Bonsoir ^^

Merci pour vos commentaire comme toujours :D

Petite précision qui a son importance: Saturne m'a gentiment donné quelques conseils, notamment sur la mise en forme de mes chapitres arguant que le confort de lecture pouvait s'améliorer. Je la remercie, ce chapitre sera donc constitué de petits paragraphes. (je ne supporte pas les gros blocs) Les chapitres précédents seront ajustés à cette sauce pour uniformiser le tout. J'espère que c'est ça conviendra mieux ^^

Bonne lecture !

Eith: Bonsoiiiiir ^^

T'inquiète pas, je suis aussi un boulet quand je veux ^^ au moins tu le sauras maintenant xd C'est sûr que du coup j'ai eu un peu plus de reviews lol Ohhhh mais c'est gentil ça, je te nomme directrice de la promo de ma fic ;) C'est vrai que je n'ai pas beaucoup de reviews mais que veux-tu on fait avec ce qu'on a (bouhou *part pleurer*) XDDD un peu angoissée oui je vois, mais je sais que tu ne m'abandonneras pas, j'ai confiance en toi mdr (et les représailles seront terribles sinon mouhahaha) Oh si si j'imagine très bien comme le suicide au spaghetti pas cuit peut se révéler complexe xD je suis personnellement passée maitre dans l'art de me couper avec du pain ou de me prendre un coup de jus en m'asseyant sur une chaise 100% bois (pitoyable ? Je saaaais)

Waouhhhh mais je vais rougir comme une tomate là XD Et même si je sais que c'est faux ça me fait plaisir;DDDDD Londres est une ville absolument géniale ! Si tu as l'occaz d'y aller un jour franchement n'hésite surtout pas et fonce ! (les gens sont très gentils en plus là bas)

Quoiiiiii tu me laisses toute seule à l'asile ? N'as-tu pas honte XD Ahaha oui Luci à la classe mais à ta place je ne le traiterais pas de « pauvre petite crotte » trop fort XD Bien sûr, je connais Loki ^^ Tout comme toi j'ai tendance à aimer méchants aussi, (c'est grave docteur ? xd)

Ohhhhh mais oui dis donc ! Quel dommage, pauvre Raphi qui aurait cru qu'une peau de banane se trouverait sur le toit d'un building, ça alors quelle coïncidence XD Mais je te comprends je l'aime pas non plus ^^ (qui l'aime je me demande d'ailleurs) Pour Meb...hum dis toi que c'est ma nature sadique qui veux ça ^^ mais roooh elle est pas si détestable ^^ Je te promets solennellement que 1) tu vas encore la supporter un bon moment et que 2) elle aura une mort violente.

XD j'adore l'illumination genre sapin de Noël en voyant le nom de l'auteur XD Ouiii je veux mon autel !

Le pot de fleur ouais c'est marrant c'est clair, mais tout de suite c'est moins classe XD c'est comme la jardinière quoi XD Pourtant le potentiel slash de HP est énorme mais je sais pas ça me tente pas plus que ça en fait ^^ ou faudrait que je tombe vraiment sur un truc bien.

Mon docteur préféré c'est Matt Smith en fait ^^ même si j'adore David Tennant qui est génial aussi, j'ai une mini préférence pour Eleven ^^ (d'ailleurs je le dit haut et fort le poisson pané à la crème anglaise ben aussi choquant que ça paraisse, en fait c'est bon ! Si si xd) Monstres et compagnie (version 2001) est un film d 'animation génial ! (j'adore les films d'animation) et je suis aussi allée voir le 2, mais c'est vrai qu'il est un peu moins bien je suis d'accord j'ai été un tout petit peu déçue vu comment le 1 est épique ^^

Pour le crossover, c'est un peu compliqué en fait ….mais je ne veux pas développer ça ici XD Donc si tu veux savoir, tu sais quoi faire xd Je me doute que réécrire 5 fois la review t'as foutue les nerfs XD j'étais catastrophée derrière mon écran en me disant « mais comment je peux la prévenir ? Comment ? » , j'avais aucun moyen donc j'ai pas pu mais j'étais de tout cœur avec toi ! Je t'ai envoyé des ondes RIP à haute dose xd En tout cas, merci ta persévérance est adorable je ne sais même pas si dans la situation inverse j'aurais eu la force ! Donc merci et je t'aiiiiime. (mes yeux sont noisettes, c'est à dire un mélange étrange de marron au centre et de vert autour, donc ….pas si magnifiques XD)

XD je tiens à préciser que le but du chantage est que ça marche, donc je garde des cookies en réserve xd Niark niark je t'avais dit que l'amour ne marchait pas là XD Mais tu as raison l'amour triomphe toujours, et triomphera ! In love we trust ! Contente que tu es appréciée l'explication de Sam ! Disons que ce n'était pas la partie la plus simple xd

Pauvre Meb, elle subit une espèce de campagne anti-personnelle de ta part XD Peut être que tu finiras par la faire fuir à force mdr (elle est peut être phobique des peaux de banane ? Ou allergique tiens c'est encore pire ) Hum...une blague carambar dans toute sa...splendeur ? Nullité ? XDDD

Merci pour ta review et t'as vu, cette fois elle est passée nikel (j'étais à mon poste, prête au clic « accepter » XDDD) merci encore, tu es géniale et je ne dirais que...geronimooo (quoi que j'ai un gros gros faible pour le fameux « allons-y Alonzo » de Tennant XD)

PS : J'adore Toy Story * w*


Chapitre VIII

Les chamailleries sont le signe de la réconciliation


Gabriel ouvre un œil avec difficulté. Puis l'autre.

La pièce est plongée dans un noir profond tempéré de gris. Quelle heure est-il ? Pas la moindre idée. En tâtonnant il s'aperçoit qu'il est encore sur le canapé. A force, il devrait y faire graver son nom peut être puisque son postérieur paraît déjà y avoir trouvé sa vocation, pense-t-il avec amusement. Donc conclusion, il est dans le salon. Ok. Mais que fait-il là, déjà ?

Il plisse ses yeux, même dans l'obscurité grise, ils picotent désagréablement. Sa tête flotte. C'est comme pédaler dans le vide. Difficile de rassembler ses idées. Elles semblent mettre un point d'honneur à vouloir s'éparpiller aux quatre coins de son cerveau. Des feuilles dispersées au grès du vent.

Il frotte ses paupières fatiguées. Décidément, le réveil est un sale moment. Ou disons qu'il n'est pas encore vraiment habitué. Il se redresse avec prudence, la nuque un peu rigide d'avoir reposée contre un accoudoir. Mais les précautions sont surtout pour ses sutures fraîchement refaites.

Ah, oui. Ça lui revient.

Les sutures.

Samuel.

L'ordinateur.

Il grimace.

Sam est parti en trombe et n'est pas revenu de la nuit. Gabriel a attendu. Attendu encore. Mais le chasseur n'est pas rentré. Et même maintenant, ça n'a pas l'air d'être le cas. Gabriel ne le sait pas vraiment, ce n'est qu'une impression sans fondement objectif.

Une impression d'être seul.

Une nuance particulière dans le silence.

Il se lève et s'essaye à quelques pas pour allumer les interrupteurs. Et dire qu'avant un claquement de doigts aurait suffi. Et le voilà, maintenant, comme un débile ne pouvant s'empêcher de tendre les bras devant lui, alors qu'il sait qu'il n'y a aucun obstacle.

Il le sait. Mais c'est plus fort que lui. Il sonde l'obscurité, ne parvenant qu'à distinguer des contours flous. Quelques pas encore. Il se prend le coin de la table basse dans le genou, trébuche sur ...un truc.. et perd l'équilibre.

Il tente de lutter contre la gravité une poignée de fous instants d'espoir. Il se dandine dans tous les sens, bat des bras en gigotant comme un dindon sans tête et finit par s'étaler lamentablement sur le sol au prix de gesticulations tout à fait honteuses dans un esprit french cancan très très revisité (et sans les plumes, dans tous les sens du terme.) Il jure entre ses dents. Au moins personne n'a assisté à ça.

Un soudain vrombissement coupe ses insultes envers le mobilier. Un bruit accompagné d'une lumière bleue. Il se dirige vers la source brillante à toutes jambes, s'emmêlant les pieds au passage dans il ne sait trop quoi. Mais la lueur s'éteint trop vite.

Il farfouille pour la retrouver. Ses doigts tapotant une surface lisse et froide. Un rectangle se dessine sous sa paume. Le portable de Sam. Ce crétin a foutu le camps sans. Gabriel grogne un « imbécile » tout en tripotant l'écran au pif, quand...Ahah ! Le rectangle s'allume, victoire ! Gabriel consulte l'heure, il est huit heures du matin. Et Sam a reçu un message, de Dean, bien sûr. Curieux comme pas deux, Gabriel l'ouvre.

« Alors Sammy, tu survis ? Tu as trucidé le guignol déplumé avec la râpe à fromage ou tu as préféré terminer le trouduc avec la ventouse des chiottes ? »

…...Charmant.

––

-10h-

L'eau chaude ruisselle dans les cheveux de Gabriel. Transformant le doré en caramel. Et l'eau poursuit son chemin en fluides serpentines. Épousant les courbes et les formes comme une seconde peau. Une peau irisée et mouvante. Une peau liquide.

Gabriel ne peut retenir un grognement quand l'eau chaude se coule jusqu'à ses blessures. De confortablement chauds, les rubans scintillants se font brûlures dans sa chair. Bordel ça pique à mort.

Car des plaies il en a partout. Recousues certes, mais pas encore refermées. Et l'eau s'y infiltre. Gabriel carre les épaules, attendant simplement que la douleur diminue. Il ferme les yeux, le visage directement placé sous les gouttes. C'est très agréable. Si l'on excepte les aiguilles qui charcutent son épiderme.

Il préfère se concentrer sur les perles mouillées qui massent gentiment ses épaules en éclatant plutôt que sur les affreux picotements. Au bout d'un certain temps, la buée a envahi la salle de bains en écharpes vaporeuses mais la douleur est finalement parti. Et c'est vraiment mieux comme ça.

Il profite longuement de la délectable sensation puis attrape le gel douche que Sam lui a acheté. Gel douche qui fait deux en un shampoing au passage. Il n'hésite pas un seul instant sur la procédure, il connaît la théorie des douches. Pour avoir espionné un nombre conséquent de demoiselles bien foutues. Il adore faire ça. Adorait. Ou comment l'expression « se rincer l'oeil » prenait tout son ricane intérieurement, c'était le bon vieux temps.

Il a déjà testé lui même aussi, une ou deux fois. Par curiosité. Mais ça n'avait rien à voir avec maintenant. Il soupire d'aise, tendant la main vers le gel douche. Il commence à se frictionner en évitant de trop en mettre sur les plaies quand une odeur douce vient lui chatouiller les narines. Cette senteur lui est familière mais...ça lui échappe. Il attrape l'emballage en plastique recouvert d'une énorme tête de grenouille...rose.

« Je ne suis plus un bébé, Parfum vanille – lit-il – spécial enfants sensibles. Terminé les jérémiades pour aller au bain, on fait plouf comme les grands ! Ne pique pas les yeux. »

…...

Gabriel réprime un sourire. Il a comme l'impression que Sam a voulu se foutre de lui en lui refilant un gel douche pour gosses. Où a-t-il bien pu trouver un truc qui s'appelle « Je ne suis plus un bébé », sérieusement ? Mais il n'en a rien à carrer. Tout ce qu'il sait c'est qu'il aime la vanille. L'odeur n'a pas grand chose à voir avec ce qu'il pouvait percevoir quand il était archange. Elle est plus riche. Subtile. Alléchante.

Oui, définitivement il adore la vanille, n'en déplaise à Gigantor. Il continue sa douche tranquillement, enveloppé dans un cocon tiède de parfum sucré.

Pourtant il n'arrive pas à se détendre tout à fait. Il devrait. Mais il n'y arrive pas.

Pas totalement.

––

-11h-

Gabriel ne peut plus se mentir à lui même.

Il est franchement inquiet. Que fabrique Sam ?

Gabriel aurait aimé dire qu'il tourne en rond dans le bunker comme un lion en cage. Mais soyons réaliste. Actuellement, il joue plus dans la catégorie pépé-impotent-Germaiiiiiine-je-trouve-plus-mon-bai n-de-pieds-aux-algues que félin-dangereusement-mortel-hey-minus-dégage-de-mo n-abribus. Et il a beau tenter de se convaincre que sa démarche lente, boitillante et chaloupée possède un certain charme, il n'y croit pas lui même.

Disons que lorsque vous mettez dix minutes pour accéder à la cuisine et ce, en vous tenant aux meubles, la majesté du lion peut être reléguée dans le placard le plus haut et le plus hors d'atteinte de la dite cuisine. Mais la porte encore ouverte, histoire qu'elle reste bien visible d'en bas.

Juste pour vous mettre les nerfs.

Non, Gabriel n'est pas en train de tourner comme un lion en cage. Plutôt comme un zombie atteint d'un lumbago avec la combinaison gagnante lacets défaits et chewing-gum sous la chaussure. Et encore.

Mais il est inquiet. Oui, ça il ne peut le nier. Pour une simple et bonne raison : s'il arrive quoique ce soit au cadet, l'aîné viendra lui faire la peau.

––

-14h-

La porte du bunker s'ouvre un grand BAM ! Faisant sursauter Gabriel qui lâche le téléphone serré dans sa paume. L'appareil tombe sur le sol mais l'ancien ange le rapatrie vite fait bien fait sur la table en vérifiant rapidement qu'il n'a aucun dommage.

Il est intact. Ouf. Ni vu ni connu. Gabriel attrape un magazine et se cache derrière. Des pas claquent sur le sol de béton. Se rapprochent.

Sam est devant lui maintenant. Gabriel le sait. Gabriel le sent. L'atmosphère vient de changer.

Sam est là.

Il abaisse un coin de son journal avec un sourire engageant. Espérant ainsi passer entre les mailles du filet. Sam le regarde fixement. Raide. Les lèves pincées en une ligne mince de vivant reproche.

Pas l'ombre d'un sourire ne défile sur son visage à lui. La seule ombre est celle qui habite ses yeux anthracites zébrés d'éclairs verts. Sans dire quoi que ce soit, le chasseur se détourne.

Gabriel ne lui demande pas où il était tout ce temps ni ce qu'il a fait. Premièrement ça fait beaucoup trop vieux couple à son goût. Deuxièmement il ne va pas tenter le diable non plus. Sans mauvais jeu de mots. Et troisièmement...il ne voit pas pourquoi il y aurait de troisièmement. Le premièrement et le deuxièmement sont amplement suffisants.


Sam est toujours en colère. Gabriel a osé bousiller son ordi, putain ! Tous ses fichiers sont morts. Pfoui ! Envolés ! Des années de documents amassés pour rien. Il s'apprête à aller dans sa chambre d'une seule traite mais s'arrête et se retourne. Autant prévenir que guérir. Il sort le nouveau pc de son sac et le désigne à son vis à vis d'un ton mordant.

« Mec, il est neuf alors si tu t'en approches à moins de dix mètres... »

Il ne termine pas sa phrase et plante Gabriel là qui achève sobrement pour lui même.

« ...ça va chier. »

Délesté de son précieux chargement, Sam revient dans la partie commune. Gabriel a osé bousiller son ordi. Mais ce n'est pas ça qui lui pèse vraiment sur le cœur pour dire la vérité. Ce n'est pas ce qui a fait différer son retour. Il se sent nauséeux. Mal.

C'est à cause de l'odeur acide.

Cette horrible odeur. Cette odeur qu'il hait de tout son être.

Cette odeur répugnante qui se dépose partout. S'imprègne au cœur de la matière. Ancre sans retour en arrière ses relents de mort. La puanteur plane dans le bunker tout entier et il ne peut pas passer outre. Il ne peut pas s'y habituer. Les exhalations âcres de cendres lui sautent à la gorge toutes griffes dehors, amenant avec elles de vieux souvenirs refoulés. Monstres fantomatiques à l'haleine empoisonnée de chair brûlée.

C'est Jessica. C'est sa mère aussi, bien qu'il ne s'en souvienne pas. Les cheveux blonds dévorés dans un amas de flammes. La robe si blanche devenue torche mouvante, embrasée par la furie de l'incendie. La peau ravagée et éclaboussée de braises. La peau qui flambe et se calcine comme un steak oublié sur le grill.

La chaleur étouffante et les hurlements de souffrance sont imprimés pour toujours dans son esprit. Imprimés au fer rouge. Les cris hurlent encore dans les oreilles de Sam, les images vivent encore sur ses rétines. Normalement, toutes ces horreurs là sont bien cachées, enterrées loin. Elles sont anciennes. Mais ici les effluves écœurants ne s'évacuent pas, faute de fenêtres. Et les souvenirs remontent, car les souvenirs ne sont jamais mieux portés que par une odeur. Aussi abjecte soit-elle.

Non. Il ne peut pas supporter ça. Et même si la chair n'a pas été rongée par les flammes dans le sous terrain, les émanations nées de sa mémoire lui emplissent les narines de leur ignoble pestilence. Sam ne peut juste pas.

Il se précipite au coffre de la voiture et en sort un sac remplit de pulvérisateurs dont le contenu est censé absorber les odeurs. Une fois de retour à l'intérieur, il en dégaine deux du sac et, un vaporisateur dans chaque main, il entame le nettoyage à grands coups de pschitt. Lavant les lieux de toute agression olfactive avec le produit condensée en micro-gouttelettes.

« Qu'est ce que tu fabriques ? – s'enquit Gabriel d'un ton joyeux – tu aimes à ce point jouer de la gâchette ? Je fais feu des deux flingues. » Sam se fixe en pleine action et son visage fermé comme une porte de prison mouche la gaieté de Gabriel. Le chasseur rétorque d'un ton polaire.

« Ça se voit pas ? »

Et il ne prononce plus le moindre mot jusqu'au lendemain. Inondant littéralement les meubles de produit. S'acharnant chaque pulvérisation un peu plus. Il ne doit rien subsister. Pas la moindre molécule d'odeur. Il ne doit rien rester. Rien.

Rien.

Gabriel le regarde s'obstiner un long moment. Et finalement se penche lentement, et ramasse les débris du plat à marshmallows. Sam lui lance un regard surpris que Gabriel ignore superbement, continuant d'ôter les morceaux de porcelaine brisée. En silence. Lui aussi.

Pour une fois.

Et Sam continue de vider les pulvérisateurs.


Entrepôt n°3 , Douglas, Wyoming –

L'homme reprend lentement conscience. Il est lové en boule. Désorienté, ses yeux s'agitent frénétiquement, cherchant à absorber le décor pour l'analyser. Il est dans une sorte de ….prison en verre ? Non ce n'est pas du verre même si ça y ressemble beaucoup. Qu'est ce que c'est ?

Et puis il y a autre chose. De très particulier. Quelque chose à l'intérieur. Quelque chose qui bouillonne. Qui s'agite. C'est vraiment étrange.

Il observe ses mains, ses bras. Les tatouages sont toujours les mêmes et l'épiderme ne paraît pas altéré. Il tâte ses cheveux, son visage. Du bout des doigts il compte les boucles d'oreilles. Savourant les cliquetis et les tintements métalliques. Il tripote les anneaux suspendus. Geste pour se rassurer. Geste pour se donner du courage.

Il s'accroche au son tenu. Familier et apaisant. Comme on peut se raccrocher à une berceuse d'enfance quand le ras de marrée de l'angoisse monte.

Non, s'il y a un changement c'est à l'intérieur et il a peur de chercher, de creuser plus en avant. Il se sent différent mais il n'arrive pas à savoir vraiment pourquoi. Définitivement quelque chose ne va pas.

Un raclement de gorge le tire de ses pensées. L'homme relève la tête vers son interlocuteur fraîchement arrivé. Et tout lui revient brusquement en mémoire alors qu'il ressaisit l'identité de l'individu qui lui fait face. L'homme siffle entre ses dents et se lève d'un bond. Un bond un peu trop rapide, il doit se tenir à l'une des quatre parois quand sa vision se met à tanguer sous l'effet d'un brusque élancement dans son crâne.

« Tu n'étais pas censé me tuer, Sariel ? – s'exclame-t-il quand le pic de douleur se résorbe – Pourquoi je suis enfermé ? Qu'est ce que tout ceci veut dire ? »

L'assistant esquisse un sourire, lisse son costume sombre et réajuste sa cravate couleur prune. Il prend son temps pour répondre, observant avec attention l'homme enfermé.

« J'ai dis que je te tuerai. C'est vrai. – Il chasse une poussière imaginaire sur sa veste – Ce n'est pas tout à fait ce que nous t'avons fait...mais presque. Tu t'en rendras bientôt compte. »

Sariel se rapproche d'une vitre, souriant avec une cruauté qui fait ressortir les traits pointus de son visage tout en angles et en méplats.

« Je ne t'en dirais pas plus, tu le découvriras bien assez vite Il semblerait que ce n'ai pas encore commencé. Et crois-moi quand ce sera le cas, tu préféras être mort. Sauf si tu as de la chance, mais...j'en doute. »

Très satisfait, l'assistant se retire, ignorant avec superbe les appels de Reiyel qui hurle son nom en tambourinant vainement contre la cage. Longtemps après, Reiyel frappe encore la vitre transparente avec l'énergie du désespoir. Ou du l'espoir. N'est ce pas la même chose ?

Bam.

Bam.

Et les chocs sourds se répercutent dans la pièce immense. Se mêlent aux gémissements et aux pleurs. Se mêlent aux cris et aux suppliques.

Bam. Bam. Bam.

Il ne se décourage pas. Ses deux poings s'écrasent contre la paroi. Encore. Et encore.

Bam. Bam.

Mais ce n'est finalement qu'un bruit de plus. Un murmure de plus.

Un murmure que personne n'entendra.

Qu'est ce qu'un murmure ?


Parking devant les entrepôts, Douglas, Wyoming –

Castiel est parvenu à ses fins. Il a réussi à localiser Mebahiah ! Après des heures de traque, elle est enfin visible. Il atterrit sur un parking dans le Wyoming. Un parking large, plongé dans la nuit.

Deux réverbères aux extrémités jettent une faible lumière blafarde. Deux pauvres bougies noyées. Chahutées dans un océan d'encre. Les carrosseries des voitures luisent dans les ténèbres comme autant de carapaces d'insectes. Comme autant de monstres aux yeux réfléchissants. D'immenses scarabées chitineux.

Deux personnes se tiennent à quelques mètres d'un réverbère. Un homme et une femme. A la frontière du noir et du blanc sans consistance qui balancent. Ce sont les personnes qu'il voulait voir. Castiel s'avance à leur rencontre. Ni la femme vêtue de bleu ni l'homme en costume ne paraissent surpris de le trouver ici. Castiel était attendu. De toute évidence. Mais ce n'est pas vraiment une surprise. Qu'il soit attendu. Il s'attendait à être attendu.

Avec discrétion, la lame argentée glisse à l'intérieur de la manche droite de son trench. Le pommeau tombe contre sa paume. Castiel le serre entre ses doigts, gardant l'épée dissimulée le long de son bras. Pour ce qu'il projette de faire, il va en avoir plus que besoin. Autrefois il aurait voulu raisonner Mebahiah.

Autrefois.

Mais il n'est plus tout à fait le même qu'autrefois. Ses erreurs l'ont un peu changé. Il n'y a qu'une seule raison pour laquelle il va parler avec la Principauté avant d'essayer de la tuer. Il veut savoir exactement quels sont les tenants et les aboutissants de tout ceci. De cette histoire de Dieu.

Dean lui a bien dit et répété avant qu'il ne s'envole pour le parking de ne pas « faire son putain de kamikaze. » Mais c'est la responsabilité de Castiel. Il n'a pas le choix. Il doit la tuer. Essayer. Essayer même s'il n'a plus la puissance suffisante. Essayer car c'est sa faute. Sa faute si Mebahiah s'est lancé dans ce projet qui relève de la démence. N'a-t-elle pas, selon Gabriel, affirmée qu'elle faisait « comme Castiel » ?

Essayer, enfin, car Mebahiah profite d'un paradis tombant en ruines. C'est lui même qui l'a fragilisé, l'a rendu agonisant. Et il ne laissera pas Mebahiah détruire ce qu'il en reste. Décimer les rangs déjà clairsemés des anges.

Non. Il ne la laissera pas. Et il ne la laissera pas renverser le monde avec sa folie.

Jamais.

Mebahiah et Sariel ne bougent pas. Laissent venir Castiel à eux. Une manière de marquer leur domination sur lui, sans aucun doute. L'ange au trench-coat avance, les lèvres serrées.

Conscient de la distance.

Conscient du son solitaire de ses pas amplifié par le bitume.

Conscient qu'il est seul. Et qu'ils sont deux.

Une fois à leur hauteur, Castiel hoche légèrement la tête en guise de salut. L'aube commence à teinter le ciel remarque l'ange avec détachement. Une expression neutre flotte sur le visage sévère de la Principauté.

« On m'a laissé entendre que tu étais à ma recherche, Castiel. » débute-elle sans faire plus amples préambules.

« C'est le cas – répond ce dernier – Il se passe des choses au Paradis et je sais que tu en es l'instigatrice. Que prépares-tu ? »

Une esquisse de sourire paraît sur les lèvres de la Principauté.

« Allons – dit-elle – si tu es là, c'est que tu le sais déjà. »

« Oui – reconnaît Castiel – mais je veux savoir exactement ce que tu trames. »

Il remarque le teint pâle et maladif de la femme blonde. La manière dont Sariel la tient par le bras. Non. Sariel ne la tient pas. Il la soutient. Mebahiah ne se formalise pas du verbe employé et passe tout de suite aux choses sérieuses, posant clairement les cartes sur la table. Figurativement.

« C'est simple. Je réunis les grâces des quatre archanges. Le but de la manœuvre est de les faire fusionner en une seule et même entité qui sera, par définition, la grâce la pure qu'il soit. Capable de remplacer le Dieu qui nous a si lâchement abandonné. »

La main de Castiel se resserre d'un cran sur le pommeau de sa lame. Mebahiah poursuit, déterminée. Elle croit en ces paroles perçoit Castiel, elle y croit vraiment.

« Tout s'effondre autour de nous, tu le sais aussi bien que moi, Castiel. Nous sommes divisés. Fragiles. Perdus dans des luttes intestines et corrompus jusqu'à la moelle. Il faut quelqu'un pour remettre le chaos en ordre. Un leader incontestable et incontesté derrière lequel tous les anges se rangeront, comme autrefois. Sinon...ce sera la fin. La fin pour nous tous. »

« Ce sont les motivations précises pour lesquelles je me suis élevé contre Raphaël. »

Oui ce sont les même raisons, mais Castiel sait quels furent les résultats de sa tentative et les conséquences désastreuses qui en découlèrent. Oh que oui, il le sait trop bien. Le schéma identique ne peut pas se répéter. Il ne se le pardonnerait pas.

« Il me manque encore deux grâces. Tu te doutes lesquelles. » avance sa sœur.

L'ange au trench acquiesce: « Celles de Lucifer et de Michel. »

« C'est cela même. Les plus difficiles à obtenir puisque scellées dans la cage. Mais nous trouverons un moyen de les extraire, mes anges travaillent dessus en ce moment même. »

Elle cache ses mains tremblantes dans les plis de son tailleur bleu. Castiel ne loupe pas non plus ce signe là. La tuer sera plus facile que prévu. Elle est affaiblie et Sariel n'est qu'un obstacle mineur. Car il faut bien le dire, tenter de tuer la Principauté en pleine possession de ses moyens est un acte désespéré. Mais si elle n'est plus en pleine possession de ses moyens...

La Principauté intercepte le regard que son interlocuteur porte sur ses doigts tremblants plaqués contre l'étoffe de sa jupe : « Comme tu peux le voir, récupérer les grâces de Raphaël et de Gabriel ne s'est pas fait sans difficultés mais d'ici quelques jours terrestres il n'y paraîtra plus. » dit-elle.

L'ange au tailleur fait l'effort d'afficher une expression avenante. Pas très efficace, note Castiel en son for intérieur. Elle ressemble plutôt à une bourgeoise qui mord dans un citron. Elle tend une main vers Castiel. Une invitation.

« Je pense que parmi tous nos frères et sœurs, tu es le plus à même de comprendre ma démarche. Toi qui nous a montré la voix du libre arbitre. Toi qui nous a prouvé que nous pouvions agir et penser par nous même. Toi qui a fait exactement ce que je m'applique à faire. Ta présence aura beaucoup d'impact, je t'offre de nous accompagner. Je veux sauver le Paradis et tu seras un atout de poids. Accepteras-tu ? »

Alors qu'elle prononce ces mots, l'air se trouble. Une multitude de présences envahissent brusquement l'espace. Une quinzaine d'anges aussi expressifs que des statues de marbre se matérialisent derrière Mebahiah et son assistant. Menace implicite autant que soutien silencieux.

Castiel avorte un mouvement de recul et la voix grave de Dean résonne dans son esprit.

« Ne fait pas ton putain de kamikaze. Si ça pue la mort, pas de connerie et barre toi. C'est clair ? Barre toi. »

Il décide d'écouter l'avertissement de son chasseur. Ne pas l'écouter serait franchement stupide. Mebahiah est amoindrie mais il n'a plus la moindre chance de l'atteindre désormais. Il relâche légèrement sa prise sur la garde de la lame. Castiel va devoir gagner du temps. Un non définitif et la sanction n'en sera pas moins définitive. Les dix sept paires d'yeux qui le fixent sont sans appel. Ici et maintenant, le non est synonyme de mort.

« C'est une proposition très intéressante – dit-il avec prudence – j'aimerais que tu m'accordes la faveur d'un temps de réflexion.»

Déjà palpable, la tension de l'échange s'accentue encore. L'air se charge de particules électriques. Chaque détail ressort avec une acuité décuplée, paradoxe du temps qui n'a jamais paru s'engluer à ce point dans la mélasse des secondes. Castiel joue avec le feu, et il le sait.

Mebahiah reste figé. Elle ne réagit pas. Rien ne filtre sous la surface. Castiel attend. Les anges massés derrière le duo attendent. Raidis, ils attendent tous.

Le verdict.

L'adrénaline crépite sur la peau de l'ange. Et puis enfin la Principauté hoche la tête. Lentement. De haut en bas :

« Soit. Je t'accorderai du temps. Mais ne tarde pas trop, je viendrai te voir quand ma grâce sera régénérée. »

Les épaules de Castiel s'abaissent de soulagement de manière presque imperceptible. Il acquiesce et s'envole. Une fois Castiel parti, Sariel se tourne vers sa patronne, interrogateur.

« Pourquoi lui donner un délai ? Les autres n'ont pas droit à ce privilège. Et il pourrait très bien se retourner contre nous, vous êtes sûre d'avoir bien évaluer la situ– les mots s'étranglent dans sa gorge sous le regard glacé que Mebahiah darde sur lui. Et la tessiture de la voix de sa patronne n'est pas moins tranchante que ses yeux. Elle articule soigneusement, pesant chacun de ses mots.

« Dois-je te rappeler, Sariel, pourquoi je suis celle qui donne des ordres et toi celui qui les exécute ? – elle marque une pause – Castiel est un élément capital. Qu'il soit avec ou contre nous n'a pas d'importance. »

« Que voulez-vous dire ? Il y a de fortes chances qu'il refuse votre proposition. Vous connaissez son attachement aux Winchester. »

Les Winchester commencent à se dessiner comme une des clés de la réussite du processus. Ils ont besoin de vaisseaux capables de contenir la grâce du nouveau Dieu et que fait-on de mieux dans la catégorie que les réceptacles de Lucifer et Michel ?

« Castiel jouera dans notre camp, qu'il le veuille ou non. Pour un temps du moins. » Un fin sourire retors miroite sur les lèvres de Mebahiah.


QG des Winchester, Lebanon, Kansas –

Entortillé dans un amas de draps Gabriel soupire fortement, résigné. Il n'arrivera pas à dormir et il n'est que cinq heures du matin. Oh, tristesse. Il se dépatouille tant bien que mal de sa couette qui semble avoir juré sur l'honneur de ses fibres synthétiques de le retenir ad vitam eternam dans le labyrinthe froissé de ses plis. Après un combat à l'issue incertaine, l'ange déchu s'arrache à l'étreinte de la pieuvre de tissu et part en expédition dans le couloir.


Gabriel pose ses genoux sur le sol et entame une toute autre bataille, armé d'une raclette en métal pêchée dans les profondeurs obscures d'un tiroir. Il reste des résidus de marshmallows collés par terre -voir des marshmallows entiers- et il espère qu'en faisant cet effort minime Sam cessera de le regarder comme s'il rêvait de lui faire gober un cocktail molotov et allumer le chiffon.

La journée de la veille était juste tellement lourde que Gabriel refuse de revivre ça. Imaginez l'ambiance au moment du repas, face à face avec un Sam fulminant et muré dans un mutisme renfrogné. Mitraillant Gabriel sans le lâcher un seul instant du regard. Découpant hargneusement son steak à l'aveuglette, comme si le steak était Gabriel en personne.

Ne serait-ce que demander le sel a été considéré comme une déclaration de guerre. Et ne parlons même pas de la moutarde. Un frisson lui court sur l'échine quand il repense au carnage que ce fut. The Mustard World War.

Il faut que Gabriel réussisse à amadouer le géant. Message reçu, il ne portera plus atteinte à l'intégrité physique de sa bien aimée machine à clavier. A croire que les Winchester ont un gros problème de fétichisme avec les objets.

Alors Gabriel frotte avec persévérance les traces de bonbons caramélisés. Pour s'encourager il fredonne une chanson à boire à tendance paillarde qu'il a entendu beuglée à plein poumons par des piliers de bar des années 1850 entre deux chopines de mauvaise bière.

« [...] Marina. Ma-a-rinaaaa soulève ton p'tit tablier et faaaaait valser tes gambetteuhh pot'lées qu'on lorgneuhh si– »

Un ricanement coupe Gabriel en pleine envolée lyrique. Enfin envolée...pas exactement.

« Élégant – fait Sam – quel poète ! »

« Faut pas en demander trop non plus. » raille Gabriel avec sa raclette. Il jette un œil à l'arrivant qui semble moins bougon que la veille. Et il lui a même parlé ! Chose que le chasseur n'avait pas fait depuis son retour.

« Tu dors pas ? Il est même pas six heures. » demande le chasseur.

L'archange déchu réplique d'un sarcasme.

« Sans déconner. Et toi t'as souscrit un forfait « je balance des évidences pour cacher mon illettrisme » ? Je te conseille de passer à l'abonnement voyelles, tu parleras tout autant mais tu restera de ce fait incompris. Tu pourras donc draguer avec un air intelligent même si le texte est totalement bidon, les nanas raffolent des italiens. Et crois-moi il vaut mieux qu'on te prenne pour un fanatique de pâtes que pour un perroquet coco-veut-un-gâteau.»

Sam pince les lèvres et se détourne. Mais qu'il est susceptible, soupire Gabriel. Il se gratte la tête machinalement et décide de récompenser l'effort de Sam qui a daigné lui adresser la parole ne l'oublions pas. Il répond à sa question:

« J'arrivais pas à dormir. On croirait qu'il suffit de fermer les yeux mais c'est pas si évident le sommeil. Y a pas de mode d'emploi ou de manuel fournit dans mon package de survie "Post-calvitie plumeuse. Ni repris ni échangé ni remboursé " »

Sam hausse les épaules. Il s'est visiblement adoucit puisqu'il finit par lâcher un « moi non plus, pouvais pas dormir » en allant s'asseoir à table avec une pile de livres assez monumentale.

Gabriel roule des yeux en marmonnant pour lui seul : « Si même les humains pur-souche ne sont pas fichus de s'en sortir, où va-t-on. »

Seul le bruit du racloir et des pages tournées troublent le silence qui succède à ces quelques phrases. Mais Gabriel finit par en avoir marre, alors il se met à chantonner le rythme entraînant du dernier couplet de son « ode poétique de comptoir » marquant le compte des syllabes avec sa raclette.

« Le cruchon. Le cruchon. Oublie pas le cruchon ma bonne dondon. Sinon ce s'ra un marron sur ton croupion rose de p'tit cocho- »

« Gaaaaabriel » siffle Sam le sourcil levé d'un air éloquent.

Un temps. Les deux humains se remettent à leurs tâches respectives. Qui cherche des informations dans un bouquin poussiéreux. Qui gratte tant bien que mal les traces caramélisées sur le sol. Jusqu'à ce que Gabriel craque et fasse une rechute.

« Marina. Ma-ma-ma-rina. Maaarinaaaa.»

« Gabriel ! » réagit le Winchester.

Ce dernier lance une œillade un peu agacée à Sam qui lui rend la politesse.

«Tu n'apprécies donc pas l'art subtil et délicat de la poésie de l'instant et des plaisirs de la vie ? Ignare que tu es, toute une éducation à refaire. C'est navrant de voir ça ne nos jours. » grogne Gabriel en reprenant sa besogne, un air de fausse pitié accroché au visage.

« Subtil et délicat ? » relève Sam.

« Oui ce sont des adjectifs dont le sens t'échappes totalement, je sais c'est dur d'être toi Scooby. »

Gabriel tombe sur une friandise particulièrement récalcitrante. Nom de Dieu ! Ce marshmallow est sacrément collé ! A ce rythme, le béton va partir avec...mais c'est pas du sucre c'est de la glu ce machin.

« Bang sang ! – râle l'ex archange, attirant l'attention de Sam qui délaisse son ouvrage une seconde– Être humain est indigne de moi mais il ne sera pas dit que je capitule ! »

Le concert des frottements reprend un moment. Vive comme un serpent, la raclette fend l'air en un éclair métallique. Le marshmallow cède avec un petit « crac » piteux. L'ancien ange rejette la tête en arrière et éclate d'un grand rire en brandissant fièrement l'ustensile étincelant vers le plafond.

« J'ai vaincuuuuu ! » braille-t-il sous les yeux médusé de Sam, figé en tenant une page entre ses doigts sans la tourner. Un demi sourire pointe sur les lèvres du chasseur devant cet espèce d'extraterrestre. Sam replonge vite dans son livre se recomposant un visage sérieux en moins d'une seconde. Il est fâché contre ce crétin, après tout.


Gabriel ouvre la bouche s'apprêtant à ….-

« Gabriel ! »

Il la referme.

« Même pas un petit air pour se mettre dans l'ambiance ? »

« Non ! »

« J'ai compris que tu n'aimais pas Marina -on se demande pourquoi d'ailleurs. C'est une chanson champêtre, pleine de charme...et de charmes ! » Gabriel fait un clin d'oeil tout à fait vicieux et Sam lui renvoie un air pincé.

« Alors ...autre chose ? Non ?– l'ex archange pousse la chansonnette avec son air habituel de renard chafouin– J'ai un joli petit lot de noix'd'coco pipidi pidi - »

« Sans blague. Ferme-la. »

Faisant la sourde oreille, Gabriel tente encore sa chance et se fait interrompre derechef.

« Pfffff – Gabriel roule des yeux et appuie exagérément sur les mots – tu préfères peut être Dou-uu-ceuuh nuit. Sai-ain-teuh nuit - »

« Sérieusement, mec. Tu chantes atrocement faux. Ça craint. » affirme Sam. Après cette ultime offense, le silence reprend ses droits pour le plus grand bonheur de Sam et pour le plus grand soulagement de ses tympans. Mais sitôt terminé son job, Gabriel se redresse. Il vient se pencher au dessus de son épaule et lui demande d'un ton dégagé:

« Tu lis quoi, Pimprenelle ? »

« De la doc sur les anges. Enfin j'essaye ! Mais c'est plutôt difficile de se concentrer avec un chansonnier de mes deux en fond sonore. » répond Sam, concentré sur les colonnes de mots tracées sur le papier.

« Ou sinon tu peux t'adresser à quelqu'un de directement concerné. Mais ô miracle -et je t'assure que mon Père n'est pas dans le coup- tu as justement un archange échoué sur le pas de ta porte, ça alors ! »

« On ne sait jamais – Sam relève le nez de sa feuille tout en parlant– Les Hommes de Lettres ont peut être consigné des approches différentes de celles dont tu as l'habitude. »

« M'étonnerait, mais pourquoi pas. L'espoir fait vivre. » fait Gabriel, peu convaincu.

« Tu n'as qu'à m'aider, ça ira plus vite. Je te raconte même pas la quantité de livres et de rapports à éplucher encore dans la bibliothèque. »

L'archange déchu grimace. « Oh si, j'imagine très bien. »


Sam est plongé dans un chapitre plutôt intéressant. Il n'entend ni ne voit Gabriel partir. Pas plus qu'il ne le voit revenir. Par contre il aperçoit parfaitement l'assiette surmontée d'une part de gâteau qui se glisse devant lui.

« En signe de réconciliation. » précise Gabriel.

« Je pensais que tu ne te serais pas privé pour t'empiffrer avec sans en laisser pour les autres. » Sam se désintéresse du gâteau et replonge dans sa lecture face à Gabriel qui adopte une posture outragée.

« Je suis un modèle de politesse et de raffinement Darling. Comment ose-tu douter de mon érudition ?»

« Mm. » répond le chasseur, totalement ailleurs. Ou totalement dans son paragraphe. Ce qui ne semble pas décourager l'enquiquineur. Au contraire il parait bien s'en amuser.

« Tu sais, c'est toujours dans les moments où on veut se concentrer qu'un petit rigolo vous colle aux basques et emmerde son monde en parlant, parlant, parlant. Un vrai moulin et en plus il ne comprend pas quand il faut s'arrêter donc il continue encore et encore sans jamais se rendre compte que ce qu'il dit n'a absolument aucun intérêt. Pourtant il ne peut pas s'empêcher de l'ouvrir comme un bavard impénitent - »

Sam, le regard noir, frappe la table avec le dos de son livre. Mais il aurait tout aussi bien pu se mettre à danser la macarena en kilt avec une persillade sur la tête. Au moins il aurait obtenu un quelconque effet.

« ...et il vous assomme de son infernal blabla, avec cette voix geignarde qui vous irrite au plus haut point sans s'apercevoir que - »

Sam se bouche les oreilles.

Ahhhh. Quel soulagement. Les lèvres de Gabriel s'agitent à toute vitesse mais le chasseur n'entend plus rien. Merci Seigneur. Une dizaine de minutes plus tard, il relève le nez de ses feuilles. La bouche de l'archange déchu est enfin close et il s'est mis à lire. Avec prudence Sam décide qu'il peut se risquer à retrouver une ouïe normale.

Les trente minutes suivantes se passent dans un calme relatif.

« Tu ne touchera pas au gâteau de la paix ? » questionne finalement Gabriel.

« Le gâteau de la paix ? »

« Ou de la réconciliation si tu préfères. » Il désigne l'assiette à côté de la main gauche de Sam.

« Je suis pas sûr que tu le mérite. » réplique le chasseur.

« Estime-toi heureux, dans certaines tribus pour se faire pardonner la coutume est d'offrir une chèvre ou chameau. Quand il ne faut pas carrément les sacrifier. Donc un gâteau franchement...ne fais pas ton difficile. »

« Ramène-toi avec une troupeau de chèvres et on verra. »

Gabriel ricane sous cape, il ne s'attendait pas à une telle ouverture.

« Haaaa ! Espèce de Zoophile ! » s'exclame-t-il en tapant sur la table.

« Quoi ! – proteste un Sam qui n'a rien vu venir cette fois. – Zoophile toi même ! »

« Mais je t'en prie Sammy, ce n'est pas moi qui veut une horde de capridés à moi tout seul. C'est du propre ! »

Gabriel s'amuse comme un petit fou, Sam voit briller cette lueur de malice dans son regard qui ne lui dit rien de bon.

« C'est Sam. Et ne me prête pas tes délires tordus et franchement dégeu. Tout le monde n'est pas aussi obsédé que toi. »

« Tttt. Qui a parlé de troupeau ? Pas moi. A moins que ce ne soit une métaphore médiocre et rabaissante pour désigner la gente féminine, et dans ce cas on appelle ça un satyre, mon biquet. »

« Va te faire. » commente Sam.

« Classique. – Gabriel ponctue la remarque d'un geste désinvolte de la main – Mais néanmoins approprié dans le contexte– il se penche avec un air de conspirateur – Alors, satyre ou zoophile ? »

Sam imite sa posture et poste ses lèvres à quelques centimètre de l'oreille de Gabriel.

« Aucun des deux. Je préfère voler le gâteau des autres. » Et sans lui laisser le temps de réagir, Sam tout sourire, attrape les deux assiettes et file à toutes jambes, satisfait d'avoir cloué le bec de l'ex embrouilleur.

« ….! Sam !»

Trop tard, celui ci est déjà loin. Sam, très content de lui, se laisse tomber sur un coin du canapé. Le temps que Gabriel se radine, il a de la marge et puis c'est plus confortable de lire ici. Il croque dans sa part chocolatée. Hum. Pas mauvais du tout.

Il recommence à potasser quand une main surgit brusquement et attrape la deuxième assiette avec vivacité. Un poids soudain affaisse le sofa à côté du chasseur et la voix sardonique de son propriétaire, enfin arrivé, se fait entendre.

« C'est vraiment mesquin, Sammy. »

« Sam. »

Puis, plus rien. Interloqué par la soudaine absence de bavardage, Sam se détache de son traité sur les anges et lève les yeux au plafond en voyant la tête béate de son interlocuteur.

Gabriel est en plein extase culinaire. Il regarde sa part de gâteau comme la huitième merveille du monde avec un grand sourire éclatant. La gourmandise flambe dans ses yeux ambrés.

« Oh putain. C'est trop bon. » Spontanéité qui vient du cœur.

Il ferme les paupières pour savourer le goût si particulier du chocolat. Suave et puissant. La texture du gâteau est fondante. Moelleuse. Elle s'enroule autour de sa langue, comble ses papilles de sucre et de douceur. C'est un délice. C'est une volupté faite matière qui caresse son palais en vagues soyeuses et veloutées.

« C'est juste un gâteau, mec. » se moque Sam.

Gabriel lève son index. : « Chuuut ne gâche pas ce moment du pur ravissement. »

Il reprend une bouchée se délectant et se pourléchant les lèvres comme un chat face à un bol de crème. Oui, c'est ça, pense Sam. Gabriel ressemble à chat devant une souris particulièrement appétissante. Un pacha réjouit.

« T'es pire que Dean » commente-t-il. Comment va-il bien pouvoir s'en sortir entre ces deux là ? Comment ?


« Oh j'ai trouvé un truc qui pourrait t'intéresser. »

« Hum ? »

Sam agite une feuille volante en précisant que c'est une formule de guérison.

« Fais péter ! » s'exclame Gabriel aussi ravi qu'intéressé. Il parcourt la liste des ingrédients à réunir et se fige d'un coup. Soupçonneux.

« Saaaaam. »

« Oui ? »

« Où est passé ma part ? »

« Hum ? »

« Il restait encore un morceau dans mon assiette, il est où ? »

Sam articule difficilement, prudemment baissé sur son livre.

« 'cune idée. T'as dû le manger. »

« Dans ce cas, cher ami, explique moi pourquoi t'as des joues de hamster ? »

Sam lui fait un sourire commercial (bouche fermée) qui fait ressortir les deux bosses rebondies logées sous ses pommettes et effectue un signe de la main à ne pas mettre sous les yeux des âmes sensibles. Il est vraiment bon ce gâteau.


Un bruissement caractéristique frémit dans l'atmosphère. Et Castiel flanqué de Dean apparaissent dans le salon.

Dean reste une seconde éberlué. Sam et Gabriel en pleine chamaillerie, il doit rêver ! Ils ne sont même pas en train de entre-tuer, non. Gabriel essaye vainement d'attraper une assiette que Sam que tient à bout de bras. L'un et l'autre en équilibre précaire sur un accoudoir et un bord de sofa.

Dean se racle la gorge.

« Herm. Herm. »

Ils tournent la tête vers lui en même temps.

« Dean ! » s'exclame le cadet Winchester en se levant d'un bond. Il fait réédition et donne l'assiette à Gabriel qui ne se fait prier pour lui régler son sort dans les plus brefs délais.

«Faut qu'on bouge, presto. » Dit Dean.

Castiel renchérit, tellement préoccupé que la bonne humeur de Sam fraichement retrouvée est douchée d'un coup.

« Nous devons aller à Détroit. Mebahiah va forcer la cage.»

Sam se renfrogne. Sombre. LA cage. Son cœur rate un battement. Il échange un regard lourd avec Dean. Et sait qu'ils pensent la même chose. Si elle réussit à libérer Lucifer, Sam est foutu. La peur se réveille lentement dans son ventre, serpent visqueux aux crochets de glace.

« Pourquoi toujours Détroit... » lâche-t-il, las des mauvais tours qu'on ne cesse de leur jouer.

« Je sais – soupire Dean avec la fatigue de ceux qui sont usés par les combats– On est maudit. On vous expliquera en route mais Cas a pu parler avec la pimbêche. »

« Fatalité, tout n'est que Fatalité ! – déclame Gabriel comme un cheveu sur la soupe. Il se frotte les mains, plus qu'heureux de bouger enfin.

« Bon on part quand ? »


Voilà ! Pfiou c'est ce qu'on appelle un long chapitre je crois. Je vous rassure, le prochain sera plus court. Mais je ne voulais pas retarder plus le lancement de ce que j'appellerais la phase 2 de l'histoire ^^ C'est à dire la course à la cage avec Gabriel guérit !

Un petit commentaire ?