Bonsoir ! Après une âpre lutte de trois heures contre la scnf me voici !
Merci pour vos commentaire de soutien qui me motivent bien plus que ce que l'on peut croire ! Et également un énooorme merci à DjinnAtwood pour sa correction efficace et très rapide, quelle merveilleuse béta :DDD
J'ai eu pas mal de retard pour poster ce présent chapitre, je le sais bien et je m'en excuse bien bas. Il se trouve que je suis en troisième année de Licence donc la charge de travail est conséquente et ce dès les premières semaines. De plus je participe à un atelier d'écriture animé par un professeur de ma fac, ce qui me prend pas mal de temps également (à raison d'un texte par semaine à écrire)
Je vais essayer de stabiliser le rythme des publications à venir à un chapitre toutes les deux semaines, je pense =)
Après la grosse récré du chapitre précédent, nous repassons aux choses sérieuses les amis ! Meb le come back ! (oui je sais que vous l'adorez mdr) Il se passe beaucoup de choses donc attachez votre ceinture.
Bonne lecture j'espère ^^
Chapitre X
Devine qui vient dîner ?
– Opossum Motel , Detroit, Michigan –
L'odeur de Dean chatouille les narines de Castiel. Le nœud dans le ventre de l'ange se desserre un peu grâce à ce parfum familier et unique.
Ce n'est pas la première fois que cela se produit. Mais c'est la première fois qu'il s'en rend compte.
Dean s'approche encore et écarte les bords beiges du trench-coat. Repousse le vêtement pour dégager le torse.
Castiel laisse les mains courir sur le col de sa chemise, leur agréable chaleur se diffuse à travers le fin tissu. Les doigts habiles s'enroulent autour de la cravate cobalt et la délie en douceur. Castiel ancre son regard perçant sur le visage sérieux du chasseur, sur ses lèvres plissées par la concentration. Sans s'en détacher une seule seconde. Dans le plus complet des silences.
Dean dégrafe le premier bouton et lui adresse un bref coup d'œil pour se détourner aussitôt. Une certaine gêne s'installe dans les gestes. Et Castiel ne le lâche pas du regard, aimanté par les traits si expressifs de son vis à vis.
Il ne cille pas davantage quand un souffle tiède caresse le creux de son cou. Les mains du chasseur se perdent un peu en dessous d'une clavicule.
Dean vérifie que la pincette et le minuscule micro sont solidement accrochés aux fibres de chemise. Il la reboutonne et -victoire- la soudaine mise en tension du tissu est correctement supportée. Il réajuste la cravate et par dessus le trench-coat: le dispositif n'est pas visible de l'extérieur, parfait. Dean donne une tape sur l'épaule de l'ange et s'écarte. « Voilà, champion. Test micro Cas' ? Comme on a dit. »
Ce dernier soupire intérieurement en repensant à la phrase qu'il doit dire. Phrase sur laquelle Dean a particulièrement insisté plus tôt, la lui faisant répéter encore et encore jusqu'à ce qu'il soit satisfait au millimètre de la diction de l'ange.
Castiel sort donc de la pièce, comme prévu, et se poste derrière la porte, battant clos. A quoi bon autant de mise en scène pour une simple phrase ? Il ne comprend pas vraiment l'intérêt de tout ceci. Il compte les cinq secondes réglementaires et ouvre le battant avec brusquerie. Castiel entre, les pans de son trench flottent légèrement autour de ses jambes.
Visage impassible et pause dramatique à l'appui, il se plante avec raideur : « Je m'appelle Bond. – il resserre sa cravate – James Bond. »
– Entrepôts, Douglas,Wyoming –
Castiel range dans sa poche le portable que Dean qui lui a donné au cas où le micro ne marcherait pas. L'ange hésite une fraction de secondes et arrache le micro. Il le jette par terre et l'écrase sous son talon avec une excuse silencieuse.
Le petit appareil représente un risque bien trop important aussi bien pour lui même que pour les Winchester. Tant pis s'ils lui en voudront à mort quand il rentrera.
S'il rentre un jour.
Il chasse toutes ses pensées inutiles pour se focaliser sur son but. Le parking est désert de toute présence pour le moment en dehors de la sienne. Mais ça ne dure pas.
Deux silhouettes se matérialisent à l'angle nord. Même de loin, Castiel reconnaît le bleu électrique du tailleur de l'une d'entre elle. Il s'envole et se pose à leur hauteur en un battement de cil.
« J'accepte ta proposition. -dit-il à Mebahiah de but en blanc – Je veux en être. »
La principauté hoche la tête avec satisfaction : « Bienvenue parmi nous Castiel, je suis ravie de ton choix. »
Bien moins ravi que sa supérieure de la présence de cette nouvelle recrue, Sariel ne fait aucun commentaire supplémentaire et préfère incanter d'une voix basse la formule de demande d'entrée. Il lève ensuite une main à la recherche de la barrière de protection invisible. Des arcs d' étincelles suspendus dans les airs naissent de la pression de ses doigts et se propagent en éclats pulsants. Un immense dôme bleuté apparaît au centre duquel se trouve un ensemble d'entrepôts auparavant dérobé à toutes perceptions. Même aux sens de Castiel.
Il aurait pu passer cent fois devant qu'il n'aurait rien vu, rien deviné. C'est proprement inquiétant. Que se trame-t-il derrière ces façades qui vaille à ce point la peine d'être dissimulé ?
L'assistant remonte la manche noire de son costume et incise son bras avec un couteau. Il donne la lame à Mebahiah qui fait de même. Ils pressent leurs entailles respectives pour accélérer l'écoulement du liquide sombre. Le sang roule le long de la peau et goutte sur le sol. A cet appel plus vieux que les mots, le nexus frémit et sa membrane vire lentement au rubis. Le passage est autorisé.
Mais ce n'est pas terminé. Les deux anges se tournent vers Castiel, Sariel lui adresse un mouvement de tête éloquent. Comprenant ce qu'on attend de sa personne, l'ange au trench-coat retrousse sa manche droite et Mebahiah y dessine une estafilade pourpre d'un adroit trait de lame.
Elle plaque le bras de Castiel sur le sien, la plaie apposée contre sa jumelle. Puis la Principauté mélange encore son sang à celui de Sariel. Et Sariel à celui de Castiel. Chacun des trois anges portent désormais un peu des deux autres sur leurs avant-bras rougis.
Les perles groseille qui chutent sur le bitume font frissonner la membrane du bouclier une seconde fois. De grenat elle s'assombrit en un violet prune. Le nouveau venu peut désormais entrer et sortir à sa guise dans l'enceinte des entrepôts sans carboniser jusqu'au dernier atome physique de son vaisseau, selon les dires de la Principauté. Elle précise également qu'il ne pourra pas s'envoler tant qu'il sera dans le champ d'action du dôme qui dissimule les bâtiments aux regards.
Bien qu'il ne lui fasse pas du tout confiance sur le premier point, il n'a pas le choix et il faut qu'il puisse entrer là dedans. Quitte à finir en ange extra-croustillant, il traverse le nexus d'une grande enjambée, les dents serrées. Il arrive entier de l'autre côté pour son plus grand soulagement.
Castiel pousse une porte et marque un temps d'arrêt. C'est une pièce relativement petite mais en son centre repose une table immense. Sa grâce se tortille de malaise quand il reconnaît avec effarement certains visages qui siègent autour de l'ovale de verre. Des anges de classe supérieure. Des membres des hautes voire très hautes sphères : généraux, lieutenants, directeurs de département, chefs de garnisons, chefs de factions et d'autres qu'il ne reconnaît pas.
Ils ne sont pas tellement nombreux : à peine un ou deux par catégorie, mais suffisamment pour que leurs auras conjuguées fassent fourmiller l'air de puissance contenue. Littéralement. Ce n'est pas un rassemblement ordinaire. Pas une table ordinaire. C'est la table de commandement.
Mebahiha se poste devant la dangereuse assemblée : « Inutile de présenter l'ange qui se tient à mes côtés je pense. »
« Inutile en effet. – réplique une dame d'apparence soignée – Nous savons tous qui est Castiel. » Ses yeux d'aigle scrutateurs et incisifs jaugent le sus nommé.
Il soutient l'examen avec une neutralité défiant toutes mesures et va s'asseoir à une place disponible, montrant bien plus d'assurance qu'il n'en possède réellement.
Mebahiah ne prête pas attention aux murmures qui bruissent dans la salle et s'arrête devant le fauteuil central. Elle pose ses deux mains sur la table. Le silence se fait aussitôt.
« Bien. Comme certains d'entre vous le savent déjà, je projette de forcer la cage de Lucifer et comme vous le savez également, la réputation de cette Cage est bien loin de n'être qu'une légende. Pour ajouter à la difficulté, mes chers frères et sœurs, il s'agit d'extraire les grâces des deux Archanges emprisonnés à l'intérieur mais sans les libérer eux. Nous avons le même but vous et moi, le même idéal. C'est pourquoi nous sommes ici. C'est pourquoi nous sommes ici ensemble. Je requiers donc votre plein concours pour que nous arrivions à obtenir les deux grâces manquantes. »
Un homme bedonnant à l'air maniéré dont Castiel ignore le nom émet une objection. « Nous n'arriverons jamais à ouvrir la Cage, les innombrables tentatives par le passé s'égrainent immuablement au cours de siècles et se soldent toutes par le même et retentissant échec. »
La Principauté hoche la tête et entreprend de répondre de son habituelle manière un peu cassante, la voix injectée de détermination « Je requiers de vous tous que vous partagiez vos connaissances à cette assemblée. Les tentatives antérieures n'ont été qu'individuelles et souvent d'origine démoniaque qu'il plus est. En unissant nos points de vue et nos savoirs nous y arriverons, n'en doute pas une seule seconde, Nhodd. » – Elle se tourne vers le reste des anges – Des propositions ? »
Les participants de la réunion partent, Castiel s'éclipse discrètement au détour d'un couloir pour passer un rapide coup de téléphone. C'est Gabriel qui décroche, la communication ne tient qu'en deux brèves phrases. « Pas d'avancée, j'y retourne. Je vous tiens au courant. »
Castiel retourne vers la salle, sans remarquer Mebahiah cachée derrière un angle de mur, un léger sourire sur ses lèvres minces. Elle n'a pas perdue une seule miette du court monologue.
Les choses se présentent à merveille pour le moment, Castiel réagit comme elle le pensait. D'un air dégagé elle le rejoint après cinq minutes de battement et lui propose une visite des locaux.
Ils sortent de l'entrepôt et Mebahiah s'arrête une fois qu'ils sont dehors. Castiel trouve l'endroit étrangement désert. Bizarre, il n'y a vraiment pas beaucoup d'anges en dehors de ceux qui étaient présents à la réunion. Pourquoi ? C'est un quartier général, il devrait être plein d'activité non ?
Alors qu'il s'apprête à ouvrir la bouche pour poser la question, des flots d'anges se déversent des portes des hangars. Ils se massent en demi-cercle devant le duo, cent cinquante au moins, peut être plus. C'est beaucoup pour un projet inachevé compte tenu des conjectures actuelles.
« Nos effectifs. » précise inutilement la Principauté avec fierté. Les multiples paires d'yeux se fixent sur l'ange au trench, comme dans l'attente de quelque chose. Mebahiah pose une main sur son épaule et ajoute encore avec satisfaction « Castiel a rejoint notre cause. »
La mise en scène ne plaît pas du tout au sus nommé. Il déteste se sentir utilisé de cette manière. Mebahiah l'expose comme une attraction, comme un trophée pour attirer d'autres partisans. Il ravale sa colère et se force à sourire légèrement.
La visite des locaux est horrible. Soulève la grâce de Castiel de pur dégoût.
Cette fois il n'a pas la force de sourire. Il se retient déjà à grande peine pour ne pas fuir en courant ce lieu de désolation et de torture.
Il y a d'abord les deux hangars dédiés à l'étude proprement dite, où des grâces sont mises sous cage. Il les entend résonner lugubrement dans les fibres de son corps, et il sait que Mebahiah les sent aussi. Ils ne s'attardent pas dans ces bâtiments là.
Et puis il y a le hangar de stockage. Sitôt la porte déverrouillée Castiel se fige, assailli par l'odeur ignoble qui brasse l'air. Assailli par les images qui font courir des frissons de colère dans la nuque de Jimmy. Mais il prend sur lui et enterre sa révolte tout au fond. Ne dit rien.
Il ne dit rien devant les pleurs et les suppliques vibrantes de désespoir. Devant les cris et les chuchotis entrecroisés de colère et de terreur. Il ne dit rien devant cet enfant à la peau effervescente dont le visage est entièrement fondu. Même devant cet homme à l'épiderme distendu par d'énormes bulles de grâce. Ou devant cette femme aux veines brûlées de l'intérieur.
Même en passant à côté d'un bon nombre de cages dégoulinantes d'épaisse bouillie rouge, il ne dit rien. Il comprend en une fraction de secondes qu'il s'agit -s'agissait- d'êtres humain qui n'ont pas contenu la pression. En passant à côté de l'un des cubes maculés de sang épais la Principauté lâche un commentaire froid « Un de plus. Mais ils finissent tous comme ça, ou presque. » et annonce qu'elle laisse Castiel se promener à sa guise avant de partir de son côté.
L'ange poursuit donc seul la « visite » dans le labyrinthe des cellules transparentes, exposant sous toutes les coutures le spectacle misérable de ces humains et vaisseaux mutilés de corps comme d'esprit. Ecoeuré et conforté dans sa conviction comme jamais que les agissements de Mebahiah sont contre-nature et ne doivent pas aboutir se renforce encore.
Il voit son image en elle et c'est bien ce qui le révulse jusqu'aux tréfonds de son être. Il voit celui qu'il était il y a un peu plus d'un an se refléter dans la totale froideur et l'indifférence de la Principauté à ordonner la torture d'humains et d'anges pour arriver à ses fins. Si cette éventualité s'était présentée à l'époque, Castiel sait qu'il l'aurait fait. Et sans l'ombre d'un remord car persuadé de faire ce qu'il avait à faire. Persuadé de faire ce qui était bien.
En déambulant dans les allées ce qu'il redoute le plus se produit. Il reconnaît un visage familier de l'autre côté des vitres. Il se précipite vers la forme assise, les yeux chocolat le regardent sans le voir vraiment. Il tapote contre la vitre « Reyiel ! »
Une lointaine lueur s'allume dans le regard vide. Un regain d'énergie passe sur le visage fatigué.
« Castiel ? Qu'est ce que tu fais là ? Ils t'ont eu toi aussi ? »
« Non. C'est autre...chose. »
L'étincelle s'éteint. L'ange aux cheveux de feu détourne la tête. Le mouvement fait discrètement cliqueter les anneaux à son oreille.
« Je vois. Ils t'ont eu aussi. » Et de toute évidence il ne parle pas de la prison.
Castiel s'accroupit et murmure : « Pas exactement. » d'une voix si basse que seul l'ange tatoué peut l'entendre. Reyiel redirige son attention vers lui, l'observe attentivement. Castiel soutient simplement le regard de son vis-à-vis. La bouche de Reyiel se tord légèrement en un sourire mais si tendu qu'il en est douloureux à voir : la compréhension est faite.
L'ange roux jette des coups d'œils paranoïaques en tous sens et se colle contre la paroi :
« Il faut que tu me sortes de là, je t'en prie. » siffle-t-il en enserrant ses genoux entre ses bras. « Je t'en prie. »
« Pas maintenant. Je ne peux pas maintenant. » regrette Castiel, choqué par le comportement étrange de son semblable. Qu'est-il arrivé à Reyiel ? Lui qui était si fort, si bienveillant. Le voilà qui se roule en boule comme un enfant dans le noir. Il est hors de question que Castiel laisse son ami ici ! Dans quel état est-il...Quand sa mission sera sur le point de se finir, il le délivrera, se jure-t-il avec colère. Ses mains se crispent, dissimulées par les bords de son manteau.
« Promets-moi que tu le feras ! Promets-le moi ! Ou je vais...je vais... » Les doigts ornés de bagues de Reyiel s'enfouissent dans sa chevelure enflammée en gestes anarchiques, une expression égarée au visage.
La tristesse ruisselle dans les yeux de Castiel. « Que t'ont-ils fait, mon frère... Que t'ont-ils fait...» marmonne-t-il.
Les épaules de l'ange emprisonné s'affaissent, ses traits marqués par la lumière si crue qu'elle en est clinique. « Je...je crois que je suis en train de devenir fou. » confie-t-il d'un murmure terrifié. Ses yeux hantés fouillent avec frénésie les alentours.
La troisième assemblée se termine et alors qu'ils sortent de la pièce, Mebahiah affiche une rare expression de contentement que Castiel n'arrive pas à interpréter. Toujours est-il qu'il s'agit forcément de quelque chose de mauvais. Et il a bien raison. Les effectifs des membres ont doublé depuis la première fois qu'il est venu.
L'ange aperçoit certains de ses anciens soutiens parmi les rangs. Sariel serre brièvement son épaule et lui dit en quelques mots de félicitations que cet afflux de recrues est dû à sa présence.
Castiel n'écoute pas la moindre parole, tandis que ses yeux parcourt la foule.
Un goût de cendres dans la bouche. Amer.
Les réunions se succèdent les unes après les autres à un rythme effrénées. Elles durent des heures et sont tellement intenses que Castiel en perd la notion du temps.
Des multitudes de propositions ont déjà été formulées, mais aucune n'a pu résister à un examen minutieux des implications et contre-implications théoriques et pratiques. Il y a toujours quelque chose qui coince, qui ne fonctionne pas. Les débats sont parfois houleux, houleux car passionnés.
L'ange ne rentre au motel qu'à des horaires aussi aléatoires qu'indus, mentalement épuisé.
Au bout de la quatrième fois où Dean manque de le balancer par une fenêtre, Gabriel et les Winchesters ont bien dû s'habituer à ses apparitions surprises et matinales. Sinon Castiel n'aurait pas donné cher de sa peau bien longtemps, les Winchester ne sont vraiment pas des tendres avec les invités surprise.
« Mais si on rajoutait un sceau sur - »
« Non » coupe Castiel « Ça ne marchera pas. »
« Cette approche a toutes les chances de fonctionner dois-je vous rappeler que cette arme est censée être d'une extrême puissance ? »
Castiel soupire intérieurement. « Le Marteau risque surtout de détruire tout ce qui se trouve dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres autour du point d'impact. »
« N'est ce pas ce que nous recherchons ? » réplique Hroan.
« Rien ne dit qu'il détruira la Cage en même temps, elle est autrement plus résistante. »
« Lancé à pleine puissance, c'est possible. »
« Mais au prix de combien de vies humaines ? Et il n'y a pas de garantie de succès. »
Hroan roule des yeux, les lèvres pincées d'agacement. « Il n'y a jamais de garantie, Castiel et les vies humaines sont si peu de choses. »
Mebahiah tranche la question « Hroan, ton idée n'est pas inintéressante mais je me range de l'avis de Castiel. Nous avons besoin de davantage de subtilité. Si la Cage répercute l'attaque les conséquences seront absolument désastreuses. »
Hroan renifle avec dédain pour marquer son désaccord mais un ange tout fraîchement arrivé prend alors la parole et s'invite dans le débat avec prestance. Zarnaah, le Commandant de la Phalange, une section spéciale. Autour de la table nul n'ignore sa réputation d'expert de haute volée ès stratégies et de combattant acharné. Et nul n'ignore son rang. Castiel se sent minuscule.
La voix basse et étonnamment douce du seigneur de la guerre fait taire Hroan dès la première syllabe, s'imposant avec un charisme naturel qui appelle et accroche l'attention.
« Une approche oblique est la seule option. Oblique et donc fine. Si vous êtes pas incapable de voir une telle évidence, vous êtes un sot. – son regard bleu de glace domine Hroan d'un bref sous-entendu – pire, un sot dangereux. Il faut savoir faire preuve de délicatesse pour manier de tels enjeux. »
Pressentant que Hroam ne va pas s'en tenir là et vouloir laver sa fierté meurtrie, la Principauté intervient avant que l'atmosphère ne s'envenime, d'autant plus qu'elle est parfaitement d'accord avec Zarnaah. « Cela semble d'une limpidité confondante. As-tu un protocole particulier en tête, Commandant? »
Un sourire léger flâne sur les lèvres de Zarnaah « Exactement. » Un silence expactatif tombe sur l'assemblée. « Je propose d'invoquer la Mort. »
Le silence s'épaissit tandis que chacun médite l'annonce.
Une jeune femme se lève d'un bond : « As-tu perdu l'esprit ? » siffle la Directrice du Bureau des Âmes. L'ironie de la situation amuse intérieurement Mebahiah mais rien ne filtre sous sa carapace inexpressive.
« Pas le moins du monde, ma chère Tiphéreth – répond Zarnaah sans se défaire de son sourire – réfléchis un instant. Qui de mieux placé pour cette tâche ? Il est le possesseur de l'une des quatre bagues. »
« Il va être furieux de se trouver enchaîné et il ne va certainement pas accepter aussi facilement. Pas sans contre-partie. » ajoute l'ange au tailleur bleu.
A la fin de la réunion, alors que les autres anges partent le Commandant s'attarde, le front barré d'un pli soucieux il aborde la Principauté et son assistant. Ils discutent un moment de la contre-partie envisagée pour la Mort et l'échange dévie vers un autre sujet.
« Es-tu sûre de toi à propos de ce Castiel ? » demande Zarnaah.
« Oui. »
« N'est-ce pas cet ange attaché comme son ombre aux Winchester ? »
« Celui là même. »
« Est-il au courant pour ce que nous souhaitons faire ? Tu m'as fait part de la suite, mais lui as-tu dit que nous voulons utiliser ses protégés comme vaisseaux ? »
« Non, pas encore. »
Le Commandant fronce les sourcils à cette réponse laconique. « Parce que tu as peur de la trahison ? »
Sariel ajoute que Castiel rend parfois visite à Reyiel, ce qu'il trouve on ne peut plus suspect. Et qu'il ne comprend pas le laxisme de la Principauté qui est au courant mais pourtant n'agit pas.
« Comme je l'ai déjà dit et répété à Sariel – regard appuyé envers l'intéressé – que Castiel trahisse ou pas n'a aucune espèce d'importance. Il nous a déjà trahis d'ailleurs, dès la toute première réunion. Et il n'a cessé de le faire depuis. »
« Mais alors pourquoi laisser faire ? » s'insurge l'assistant. « Pourquoi ruiner tous nos efforts ? »
« Au contraire je ne laisse pas faire, je surveille. »
Le commandant ricane « Je vois. » Il tapote l'épaule de Sariel, et se faisant il retrouve un visage plus sérieux, presque triste alors qu'une pensée lui vient en tête. « Depuis l'incident de Florence vous ne vous quittez plus tous les deux. »
L'assistant hausse les épaules et détourne la tête. Mebahiah évite longtemps le regard du Commandant avant de lui concéder un « oui » fuyant.
« Hum. Toujours un sujet sensible malgré les siècles. » commente ce dernier, pour lui même.
La Principauté et Sariel n'ajoutent rien. Il est des choses qui ne concernent pas les autres.
La vibration monte des tréfonds du sol, se communique par vagues convulsives. La table tremble, les flammes des bougies tremblent. Les ondes s'amplifient en un fracas de tonnerre déchaîné. Les fioles éclatent, les vitres tressaillent de plus en fort et cèdent en explosant. Des fissures grimpent sur les murs et partent à l'assaut du plafond. De la poussière de béton chute par intermittence. Et soudainement tout s'arrête.
Mebahiah attend, impassible et tranquille. Confiante.
Une voix sardonique s'élève dans son dos.
« Est-ce une plaisanterie de mauvais goût ? »
Elle se retourne sans se presser vers l'homme pâle et émacié en costume noir.
« C'était le seul moyen pour vous faire venir, toutes mes excuses. »
La Mort siffle entre ses dents, une colère sourde s'agite dans ses iris sombres.
« Me faire venir ? Qui penses-tu être pour me faire venir. Je ne suis pas un vulgaire valet qui rapplique au premier coup de clochette. Auras-tu la décence élémentaire de me libérer ? » Il lève d'un air éloquent ses mains enchaînées d'un trait immatériel de lumière argentée. Le lien flotte autour de ses poignets comme superposé dans l'espace à mi chemin entre cette réalité et une autre.
« Je suis désolée mais non. »
Le Cavalier la transperce du regard. « Le contraire m'aurait étonné – il soupire avec un ennui bordé de mépris – Tu n'es pas désolée le moins du monde. »
« J'ai besoin de votre aide. » annonce Mebahiah.
Il hausse un sourcil. « Et tu te figures que je vais accepter ? »
« Oui. »
Le visage cave et blafard de la Mort ne reflète rien. « Et pourquoi je le ferai ? Pour quelle contre-partie ? Que pourrais-je bien vouloir, moi qui possède tout et toutes choses, même toi. C'est une question hautement philosophique. »
Les yeux rendus brillants par le reflet des bougies, Mebahahia se penche en avant, un fin sourire triomphant aux lèvres. « Que désirez-vous le plus au monde ? »
La question rhétorique reste en suspension alors que Mebahiah ouvre une mallette blindée et aligne trois flacons vides et intactes devant la Mort.
« Hé bien ? » demande-t-il en retroussant les lèvres. « Tout ceci est follement passionnant mais j'ai un monde à faire tourner et c'est un travail plutôt prenant. »
La Principauté ne se démonte pas et pointe son index vers le premier flacon.
« Urd. »
Un éclair passe sur le visage cadavérique. « Vraiment ? » demande-t-il, ses mains se compriment sur la canne.
« Vraiment – confirme Mebahiah – il manque juste l'accord des principales intéressées mais elles te l'offriront sans peine je pense. »
« Je vois. Tu es donc prête à briser ce tabou. – fait-il, songeur – Je consentirai donc à accéder à ta demande – il lève la main – Mais je ne ferai rien avant de les avoir, tu as tout intérêt à ne pas me décevoir. Vois-tu, je n'aime pas être dérangé pour rien. Non. Vraiment pas. »
L'ange hoche la tête, pleinement consciente de la menace. « Nous avons un deal. »
– Opossum Motel , Detroit, Michigan –
« Des...plumes ? » interroge Sam avec l'air de douter de la santé mentale de Castiel. « La Mort veut se recycler dans le french cancan ? »
Gabriel lui lance un regard dégoûté : « Yurk j'ai une image horrible maintenant. Mes rêves sont brisés ! Adieu femmes et bonjour veaux, vaches, cochons, momies... »
L'ange soupire : « Non. Il ne compte pas se reconvertir dans un quelconque genre de danse dénudée. La Mort a accepté le marché en échange de trois plumes. »
Dean ricane : « Effectivement il ne va pas cacher grand-chose avec. – grimace générale – Il va se coller sur la tête et danser autour d'un feu ? A défaut de se les fourrer dans l'orifice de son choix. »
Castiel ne prête pas attention à l'interruption. « Une plume pour chacune des trois Nornes. »
La mâchoire de Sam et de Gabriel se décroche. Le blond s'étrangle : « Tu te fous de moi là ? Les Nornes ?! »
« J'ai une tête à plaisanter ? » demande Castiel et effectivement son visage on ne peut plus sérieux est encore moins propice à la plaisanterie que d'habitude. Pas très engageant tout ça.
Dean reste largué quant à la dénomination. Il chuchote à l'oreille de son frère : « Norne ? C'est quoi cette affaire ? Un genre de champignon radioactif ? Une nouvelle forme de gastro ? »
Gabriel traite Dean de babouin inculte en toile de fond pendant que Sam éclaire son grand frère :
« Les Nornes dans la mythologie scandinave, Les Moires chez les latins, ou les Parques chez les grecs. Les noms désignent trois entités aussi surnommées les fileuses du Destin. »
« Oh, s'exclame Dean, une étincelle excitée dans ses iris verts, comme dans le magazine porno avec les cosplays qu'on a trouvé dans cet hôtel de Pennsylvanie ? »
« Quel fin connaisseur ! » se moque Gabriel.
Sam dissimule un léger sourire, on ne refera pas Dean. « Désolé de te décevoir mais la plupart du temps elles sont représentées par des vieilles femmes ou des géantes. – Dean émet un grognement de désespoir face à ses représentations sulfureuses qui viennent de se détruire en un instant et se parer de chemises de nuit à fleurs et de bigoudis. Sam s'adresse à Gabriel – Les Moires sont des anges ou quelque chose comme ça ? »
« Ou quelque chose comme ça. » rétorque l'ex-archange. « Honnêtement je n'ai aucune idée de ce qu'elles sont précisément. Et personne ne le sait. »
« On est dans la merde – marmonne Dean – dans une putain de merde. »
Gabriel hausse les épaules : « Jusqu'au cou mon poulet. Mais ce n'est pas la première fois qu'on nage dans le grand bain. »
« Merde merde merde » continue le chasseur pour lui même en arpentant la pièce de long en large, une main vissée sur le front. La dernière fois qu'il a invoqué la Mort, il se rappelle très clairement son avertissement de ne jamais recommencer. Le fait qu'ils n'aient pas le choix n'empêche pas Dean de jurer, être sur la liste noire de la Mort n'a jamais été dans ses « trucs à faire avant de crever ».
Sam réclame le silence alors qu'il s'entaille le bras. Sans voir le regard que lui lance son frère aîné, il fait couler quelques gouttes pourpres dans le bol quand Castiel apparaît à point nommé avec le cristal d'une grande rareté essentiel à l'invocation. Le fameux « acte de dieu cristallisé à jamais. » Très pratique à obtenir, évidemment.
« J'ai réussi à trouver deux cristaux. » dit l'ange « On ne sait jamais. Et ne me demandez pas comment. »
Il les pose sur la table et Sam en place un dans le bol.
Une énorme boule d'appréhension dans le ventre, le grand chasseur récite le charme coercitif : « Te nunc invoco, mortem. Te in mea potestate defixi. Nunc et in aeternum! » Lui non plus n'a pas oublié sa dernière entrevue avec le Cavalier de l'Apocalypse.
Un souffle balaye la pièce tandis qu'un grondement pulse et secoue les murs comme un séisme. Tout ce qui se trouve sur la table se fracasse sur le sol en quelques secondes sauf les bougies et le bol qui restent en place par miracle. Sam se tient au meuble avec l'impression d'avoir atterrit dans le shaker d'un barman. La fenêtre se fendille et les ampoules éclatent en tout sens. Autant dire que la caution de la chambre est fichue.
Et puis plus rien. Le silence.
Il échange un regard avec Gabriel puis avec Dean, attendant que ça vienne. Les Winchester savent que la Mort est assez longue à la détente mais c'est très stressant. Rien de tel pour faire monter l'angoisse.
« Bonsoir. » fait soudainement une voix dans l'angle gauche faisant sursauter Sam. Le Cavalier adore apparaître pile à l'endroit où personne ne regarde ou quoi ? Il frissonne intérieurement face au masque sérieux et glacé du vieillard décharné, sa simple présence dérègle l'atmosphère.
La Mort darde son regard abyssal sur les deux frères et lâche d'une voix doucereuse : « Il me semblait vous avoir prévenu tous les deux. » Doucereuse mais dans laquelle suinte une colère létale. « Je vous avez dit de ne plus jamais vous aviser de m'enchaîner– il crache le mot – mais vous passez outre. »
« A croire qu'on est vraiment des foutus suicidaires » marmonne l'aîné Winchester.
« Je ne te le fais pas dire Dean –répond le vieil homme d'un ton léger à la limite du désinvolte – à la seconde même où les entraves tomberont tu n'apprécieras pas du tout ce qu'il va se passer, j'en ai bien peur. »
« Même si on vous a amené quelques bricoles ? » Dean lui tend un sac en papier en rajoutant précipitamment un « Monsieur » hésitant qui paraît aussi incongru dans sa bouche qu'un lutteur en atelier broderie et tricot.
Une lueur amusée brille un quart de seconde dans le regard aiguisé de la Mort alors qu'il extirpe un hamburger et une part de tarte. « Essayes-tu de m'acheter par hasard? »
La Mort prend tranquillement place sur une chaise et commence à manger les denrées offertes en sacrifice. Il croque dans la pâtisserie en premier et mastique avec application « Tu es bien conscient que ça ne fonctionnera pas, n'est ce pas ? Même si je reconnais que cette tarte est à se damner... et je sais de quoi je parle. »
Gabriel lâche un discret gloussement avant que Sam ne lui écrase férocement le pied.
Le Cavalier dirige son attention sur Samuel entre deux bouchées, faisant courir un frisson glacé dans la nuque du chasseur. Il l'observe quelques secondes et la force de ce regard laser cloue l'humain sur place.
La Mort avale une bouchée et entame la conversation d'un ton badin « Alors Sam, les crises hallucinatoires sont terminées, mais ça ne va pas fort en ce moment non ? » Le chasseur serre les lèvres et détourne la tête. Le Cavalier reprend un morceau, attendant une réponse qui n'arrive pas. Il patiente un moment puis se tourne vers l'ancien archange :
« Et toi Gabriel...je vois que tu as perdu tes ailes d'angelot. Tu te fais à ta nouvelle vie ? »
Le déchu serre les poings.
« Hum. Quelle conversation instructive, vraiment – dit l'ange de la mort en époussetant son costume classieux miette par miette – Et vous m'avez appelé pour ça... quelle perte de temps pathétique. »
Estimant qu'il est préférable d'en venir au sujet, Castiel se charge de la suite. « Mebahiah vous a contacté. »
« Oh. C'est donc la raison de ma présence ici : vous n'êtes pas d'accord, je suppose. » Le Cavalier ajoute d'un air songeur en déballant le hamburger, le son de sa voix en partie couverte par les froissements du papier « C'est très compréhensible, le degrés de stupidité de son projet est encore plus extravagant que ta petite escapade du côté obscur de la force, Castiel. »
Sam et Dean se jettent un bref regard, l'un comme l'autre sur le cul d'entendre la Mort faire une référence à Star Wars.
Dean claque dans ses mains, pour se redonner contenance : « C'est parfait alors, nous sommes sur la même longueur d'ondes ! Vous ne dégommez pas la Cage comme ça Han et Chewbacca restent bien gentiment enfermés à l'intérieur. Ça roule ? »
La Mort secoue sa figure d'angles et de méplats en signe de dénégation :
« Hé bien, vois-tu, c'est là qu'il y a une légère difficulté. Il se trouve que la Principauté m'a promis quelque chose en échange. Quelque chose d'unique et d'une valeur qui dépasse de très loin l'imagination humaine très... limitée. »
Dean s'échauffe « Vous savez ce que cette cinglée de mégalo tente de faire !Y a des trucs plus importants que votre petite collection de plumettes, notre planète par exemple ! »
La Mort ricane. « Nous y revoilà. Les Winchester et leur complexe du Messie. Bien sûr il y a encore une menace qui pèse sur votre ridicule planète, bien sûr vous êtes encore le dernier rempart contre la catastrophe et il faut donc encore que je vous aide pour le bien de l'Humanité au lieu de vous exploser pour votre impertinence... Classique. »
« Pas notre faute si tous les tarés du coin se passent le mot ! Si on les en empêche pas qui le fera ?! Vous peut-être ? Peuh ! On vous agite une pluplume sous le nez et pouf y a plus personne ! Vous pouvez vous la carrer dans le cul pour ce qu'elle vous sert ! » s'énerve Dean.
L'ange de l'Apocalypse poignarde l'ainé Winchester d'une voix tranchante comme une lame : « Ne soit pas insolent Dean ! N'oublie pas à qui tu t'adresses ! »
Le chasseur se tait un instant, s'efforce au calme et inspire un coup. Sam prend le relais en levant les mains d'un geste apaisant :
« Ok, ok. Pas d'énervement. On vous a appelé pour faire une contre-offre à Blondie : si on récupère les plumes et qu'on vous les donne à sa place, vous n'ouvrez pas la Cage ? »
La Mort prend son temps avant de répondre, ne rompant le silence tendu que par ses bruits de succion et de déglutition. Il termine le hamburger avec lenteur, se frotte les mains et s'essuie la bouche contre une serviette.
« Hum. Pourquoi pas, peu importe qui me les remet après tout. Mebahiah n'a pas encore obtenu les plumes ça vous laisse de quoi intercepter la transaction. Mais soyez à l'heure, sinon...»
Au beau milieu de la nuit, Dean secoue l'épaule musclée de son cadet : « Sam ! Réveille-toi ! » Celui-ci s'agite, gémit dans son cauchemar. « Sammy ! » Une faible plainte s'échappe des lèvres de son frère. « Sammy oh ! »
Celui-ci émerge brusquement en se redressant d'un coup, puisant une grande inspiration.
Sam distingue vaguement une silhouette penchée vers lui. « Ça va ? » interroge la voix de Dean.
« Ouais, ça va. »
Dean s'éloigne et retourne dans le lit jumeau, n'en croyant pas un seul mot. « Me prends pas pour une bille. T'as encore rêvé de Lui pas vrai ? »
Sam décode sans peine le Lui en Lucifer. « ...Ouais. » avoue-t-il en fixant le plafond. « J'arrête pas. – puis se rendant compte de ce qu'il vient de dire il rajoute précipitamment – Mais t'inquiètes pas, juste la nuit. Je te promets, juste la nuit. »
« Ouais. – Dean ne doute de la sincérité de son petit frère sur ce point là – La Mort à raison sur une chose, tu sais. »
«...laquelle ? »
« En ce moment t'as vraiment pas l'air bien. »
Noooon, penses-tu Dean, a envie de répondre Sam. A la place il regarde le plafond sans le voir. Il avale son ton acide et balance le plus neutrement possible : « Toi non plus. »
L'aîné soupire intérieurement, son frère est fermé comme une huître. Bon sang il est pas fait pour ça, il sait pas engager les conversations, bordel. Il ouvre la bouche bénissant l 'obscurité qui rend les choses plus faciles et Gabriel qui dort comme un bébé sur le canapé. Il prend son courage à deux mains et aborde le sujet tabou. Sa voix hésite alors qu'il lâche sa question « C'est à cause d'Amélia ? »
« …... »
Samuel se tourne dans le lit et présente son dos à Dean. Les mains crispées sur le drap.
« Sammy ? »
« Te sens pas forcé d'en parler. » Sam s'efforce de conserver un ton dégagé.
« Si. Réponds-moi. C'est à cause d'Amélia ? »
Le cadet espère faire tourner court au dialogue : « Tu la déteste. »
« Je la connais pas. »
Raté.
« Oui, mais tu la déteste quand même. »
Une poignée de secondes passe.
« Oui. Je la déteste, mec. » reconnaît Dean. « Elle te manque ? »
Une deuxième poignée de secondes.
Sam pose la tempe sur son oreiller, baisse les yeux sur ses mains qu'il ne discerne même pas. « ….Ouais. » finit-il par avouer « Et je me sens ...fatigué, tu vois... »
Dean n'ajoute rien de plus, il comprend très bien ce que Sam veut dire par là.
Sur le canapé défoncé, Gabriel remonte sa couette sous son menton. Les yeux grands ouverts dans le noir.
Quand Sam ouvre les paupières le lendemain, Dean n'est plus là. Parti acheter quelque chose ou prendre l'air, sans doute. Gabriel émerge à peine. Sam a une idée derrière la tête. Une idée qui l'a aidé à s'endormir tout à l'heure. Une idée qu'il compte bien mettre en application. Dean n'est pas là ? Tant mieux. Il bondit de son lit et se précipite vers la table, parfaitement alerte. Il trace le symbole à la craie.
Gabriel se redresse sur son sofa : « Sam ? »
Il allume les bougies.
« Qu'est ce que tu fiches ? Sam ? »
Gabriel sort du lit.
Sam verse les ingrédients à toute vitesse.
Gabriel se précipite vers lui « Tu ne vas quand même pas ! »
« Oh que si ! » Sam jette le deuxième cristal dans le bol. « Te nunc invoco, mortem -»
« Arrête ça tout de suite ! »
« …..Te in mea potestate - »
« Mais t'es malade ! »
« ...defixi. Nunc et in - »
Gabriel pose une main sur la bouche de Sam et essaye de le ceinturer « Espèce de serpillière haltérophile, t'as complètement craqué ! » le chasseur parvient à se dégager en un instant, l'archange déchu ne fait pas le poids. Sam s'empresse de clôturer la formule :
« ...aeternum ! »
« Et merde » peste Gabriel, il attrape le géant par le haut de sa veste, passablement énervé « Mais qu'est ce qu'il te prend ? T'as des envies suicidaires ou quoi ? T'es censé être le plus intelligent des spécimens Winchester, alors t'en as fait quoi de ton cerveau bordel ! Troqué contre un chameau ?»
« J'ai mon idée. »
« La dernière fois que t'as eu en bonne idée c'était ton dernier passage chez le coiffeur. Autant dire que ça date. »
« Oh la ferme, Gab. »
« Tiens c'est Gab maintenant ? Sammy ? »
« Sam. »
« Ça devient vraiment très lassant. » fait alors une voix traînante. Les deux hommes font volte face.
La Mort les observe de son habituelle expression ...sans expression.
« Vraiment très lassant, Sam, cette manie de me convoquer pour un oui ou pour un non. De quoi as-tu besoin cette fois ? Je dois te rendre ton âme ? Te changer en super héros ? Peindre la Statue de la Liberté en rose ? »
Sam ignore les sarcasmes « Vous avez le pouvoir de l'arrêter pas vrai ? D'arrêter Mebahiah directement ? »
Un rictus paraît sur les lèvres blanches.
« Si j'en ai le pouvoir ? »
« Et bien faites-le dans ce cas ! » s'exclame Sam « Avec tout le respect que je vous dois. »
« Et pourquoi je le ferai ? » interroge le Cavalier, surpris.
Sam roule des yeux. « Mais vous en avez la capacité ! Des milliers de personnes pourraient être sauvées. »
« Et ? Qu'est ce que cela m'apporte ? Que des milliers, millions, milliards de personnes soient sauvées. Je n'en ai strictement rien à faire. Qu'est ce que cela m'importe ? Me rapporte ? »
« Je pourrais vous donner mon âme. »
Gabriel écarquille les yeux : est-ce possible d'être aussi con ? Il attrape Sam par les épaules et sert un sourire hypocrite d'arracheur de dents au vieillard : « Ahaha ne l'écoutez pas il ne sait pas ce qu'il dit. Alors Sam, on a oublié ses calmants aujourd'hui ? C'est pas bien du tout ça, on va devoir t'enfermer dans une jolie chambre capitonnée et de donner un ravissant pyjama avec les manches attachées dans le dos. Allez Sammy on rentre et n'oublie pas d'enlever ton pantalon avant d'aller sur le pot. » Il lui donne une poussée dans le dos mais le chasseur reste campé sur ses jambes.
La Mort élude totalement la tentative de diversion. « Tu ne te figures pas que je vais prendre ton âme, Sam ? C'est l'une des plus fortes et des plus puissantes que j'ai jamais vu mais avec tout le mal que je me suis donné pour te la rendre, toi tu voudrais t'en débarrasser ? » Un jappement plus qu'un éclat de rire sort de la gorge ridée.
« Les âmes ont de la valeur. » réplique Sam. « Si la mienne peut servir à quelque chose, qu'elle le fasse. »
« Que de culpabilité mon cher... C'est toujours non. Si vous ne voulez pas que la Principauté fasse naître son nouveau Dieu, débrouillez-vous pour m'apporter les plumes avant et la Cage ne s'ouvrira pas. C'est aussi simple que ça. »
L'ange de l'Apocalypse disparaît, laissant les deux hommes en plan.
« C'est aussi simple que ça... » répète Gabriel avec une inflexion narquoise.
« Pas un mot à Dean. » gronde le chasseur.
Gabriel le regarde d'un œil mi-moqueur mi-sérieux : « Tu me donnes quoi en échange ? »
Et voilà !
Qu'en pensez-vous ? Un petit commentaire peut être ?
Personne ne prévoit de lâcher la Mort aux trousses de l'auteur ? XD (surtout que l'auteur est un pur navet à la course xd)
PS: Je salue le premier épisode de la saison 9 sorti depuis quelques jours. Pas de spoilers évidement pour celles qui ne l'ont pas encore vu, je dirais juste qu'il est GENIAL et que ma réaction globale se résume à un long "OMG *w* !" de 42 minutes 16 XDDD J'en bave encore et je crève d'attendre la suite mdr
