Bonsoir ^^(aha évidement quand je veux publier le serveur est down..tssss XD)
Je m'excuse pour l'attente, j'ai été prise d'une grosse crise de flemmingite aigüe et j'ai eu pas mal de choses à faire, rentrée oblige. Mais ça y est je l'ai enfin terminé XD Et question pronostiques pour la longueur des chapitres je me tairai désormais, il est aussi pavé que le précédent XD
Petite annonce : Je cherche une bêta si ça intéresse une âme charitable. Pour traquer les quelques fautes que je ne vois pas toujours (il ne devrait pas y avoir des masses puisque je suis assez anti-fautes mais il y en a toujours quelques une qui m'échappe) et surtout pour discuter un peu des chaps (ça dope mon inspiration). Donc voilà si quelqu'un est intéressé ^^
Bonne lecture j'espère :D
Chapitre IX
Bonbons et pâte à tartiner
« Dean laisse-moi terminer. »
« Mais Sammy, où veux-tu qu'on trouve des graines de rose musquée du Chili ? Et ...c'était quoi déjà ? De la racine de petit houx ? »
« On peut déjà réunir certains ingrédients comme l'huile d'abricot ou l'argile blanche, ça doit pouvoir se trouver sans trop de mal. »
Dean adresse une moue dubitative à son frère quand Gabriel revient avec la bière qu'il était parti chercher. « Comment vous vous en sortez ? » demande ce dernier en lançant deux autres boissons aux Winchester qui les réceptionnent sans mal.
« On regarde la liste de ta potion de guérison. » répond Sam.
Dean roule des yeux en prenant une gorgée. « Sauf que Sam ne précise pas que les ingrédients sont impossibles à avoir. »
« N'exagère pas. » réplique son cadet.
Dean arrache la liste des mains de Sam en pointant le texte.
« Du bej..benji...ben...benjoin du Laos ? Sérieux ? Et on fait comment pour la cire d'abeille, on va cambrioler un institut de beauté ? »
« C'est une idée. »
« Sam ! » s'exclame Dean en levant les bras en l'air. « Et le double jaune d'un œuf de coq je le sors d'où ? D'une poule qui fait sa révolution transsexuelle ? »
« J'ai bien une idée » murmure Gabriel, mais fort heureusement pour lui personne n'y prête attention.
Sam, un sourire aux lèvres, écoute Dean se plaindre : « Et attention, comme si ce n'était pas déjà assez compliqué comme ça, il faut qu'il ait un double jaune ! Peuvent pas faire simple ! »
« On pourrait demander à Castiel. » avance Sam, voulant trouver une conciliation.
« Bien sûr, c'est vrai que c'est tellement courant, ça court les poulaillers de nos jours. Avec un peu de chance il sera de retour le siècle prochain. » raille Dean.
Gabriel choisit ce moment pour intervenir, l'air de ne pas y toucher. « Ou sinon, vous pourriez tout simplement aller voir dans la Réserve. »
Dean se retient de lever les yeux au plafond. « Merci – dit-il – t'as raison j'avais pas pensé à fouiller le garde-manger, des fois qu'une vendeuse m'aurait entubé à la supérette. Je devrais faire attention dis donc, la sauvegarde de mes omelettes en dépend. »
« Pas le garde-manger ! La Réserve. » fait Gabriel, en appuyant sur le « R » pour montrer la majuscule.
Les Winchester échangent un regard.
« La...Réserve ? » demande Dean.
« La Réserve. » confirme Gabriel.
Dean jette un second coup d'oeil à son frère qui lui confirme son ignorance en haussant les épaules. Dean avance d'un pas et pose ses deux mains à plat sur l'air. Il re-module l'interrogation de manière différente, le sourcil arqué. « La ...Réserve ? »
Gabriel exagère un soupir.
« Oui, Dean. La Réserve. Combien de fois je dois le répéter pour que ça s'imprime ? »
Sam vole au secours de son frère et pose la question d'une autre façon.
« Que veux-tu dire exactement par « la R- »
« Top ! – le coupe Gabriel – Quelqu'un prononce encore une seule fois le mot en « r » et mon seuil de tolérance risque de saturer. »
Sam croise les bras décidant d'attendre que l'ancien archange se décide à cracher le morceau tout seul, mais Dean, lui, ne s'avoue pas vaincu.
« Ok, mais c'est quoi la - »
« Ttt ! »
« La - »
« Ttt ! »
« Gabriel ! » grogne Dean
« Dean ! » réplique Gabriel.
« La - »
« Ttt ! »
Dean claque une main sur sa cuisse avec énervement.
« Ça y est. J'en ai marre. Hé ho on fait ça pour toi le demi portion, tu pourrais être aidant non ? Pendant qu'on se casse le cul avec cette connerie d'œuf de poulet !»
« De coq, Dean. » ne peut s'empêcher de rectifier Sam. S'attirant un regard de -mais-qu-est-ce-qu-on-s-en-balance-mon-pauvre-vieu x de la part de l'intéressé.
Gabriel met fin aux explications de Sam sur la différence entre poulet et coq en les entraînant vers la bibliothèque, pour le plus grand soulagement de Dean qui n'en a globalement rien à cirer d'être initié aux arcanes mystiques et secrètes de la classification des volailles. Dinde, poulet, coq, pintade, canard, pigeon...tant que ce qu'il a dans son assiette a à peu près la même tête et un bon goût, le reste hein.
Sam est vraiment surpris, Gabriel s'oriente étonnement bien. Il semble savoir parfaitement où ses pas le mènent dans le labyrinthe des rayonnages. Des rayonnages croulants sous le poids des ouvrages anciens qui alignent leurs couvertures un peu décolorées par le temps avare de concessions.
Sam adore cette pièce. C'est un refuge autant qu'un lieu de connaissance. Il aime l'odeur des reliures de cuir mêlée à celle de la poussière. Le parfum si particulier du vélin. Encore velouté au toucher et légèrement jauni au regard. Il aime le reflet doré de la lumière des plafonniers sur le chêne brillant, comme le soleil qui joue à chat
C'est un endroit aux dimensions spectaculaires mais qui conserve une atmosphère feutrée et accueillante. Sam ne s'y sent pas écrasé par la montagne de ce qu'il ne connaît pas. Cette montagne vertigineuse ici quantifiable en nombre de pages.
Au contraire, c'est en quelque sorte rassurant de savoir qu'il reste encore tant de choses à découvrir. Rassurant de pouvoir penser que toutes les réponses reposent peut être ici, sagement endormies. Couchées sur des lignes d'encre et de papier, attendant que quelqu'un vienne les découvrir.
Selon Sam les plus grands secrets du bunker sont enfermés dans ces ouvrages et il ne se doute pas à quel point il a raison. Il ne s'en doute pas jusqu'à ce que Gabriel effleure d'un index machinal la tranche violine d'un énorme grimoire. Avec précision il l'extirpe de son socle de quelques centimètres sous l'œil soupçonneux des deux chasseurs. Il déplace sa main, et réitère l'opération cinq fois. La forme d'un « x » ressort de l'ensemble.
Un « clang » discret se fait entendre une fois que les six livres sont dégagés, le pan de bibliothèque tout entier pivote sur ses gonds sans le plus petit grincement. Gabriel se tourne vers les deux autres, un sourire au coin au bord des lèvres. « Bienvenue dans la Réserve. Je pense qu'on y trouvera ton œuf de coq à double jaune, Dean. »
« Comment tu as su ? » l'interroge Sam, un peu vexé de ne pas l'avoir trouvé tout seul.
Gabriel les invite à entrer. « Je t'ai dit que je connaissais les Hommes de Lettres. J'étais un de leur indic fut un temps. »
Dean ricane en se faufilant dans l'antre noire du lieu inconnu. « Tu leur balançais des infos sur tes petits camarades pas vrai ? »
Gabriel, fataliste de répondre : « Il faut bien vivre. » et de pousser Dean pour qu'il se décide enfin à avancer.
« Wowowo » fait le chasseur « Doucement derrière! » Il allume sa lampe torche d'un geste sûr. Le faisceau perce l'obscurité et Dean siffle entre ses dents en balayant la pièce avec le rayon de lumière. « Mais c'est la caverne d'Ali Baba là dedans ! »
Castiel ajoute minutieusement dix millilitres d'huile d'abricot et huit pépins de pamplemousse dans le bol sous les indications de Sam. Un peu plus loin, Dean et Gabriel sont en train de mélanger de l'argile blanche et de la poudre de guarana dans un second récipient. Dean saupoudre la préparation argileuse de cannelle et frotte ses doigts au dessous du contenant pour se débarrasser des dernière traces.
« C'est quoi la suite des opérations, Master Chef ? »
Sam parcourt rapidement la feuille.
« Vous incorporez une livre et demi de cire d'abeille et la même quantité de gelée royale avec cinq brins de menthe poivrée. Moi et Castiel on ajoute trois cuillères à soupe de poudre de benjoin et la racine de petit houx écrasée. Ensuite on réunit tout dans le même bol. »
Dean ricane et envoie un coup de coude à Gabriel : « J'espère pour toi que t'auras pas à bouffer ce machin. Parce que potion de guérison ou pas, t'es pas sûr d'en réchapper mon vieux même en gobant le tout cul sec. »
« J'aime vivre dangereusement. » raille son interlocuteur et expédiant un coup de coude représailles à Dean. Le chasseur se frotte l'épaule avec un demi sourire :
« Mais pour une fois qu'il ne faut pas utiliser du sang, des phalanges de bébé ou des intestins de chien, ça change de toute de toute cette merde de sorcellerie dégueulasse. »
« C'est censé faire une sorte de pommade. » précise Sam en grimaçant aux mots de son aîné. Il est bien d'accord avec lui « Mais il y a une formule ... » Sam tend la liste à Castiel, ne sachant pas trop de quelle langue il s'agit.
« C'est du copte. » affirme l'ange. « Ça veut dire mot à mot ' l'énergie qui est-' » Castiel s'interrompt brusquement, les sourcils froncés.
« Cas' ? » interroge Dean. L'ange lui adresse un regard perplexe et se tourne vers Gabriel, le seul de la pièce à ne pas paraître interrogateur ou surpris.
« Transfert d'énergie ? » demande tranquillement Gabriel. Castiel hoche la tête en signe affirmatif : « Je suis loin d'être un spécialiste, mais c'est ce que la formule laisse entendre. »
Sam balade son attention de l'un à l'autre avec l'impression d'avoir loupé un épisode. « Traduction ? »
« C'est simple. – fait l'ange déchu – D'après ce que j'ai pu voir, les Hommes de lettres utilisaient un genre assez particulier de magie. Pas besoin de sacrifice ou des cochoncetés de la sorcellerie mais en contre partie, les charmes puisent dans l'énergie vitale de l'invocateur. Plus la tâche demandée est grande, plus la formule requiert de l'énergie et blablabla. Faut être prudent avec ces trucs là, en un rien de temps tu peux te retrouver sec comme un pruneau. »
« Et tu comptais nous dire ça quand ? » soupire Dean.
Gabriel hausse les épaules. « J'avais oublié. Ça fait des lustres. »
« La question n'est pas là. – intervient Sam – qui va dire la formule ? » Autrement dit, qui va se faire vampiriser. Le problème reste en suspension pendant que le géant verse avec toutes les précautions du monde le contenu du premier bol dans le second et remue la mixture pour la rendre homogène.
« Je m'en occupe. » répond finalement Castiel, ce à quoi Dean rétorque un « Pas question. Je m'en charge.»
Castiel rive ses yeux bleus dans le regard vert de Dean. « Je possède plus d'énergie que les êtres humains et par ailleurs on en sait pas quelle quantité requiert le charme. C'est la meilleure option. »
«On a besoin que tu sois en pleine forme si tu dois jouer les espions avec la blondasse psychopathe ! »
« J'aurais largement le temps de récupérer pendant le voyage. »
« T'es sûr ? Si t'es en panne de mojo à l'instant crucial, ça va foutre le plan en l'air. »
« Ravi de voir que tu t'inquiètes pour moi. » ironise Castiel.
Dean se retient de lever les yeux au ciel. « Tu sais très bien ce que je veux dire. »
« Fais-moi confiance, je te dis que ça ira. »
Le Winchester se pince les lèvres. Castiel le fixe avec une intensité presque douloureuse. Comme si plus rien d'autre n'existe. Plus rien d'autre en dehors de Dean. Et Sam perçoit avec une acuité presque visuelle le courant de pensées qui se tisse entre les deux regards rivés l'un dans l'autre. Courant de non- dits et de mots informulés. Partage muet d'impressions et de volontés.
Comme à chaque fois que Castiel observe Dean de cette manière, Sam se sent complètement mit à l'écart. Mit sur le banc de touche avec cette sensation dérangeante de faire du voyeurisme. De voir ce qui ne doit pas être vu. Et Sam pourrait être jaloux de cette complicité, vraiment jaloux, s'il ne connaissait pas l'ange depuis autant de temps, s'il ne savait pas tout ce que Castiel à fait -en bien ou en mal- pour son frère aîné.
L'échange ne dure que quelques secondes avant que Dean ne brise la connexion en se tournant vers Sam, présentant son profil à l'ange. Le cadet ignore ce que Castiel a bien pu lui dire pendant cette poignée d'instants où la supplique du « fais-moi confiance » a débordé de ses iris océan, mais Dean semble avoir accepté sa proposition. Son visage s'est un peu détendu et ses mains s'ouvrent d'une paire de centimètres.
« Fais comme tu veux. »
Un discret sourire fleurit sur les lèvres de Castiel et Gabriel lâche un sifflement sonore. Les trois protagonistes s'orientent de concert vers la source du bruit moqueur. « Hé bien hé bien. – il s'adresse à Sam, désignant les autres avec ses pouces – ils sont toujours comme ça ? »
Le cadet Winchester soupire sur le même ton. «Ouaip. C'est terrible. Tous ces phéromones dégoulinants, je ne sais même plus ou me mettre à force, j'te jure. »
Gabriel ricane « Sérieusement les mecs, c'est encore pire qu'avant. Prenez-vous une chambre et sautez-vous sauvagement dessus qu'on en finisse ! »
Castiel ouvre la bouche et Dean s'apprête à envoyer l'enquiquineur sur les roses avec force protestations quand un chuintement strident emplit brusquement la pièce, à mi chemin entre l'alarme intrusion et la bouilloire.
Sam se plaque les mains sur les oreilles, Dean jure, le visage plissé par le son qui vrille ses tympans. Il crie pour couvrir le bruit « Bordel qu'est ce qu'il se passe ?! »
« J'en sais rien ! » hurle Sam et là son attention tombe sur le saladier. La substance à l'intérieur frémit et clapote dangereusement. Le « merde » qu'il laisse échapper est inaudible dans le bazar ambiant mais son expression, elle, ne laisse pas place au doute.
Castiel attrape vivement le bol et se penche dessus pour l'examiner. « Il semble que la préparation n'ait pas été suivie à la lettre. On s'est trompé quelque part. » fait-il devant la substance qui se soulève et retombe d'un air menaçant.
« Ce truc va nous péter à la gueule, oui ! » s'exclame Gabriel « Merci Sam-marmiton, t'es pas à la hauteur en Grand Manitou de la liste ! »
« La ferme, c'est pas le moment ! » riposte Sam avec anxiété, avant de s'adresser à l'ange qui s'est rué sur la recette afin de la passer au crible « On a merdé où ? »
A ce moment précis, le volume du chuintement grimpe en flèche. Le son déjà très irritant devient suraigu et acéré. Insupportablement incisif et tranchant, il transperce le crâne de Sam avec l'efficacité d'une perceuse sur une plaquette de beurre mou. Des élancements pulsent dans ses oreilles. La même grimace douloureuse s'affiche sur les visages et d''un mouvement aussi similaire que précipité ils s'écartent du saladier à retardement en un sauve-qui-peut général.
Paniqué, Castiel se lance dans la vérification énonçant les constituants et les quantités d'une voix pressée par l'urgence et la stridence inquiétante. C'est le branle-bas de combat, les respirations boostées par l'adrénaline se heurtent, des chapelets de jurons se bousculent entre les lèvres. Le stress saccade les gestes des trois humains qui fouillent la table avec un affolement frénétique à la recherche des ingrédients.
Le plan de travail est mise à sac, tout ce qui est inutile échoue par terre sans plus de cérémonie tandis qu'ils s'activent et se triturent fébrilement les méninges en un désordre aussi total que mouvementé, éperonnés par l'atroce sifflement annonciateur d'un désastre imminent.
Et puis c'est l'illumination, Dean s'écrie à travers le brouhaha lancinant « Putain je crois que je sais ! » et se jette vers une rangée de fioles. Il plonge hâtivement ses mains entre les bouteilles d'épais verre froid, en faisant rouler quelques unes sur le bois à cause de sa brusquerie dictée par l'angoisse et se saisit enfin de celle qu'il cherche « Les graines de rose musquée du Chili ! »
Dean arrache le bouchon de liège et lance exactement quinze graines dans le saladier. Le sifflement catastrophe meurt aussitôt tandis que la mixture se fige. Plus que la substance, la scène toute entière se fige. Immobile. Silencieuse, enfin. Le calme n'a jamais été une telle bénédiction qu'en cet instant.
Sam se plie en deux et pose ses paumes sur ses genoux en soufflant un bon coup pour faire retomber la pression. Il retire les mèches qui lui tombent devant les yeux d'un geste machinal. Les regards se croisent et parlent à leur muette manière dans la tranquillité revenue. Aucun mot n'est prononcé pendant presque une minute entière. Chacun savoure la douceur reposante du silence. Petit bijou de feutre et de velours offert à leurs cerveaux malmenés, aussi ressourçant qu'une perle d'eau fraîche pour une commissure assoiffée.
Dean déglutit finalement « Waouh. Violent. » Et personne ne trouve quoi que ce soit à redire à ce sujet. Gabriel secoue la tête pour se remettre les idées en place, la potion n'est pas encore terminée. Castiel récite la formule en copte, brûle une écorce de citrouille et parachève le tout en cassant le fameux œuf de coq à double jaune dans la potion. D'un marron verdâtre douteux, la mixture prend une éclatante couleur orange.
« Voilà – conclut-l'ange – et comme indiqué dans la marche à suivre, il faut laisser reposer une heure. » Mais la potion ne l'entend pas de cet avis et se met soudainement à bouillonner. D'énormes cloques se forment à la surface et éclatent pendant que d'autres les remplacent, de plus en plus grosses. Pressentant le danger, les deux chasseurs et l'ange déchu ont à peine le temps de plonger de côté que le mélange explose à la figure d'un Castiel stupéfait.
Le haut de son trench subitement orange fluo et le visage entièrement barbouillé de la racine des cheveux jusqu'à la gorge de cet élégant colori, Castiel crachote, les yeux étroitement fermés. Le visage plissé d'un dégoût surpris sous le masque de beauté improvisé, il ne bouge pas d'un pouce, les bras écartés.
L'ange statufié dégouline de petits pâtés criards, pas tout à fait liquides, qui dévalent ses clavicules et ses vêtements avant de s'écraser en « plops » spongieux et mouillés sur le sol.
Gabriel dévisage son frère avec intérêt. « Bébé a vomi sa purée et il a laissé des morceaux. Joli plâtrage facial, tu ferais fureur à la crèche. » rigole-t-il.
Sam glousse et agrémente le tout d'un « Seyant. Mesdames et Messieurs, voilà Castiel dans le rôle de l'extraterrestre. » appuyé par son aîné qui pouffe au moins autant que lui.
Gabriel donne une tape sur le bras du grand chasseur, un éclat gamin brillant dans les iris. « Hey Sam, on fait une course de pâtés ? Je prends le petit sur l'épaule gauche, il a une bonne tête de vainqueur ! »
L'heure d'attente qui suit est éprouvante aussi bien pour les uns que pour les autres. Ils tournent et virent dans le sous sol. Rendus fous d'inactivité, excepté Castiel (propre comme un sou neuf) qui reste simplement debout dans un coin, même s'il est aussi impatient que les humains.
Mais c'est ainsi qu'ils l'ont convenu. Gabriel doit être soigné avant le départ, et il ne sert à rien de se presser maintenant. Mebahiah a avoué elle même qu'elle ne tenterait pas de forcer la cage tant qu'elle ne serait pas en pleine possession de ses forces et n'oublions pas qu'elle est censée contacter Castiel juste avant pour entendre sa réponse. La Principauté a précisé un délai de quelques jours ce qui laisse le temps de voyager jusqu'à Détroit en voiture tout en mettant un plan au point.
L'heure s'écoule finalement et Gabriel plante une cuillère en bois dans le saladier pour tester la consistance. Effectivement ça ressemble à un genre de baume pâteux. Il touille avec suspicion le grumeleux mélange, une grimace écœurée au visage. Il ne s'est jamais autant senti l'âme d'une biscotte.
« Yurk...Seigneur on dirait de la vase. Et c'est avec ça qu'on va me tartiner ? »
Sam appuie sa tempe contre la vitre arrière de l'impala. Il tâche de ne pas faire attention à Gabriel sur la banquette qui gigote pour se mettre à l'aise depuis cinq bonnes minutes. Il jette un regard peu amène à la nuque de Castiel assis à l'avant, la place préférée de Sam où l'ange s'est zappé directement juste après l'opération « Gabriel et sa yaourtière magique ».
Dépité, donc, le grand chasseur pose ses genoux avec inconfort contre le dossier du conducteur. L'espace entre les deux sièges lui laisse à peine assez de place pour les perches qui lui servent de jambes.
Sam ferme les yeux, essayant de trouver le sommeil pour échapper à l'angoisse qui le ronge, mais un visage narquois danse derrière ses paupières closes. Il sursaute et se redresse d'un coup, le cœur battant. Il inspire profondément plusieurs fois et son rythme cardiaque redescend lentement alors qu'il s' imprègne peu à peu de l'ambiance qui règne dans l'Impala.
Les lourdes basses de Black Sabbath qui résonnent dans l'habitacle. Le grondement poussif du moteur. La carrosserie qui chante la délicate musique de la pluie en crépitances d'octaves. Une ballade d'eau saupoudrée de métal. Tendre et enveloppante comme une étreinte. Une étreinte de soie ondoyante.
Apaisé par ce méli mélo de sons, Sam se cale dans son siège et se fait la réflexion qu'il n'aimerait être nul par qu'ici. Ici dans cette voiture qu'il connaît depuis toujours. Ici avec son frère et sa musique de sauvage. Ici avec des amis et le tambourin de la pluie. Il n'existe pas d'endroits où il sente plus à sa place.
Et pendant quelques minutes, il parvient à entretenir l'illusion qu'ils sont en sécurité entre les tôles de l'Impala. Que rien ne peut leur arriver. Pas ici. Pas maintenant. Que pour une fois le mal passera à côté d'eux sans les voir. Que le mal glissera sur les vitres sans pouvoir entrer. C'est un pieux mensonge mais il parvient à lui donner un air de vérité juste quelques minutes. Juste le temps de se laisser bercer.
Quand Dean regarde dans le rétroviseur une dizaine de minutes plus tard, Sam et Gabriel sont tout deux endormis comme des bienheureux sur la banquette arrière. Dean baisse un tout petit peu le volume mais pas trop quand même (faut pas pousser) et se re-concentre sur la route. Castiel le regarde conduire sans dire un mot, jusqu'à ce que Dean lui demande ce qu'il y a d'un ton bourru.
« Rien du tout, je réfléchissais. Ce n'est pas forcément une coutume très répandue chez vous, mais tu devrais reconnaître les symptômes, non ? » spécifie l'ange, un éclat taquin un coin des lèvres.
« Ouais bah regarde juste ailleurs, c'est gênant. »
« Je regarde la vague. »
« Tu quoi ? »
« Ce n'est pas la bonne expression ? Ou alors je confonds avec 'observer dans le vase' mais je ne vois pas le rapport des métaphores avec la situation qu'elles sont censées décrire. »
Dean arque un sourcil, mais qu'est ce que Castiel est-il en train de lui déblatérer là ?
« Quoi ? »
« Non ? Bon alors c'est ...'contempler la vase' ? 'Observer le trou' ?»
Les yeux verts de Dean s'agrandissent. Un éclat de rire narquois s'échappe de sa gorge. « Sérieusement Cas ? 'Observer le trou' ? T'as rien trouvé de plus gay ? »
L'ange soupire. « Pourquoi est-ce si difficile de se faire comprendre ? »
« Bon. Ok ok. Tu essaies de dire quoi au juste ? »
« Que je ne regardais pas vraiment, je réfléchissais. »
« Oh, 'regarder dans le vide' ? »
Castiel s'accorde un instant de réflexion, cette phrase lui paraît plutôt cohérente « Oui. »
« Bah évite. Ça me stresse. Ou regarde dans une autre direction. »
Castiel se détourne et porte son attention sur la fenêtre. La fenêtre où le reflet de Dean se superpose sur le paysage.
Après quelques minutes de silence pendant lesquelles Dean retrace mentalement le parcours entre 'regarder dans le vide' et 'regarder le trou' (Dieu merci Castiel n'as pas dit 'dans le trou' mais il y serait venu tôt ou tard) , Dean ajoute : « Faudra vraiment que je t'achète un dictionnaire des synonymes et des expressions, un de ces quatre. Ça devient urgent. »
Les yeux de Castiel pétillent discrètement « Toi, acheter un dictionnaire ? »
L'humain lui adresse un un clin d'œil d'auto-dérision. « Et oui Cas, tout arrive. Mais la plus grande épreuve sera d'entrer dans le rayon. Tous ces livres de grammaire...brrrrr...ça fout les miquettes. »
Gabriel se réveille en sentant quelque chose de chaud effleurer sa nuque. Un souffle qui se perd sur sa peau.
Il ouvre les yeux et sursaute de surprise en tombant nez à nez avec Sam. Wo ! Par réflexe il s'écarte aussitôt avec une grimace. Gabriel détend les muscles de son épaule, endolorie d'avoir été appuyée contre celle de Samuel.
Le chasseur roupille toujours, les lèvres entrouvertes. L'ancien archange scrute son visage un instant, une petite pointe de tristesse au fond de l'estomac. Sam a l'air tellement plus jeune quand il dort. Quand toutes les barrières tombent.
« Hey gamin ! »
Secousse.
« Youhou Pimprenelle ! »
« Hrmmmm. » gronde Sam en se tournant vers le côté opposé. Fuit la voix goguenarde.
« Tant pis pour toi. » entend-t-il encore. Puis le claquement d'une portière. Le chasseur s'en fiche comme de sa première décapitation et se pelotonne plus confortablement contre l'accoudoir.
Des éclats de voix.
Précipité sur le bord du sommeil par la nuisance sonore, Sam fronce les sourcils et finit par ouvrir un œil. La lumière grise d'un ciel couvert entre à flots dans le véhicule.
« Sam. » le salue Castiel en se tournant vers lui. Il se passe une main sur le visage pour se réveiller. « 'Lut Cas'. »
Un hurlement douche d'un coup les vestiges de son sommeil. Il sursaute. Mise en route immédiate de son instinct. « Qu'est ce qu'il se passe ?! » Il s'apprête à ouvrir la portière et bondir à l'extérieur mais Castiel l'en dissuade.
« A ta place je ne ferais pas ça. Gabriel est en train de se faire étriper. »
« Étriper ? »
« Par Dean – répond Castiel, son air sérieux ruiné par le coin de sa bouche qui s'étire – une sombre histoire de bonbons. »
Le chasseur se dévisse le cou pour essayer d'apercevoir la raclée en question. Il aperçoit Gabriel cheveux au vent, traverser le parking de la station service en courant à toutes jambes, les bras débordants de paquets de sucreries. La seconde d'après Dean passe en vociférant « N'ose même pas souiller mon bébé ! N'ose même pas ! »
Castiel se matérialise à côté de Sam « Gabriel a réussi à piquer quelques billets qui dépassaient d'un sac à main et il s'est fait plaisir sur les achats. » Ils les suivent de la tête traverser le parking dans un sens. Puis dans l'autre.
« Tu vas pas me chier une pendule pour une poche de haribo si ? »
« Une poche ?! Tu te fous de ma gueule ! Viens ici ! » Dean accélère mais l'ange déchu bifurque et conserve son avance. Le Winchester braille « Au pied ! T'avise pas de poser un orteil dans ma caisse avec ces armes de salissures massives! »
« Décoinces-toi Deano il ne va rien arriver à ta beauté ! Et n'oublie pas ! Avec le rose Vanish, les taches….» L'ancien archange laisse tomber un paquet dans sa cavale. « Et merde. »
« Dommaaaage ! » Fais Dean en le ramassant. Il s'arrête et l'agite devant un Gabriel essoufflé « Tu ne voudrais pas qu'il arrive des bricoles à tes oursons à la guimauve si ? »
« Nooooon pas mes oursons à la guimauve ! Tu ne ferais pas ça ! »
Dean hausse un sourcil et ouvre la poche d'un geste sec. Il commence à manger devant son vis à vis catastrophé. « Mais tu n'as pas de cœur ! – geint Gabriel avec désespoir – Mes oursons d'amour ! »
Dean triomphe : « Alors recule doucement loin de mon bébé. Les mains bien en évidence ! »
Et là, contre toute attente, l'ancien archange sourit largement « Non sans blague. En fait j'ai trois autres paquets d'oursons. Domaaaage ! » Et il détale dans l'autre sens pendant que le chasseur râle « Et merde. » et se relance à sa poursuite.
Sans état d'âme, Dean coupe la route d'une mamie et lâche tout juste une vague excuse sans prêter attention à l'exclamation courroucée de la dame. Il crie après le blond caracolant un peu plus loin, fier comme un paon : « Espèce d'enfoiré ! »
Bousculée, la vieille dame retrouve tant bien que mal un équilibre précaire sur sa canne.« Quel mal élevé et il profère des insanités sur la voie public! » proteste-elle « Tous des voyous ! »
Dean l'ignore royalement « Ne pose pas tes sales pattes sur elle ! » s'exclame-t-il encore à l'attention de l'archange déchu.
La mamie dresse l'oreille. Elle ?
Dean se concentre sur sa cible qui le nargue à grands renforts de sourires narquois et de danses de la victoire. « Gabriel si tu oses faire du mal à mon bébé, crois-moi tu vas tellement souffrir que tu ne t'en remettras jamais. »
Elle ? Bébé ? Les lèvres de la mamie forme un « o » scandalisé, elle reporte son attention sur le plus blond des deux hommes, serait-ce un pédophile ? Son indignation grimpe d'un cran quand le dénommé Gabriel retourne un doigt d'honneur en réponse à la menace. Seigneur, tant de de grossièreté en ce bas monde.
« Pfff je te promets solennellement que je ferai attention, elle ne souffrira pas ta petite beauté chérie. » rajoute le grossier personnage. Jésus Marie, pense la vieille dame, cet homme est vraiment un détraqué sexuel !
Elle ajuste ses lunettes épaisses pour être à même de le reconnaître quand elle témoignera derrière la vitre teintée de la salle d'interrogatoire. Le portable ? Où est son portable ? Elle tapote ses poches avec des mains rendues tremblantes par l'âge.
« Et puis, je ne suis pas égoïste, je partage moi môssieur, t'en auras aussi si t'es sage. » Le clin d'œil fripon que le plus petit lance au plus grand est tout à fait obscène de l'avis de la grand mère. Sans oublier que cette phrase implique des choses atroces et monstrueuses, et à plusieurs de toute évidence. Révulsée jusque dans ses tripes devant cette infamie qui prend des proportions sordides, elle resserre son manteau pour se protéger d'une telle dépravation. La croix de son pendentif accroche la lumière.
« Tu vas mettre des taches partout ! » s'écrie Dean. « Je te connais, tu es un vrai putain de sagouin. Ça va poisser sur les sièges et je vais trouver des trucs collés des semaines après ! Tu t'approches d'elle je t'explose la tronche contre le pot d'échappement. »
La mémé déglutit, c'est donc cela que qui effraie le brun ? Des fluides corporels sur un siège de voiture ? Alors que la dignité d'une fillette est en jeu ? C'est totalement inimaginable. Totalement répugnant. Répugnant.
L'ancien archange soupire. « Mais naaaaan. Et j'ai déjà payé de toute façon, tu ne vas gâcher l'argent ? »
Les yeux de la dame s'écarquillent : ce sont deux monstres ! Un proxénète qui fait du détournement de mineurs dans une voiture et un pédophile avare aux pratiques plurielles ! Le vice rôde même dans les stations services. Elle ne sait pas quel est le plus abject des deux, celui qui vend ou celui qui achète.
Son vieux cœur tressaute entre les côtés fragiles alors que ses mains parcheminées cherche le portable dans un grand cabas moutarde. Elle ne peut pas laisser passer ça, de pareilles abominations ne doivent pas rester impunies. Ils doivent payer pour leurs actes. Elle marmotte entre ses dents « Police...le numéro de la police...le numéro... » mais elle a un trou de mémoire. Quel est le numéro déjà ? Ça va lui revenir c'est certain. Ça revient toujours. Mais le temps qu'elle se souvienne ils vont partir et alors ils ne seront pas retrouvés.
Non. Ceci n'est pas acceptable.
Elle récite une prière silencieuse. Elle a toujours été une citoyenne modèle. Sa main piquée de taches se resserre sur la canne. Les veines ressortent sur la peau ridée. Elle doit faire son possible. Faire ce qui doit être fait. Elle avance pas à pas, déterminée comme jamais malgré ses hanches en plastiques. Et peu importe qu'un chihuahua vêtu d'une veste violette et d'un chapeau de cow boy à fleur la double sans difficulté apparente.
Quelqu'un tapote le dos de Dean. Interloqué il se retourne juste à temps pour voir en un éclair une canne s'abattre sur sa tête. « Waieuh ! » proteste-il. Il cherche son nouvel adversaire pour lui dire sa façon de penser mais...personne ? Il tourne sur place...toujours personne...
Un raclement de gorge impatient lui fait baisser le nez et il découvre une petite vieille toute rabougrie qui l'observe avec la hargne d'un pitbull atteint d'une rage de molaires.
« Je vous prie de surveiller votre langage et vos manières jeune délinquant ! – Ulule la vieille d'une voix chevrotante en lui agitant sa canne sous l'œil – Ce que vous faites est honteux ! Honteux m'entendez vous ?! »
« Pardon ? » Qu'est ce qu'elle lui veut, l'ancêtre d'Imhotep, elle a perdu ses binocles ? Elle ne voit pas que Dean défend l'intégrité de son Impala en ce moment même ? « Faites gaffe avec votre canne là, vous allez blesser quelqu'un ! »
Elle lui lance une œillade irritée de chouette revêche et lui écrase violemment son talon sur le pied sans plus de cérémonie. Deau sautille sur place en tenant sa jambe « Putain de merde ! Espèce de vieille sénile ! »
Clac ! Coup de canne sur l'épaule. « Langage ! » croasse-t-elle.
Mais elle est toquée celle là...
Un peu plus loin Gabriel s'étouffe de rire et donne quelques encouragements : « Vas-y mémé, fous lui une rouste ! Allez vas-y ! Souple sur les jambes, souple ! Achève le avec un crochet du droit ! »
Il n'aurait jamais du dire ça.
La grand mère se fige. Se tourne lentement vers lui et s'exclame « Ne crois pas que je t'ai oublié toi ! Déréglé sexuel ! » Gabriel n'a pas le temps d'éviter l'énorme cabas jaune moutarde qui percute son ventre. Il se plie en deux sous le coup, ses sucreries tombent par terre. Les boites de conserves à l'intérieur du sac s'entrechoquent en un fracas métallique.
La grand mère se redresse de toute sa taille, mains sur les hanches. « Vous ne partirez pas d'ici. » Elle attrape Gabriel par l'oreille alors que celui ci peine à retrouver son souffle, et tire sur le lobe dans tous les sens comme une acharnée. « Repentez-vous de vos actes immoraux ! »
Gabriel, l'oreille brûlante, réplique d'une voix étranglée « Je me sens très repenti là. »
« Suffit ! – elle secoue le lobe – Repentez-vous, immoraux que vous êtes. »
Dean glousse « Je suis tout à fait d'accord avec vous m'am. Ce type est totalement immoral. »
La canne fend l'air dans sa direction. « Aie ! » puis le sac « Ouch ! »
« Je n'ai pas fini ! – assène-t-elle au brun en lui écrasant la pointe de sa canne dans le ventre – J'appelle la Police tout de suite. Dépravés ! »
Gabriel essaye de la raisonner ayant retrouvé la pleine possession de son oreille douloureuse « Calmez-vous nous ne sommes pas des dépravés...enfin si ... – Dean lui fait les gros yeux – bon d'accord surtout moi mais...pas ce genre de dépravé – Nouveau regard lourd de la part de Dean – enfin ...peut être. Ça dépend – petite pause – Qu'entendez-vous par le mot « dépravé » exactement ? »
Dean pose une main sur ses yeux...Seigneur...
Le cabas repart à l'assaut du blond en un clang sonore alors que la dame âgée s'exclame « Le genre à enfermer en prison. » Pour faire bonne mesure, la mamie offre le même traitement à Dean dans sa grande bonté.
Gabriel se frotte la cuisse « Mais c'est qu'elle est violente mémé ! » La béquille s'enfonce sur son pied étouffant la suite de la remarque dans sa gorge. L'autre homme abonde dans ce sens en reculant discrètement : « Sérieusement, y a quoi dans ce foutu sac ? Des pierres ? »
Elle paraît littéralement s'étouffer à ses mots et son teint vire au rouge soutenu. « Parce qu'en plus du proxénétisme et de l'abus de mineur, vous faites dans le vol à l'arrachée ? Une pauvre vieille dame sans défense ? »
« Sans défense je ne dirais pas ça » marmonne Gabriel, se récoltant une offensive de cabas vengeur pour la remarque.
« N'avez-vous pas honte ? Vouloir volez la nourriture de mon Hippolyte coco mignon en sucre d'orge ! »
« Votre mari ? » s'enquit Dean espérant désamorcer la cinglée.
« Mon chat. »
« Oh. » Une folle aux chats. Une de plus. Puis l'aîné Winchester enregistre. « Comment ça proxénétisme et abus de mineur ? Mais ça va pas ? »
« Les herbes médicinales contre l'arthrose ne sont pas censées être fumées, vous savez. » rajoute Gabriel en s'écartant, évitant une énième attaque de béquille.
« Ne faites pas les innocents ! J'ai tout entendu » braille la dame « Tout ! » Puis elle hurle à la cantonade « Poliiiiiice Poliiiice Appelez la Poliiiice ! »
Dean et Gabriel échangent un regard. Ohoh. Avec cette vieille bique tout le monde va rappliquer dans la minute. Des gens commencent déjà à courir dans leur direction. Gabriel ramasse sa quantité astronomique de bonbons et détalle à la suite du chasseur le plus loin possible du fossile hurlant. Bon cette fuite n'est pas la plus glorieuse de leur vie. Ils boitent pitoyablement, sautillant alternativement sur leurs pieds mais au moins ils avancent relativement vite.
La honte rougit les joues de Dean et Gabriel disparaît presque derrière ses emballages. Un moteur vrombit non loin d'eux. Crissement de pneus. Une voiture pile net et une portière s'ouvre. Un Castiel moqueur et un Sam hilare derrière le volant de l'Impala leurs font signe de la main : « Montez ! Avant la victoire de kung fu-mémé par KO. »
Les autres clients se rapprochent, vindicatifs et exhortés par la championne des armes blanches catégorie troisième âge. « Démarre Sam, démarre ! » fait Dean en s'engouffrant sur la banquette arrière avec Gabriel. Le moteur rugit et ils laissent derrière eux la station service en quelques tours de roues.
« Ne dis pas un mot ! » jure Dean à son frère, le regard sombre et menaçant des mauvais jours.
Mais évidement Samuel rit à gorge déployée. « Les mecs vous vous êtes fait tabasser par une grand mère. A quatre-vingts ans, elle vous a foutu une de ces misères ! Ahah c'était trop bon ! »
« Attends...tu veux dire que tu as vu toute la scène ? » ronchonne son ainé.
« Évidement ! Du grand spectacle. » Sam adopte une voix de fausset chevrotante « Repentez-vous de vos actes immoraux ! » Un éclat de rire plus tard, sa voix tombe dans les graves emphatiques. « Quand on attaque mémé, mémé contre-attaque ! »
« La ferme ! » s'exclame les deux hommes en chœur. Mais Sam n'en a pas terminé avec les sarcasmes: « Elle aurait pu vous achever avec son dentier ou son bas de contention, je la trouve plutôt soft en fin de compte. Un brin classique, même non ? »
« La ferme, Sam ! » disent-ils, encore synchro. Ils se renfrognent et s'enfoncent dans leurs sièges. Plus jamais ils ne verront une humble grand mère avec un cabas moutarde de la même manière. Pas sans une pointe d'appréhension paranoïaque. D'ailleurs Gabriel regarde par la vitre du coffre, au cas où elle se soit accrochée à la voiture. C'est coriaces et têtues ces bêtes là.
Dean tapote son volant, essaye de s'exhorter au calme mais c'est difficile. Difficile quand il voit par le rétroviseur Gabriel s'empiffrer de fraises tagada et de snickers, une chuppa-chups à la bouche et semant des papiers partout. Il a réussi à faire entrer ses bonbons dans l'Impala ce fils de pute, tout ça grâce à la vieille peau. Et dire qu'il pensait les grands- mères inoffensives et impotentes...
Dean serre les dents mais craque quand son petit frère, son propre petit frère à la cran de demander :
« Hey Gabriel, tu m'envoies le petit paquet de gummy bears ? »
Le traître ! Dean le fusille du regard.
« Quoi ? J'en ai pas bouffé depuis des années. » se justifie Sam en gobant un petit ours rouge.
« Merci pour ton graaand soutien Sam. » Mais le pire c'est le froissement de plastique qui parvient à ses oreilles. Un froissement qui vient de la gauche. La gauche. Dean attend patiemment le prochain stop. Arrête la voiture et se tourne vers la gauche.
Castiel s'arrache à son pochette de dragibus et lui rend son regard avec un sourire amusé. « Oh allez Dean. Je croyais que tu adorais ça ? »
Le chasseur ne répond pas et demande agressivement « Et moi je croyais que tu ne mangeais pas. »
« Ce n'est pas si mauvais. » L'ange attrape un dragibus entre ses doigts et lui demande très sérieusement de faire « Ah. »
C'est le pompon... Dean remet le contact. « A la moindre trace, Gabriel tu nettoies tout. Et à la brosse à dents s'il le faut. »
« Avec la langue même. » ricane l'intéressé.
Dean s'enferme dans un mutisme buté et au bout de plusieurs tentatives pour lancer une conversation, Castiel baisse les yeux sur sa mini poche de dragibus et la pose sur ses genoux sans y toucher d'avantage. Impassible.
« …..Bonjour l'ambiance » marmonne Sam. Après avoir grignoté la moitié de ses gummy, le cadet Winchester pique un autre petit somme.
« Allez Bonhomme on se réveille. » Une main tire Sam du sommeil au bout d'une secousse à peine.
« A table ! » s'exclame Gabriel en claquant la portière de la voiture.
« Allez Sammy, j'ai faim moi. » le presse Dean. Le cadet remarque aussitôt que son aîné est de bien meilleure humeur qu'un peu plus tôt. Il ne cherche pas vraiment le pourquoi du comment et entre dans le hall du Diner. Les gens le dévisagent étrangement. Sam n'y prête pas vraiment attention jusqu'à ce que la serveuse qui vient prendre leurs commandes arrive.
Elle le détaille très visiblement de la tête au pied et demande d'un ton grinçant. « Alors y prendra quoi mon alpin ? » Castiel, Dean et Gabriel font une tête bizarre. Sam les interroge du regard, sourcils froncés, mais il n'a droit qu'à cette même expression étrange. Il renonce et offre un sourire aimable à la serveuse qui attend.
« Une salade « croquant du jardin » s'il vous plait. »
Un sourire en coin ourle les lèvres prunes de la demoiselle. « Vous êtes un comique vous. »
Les trois autres occupants de la table éclatent de rire. Sam nage dans l'incompréhension mais adresse un rictus crispé à la jeune fille par politesse. Elle s'éclipse après avoir pris en note les burgers-frites de Dean et Gabriel.
Après son départ, Sam se penche vers eux : « Quoi ? Quel est le problème avec la salade ? » Et rebelote les voilà qui se marrent. Sam soupire. « J'ai un truc sur la figure ? Du persil entre les dents ? » Dean pointe du doigt la vitrine du Diner.
Sam plisse les yeux sur son reflet et constate l'étendue des dégâts avec effarement. De ravissantes moustaches à guidon de vélo étalent de charmantes spirales sur ses joues. Un cercle colorié de noir orne le bout de son nez et deux grosses têtes de lapins assorties de petits cœurs trônent sur ses pommettes.
« C'est. Quoi. Ça ? » murmure-t-il, en état presque catatonique. Le cœur au bord des lèvres.
Dean donne une grande tape dans le dos de son frère mortifié « Tu es si mignon comme ça, mon lapin ! »
« Et ça fait combien de temps que je me trimbale cette horreur sur la tronche ?
« J'ai fait ça pendant que tu dormais. Tu aimes ma calligraphie ? – avoue Gabriel tout sourire – Tout est dans la souplesse du poignet. Comme pour beaucoup d'autres domaines d'ailleurs » ajoute-t-il avec air pervers.
Sam se lève d'un bond et court aux toilettes pour se débarrasser des marques de marqueur. Mais quand il retourne à la table et s'assoit sur sa chaise, le visage fermé et blasé, rien n'a changé.
« Marqueur indélébile. » précise-t-il, une promesse de mort dans les yeux. Dean et Gabriel rigolent de plus belle tandis que Castiel lui tapote gentiment l'épaule en murmurant « Accroche-toi Samuel, je suis avec toi. » sans qu'il ne puisse déceler si c'est ironique ou pas.
Le reste du repas se déroule sans incident notable et la conversation s'oriente vers un sujet beaucoup plus sérieux que Sam et ses problèmes de rongeurs. Ils commencent à élaborer une stratégie pour contrer Mebahiah, même si stratégie est un bien grand mot tant qu'ils n'ont pas plus d'informations précises
Le meilleur moment de connaître les avancées de la Principauté implique que Castiel endosse le rôle de 007 en trench-coat autant qu'il le pourra. Il est donc établi que l'ange devra accepter la proposition de Meb et rejoindre ses rangs. Deux ou trois autres détails sont mis en place et Sam écourte le repas au bout du quatrième enfant qui le pointe de l'index en s'écriant bien fort « Pourquoi il est déguisé en fille le monsieur ? » « Est-ce que c'est vraiment un monsieur ? »
Gabriel le taquine : « Avec cette perruque atrocement longue et informe on pourrait se demander. Je suis sûr qu'on pourrait en faire des pulls et les revendre à bas prix. »
« Je pense qu'il parle de ton manque de talent artistique, Picasso – le rembarre Sam – T'as dessiné avec le crayon planté dans le- » Un homme seul à la table d'en face le regarde avec insistance et lui adresse un coucou aguicheur. Mon Dieu. Sam se lève d'un bond, bousculant la table. La salière s'écrase sur le sol. Tous les regards de la salle se focalisent sur lui.
Gêné, le géant se racle la gorge et affiche un sourire d'excuse constipé pour l'assemblée. Il se faxe littéralement sur sa chaise. Mêlez vous de vos fesses et oubliez moi clame sa posture coincée. Il articule silencieusement « J'vous hais » à Dean et Gabriel qui se tiennent les côtes à force de rire et se cache derrière le menu. Principalement pour échapper aux œillades appréciatrices de l'homme assis en face. Le chasseur est le premier à monter dans la voiture, battant tout les records de vitesse. On ne se demandera pas pourquoi.
Enfin arrivés à Détroit, ils réservent une chambre dans un motel miteux :deux lits et un canapé défoncé. Deux jours passent dans une atmosphère assez particulière. Mélange détonant d'impatience, d'angoisse et d'attente. L'ennui suinte sous la porte de la chambre.
Ils font des aller-retour entre le cimetière et le motel à tour de rôle mais il ne se passe tout simplement rien. Aucun signe de la présence des anges.
Le deuxième soir ils sont tous entassés devant la télé devant une comédie qui n'arrache pas le moindre sourire aux quatre hommes. Pendant la seconde page de pub, un murmure se coule et se faufile dans l'esprit de Castiel. Un appel. « Même lieu, même heure. » et c'est tout. Le chuchotis s'éteint comme il est venu.
L'ange se lève d'un bond, les lèvres serrées.
« Ça y est. » dit-il. Mebahiah va commencer les essais sur la cage.
Un petit mot pour me dire votre opinion s'il vous plait ? Ça prend deux secondes et c'est bien la seule chose qui me motive ^^ (I neeeeeed XD)
Le chapitre suivant sera beaucoup moins léger que celui ci, et les choses avanceront un peu plus ^^
