Bonsoir ^^
Merci pour vos commentaires c'est mon moteur pour écrire (une seule review anonyme cette fois, juste une, snif t.t )
Voici la suite donc ^^
Je précise que j'ai changé le rating de la fic, je me disais que M c'était peut être excessif. Enfin je sais pas trop.
J'ai un peu fait mumuse avec le titre de ce chapitre, et avec le chapitre entier en fait, je me confesse xd
Mais aussi je ne compte pas le nombre de coupures et de déplacements de textes que j'ai fait là dedans. Du coup j'ai déjà quatre pages terminées pour le prochain mdr
Bref bref, bonne lecture j'espère.
Eith: Je veux en premier lieu te remercier pour ta fidélité, tu es la seule sans compte FF à m'avoir laissé un petit mot ^^
Et quel petit mot *w* j'en veux tous les jours des comme ça XDD Il était magnifique ;D
Pour "l'accord de non accord" il me semble que Bobby dit quelque chose dans ce genre à la fin de la dernière saison non ? Soit il dit ces mots là, soit autre chose de proche qui m'a inspiré XD
Mais non mais non, ne te sens pas méchante ^^ c'est fait exprès pour désamorcer que je place des bêtises comme ma salade xd ton intégrité mentale n'est donc pas en doute (la mienne par contre c'est autre chose mdr)
Mieuuuux que SPN je suis aux anges /^^\ tu m'as perdu *o* (et oui je sais que ce jeu de mots est on ne peut plus naze xd)
Bon je n'ai pas posté plus vite que mon ombre, mais Lucky Luke m'a fait faux bond tssss
Encore merci et avé toi ! xd
Chapitre IV
Rêves de carottes et épluchures de Lune
« Vous êtes discrets... »
« T'avais qu'à pas écouter. »
« Je suis curieux. Et je me rends compte que je n'ai pas posé une question essentielle. »
« Laquelle ? »
« Question n'ayant aucun rapport avec ce qui précède malgré ce qu'induit la conjonction de coordination.»
Soupir.
« Laquelle ? »
« On est où ? »
C'est vrai, Gabriel n'a jamais mis le pieds ici. Et Sam réalise d'un coup tout ce qu'il va devoir lui raconter.
« Nous sommes à côté d'une ville du nom de Lebanon, Texas. Dans un bunker. »
« Pas dans la maison de ce vieux grincheux de Bobby ? Il est où d'ailleurs ? Je m'étonne de ne pas l'avoir déjà vu débarquer avec ses bouteilles. »
Sam se racle la gorge. Finalement il est plutôt content que Dean soit parti. Il ne tourne pas autour du pot. Tourner autour du pot ne sert à rien. Et ce n'est pas comme si Gabriel en avait quoi que ce soit à cirer.
« Il est mort. »
« Désolé pour vous. Exit le papa de substitution. Son foie n'a pas tenu le choc ? »
Sam n'est pas surpris de la réponse. Il ne s'attendait pas à autre chose.
« Une balle. » dit-il sèchement, peu amène.
Gabriel laisse filer une poignée de secondes et demande d'un ton léger :
« Et si tu me racontais les événements depuis mon stupide mais néanmoins héroïque acte glorieux de bravoure audacieusement épique et chevaleresquement noble ? »
Sam ne peut retenir un petit sourire, ce qui était précisément la réaction voulue par son interlocuteur.
«Tout ça ? Tu veux une médaille ? »
« Une statue monumentale plutôt. En or et diamants. Et oui tout ça. Ce n'est pas toi qui a servi de terrain d'entraînement à Lucifer et son kit du petit poinçonneur. »
« C'est vrai, mais pour la statue tu repasseras. Et c'est quoi cette fixette là dessus ? »
« Heyyy je te prie de me croire, il n'y est pas allé de main morte Monsieur Bricolage ! J'ai droit à des compensations. »
« Toujours non. »
« Pfff rabat-joie. »
« Il paraît. »
Gabriel fronce les sourcils.
« Attends, tu as dis un bunker...à Lebanon...Ça me dit quelque chose. Il y avait un groupe d'humains qui bossait dans un bunker dans le coin. Mais ils se sont fait bêtement exterminer. Pas étonnant aussi, avec le nom douteux qu'ils s'étaient attribués. Tellement douteux qu'il m'échappe...un truc dans le genre premier de la classe et petit fayot prétentieux...mmmm...»
Sam laisse échapper une exclamation de surprise : « Tu connais les Hommes de Lettres ? »
Gabriel frappe dans ses mains, les index pointés sur le chasseur.
« Bingo ! Les Hommes de Lettres ! »
« Tu les connais d'où ? »
« Mais je sais tout mon petit Sam. N'oublie que je s...que j'étais un archange – son ton claironnant retombe après le lapsus – Bref. Ils ont été réduit au silence comme les dodos en leur temps. La question est, comment toi tu les connais. Ils n'étaient pas du genre sociables ces rats de bibliothèque. Sans oublier qu'ils sont morts depuis quelques décennies, ce qui complique un peu la tâche. »
« Notre grand père côté Winchester en était un. C'était une des révélations de l'année. »
Gabriel glousse légèrement au ton ironique.
« Oh vraiment... il serait tellement désespéré d'apprendre que ses petits fils décapitent les méchants avec une violence sanguinolente de primates au lieu d'écrire des chroniques, gentiment assis sur une chaise armé d'un stylo. »
« Ouais, mais il s'est fait une raison. » marmonne le chasseur.
L'humain de fraîche date glousse encore.
« Quoi ? »
« Je viens d'imaginer Dean avec un air intelligent, une paire de lunette sur le nez en train de lire un livre avec concentration. Un oxymore à lui tout seul. » ricane-t-il. « Alors, tu me racontes une histoire Père Castor ? »
Sam roule des yeux face au surnom mais se prête au jeu. Il faut bien que quelqu'un mette Gabriel au courant des événements.
« Par où commencer ? »
« Il me semble que commencer par le début serait une bonne idée. Ça aide à la compréhension. Non pas que mon esprit supérieur ne serait pas apte à s'y retrouver mais le tien ne serait pas forcément capable de tout reconstituer dans le désordre. »
« Tu sais, insulter la personne à qui tu demandes quelque chose n'est pas une très bonne technique. »
« Ohhh mais je ne doute pas que tu t'y connaisses très bien en bonnes techniques. »
Sam grogne. Pourquoi a-t-il l'impression que Gabriel ne parle pas du tout de techniques de communication. Et le sourcil suggestif que hausse son interlocuteur ne fait que renforcer cette certitude.
« Je suis un expert » réplique-t-il avec un brin de provocation.
Gabriel prend un air taquin, trop rusé pour être honnête.
« Mais de quoi parles-tu, Sam ? On dirait que tu ne penses pas à la communication...Quel esprit mal tourné... »
Ce dernier retient un sourire, amusé malgré lui pas tant de mauvaise foi. « Pas autant que le tien. »
« C'est tellement blessant. »
« Ben tiens. »
« Facile d'accuser à tord. »
« Comme si tu avais quoi que ce soit d'innocent. Je rêve. » siffle Sam.
« Non non tu ne rêves pas , je suis bien là. Admire-moi, ton vœu a été exaucé. »
« Remboursé. »
« Comment ça remboursé ? Pas satisfait de la marchandise ? Tâte c'est du vrai ! » s'indigne Gabriel en tapotant son épaule.
« Je viens de souhaiter que tu disparaisses et tu es toujours ici. »
« Ah que veux-tu...le petit personnel du SAV n'est plus ce qu'il était. »
« C'est ni remboursé ni échangé ? Tous des voleurs. »
Un sourire en coin apparaît furtivement sur le visage de Gabriel.
« Tu as plus de répondant que je ne l'aurais cru. »
Sam incline la tête en signe d'approbation. « Évidement. »
« Tu vas me raconter ou pas Père Castor ? »
« Si tu continues avec ce nom ridicule, tu peux toujours courir. »
« J'aime pas le sport. Du moins pas ce genre de sport.»
Sam hausse les épaules. Croise les bras.
« Dommage alors. »
Le chasseur n'ouvrira plus la bouche tant que l'autre n'aura pas changé cet infamant qualificatif. Comme s'il avait une tête de vieux castor. Non mais.
Et de toute manière il a tout son temps. C'est lui qui détient les infos donc c'est lui qui est en position de force. Et même physiquement. Gabriel ne fait définitivement pas le poids. Devant le visage impassible du cadet Winchester, Gabriel soupire.
« Bon je peux déjà tirer quelques conclusions. Comme tu sembles être toi, et que ton frère semble être lui, je présume que vous avez réussi à récupérer les bagues et enfermer Luci dans la cage ? »
Son vis-à-vis acquiesce. Vivement intéressé, l'homme blond l'interroge pour obtenir plus de détails.
« Comment vous avez fait ? »
Sujet sensible. Sam répond avec concision ne désirant vraiment pas d'étendre là dessus. Non. Vraiment pas. « J'ai dis oui à Lucifer et je nous ai fait tomber dans la cage. »
Gabriel pousse un sifflement, les sourcils froncés. « Waouh. Suicidaire. »
Un rictus sans joie se peint sur le visage de Sam. « Ouais. Mais Castiel m'a récupéré. » Il serre les dents avec force, passant sur le fait qu'il l'a ramené sans son âme.
Et il passe encore plus sur son séjour à l'hôpital psychiatrique qui ne concerne que lui. Et uniquement lui. Quand il ferme les yeux il voit encore le visage de Lucifer. Il entend encore ses remarques acerbes dans le plus profond de ses cauchemars. Il serre les poings à s'en faire éclater les tendons et poursuit à toute vitesse pour ne pas être interrompu. Gabriel remarque sa soudaine tension matinée de colère mais n'insiste pas.
« Bref. Pour faire court, on a stoppé l'apocalypse. Sauf que Raphaël et quelques autres anges ne l'ont pas entendu de cette oreille et ont voulu la remettre en route. Castiel s'y est bien évidement opposé mais n'ayant pas de quoi repousser Raphaël il s'est allié à Crowley pour ouvrir le Purgatoire afin d'utiliser les âmes qui s'y trouvaient. D'où la partie délire divin etc. Sauf qu'en même temps il a ramené de là bas des bestioles très peu sympathiques qu'on a dû trucider avant qu'elles ne réduisent toute l'humanité à l'état de banquet géant sur pattes. Ce qu'elles ont été à deux doigts de faire, d'ailleurs. »
« Castiel a vraiment déconné sévère…. Quel type de bébêtes ? Ce ne devait pas être très joli. »
« Les Léviathans. »
« Oh. Pas joli du tout. Ces bestioles sont absolument répugnantes. »
Une grimace pas vraiment plus ravissante appuie ses dires. Sam continue un moment, lui parle de la tablette « manuel d'urgence en cas d'invasion » et fatalement de Kevin. Il évoque en quelques mots la mort de Dick. Castiel et Dean expédiés au Purgatoire à cause de champs d'action de l'arme. Dean et Castiel finalement revenus après qu'une année terrestre se soit écoulée.
« D'où la dispute de tout à l'heure... » comprend Gabriel.
Il demande encore des précisions auxquelles Sam répond avec plus ou moins de réticence. Et la conversation s'arrête toute seule. Soulagé d'en avoir terminé avec le plus gros, Sam se laisse tomber en arrière, le dos contre le dossier de sa chaise. Ce qui est fait n'est plus à faire, comme on dit. Il observe Gabriel, étonnement silencieux et pensif. Sans doute est-il en train d'emmagasiner la multitude d'informations. Pour ne pas dire le torrent d'explications. Il s'en est passé des choses.
Oui.
Il s'en est passé des choses. Et, de manière assez déroutante, l'ex archange est resté sé il faut dire que le récit ne prêtait pas vraiment à la plaisanterie. Un éclat de rire s'échappe brusquement de la bouche de l'archange déchu.
« La suite dans le prochain épisode. On ne s'ennuie jamais avec vous. »
« Un de nos rares avantages. » ironise Sam.
Parfois il aimerait tellement s'ennuyer. L'ennui est un luxe. Des images d'Amélia valsent derrière ses yeux. Des images nostalgiques. Des images d'un quotidien perdu. D'un avenir avorté. Qui aurait pu arriver. Qui aurait pu se poursuivre. Mais qui a été fauché en plein vol.
Ou plutôt fauché avant de décoller vraiment.
Sam a tiré une croix dessus. Sur Amélia. Sur ses jours qui n'arriveront jamais. Qui auraient pu être. Mais qui ne seront pas. Et au fond de lui, il sait. Il sait qu'au bout d'un temps, l'ennui lui serait devenu insupportable. Car quoiqu'il en pense, quoi qu'il veuille en penser. Au fond de lui, tout au fond, il sait. Il sait que la chasse coule dans ses veines comme coule son sang. Il sait que l'adrénaline lui est aussi indispensable que l'air pour respirer.
Mais il a cru, profondément et honnêtement cru. Il a cru. Il a voulu croire. Il a voulu croire qu'il pourrait tout abandonner derrière lui. Encore une fois. La traque. Les monstres.
Mais il y a des monstres qu'on ne peut fuir. Qui finissent toujours par vous rattraper.
La réalité est de ces monstres. De ces implacables monstres. Il a essayé de lui échapper. Il a essayé de se voiler la face. De se bercer d'illusions. Tellement essayé. Mais les cadavres s'amoncellent. Et le sourire de Jessica n'est plus que cendres. A cause de lui. A cause de la réalité, la cruelle réalité qui réduit les rêves en charpie. Cette réalité, la sienne, Amélia n'aurait jamais pu la supporter.
Sa réalité aurait réduit Amélia en charpie. Il a préféré briser ses rêves de ses propres mains. Plutôt que voir Amélia brisée par sa réalité.
Alors il a tiré un trait. Un trait définitif. Alors il est parti. Et il a laissé l'ennui. Laissé le quotidien. Laissé Amélia. Laissé ses aspirations derrière lui. Il s'est fait une raison. Il s'est résigné. Dean l'a rappelé à l'ordre. A ses devoirs. Et il a vu juste, Dean. Bien sûr qu'il a vu juste. Il est plus lucide que lui sur ce coup ci. Sam n'a pas le droit de se défiler.
La raison. Le réel. Le devoir. Autant de noms pour désigner le cimetière des rêves et de l'impossible. Mais il ne peut les empêcher de remonter à la surface. Parfois.
Tous ces désirs et ces souhaits.
Cette image du bonheur inaccessible.
Elle est solidement clôturée, enchaînée dans son esprit. Mais il ne peut s'empêcher d'y repenser avec nostalgie et de l'effleurer de temps en temps, dans le secret de ses songes.
Cette image du bonheur qui porte les traits d'Amélia.
Sam se plaît à rêver d'impossible. Car c'est ancré dans la nature humaine. Dans sa nature. Dans notre nature à tous. Tous les hommes rêvent d'impossible. C'est comme ça.
« Grrlllllllllll »
Sam est brutalement extirpé de ses réflexions par un gargouillement sonore. Ce même gargouillement qui éjecte Gabriel de ses propres pensées. Sentant confusément que le bruit vient de son corps, ce dernier plaque une main sur son ventre.
« On dirait bien que j'ai la dalle. »
C'était donc ça la faim ? Cette impression désagréable de manque. De vide. Les expressions humaines sont porteuses. Avoir un creux. Voilà ce que ça fait. « Mais ce borborygme manque singulièrement de classe. » note-il toutefois.
Sam sourit légèrement, chassant sa tristesse sous la main qu'il passe dans ses cheveux un peu longs. « Bienvenue dans la human team. »
Gabriel soupire, plante les dents de sa fourchette dans une rondelle de carotte.
« Pfffff. »
« Quoi ? » s'enquit Sam, qui mange avec appétit alors que Gabriel n'a encore rien touché. Il lui adresse un regard où se lit tout la misère du monde, les épaules basses. Nom de Dieu, quel gamin. Il ressemble vraiment à un gosse qui chipote dans son assiette. Il geint de la même manière en plus.
« C'est mon premier repas en tant qu'humain et j'ai droit à quoi ? Des carottes et un steak ? Où sont les hamburgers, les poulets, les rôtis, les frites, les crèmes glacées, les tartes, les gâteaux et les confettis ? Où ? »
« Je te signale qu'il y a un steak dans les hamburgers et ta condition d'archange te gênait pas pour te goinfrer. »
« Et les danseuses ? Et l'alcool ? »
« On est pas dans un bar à strip-tease. Et y a des bières dans le frigo. »
Gabriel se liquéfie presque littéralement sur la table. La joue contre le bois, les bras ballant. Un enième pffff plaintif s'échappe de ses lèvres boudeuses. Pire que Dean devant un gratin de courgettes. Et pourtant Dieu sait que Dean voue une aversion totale au gratin de courgettes.
« Mange, martyre de la nation ça va être froid. »
« M'en fiche. »
« T'auras rien d'autre. Si tu manges pas tu vas avoir de plus en plus faim. »
Gabriel soupire encore plus fort. Sam change de tactique, employant volontairement ce ton infantilisant utilisé par les parents. Ce ton écœurant.
« Allez maaange Gabriel, si tu veux devenir grand et foooort. Les carottes sont pleines de vitamines et d'antioxydants. »
Regard blasé.
« Les carottes ça rend aimable, t'en as bien besoin. Et ça fait grandir aussi. Tu veux faire ma taille ? Alors mange des carottes. »
Regard encore plus blasé.
« Ouais et ça rend les fesses roses. Un tas de conneries tout ça. » grogne Gabriel.
« Qu'est ce que t'en sais ? Si tu vérifies pas, tu sauras jamais. » tente inutilement Sam.
Le regard ambré se fait suspicieux :
« T'as été engagé par le lobby de la carotte pour la promo c'est ça ? Les carottes c'est la vie ? God save carrots ? »
« Plutôt In carrot we trust. »
« Chasseur le jour et fanatique adorateur de légumes oranges la nuit. C'est d'un triste. Et en plus le orange ne va à personne. »
« Je suis membre actif de la secte « les légumes sont nos amis», je pratique des messes à la carotte rouge avec un pot de fleur sur la tête et Bugs Bunny est mon grand maître spirituel. » rétorque Sam.
Gabriel se redresse, faussement outré.
«Tu es abonné au Gambadant grignoteur des près ? »
« Dans le mille, mec. Et je suis cinquième fane en carotte-thaï. »
« Je le savais ! N'as-tu pas honte ! »
« Jamais ! Je le revendique haut et fort ! Mange maintenant. »
Gabriel s'abat de nouveau sur la table, image même du désespoir.
« J'veux des frites. J'veux des bonbons. »
Sam lève les yeux au plafond. Il commence à user sa patience l'ex angelot. Lui qui avait espéré pouvoir manger sainement en l'absence de son aîné. Mais à quoi s'attendait-il aussi avec un amateur de cochonneries sucrées de la trempe de Gabriel. L'espoir fait vivre.
Ultime essai diplomatique. Après il le fait bouffer de force.
« Mange Calimero et je te promets que la prochaine fois t'auras un gâteau et des bonbons. »
Gabriel se relève immédiatement mais fait mine d'être difficile.
« Mmmmm. »
« Au chocolat le gâteau. »
Le chasseur fait mouche s'il en croit les petites brillances dans les iris mordorées.
« Argument de poids. Promis ? »
« Sur la tête de mon économe fétiche. » jure solennellement Sam.
« Ça marche. » sourit triomphalement le déchu.
Mais Gabriel reste Gabriel, toujours à se donner en spectacle, pense Sam en observant ce dernier amener trois pauvres morceaux jusqu'à sa bouche avec moult grimaces et mimiques. Il stoppe la fourchette devant son nez froncé, humant l'odeur avec exagération comme s'il était devant le pire immondice qu'il soit.
« Je ne sais si j'aurais la force... » feint-il avec affectation.
« Pense au chocolat. » soupire Sam.
« Que la force soit avec moi. »
Quel cirque... Gabriel effleure sa bouche avec le légume et finalement l'enfourne du bout des lèvres, le visage entièrement plissé. Il agite la tête de droite à gauche en petits mouvements synchronisés sur la mastication, le dos de la main sur le front en une posture théâtrale.
« A moi, à l'aide, au fou, je me meurs, je me meurs, je me- ….ohh pas si mauvais en fait. »
Ses traits de défroissent instantanément alors qu'il déglutit et en avale cette fois une pleine bouchée. Les saveurs se diffusent dans sa bouche. C'est nouveau. La puissance du goût. Et la carotte, contrairement à ce qu'il avait toujours pensé à un petit aspect sucré. Pas si horrible.
Sam le regarde fixement. La blasitude paraît obéir à une règle d'alternance entre l'un et l'autre côté de la table. Chacun son tour, pas de jaloux. Clin d'oeil doré. Gabriel rembarre le sourire qui menace de ponctuer ses paroles.
« Heyy pourquoi tu m'as fais croire que c'est dégeu ? C'est mangeable. Tsss ça m'apprendras à écouter tes pernicieux conseils...»
Sam, estomaqué de se voir dépossédé de sa victoire remportée de haute lutte, affiche l'air de pitié-que-quelqu'un-le-retue-tout-de-suite-sinon-j e-ne-réponds-plus-de-rien-et-je-l'éventre-à-coups -d'économe-vengeur.
« Je rêve. »
« Toujours pas non. »
« Dommage. »
« Tu me dois un gâteau au chocolat. »
« Mmmm »
« Et des bonbons.»
« Ah ta gueule. »
Gabiel contemple le plafond.
C'est la première fois qu'il essaye de dormir de sa vie. Comment on fait ? « Ferme juste les yeux et ne réfléchis pas trop. » a dit Sam. Il ferme les yeux. Écoute le silence. Peut-on écouter ce qui, par définition, ne s'entend pas ?
Le problème c'est qu'il réfléchit trop. Des images se bousculent. Et il y a toutes les implications sur sa nouvelle condition. Ça s'entrechoque. Les images éclatent. Cacophonie de sons. Des voix dans sa tête. Ou plutôt sa voix. Sa propre voix. Il se parle à lui même. Dialogue avec son propre cerveau. Un vrai schizophrène vu sous cet angle.
Il n'arrive pas à ralentir le flux des pensées. Les idées fusent. Les idées courent. Il suit les fulgurances, il saute d'une flammèche à la suivante. Trop vite. Pas le temps de construire qu'il est déjà ailleurs. Sur un autre sujet. Un feu follet lancé au galop.
Il se tourne d'un côté. De l'autre.
Sur le dos. Sur le ventre. En diagonale.
Gauche. Droite. Dos. Ventre.
Dos.
Il soupire. Les bras et jambes en croix. Ce ne doit pas être sorcier pourtant. Il essaye de discerner quelque chose dans les ténèbres de ses yeux fermés. Mais ça fourmille dans ses jambes. Il a envie de bouger. Il se lève et se glisse vers la chambre du chasseur. Il distingue une forme sombre dans le lit.
« Pssss Saaaam. »
Froissement des draps. Un grognement des plus amicaux lui parvient.
« Quuuuoi ?! »
« ….C'est quoi la technique pour dormir ? »
« Fermelesyeuxjet'aidis. Etfichemoilapaix. »
« Allez, partage avec les autres. Soit fair play my spleeping beauty. »
« Vatefaire. »
« Toi même. Tsss toute une éducation à refaire, je vous jure. »
Sam gronde encore, balbutiant quelque chose d'inaudible. Gabriel ferme la porte en grinçant des dents, imitant avec talent le bruit d'une vieille armoire de grand mère juste pour le plaisir d'agacer Sam. Il entend un bam contre le battant. Un lancer de coussin sans doute.
Il retourne dans son lit et tâche de se relaxer. Le matelas est confortable. Les draps ne grattent pas. Il va bien réussir à dormir non ? Mais c'est inutile. Les minutes s'agrainent. Et le sommeil ne vient pas. N'y tenant plus, il vire la couette et se dirige vers la sortie, ouvre le battant blindée et sort à l'extérieur du bunker. L'air frais de la nuit le cueille aussitôt. Il inspire avec bonheur l'odeur nocturne.
Ses pas claquent sur la route. Le bitume est froid, agressif sous la plante de ses pieds. Il a oublié d'enfiler des chaussures. Humanité à la con.
En se retournant il s'aperçoit que le bunker est encastré dans un bâtiment beaucoup plus imposant dont les contours se détachent de manière incertaine. Il n'y pas assez de lumière pour en voir les détails (et pour cause il fait nuit). La bâtisse ressemble à un immense monstre ramassé sur lui même. Il secoue la tête. Son imagination lui joue des tours. Gabriel s'éloigne un peu de la porte et se dirige vers la colline contre laquelle est adossé le bâtiment.
Il passe une main dans l'herbe froide. Le froid, encore une sensation étrange. Il entreprend de gravir la colline, appréciant le contact doux et moelleux de la végétation. Mais ses sutures tirent. Brûlent. Son cœur cogne sous l'effort. A la moitié du versant, il renonce à monter jusqu'en haut et s'adosse contre le parois en serrant les dents. Ça fait mal.
Il s'allonge dans la pente. Et alors qu'il s'abaisse, un parfum monte. Un parfum singulier. Entêtant et riche. Il prend tout l'espace. Il emplit ses narines. S'infiltre à chaque inspiration. Et Gabriel l'accepte. Le fait circuler dans ses poumons. C'est une odeur apaisante. C'est l'odeur de la terre, comprend-t-il.
Sa nuque se pose contre le sol. L'herbe caresse son cou en doigts minuscules. Non ce n'est pas une caresse. C'est plus léger. Des chatouilles peut être. Il n'est pas certain que ce soit le terme adéquat. C'est comme être allongé au centre d'un parterre de fées. Des petites fées aux mains froides.
Malgré la douleur qui reflue trop lentement, un sourire apparaît sur ses lèvres. Cadeau offert à la lune qui déploie sa pâle lumière dans l'immensité du ciel. Elle est magnifique. Accrochée dans l'étendue saphir.
Il ne comprend pas pourquoi les humains décrivent la nuit avec la couleur noire.
Il n'a jamais compris.
La nuit n'est pas noire.
Elle est grise. Elle est bleue. Elle est violette. Rouge parfois, rarement. Mais noire non, jamais. Jamais vraiment. Il regarde la lune. Ou est-ce l'inverse ?
La lune. Impératrice du ciel. Majestueuse. Drapée dans sa robe sombre aux éclats brillants. Ovale argenté d'une beauté inaccessible. Qui flotte dans l'obscurité. Parfois œil. Parfois sourire. Elle dévoile ses courbes lointaines ou se subtilise. Joueuse et dompteuse de nuages.
C'est une Dame qui aime entretenir le mystère. Timide peut être. Faussement timide à se cacher dans le ciel interminable de sa chevelure. Sa chevelure satinée. Sa luxuriante chevelure d'obscurité. Coquine reine adamantine au teint limpide et aux cheveux toujours défaits. Aux cheveux de nuit.
Et la couronne des astres ne sont qu'un écho de son élégance. Comme autant d'éclats de cristal piqués sur le dôme ombrageux. Milles fragments de rêves ou milles flocons d'argent. Paillettes de foudre et poudre d'éclairs.
C'est le temps qui se morcelle en milliards de pépites. Étincelles fixes et figées dans le néant.
C'est le temps qui verse une poignée de sable sur l'univers.
C'est une cascade de papillons de mercure.
Innombrables et suspendus.
C'est une cascade de papillons électriques. Délicatement posés dans les cheveux de la lune.
En comparaison Gabriel est si minuscule. Si insignifiant. Si douloureusement... humain ? Perdu face à l'abîme chahuté de ténèbres. Cet abîme devenu trop grand pour lui. Cet abîme qu'il est devenu incapable d'arpenter avec ce corps trop lourd.
Ce corps trop matériel. Trop pesant. Il est cloué au sol par cette complexe machinerie aux rouages de chair, d'os et de sang. Plus jamais il ne pourra s'harmoniser avec le ciel. Plus jamais il ne pourra faire chanter ses atomes à l'unisson de l'alizé. Pas avec ce corps mortel. Ce corps plombé de contraintes.
Ce corps trop fragile.
Il a été jeté dans ce qu'il ne comprend pas. Jeté dans le monde des hommes. Il aime l'humanité, mais il n'a jamais voulu en faire partie. C'est une chose d'investir un vaisseau. Mais devenir le vaisseau n'est pas de sensations inconnues. Il réalise que le sens même du mot « sensation » lui échappait avant. Il ne savait pas ce que c'était. Tout est démultiplié au centuple.
Rien n'est comme avant. Tout vibre avec tellement plus de force. Comme s'il naissait pour la première fois. Comme s'il était vraiment né. Et ce n'est que le début, il n'est humain que depuis quelques dizaines d'heures. Il reste encore tant de nouveautés à expérimenter.
Qui est-il maintenant qu'il n'est plus Archange ?
Maintenant qu'il n'est plus Trickster ?
Qui est-il ?
Qui est-il maintenant qu'il est devenu homme ? Est-il toujours Gabriel ?
Qu'est ce qu'un homme ?
Selon son Père, l'homme a été conçu comme un pont. Un être de mi-chemin. Situé entre l'animal presque totalement matériel et l'ange presque totalement spirituel. Ni tout à fait l'un. Ni tout à fait l'autre. Un être de contrastes. Un être de paradoxes. Capable d'être l'un et aussi bien que l'autre. D'éprouver et de penser.
Un être passerelle. Un être frontière.
Et c'est cette balance qui fascine Gabriel depuis longtemps. La raison pour laquelle il aime ces imbéciles d'humains. C'est leur insolente liberté à être. Leur insolente liberté à devenir. L'homme est mouvance. Le vivant est mouvance. Mais il manque quelque chose.
Gabriel sent qu'il loupe des choses. Que le raisonnement manque de substance. Que ce n'est pas suffisant.
Mais il n'arrive pas à compléter. A remplir les vides.
Pas encore.
Il nage dans l'obscurité.
La nuit s'étend, le serre dans ses bras de soie. Il reste immobile devant l'immensité des cieux. Les nébuleuses entrelacées d'étoiles. Les yeux éblouis. Écarquillés. Dilatés devant la merveille démesurée.
Il va basculer dans le ciel. Tomber dans l'océan gigantesque. Il va chuter dans l'infini. Sombrer dans le bleu sans fond. Et s'absorber dans la lumière de la lune. Il va disparaître dans cette voûte scintillante qui ne connaît pas de limites.
Ses cheveux s'éparpillent dans l'herbe. Les mèches dorées plongées dans l'émeraude. Ses doigts se mêlent et s'accrochent. S'enfouissent entre les brins. Et le vent, ami, joue entre l'or et le vert comme si l'un était l'autre. Et l'autre était l'un. L'obscurité veloutée les enveloppe. Les confond.
Et Gabriel soupire. Entrecroise son souffle à la brise. Ses questionnements s'apaisent. Il se sent bercé par l'univers. Il appartient à un tout. Il est intimement relié. Il est juste devenu autre. Devenu plus petit. Mais la connexion est toujours là. Il est toujours un ensemble. Mais aussi toujours une infime partie dans le tout. Plus infime qu'autrefois.
Il est toujours Gabriel.
Pour le moment il ne sait pas ce que cela veut réellement dire. Mais il est toujours Gabriel. Ses muscles se détendent. S'abandonnent.
Ce n'est que bien plus tard qu'il se résout à rentrer. Et quand il s'assoit sur le canapé, les étoiles dansent encore derrière ses paupières closes. Il n'a pas conscience de s'endormir.
Et pourtant...
A mi chemin.
Lui aussi.
-Paradis, quelque part -
Castiel marche dans un couloir blanc. Les murs immaculés s'étendent. Ce ne sont pas des murs. Pas vraiment. Mais ici rien n'est vraiment. Tout n'est que lumière. La lumière faite matière. La lumière ne vient de nulle part. La lumière vient de partout.
Pureté. C'est l'essence de la lumière.
Les lueurs se reflètent sur les cloisons, les enduisent d'un aspect laqué. Elles offrent une surface glissante à la vue. Des mouvements presque imperceptibles se poursuivent sur l'éclatante blancheur. Se soustraient à la compréhension immédiate. Ce genre de mouvements que l'on voit mieux en regardant de biais. Car sur ces murs, si lisses, s'ouvre un monde dérobé. Un monde de miroirs.
Castiel ne peut s'empêcher de contempler la clarté qui valse sur les murs. La clarté qui est murs. Mais il n'est pas là pour ça. Il continue son chemin. Il est à la recherche de Mebahiah mais il n'arrive pas à la trouver. Il se renseigne donc, interroge chaque ange qu'il croise. En vain. Le bureau de la Principauté est vide. Son aura est indétectable. Bridée. Elle est bien plus puissante que Castiel. Si elle veut se dissimuler à sa perception, elle le peut sans problème.
S'il ne trouve pas Mebahiah, c'est qu'elle ne veut pas être trouvé. Frustré, il part la chercher sur Terre sachant pertinemment qu'il n'aura pas plus de succès. Mais il cherche tout de même.
Un petit commentaire pour me dire vos impressions ?
Il ne s'y passe pas forcément beaucoup de choses mais rassurez-vous ça viendra.
Dans le prochain, quelques délires en perspectives et quelques pistes sur Meb. Ou comment elle est encore pire que ce que tout le monde pense mdr
