un ballon, tu as intérêt à faire profil bas. »
« Quel modèle de ballon ? » s'enquit Gabriel, une étincelle joueuse dans les iris.
Sam roule des yeux.
« Quoi ? Ça a son importance ! »
Sam le regarde fixement jusqu'à ce que son vis à vis renonce.
« Bon, puisque tu as abordé le sujet de la condition humaine, Sam, je crois que j'ai un petit problème mais je n'arrive pas à savoir quoi. »
« Je t'écoute. »
« J'ai une sensation désagréable dans le bas ventre. »
Oh non. Pitié.
Sam a peur de deviner. Gabriel désigne la zone incriminée, confirmant ses craintes. Mais pourquoi, pourquoi entre tous les prétextes existants Sam a-t-il choisi celui là ? Celui sur la condition humaine ? Pourquoi ? Il n'a pas la force d'expliquer les rouages du système digestif. Non. Vraiment pas.
« Tu as ce qu'on appelle « une envie pressante. » »
Ayant vécu parmi les humains, l'ancien ange comprend aussitôt.
« Oh, les toilettes. Je me suis toujours demandé comment ça fonctionnait d'ailleurs. »
« Tu vas être servi alors... »
Et Sam se lance dans l'explication la plus embarrassante de sa vie, dessinant quelques schémas plus qu'approximatifs sur le miroir. Le tout ponctué des réflexions de Gabriel aussi aidantes que « Tu dessines aussi bien qu'un singe unijambiste en escarpin armé d'une plaquette de beurre.», ou bien « Beuuuh l'anatomie humaine est absolument répugnante ! » ou « Donc la cuvette sert de viseur !» ou encore « Comment on fait en cas de «problème de tuyauterie » ? », « Les humains sont dégoûtants, comment ai-je pu voter « oui » pendant la réunion ? », « C'est scandaleux ! Qui a eu l'idée tordue de mettre ce truc à cet endroit là ?! Qui ?! Qu'il se dénonce ! Je suis sûr que c'est Haniel, je l'imagine d'ici en train de se frotter les mains avec son sourire de gros sadique.»
Quand Sam est au bout du rouleau, sans mauvais jeu de mots, il s'adresse à son interlocuteur (qui affiche une grimace d'écœurement de plus en plus prononcée au fil des explications.) « Voilà, tu me sembles prêt pour ta première expédition aux toilettes. Troisième porte à droite. Et n'oublie pas d'enlever ton pantalon avant. »
Après avoir effectué sa mission avec succès, l'humain de fraîche date retourne dans le salon. Abandonnant généreusement le papier toilette entièrement dévidé posé en tas dans un coin, simplement parce qu'il a trouvé très amusant de le dérouler, mais bien trop fatiguant de le ranger.
Castiel est en pleine auto-flagellation. « C'est ma faute si Mebahiah veut créer un nouveau Dieu. C'est ma faute. »
Dean tente de résonner son ange personnel. « Elle est tarée point barre. Ce n'est pas comme si tu l'avais obligé à faire quoi que ce soit. »
« Mais j'ai donné l'exemple. Et on a vu dans quoi ça nous a plongé. »
« Tu as réparé tes erreurs. »
Sam s'en mêle. « On ne sait pas comment elle compte s'y prendre, mais après l'invasion de Dick je doute qu'elle réitère l'expérience du Purgatoire. Elle a dû trouver autre chose. »
Gabriel s'invite à son tour dans l'échange. « La seule chose certaine c'est qu'elle a eu besoin de ma grâce. Castiel, tu devrais aller Là-Haut pour voir ce qu'elle mijote. »
Après un rapide tour de table, personne ne s'oppose à ce que Castiel mène son enquête. Il s'éclipse en un bruissement de plumes, laissant sa place vacante. Le téléphone de Sam choisit cet instant pour vibrer dans sa poche de jean. Il décroche.
« Garth ? »
Dean relève aussitôt la tête et pique le portable des mains de son frère qui n'a pas le temps de protester et se contente d'une moue exaspérée.
« Allô, c'est Dean. » Il hoche la tête plusieurs fois ajoutant quelques « ouais » par ci par là et coupe la communication.
« Il a une affaire pour nous. Sam, tu restes ici pour t'occuper de l'ex emplumé de mes deux. »
« Quoi ?! Mais pourquoi moi ?! »
« Parce que tu sais mieux y faire avec les gens c'est bien connu. Et si je reste avec lui je vais le flinguer et accrocher sa tête comme trophée dans le salon. »
« Je n'ai pas plus envie que toi de me coltiner cette tête à claques ! » s'indigne le cadet.
« Je refuse de le laisser tout seul ici, il trouvera le moyen de provoquer un incendie et une inondation en même temps. »
« On sera peut être rentré d'ici deux jours. »
« Sam... »
Ce dernier pince des lèvres réprobatrices.
« Vraiment très sympathique, tant d'amour à mon égard... » marmonne l'ex emplumé de mes deux en question tandis que Dean se lève et enfile sa veste.
« Tu pars maintenant ? »
« Ouais. Maintenant. » Dit-il en se dirigeant vers la porte d'entrée, son frère le poursuit à grandes enjambées et néglige de fermer le battant derrière eux.
Les éclats de voix parviennent jusqu'à Gabriel, resté assis à l'intérieur. La voix de Sam d'abord, réprobatrice. « Il est hors de question que tu y ailles tout seul ! »
« Castiel viendra avec moi quand il aura terminé au Paradis. » rétorque Dean.
« On ne sait pas quand il aura fini ! »
La voix de Dean passe au cran du dessus. « J'ai besoin de cette affaire. »
« Tu devrais te reposer plutôt. »
« J'ai besoin de me changer les idées, ok ? J'ai besoin de bouger, je vais exploser ! Il faut que je décompresse, tu vois ? »
« Mais-»
Dean interrompt son petit frère. Sa voix claque avec force. Il vide son sac. Son trop plein. Il ne peut se retenir de balancer ce qu'il a sur le cœur. Ce qu'il a tenté de réprimer, d'accepter. Il n'a pas pu. Il n'a pas pu digérer cette trahison là. Pas encore. Cette conversation est déjà revenue plusieurs fois, mais décidément Dean a du mal.
« Sam ! J'ai été le seul, à me tenir debout, tu m'entends ! Le seul ! Toi et Cass' vous avez enchaîné les conneries ! Connerie sur connerie. Et moi j'étais là, j'ai toujours été là. Je vous ai relevé ! Je vous ai relevé à chaque fois ! Et quand je pense que tu ne m'as même pas cherché pendant cette putain d'année ! Que tu as laissé tomber la chasse ! Que tu m'as laissé tomber moi, bordel ! Moi ! »
Tout le remord qui ronge Sam lui remonte au visage.
« On en a déjà parlé. Je suis ici maintenant. J'ai repris la chasse. Je suis ici. »
Mais Dean refuse d'entendre.
« On avait un accord pour ça. Que je ne devais pas te chercher. » plaide le cadet.
« Ohhh Sam, tu sais très bien que c'était un accord de non accord ! Il me faut du temps. Je peux pas accepter comme ça. Me faut du temps ! »
Le ton de Sam se fait suppliant. Il pose une main sur son épaule. « Dean, je suis désolé. Vraiment désolé, je te l'ai répété cent fois. Crois moi. Je suis revenu, non ? Alors crois moi. »
Dean se dérobe.
« S'il te plait. »
Dean évite de le regarder et finit par lâcher : « J'essaye. Je peux rien te promettre de plus. »
« Dean ! »
Celui ci claque la portière de la voiture, démarre le moteur et file en trombe. Sam sur le bas côté écume de frustration en regardant la voiture s'éloigner.
Depuis le salon, Gabriel se fait la réflexion que cette dispute est vraiment intéressante. Une mine d'informations à creuser. Décidément il s'est passé un tas de choses depuis son départ forcé de la vie active. Sam rentre, la démarche lourde. Le regard plombé de non dits. A ne pas contrarier, juge avec raison le nouvel humain. Le Winchester donne un coup de pied vengeur dans un sac qui traîne. « Bordel ! Fait chier ! »
Il sait que Dean essaye. Il sait qu'il réussira. Il ne peut en être autrement. La relation avec son frère est bien trop fusionnelle pour ne pas surmonter cet accroc de plus. Dean veut du temps, très bien il en aura. Sam ne va pas insister, il attendra. Il respire un grand coup pour faire redescendre la pression. Mais ce ne va pas être facile d'être calme avec ce zigoto insupportable de Gabriel pour seule compagnie...En parlant du loup...le débile se la ramène encore : « Vous êtes discrets... »
« T'avais qu'à pas écouter. »
« Je suis curieux. Et je me rends compte que je n'ai pas posé une question essentielle. »
« Laquelle ? »
« Question n'ayant aucun rapport avec ce qui précède malgré ce qu'induit la conjonction de coordination.»
Soupir.
» Laquelle ? »
« On est où ? »
Une review pour me dire vos impressions ?
