Bonjour, me revoilà ^^ Mieux vaut tard que jamais, n'est-ce pas xd
Quelques explications à ce silence : mon deuxième semestre de L3 a été chargé, puis les examens etc. J'ajoute que j'ai eu du mal à me replonger dans l'histoire en raison de cette longue pause mais je crois que je suis retournée dedans désormais ^^ A ce propos un énooorme merci à AsphodeleSauvage, Amako-sama, Bleu-tout-court nouvelles lectrices et bien sûr Missxfuruba et Elonia, qui m'ont beaucoup aidé à me replonger dans le bain, bien plus qu'elles ne le pensent, avec quelques mots tout en gentillesse :333 Merci égalemment à toutes les autres personnes qui lisent - lisaient- cette histoire, je ne vous oublie pas non plus !
Petit coin pub : Une autre raison à mon absence prolongée , je participe actuellement une fic Death Note à quatre mains dont le premier chapitre a été publié depuis quelques jours, si le coeur vous en dit, n'hésitez pas !
Résumé rapide des chapitres précédents :(Depuis le temps...il peut s'avérer hautement nécessaire je pense. )
Mebahiah à la tête d'un groupe d'anges décide de voler les Grâces des quatre Archanges afin de créer un nouveau Dieu, histoire de remplacer l'ancien dont la retraite semble consommée.
Gabriel, ressuscité, humain, débarque au Bunker. L'entente avec les chasseurs oscille entre provocation, sauts d'humeur et complicité naissante.
Mebahiah projète un rituel pour extirper les Grâces de Michael et Lucifer hors de la Cage. Elle sollicite le concours de la Mort, seule capable d'une telle distorsion de la réalité, en échange des Plumes des Moires. Peu admirative de l'ange, la Mort offre un marché au camp adverse, si celui-ci parvient à lui remettre les Plumes avant Mehabiah, le rituel sera stoppé.
Castiel, agent double dans la faction ennemie, aquiert l'heure où le rituel et le transfert des Plumes vont avoir lieu. Ignorant que Mebahiah n'a jamais été dupe, les Winchesters, Gabriel et Castiel arrivent dans le Cimetière à l'heure prévue. Mais les Plumes qu'ils dérobent sont factices, les vraies déjà remises à l'Ange de la Mort depuis plusieurs minutes. La défaite devient totale et sans appel lorsque Mebahiah extrait les deux Grâces de la Cage, les Archanges toujours confinés à l'intérieur.
Les jeux faits, elle révèle aux Winchesters qu'ils ont été choisis – en particulier Sam – pour être l'hôte du nouveau Dieu. Castiel comprend que sa couverture n'en a jamais été une, tout ceci dans le but d'amener Sam et Dean devant Mebahiah. Elle s'apprête à les transférer aux Entrepôts, mais Castiel, plus rapide, les zappe devant le Bunker et ne revient pas.
J'espère que vous apprécierez tout de même ce chapitre, au moins un peu ^.^ (l'auteur croise les doigts pour ne pas avoir trop perdu la main sur les personnages xd)
Chapitre XII
L'inconnu à la porte
Trois hommes assis autour d'une table, le cliquetis d'une vieille horloge pèse dans le silence.
Sam appuie une poche de glaçons contre son menton ensanglanté. Son frère n'a pas quitté les aiguilles, comme pour en arrêter la course ou l'accélérer par la force de son regard. Ils attendent le retour de Castiel depuis une heure.
Score de Dean : deux bouteilles vides, une troisième en cours. Mouvement brusque. Station assise à debout, d'un bond. « Fait chier ! » Il se rue vers les symboles sur les murs, frotte furieusement les traits rouges. Sam se précipite vers son aîné, attrape son poignet. « Arrête ! T'es malade, tu veux qu'ils nous trouvent ?! »
Dean donne un coup dans le vide pour se libérer de la prise. « On s'en fout. Ils ne peuvent pas nous trouver. Tu te rappelles pas cette petite séance de tatouage sur les côtes ? Et Cas peut pas rentrer avec toutes les protections. » Sam se pince les lèvres. Échange rapide avec Gabriel : une heure, beaucoup trop long, Castiel ne reviendra pas. Ils le savent. Et ils savent que Dean ne veut pas savoir, pas encore.
Sam retient un soupir. « Tu n'effaces pas tout. »
Les symboles modifiés prestement pour restreindre leurs capacités sans bloquer totalement l'accès, les anges ne peuvent pas les localiser, sauf à savoir où chercher bien évidemment. L'opération terminée, les trois hommes se retrouvent assis derrière cette table, à regarder cette horloge. Encore. Et les secondes s'engluent lentement.
Deux heures. Six minutes.
Le silence. Toujours. Deux bouteilles vides supplémentaires côté Dean.
Sam n'ose pas dire un mot. Il sait voir derrière l'apparence. Les sentiments qui bouillonnent sous la surface, attendent la parole de trop pour exploser.
Deux heures. Quarante six minutes.
Sam porte pensivement une bière à sa bouche. Le liquide amer taquine les lèvres sans les franchir, ses phalanges se crispent sur le verre froid. Il écrase la bouteille sur le bois, claquement dur. Les paroles débordent : « On peut pas le laisser là-bas. On peut pas, merde ! Faut qu'on fasse quelque chose. » Il voulait pas les retenir, peut-être. Dean lui tourne un regard hybride, lèvres closes.
Pourquoi ne fait-il rien ? Pourquoi ne dit-il rien ? Sam se lève, ses cuisses heurtent la table, la colère balaye la douleur. « Dean ! C'est de Cas dont on parle ! Cas ! » Son frère baisse les yeux sur ses mains, muet. « Mais réagis bordel ! » Sam frappe du plat de main, exaspéré. « Dean ! »
Une réponse acide et irritée, lente à venir : « Je sais parfaitement de qui on parle, mais Sam, quoi ? Tu voudrais qu'on se jette dans les bras de la reine des Schtroumpfs ? Coucou c'est nous, livraison à domicile, faites péter le champagne et les paillettes ? »
-C'est pas ce qu'on fait d'habitude ?
-Non ! » aboie Dean, mâchoire contractée « T'as pas entendu la timbrée en tailleur ? Ils nous veulent et surtout ils te veulent toi. Et tu m'entends, il n'est pas question que tu foutes un seul pied là-bas ! » Le ton plus cassant, la faute à Sam et son expression butée... « Tu n'y vas pas, ni pour Cas ni pour personne ! Fin de la discussion. »
Il se décolle de la chaise, se plante à quelques centimètres du cadet, un avertissement contenu, une promesse exigée. Une promesse que Sam est réticent à donner. Non, il ne peut pas promettre ça. Il secoue la tête, tente de l'infléchir. Il s'agit de Castiel. « Après tout ce qu'il a fait pour nous et même s'il a merdé avec ….tout un tas de trucs, tu comptes vraiment l'abandonner ? Moi j'ai merdé avec tout un tas de trucs et tu ne m'as jamais lâché, pas une seule fois ! Et le Purgatoire dans tout ça ? »
Dean se rapproche d'un pas. Sam voit le maelström d'émotions s'agiter dans l'émeraude, le pourtour des lèvres arqué de plis tristes, durs. « Sammy. » Le souffle, expression tue de sentiments bousculés. Dean le fera toujours passer en premier, avant tout le reste et avant tous les autres, comme il l'a toujours fait.
Le cadet se détourne légèrement, incapable de refuser maintenant, pas quand son frère a ce regard : inquiétude, peur et regret écartelés. Fichu regard douloureux. « Il va mourir si on ne fait rien – espoir d'un effet électrochoc – il est peut-être même déjà mort. »
Une résille noire de colère pulse dans l'iris, mais la voix de Dean reste stable. « On trouvera un moyen. » Il se veut convaincant et convaincu, mensonge. Mensonge blanc comme la neige. Sam presse ses lèvres l'une contre l'autre pour ne pas hurler, alors que son frère insiste. « On trouve toujours un moyen.
-Même maintenant ? Tu penses sérieusement qu'on va trouver un moyen ? Cette fois ?
-Oui. » assène Dean, devant un Sam incrédule. Pas de commentaire, il connaît son aîné par cœur. Cette façade confiante rien d'autre qu'une armure de papier, le doute aussi aigu sur les traits de Sam qu'enfouit sous la peau de Dean.
« On n'abandonne pas Cas, on attend. C'est tout. »
Sam se renfrogne et lâche un « Ouais » à contre-cœur.
Froissement sec. Les deux hommes font volte face. « Ne vous gênez pas pour moi, continuez surtout. – spécifie Gabriel en tournant une autre page du magazine – Et si l'un d'entre vous doit se jeter sur l'autre en hurlant comme les grands singes, merci d'épargner cette zone. » Il promène son index autour de lui, distraitement. « Et la cuisine aussi. Très important, la cuisine.
-Personne ne va se jeter sur personne. » soupire Dean.
Sans lever le nez des pages imprimées, l'ancien archange hausse un sourcil. « Ah tiens ? Tous ces grognements et ces échanges de regards furieux, j'aurais juré qu'un affrontement de primitifs se préparait. Martelez-vous la poitrine la bave aux lèvres, et on s'y croirait. Lequel des deux mâles dominants va repartir avec le harem de nanas et le stock de feuilles ? Lequel va pourrir sur le sol avec peaux de bananes et mouches à volonté ? Seigneur, que de testostérone ! Quel suspens ! » Il saisit une feuille qui se déchire sur la moitié de sa longueur. « Oups. Désolé pour ton magazine Dean.
-Comment tu sais que - ? »
Gabriel lève un œil doré moqueur. « Un mot. Busty. Asian. Beauty. »
Dean se frotte la nuque en se raclant la gorge, Sam roule des yeux : « Ça fait trois.
-Inutile d'étaler ton savoir encyclopédique devant toute la classe, Spirou, tu vas mettre les cancres mal à l'aise. Et cesse de jouer sur les mots, c'est agaçant à la fin. »
Le blond poursuit, ignorant avec superbe les mines blasées. « Après avoir fait trembler les murs devos hurlements de bêtes sauvages et des secousses de vos coups, après avoir rendu les voisins sourds, fous – il s'interrompt – ou les deux ….est-ce que je parle vraiment d'un combat, moi ? Je me demande – Il secoue la tête –...bref ne nous égarons pas.
Après avoir fait tous ces trucs incluant le haka et la danse du ventre le perdant, même seul et esseulé dans sa solitude, aura la décence et l'amabilité de se faire seppuku hors de l'enceinte du bâtiment : le sang ça tache et s'il a cru que je jouerais la bonniche pour lui, il a mal cru. Quant au vainqueur hip hip hourra et tralala, il sera prié d'éviter tout chant de victoire tyrolien ou polyphonique et de ne pas se balader avec une plume clouée sur un chapeau. À moins de vouloir ressembler à un trou du cul et persister allègrement dans l'erreur ...car nous savons tous ce que Napoléon essayait de compenser avec ce -» Pause. « Dean... ? »
Des yeux verts le fusillent. « Comme si j'allais rester bien tranquillement à écouter ce guignol se défouler sur nous. J'me casse. »
Sam agrippe son épaule, fermé. « Tu déconnes ou quoi ? Si tu sors, je viens. Non négociable. » Ce crétin, la moindre occasion est bonne pour se barrer et chercher Castiel, seul. Il en est bien capable cet imbécile, mais si Sam menace d'aller dehors, Dean restera.
« Je vais juste chercher Bébé. »
Sam ne tente même pas de cacher son scepticisme. Pas plus convaincu, Gabriel place sa petite silhouette devant la porte. « Olalala Dean-o pas un geste ! Aucun de vous ne mets l'orteil dehors jusqu'à nouvel ordre !
-Selon qui ?
-Hum voyons...toi-même, il a moins de deux minutes. Aloïs sonne déjà au portillon ? Estime-toi heureux de crever jeune, tu ne verras pas les effets se développer. » Gabriel, du coin de l'œil, aperçoit Sam, en quête de quelque chose. Gagner du temps ? Meubler une conversation, c'est son rayon. Gabriel marque déposée depuis des millénaires, n'est-ce pas. « Ou alors c'est à cause de Leca...il a failli être muté aux archives en -68, pour une histoire de miettes de pain tombées au mauvais endroit. On en a fait un flan pendant des siècles, pour un nez franchement... j'ai toujours trouvé que cette nana avait un sacré style, et sans ce nez, sa notoriété ne serait pas celle que nous connaissons. Un coup de génie, je vous le dis. »
L'irritation de Dean des plus visibles, sauf qu'il ne doit pas partir de ce Bunker, point barre. Quitte à l'énerver encore plus, Gabriel continue. « Les séquençages ADN de l'homme et du chimpanzé correspondent à 94 %. Leca bosse toujours dans le département, il a dû se planter sur tes pourcentages, mon pauvre vieux. Ni repris, ni échangé, ni remboursé... navré.
-Putain, Gabriel !
-Ouais je sais, c'est dur la vie, même le Paradis fait des coupes budgétaires. Mais tu peux te soûler et grâce à moi ! Qui est le bon Samaritain qui a murmuré la recette des boissons fermentées à l'oreille d'une belle sekhety toute de lin vêtue ? Plus ou moins vêtue...moins que plus d'ailleurs et je n'allais pas m'en plaindre.
-Dégage. » rétorque Dean sans la moindre once d'humour, Gabriel dominé par sa stature.
Pas impressionné le moins du monde ce dernier ricane brièvement. « Quel petit plaisantin. » Ses traits se vident en une seconde, toute substance niée, détruite. « Tu n'iras nulle part. » Grave, iris tranchants. « Elle vous veut et il est hors de question de lui donner cette satisfaction.
-On se calme, je ne vais pas me jeter dans le piège, je veux récupérer Bébé qui je vous le rappelle est toujours à Detroit. Pousse-toi Gabriel. » Le susnommé se campe sur ses jambes. Détermination gelée, silence.
Sam a trouvé l'objet de sa recherche, abandonné sur un coin de meuble. Le lance à Dean qui le réceptionne par réflexe. « Appelle Garth. Il te la ramènera ta caisse. » L'aîné se mesure une dernière fois aux yeux métalliques, s'écarte et compose le numéro.
– Détroit, Michigan, Teodore street –
Un large sourire, les clés de l'Impala dansent entre ses doigts. Garth remonte la rue à grands pas, ses longues jambes ravies de s'agiter après le plus long trajet en bus du monde. Plus exactement les bus, le taxi et le covoiturage. Depuis Lebanon jusqu'à Detroit il n'y a pas moins de 14 heures de route les bons jours.
Point positif : il a pu se lier d'amitié avec une charmante grand-mère et un jeune homme maquillé très amusant dont la crête se balançait dans l'air climatisé. Point négatif : l'odeur de chou répandue par Martha avait très vite empli l'habitacle de la petite voiture, rendant l'atmosphère difficilement respirable. Point positif : Tommy avait d'excellentes blagues sur le chou, ce légume si mal-aimé. Oui, Garth avait pitié du chou.
Le voyage n'a pas altéré sa bonne humeur, les gens rencontrés suffisamment intéressants. Surtout, il doit rendre service à l'un de ses amis. La perspective de conduire l'Impala tambourine sa poitrine. Il la reconnaît tout de suite, l'aube orange et rose incendie la carrosserie de reflets. Le cuir du volant lisse sous ses paumes, le moteur ronronne doucement. Le sourire se fait plus large. Il s'apprête à démarrer.
Une toux lourde, tout prêt. Trop prêt. Une fois, deux fois. Garth coupe le contact, guette. Trois fois, quatre, cinq. Un dos est appuyé contre la portière arrière gauche, une nuque visible par la vitre latérale.
Sam abat les cartes sur la table. « Gabriel, tu triches !
-Mais pas du tout ! Moi tricher, Sam ? Moi tricher ? Allons, tu me connais mieux que ça. Je suis ton pote Gab, tu te rappelle ? »
Gab hein ? Tout ça à cause du marché des trois semaines. Poisse. Poisse. Poisse. Mais cet air de diva offensée vaut de l'or. « Sans déc ?
-Parfaitement ! C'est...c'est ….tellement...les mots me manquent ! » Gabriel essuie une larmichette imaginaire d'un revers de main, les yeux débordants d'une humidité tout à fait factice. « Cette accusation est proprement scandaleuse.
-Scandaleuse ? Alors tu m'expliques pourquoi – il enroule vivement ses doigts autour de l'avant bras de son adversaire – tu caches un as ? »
Sourire sardonique. « Prouve-le. »
La main de Sam plonge dans la manche qu'il tient toujours, l'as apparaît entre le majeur et l'index. Il hausse un sourcil. « Alors ? »
Les yeux dorés s'arrondissent, le sourire se fait plus fuyant. « C'est pas à moi.
-Bien sûr, la manœuvre de diversion tout le monde connaît : attirer le regard ailleurs pour préparer tranquillement son coup. Tu crois que je t'ai pas vu venir avec ton numéro de pleureuse ?
Dean, assis en retrait, spectateur, ne se gêne pas pour ponctuer, n'ayant pas suivi une miette de la partie. « Pris en flag...et ça se veut ex-trickster... » Il consulte sa montre pour la millième fois en un quart d'heure et marmonne entre ses dents, « Il devrait déjà être là. Au moindre accroc sur la carrosserie je le descends et je cloue sa tête sur une pique. » La dernière phrase croise l'indifférence générale, un certain nombre de menaces de mort à l'encontre de Garth ont déjà été proférées pendant les dernières heures, avec toutes les variantes possibles sur le thème. Dean est étonnamment sobre pour cette fois, d'ailleurs : il doit fatiguer.
Sam se reporte sur l'homme blond que le foudroie du regard, un autre genre de gamin celui-là.
« Je te dis que j'ai pas triché ! » Et le gamin boude en plus.
« Humhum. »
Gabriel se rapproche de son visage, un peu trop, juste assez. Voix sifflante : « Saaammy, nous savons tous les deux qui est le vrai tricheur ici.
-C'est Sam.
-Ah ! Tu avoues ! »
Sam roule des yeux, « Ne fais pas celui qui n'a pas compris.
-Toi, ne fais pas celui qui n'a pas compris ! Je suis innocent. En toute bonne foi. »
Sam veut répliquer, un portable sonne : Garth, derrière la porte.
« C'est ça, Winchester, fuis devant mon implacable génie du jeu de cartes ! Fuis devant mon talent inégalé ! » Gabriel braille son mécontentement tandis que les frères se précipitent à l'entrée, le premier surtout. Quant aux motivations du second...l'ancien archange palpe discrètement la seconde carte plaquée contre sa peau, une lueur au creux de l'œil.
Il les rejoint rapidement, occupés qu'ils sont à déverrouiller le battant blindé. La dernière serrure cède bruyamment et la porte coulisse vers l'extérieur. Un pas dans l'encadrement, son index, tapotement léger sur le dos de Sam. Celui-ci se tourne, laissant Dean se ruer seul vers l'Impala et son conducteur temporaire, plutôt accessoire.
Le murmure glisse, narquois : « Pour info, tu t'es trompé de manche. – Gabriel sourit largement, retire sa carte toujours dissimulée – Bien essayé Pimp'. »
L'amusement se répercute sur les lèvres de Sam. « Je le savais ... une manche sur deux. T'as pas été assez rapide mon vieux. » Sarcasme en coin.
Gabriel pouffe. « Pas mal tenté, je l'admets. La prochaine fois je te balance, tricheur.
-Je demande à voir. »
Le plus petit croise les bras, et relève le menton, grand prince. « Je daigne t'accorder une revanche ! Je ne veux surtout pas te décevoir.
-C'est le gagnant qui daigne accorder. »
-Considère que je suis gagnant par intérim. » Clin d'œil goguenard.
« Tu as triché aussi.
-J'étais pas encore entré en action. Ça compte pas.
-Qu'est-ce que je disais, pas assez rapide – rétorque Sam – et c'est l'intention qui compte. »
Un éclat de voix étouffe la conversation enjouée. Dean et Garth, face à face. Affrontement statique. Mur de colère contre allure dégingandée.
« Je le dirai pas trois fois. Recule. » Dean, une lame d'argent au poing.
« Dean ? » s'affole Sam « Qu'est-ce qu'il se passe ? Dean ?
-Derrière lui. »
Obligeant, Garth se décale de quelques centimètres. Suffisant pour regarder, insuffisant pour attaquer. Fraction de seconde qui en paraît dix, cerveau ligaturé de blanc. Sam observe le costume noir lacéré, la chemise morcelée d'écarlate. Sous le bandeau, le visage anguleux aisément reconnaissable : pommettes hautes et coupantes, joues creuses. Il identifie la stature fine, féminine. Lèvres rondes, chevelure d'encre. Peau sombre.
Sa main court vers la cheville, sous le jean. Le corps se substitue à la tête, pense plus vite. Les doigts de Sam encerclent la poignée, dégainent. Arc brillant, l'épée écharde l'air. Garde.
« Raphaël. »
La femme incline la tête, aveugle mais stoïque, toujours. « Bonjour Samuel.
-Ecarte-toi, Garth !
-On se calme les amis. »
Interjection furieuse. « Tu comprends pas ! C'est l'archange, bordel !
-Archange ? Non non j'ai fait tous les tests...cette dame est tout ce qu'il y a de plus humain. »
L'information trace son chemin, les mots de Mebahiah font retour. Les frères remontent un fil de pensées identique, vocalisé par Dean. « Elle a peut-être menti, ce serait pas la première fois que ces enfoirés plumeux nous roule dans la farine. Peut-être que Meby n'a pas les quatre. »
Raphaël intervient, timbre grave, lent. « Elle possède les quatre. » Il soulève un pan de vêtement, dénudant une partie de son flanc gauche couvert de bandages. À moitié crédible. Rien n'indique qu'il y ait réellement des blessures dessous, mais l'archange – ancien archange ? – en sait trop long.
Sam insiste pour Garth. « Tu as fait tous les tests ? Vraiment tous ?
-Évidemment. Elle s'est prétendue être l'une de vos amies, elle m'attendait devant l'Impala. » Des lignes de tension électrisent les postures, Garth lève une main pour prévenir la tempête. « Ouais mais aussi j'ai trouvé ça méga louche mais comme je l'ai dit, elle est humaine, alors – haussement d'épaules – et je lui ai mis un bandeau sur les yeux au cas où, donc elle ne sait pas où nous sommes. »
« Putain. » Dean fait les cent pas. « Putain. Putain. » Sam, la tête dans les mains fixe intensément la jeune femme enchaînée sur une chaise. Finalement il se lève pour dénouer le tissu qui enserre les tempes de la prisonnière, aussitôt gelé par les yeux noirs, puits sans fond, puits sans âme.
Garth monologue dans le vide, tentative pour désamorcer l'ambiance. Gabriel débarque nonchalamment dans la pièce, sucette à la bouche. « Alors, qu'est-ce que j'ai manqué ? » Moment choisi.
Sam retire le bandage du poignet droit de Raphaël : des marques circulaires à demi-cicatrisées. Observation rapide du dos, flancs, bras et tout ce qu'il peut atteindre en laissant la prisonnière assise et ligotée. Aucune allusion déplacée de l'assistance : les morsures identiques à celles des sangsues. Garth se contente d'acquiescer aux propos tenus, n'ayant pas assisté à la grande première et n'ayant jamais rencontré Gabriel auparavant – et pour cause.
« Pas de doute, ce sont les mêmes. – affirme bien inutilement l'examinateur de circonstance – D'où viennent-elles ?
- Mebahiah, projet divin, Dévoreuses de Grâce. Le résumé est assez court ou six mots dépassent vos...compétence ? » rictus condescendant.
Dean ignore le sarcasme. « Fais profil bas, Raphinouchet. Sans mojo plus aucun moyen de pression. Rien ne nous empêche de te réduire en déco murale spéciale Halloween. »
Des prunelles nocturnes le considèrent avec mépris, aucune insulte ne franchit les lèvres pleines. Sam se racle la gorge: « Comment as-tu survécu ? Ton frère était à deux doigts de passer l'arme à gauche quand on l'a trouvé. »
Lentement, Raphaël tourne son visage vers l'autre Winchester. « J'ai failli ne pas survivre également.
-Ça aurait été tellement dommage de t'en priver. » raille Dean « Alors comment ? Et pourquoi t'es là ?
-Un humain m'a découvert dans une ruelle et m'a amené à l'hôpital. Mebahiah est venue ensuite, revenue pour être exact et nous avons parlé. Son projet... – Sa bouche se déforme, colère et dégoût – un blasphème ! »
Le timbre de Sam, âpre. « Tiens, tiens. Rappelle-moi, ton grand délire personnel était de réduire le monde en cendres en relançant l'Apocalypse ? Mebahiah risque bien d'y parvenir, où est le problème, donc ? »
Dean ricane « Évidemment, ça il s'en fout. Le pouvoir c'est sa came, et de préférence quand c'est lui sous le feu des projecteurs, si Meby lui fauche la place ça l'intéresse pas.
La femme secoue la tête. « Vous ne comprenez pas. L'Apocalypse était programmée, voulue par Dieu. Je ne faisais que perpétuer sa volonté même après son départ évident. »
Sam sourit, jaune. « Un bon fiston à son papa. Comme c'est mignon. J'y crois pas une seconde. Dean ?
-Pas besoin d'être voyant, il veut les clés de la baraque – Dean s'interrompt – et pourquoi venir vers nous ? Si je suis pas devenu complètement cinglé depuis la dernière fois, il me semble qu'on était loin de se faire des nattes.
-Je sais qui vous êtes, ce que vous faites, ce que vous avez fait. » La rage flambe sur les traits de banquise noire. « Je veux que vous arrêtiez cette hérésie et je ne reculerai devant rien, même si je dois me joindre à des vermines rampantes de votre espèce. »
Sam l'attrape par le col, crache entre ses dents. « Surveille ton vocabulaire, toi et moi, même espèce maintenant. » Après avoir imprimé une dernière secousse, il relâche le tissu. « Personne ici n'a la moindre confiance en toi. Donne-nous une seule raison. »
Le visage anguleux s'étire, torsion satisfaite. « J'ai des informations. Et il serait dangereux pour vous de refuser ma présence, par dépit je pourrais me joindre à Mebahiha, qui sait ? Dans votre situation on ne crache pas sur un hypothétique soutien. Qui dit refus d'un allié potentiel dit retournement en ennemi potentiel. »
Réunion de crise dans la cuisine, chacun à son poste de combat : Dean remue les pâtes, Sam fait chauffer la sauce en pot, Gabriel tranche les champignons.
« J'arrive pas y croire. On fait un plat de spaghettis pour cet enfoiré. »
Sam maussade, « Et pendant qu'on joue les cuistots, Garth parle chiffons avec lui...elle.
-Putain.
-Ouais. Vie de merde. »
Seul le tapotement de la sucette contre les dents de Gabriel casse le silence. Les dés de champignons sont incorporés à la sauce, les pâtes dégorgées. Dean prend la parole. « Il est furax parce que Miss Monde lui a piqué son jouet mais ça veut pas dire qu'il est de notre côté.
-Il ne l'a jamais été, pourquoi ça changerait. Sa présence est vraiment suspecte mais d'un autre côté, il...elle...bref. Il n'a pas tort. »
Dean arque un sourcil. « Pas tort?
-Raphaël peut se retourner contre nous mais il peut être utile. Il n'a plus de pouvoirs maintenant, donc pas de menaces directes tant qu'il reste enfermé ici.
-Mouais. Je m'en fous, s'il peut nous aider pour Cas, tant mieux, sinon j'attendrais pas qu'il nous plante un poignard dans le dos. »
Le plat est amené au salon, accompagné de chasseurs renfrognés et d'un ex-archange muet. Raphaël point convergeant d'une méfiance lourde, paratonnerre dans l'orage, se tient plus raide qu'un col amidonné. Les pâtes refroidissent, délaissées par les protagonistes. Personne n'a faim, sauf Dean et Garth parce qu « 'il faut pas déconner non plus. »
Raphaël observe la scène avec écœurement. Les bruits de déglutition n'ont pas grand-chose d'appétissant, Sam l'admet volontiers. Sans parler des immanquables débordements intempestifs hors des fourchettes. « Tu ne manges pas, Gabriel ? »
Celui-ci ne relève pas le nez de son assiette. « Il n'y a pas de verres. »
Sam fronce les sourcils. « Quel rapport ?
-Il n'y a pas de verres. C'est un grave manquement au code déontologique. » Il se lève, Sam intervient « On pas besoin de - » la porte claque.
« T'es parti, Sammy.
-Quoi ? » Indignation.
« Puisque c'est ton pote. » Dean ajoute en toute innocence : « J'en reprendrai bien un morceau. Tu me passes la cuillère Garth ? »
Le Winchester ferme le battant derrière lui. Gabriel, de dos. Soupir. La fureur provoquée par Mebahiah sans doute encore vive, peut-être trop. « C'est à cause du cimetière ? » Les instants filent, la question suspendue.
Une voix basse. « Rien ne change. »
Le grand chasseur s'approche. « Rien ne change ? »
Gabriel se tourne, un verre dans la paume, visage crispé. « Rien ne changera jamais. »
Oh. Il ne parle pas du cimetière, ou pas seulement. Sam s'assoit sur un bord de table, patiente.
« Tous ces millénaires...regarde-les, ces crétins. Ils se tapent dessus, ils n'apprennent rien, pire que les humains. Au moins Dieu savait les contenir, maintenant...c'est de pire en pire. » Les mots, inutile de les hurler pour qu'ils hurlent, infusent l'amertume. Les doigts de Gabriel se serrent. « Une famille qui s'entre tue à chaque partie de chaises musicales. »
Une fissure court, se scinde en réseau de crevasses. Le verre explose, les fragments effilés se plantent dans la paume. Le sang roule, avale l'épiderme en traînées vermeil. Gabriel regarde sa main, immobile. Détaché. Manque de réaction inquiétant. Sam lui aussi, regarde. Attente d'un mouvement, quelque chose. Rien. Rien que le sang. Lacets rapides, prison mouvante.
N'y tenant plus, Sam attrape le poignet, le retourne. La main échardée d'éclats translucides, luisants de rouge. Délicatement, il retire chaque fragment, lâché dans l'évier les uns après les autres. Carillons clairs, l'émail blanc tâché de nuances cerise.
« Évite de casser toute la vaisselle. » Sam plaque des feuilles de sopalin sur la peau déchirée, vite saturées. Il saisit son épaule pour attirer son attention. « Tu vas empêcher ça, d'accord ? On va empêcher ça. La partie de chaises musicales est terminée, tous les sales gosses sont consignés dans leurs chambres. »
Un sourire mince : « Tu essaies de me ...réconforter Winchy ?
-On ne peut rien te cacher. Ça fonctionne ?
-« Peut mieux faire...ou peut-être pas. », « Encore des efforts à fournir, mais s'approche du fond. », « Fait ce qu'il peut mais peut peu. » « A perdu sa pelle mais creuse encore. » Choisis ton appréciation.
-N'oublie pas, nous sommes les foutus Winchesters, Mebahiah n'a aucune chance.
-Les Terminators ont enfilé leurs tutus de combat ?
-Dean préfère les kilts.
-Bon à savoir. Tu ne t'opposes donc pas aux tutus ? » Détournement du sujet, typique de Gabriel.
« Ce n'est pas une tarée de plus qui aura notre peau. On les collectionne, tu n'as pas vu les têtes alignées sur le mur ? »
Une expression plus détendue affleure, à peine. Sam lui tapote l'épaule, mal à l'aise. Que dire de plus ? Le retour du sarcasme, plutôt bon signe, n'est-ce pas ?
Il désinfecte les plaies, assez peu profondes. Gabriel détourne la tête. « Je ne sais pas si vous pouvez faire confiance à Raphaël.
-Pas un scoop.
-Il a toujours été ...compliqué.
-Il pourrait être de notre côté ?
-C'est une possibilité, mince. Il est peut-être envoyé par Meby, peut-être pas.
-Merci, tant d'information d'un coup, tue l'information. » Sam ravale la raillerie et enroule le bandage. Gabriel hausse une épaule, la mauvaise. « Arrête de bouger et tais toi.
-À vos ordres, Nurse Scooby. »
Hésitation, longue. Puis Sam se décide, offre une dérobade. « Pour cette histoire de boissons fermentées, je croyais que c'était Osiris, le chuchoteur ?
-Je suis censé me taire.
-... » Regard fixe. Gabriel ne va pas résister longtemps, pas devant l'échappatoire.
« Très biien, mais uniquement pour tes beaux yeux de merlan frit. » Sam satisfait en dedans, l'ex archange fait semblant de ne rien remarquer. Enchaînement rapide. « Osiris n'était pas le chuchoteur à l'oreille de la sekhety, c'était la fabuleuse personne que je suis. Avant de perdre son taff et de devenir chômeur à plein temps puis dépressif, Osiris était un con arrogant et prétentieux. « Youhou regardez-moi, je suis sorti des eaux ! C'est moi, le martyr, la star, l'unique ! » Très content d'exhiber son ridicule bonnet, sa perruque et ses plumes d'autruche à la moindre occasion. Sérieusement, qui se pavane avec des plumes d'autruche ?
-Mais-
-Quoi ? Osiris, le grand manitou, le seigneur de l'ordre cosmique, et blabla ? Conneries. Il adorait montrer ses cicatrices à la première gonzesse de passage et plus que tout, se vanter. Incorrigible et insupportable avec ses 115 épithètes qu'il fallait réciter à chaque fois que l'on osait s'adresser à lui.
-Trois heures pour demander le miel !
-C'est un minimum. Et tu as intérêt à le vouloir ton miel, au moindre balbutiement, minuscule erreur ou inversion : couic. C'est pas redondant comme liste interminable, mais presque. »
Sam, à brûle pourpoint. « Sans compter les déshydratations.
-Ne te moque pas, c'est déjà arrivé. À la fin il ne se donnait même plus la peine d'écouter, et décapitait tous ceux qui ouvraient la bouche en sa présence.
-Le taux de mortalité a dû en prendre un sacré coup, avec mauvais jeu de mots.
-Et avec ça, pas fichu d'effectuer une brasse et on se prétend l'inventeur d'une religion ? Sans blague. Je l'ai l'enfermé à l'intérieur d'une amphore en forme d'hippopotame, oh, disons, un siècle ou deux. Le temps de semer le bordel.
-Et ?
-Il était furax et très à l'étroit. Mais il ne pouvait plus y faire grand-chose, toute sa réputation littéralement noyée dans ma petite invention. Il faut dire que les beuveries ça n'aide pas la discipline. Il a bien essayé de faire passer l'alcool pour un cosmétique ou un remède anti-migraine, étrangement les cabarets ont vu un tout autre champ de perspectives.
-Cabarets, à l'époque ? Tu te fous de moi ?
-Maisons de la bière, c'est pareil. Ne commence pas à être pointilleux. »
Sam rit légèrement. « C'est donc ta faute si l'Égypte ancienne est devenue accro ?
-Et le reste du monde ! Je ne lui ai pas refourgué le surnom de Pharaon brasseur pour rien. Il l'a bien cherché, cet imbécile, il m'avait volé le podium de l'agriculture : l'irrigation calquée sur le cycle du Nil, chadouf, canaux gnagna, c'était bibi ! Le sacri sacripant sacripotant !
-Le sacripant ? » Rire rentré.
« Oh la ferme, il avait un grain d'orge sur son drapé et l'a jeté sur une berge du Nil, en visant un trou pour montrer son côté sportif. Avoir un grain, çafait désordre, surtout pour le mégalo de la pyramide.
-Et sans même faire exprès en plus, c'est du talent, ça, Monsieur. »
Reniflement dédaigneux. « J'allais arriver tel un sauveur, sur mon grand cheval blanc-
-Ton chameau, tu veux dire ?
-Mon cheval blanc – qui êtes-vous, nous ne parlons pas la même langue - tel un prince, disais-je, couronné d'avoine. Proclamant avec force et charisme, la cape au vent, « Ceci est votre avenir mes braves, que mon nom résonne à travers les siècles ! » ou quelque chose comme ça. La traduction perd de son panache. Mais il y a eu ce pseudo messie ressuscité des eaux, là... qui a débarqué mon projet sous le bras, alors que je mettais vingt points dans la vue à Thoutmôsis III au jeu du Senet, une pure branlée dans les règles de l'art. Je m'auto-glorifiais, avec toute la modestie qui me caractérise, réfléchissant quel châtiment serait le plus ridicule pour Thouto, et Osiris en a profité, le traître ! »
Sam pouffe : « Le sacripant ! Et avec son implacable sens de la mode, tu ne pouvais pas lutter. »
Petit geste maniéré à l'appui, Gabriel module sa voix, aiguë et chichiteuse. « Oh ! Fabulous, Osi, I love the feathers ! »
Les rires meurent. Plumes. Souvenir douloureux. Un instant, face à face. La certitude flotte. Derrière cette porte, les pires emmerdes. Ils vont la franchir cette porte, y replonger jusqu'aux yeux. Jusqu'à suffocation. Ils sortent de la cuisine, fausse décontraction, le malaise sous la surface.
Gabriel a reconstruit ses barrières, à défaut.
Étrange soirée. Deux groupes dans le salon, campés sur leurs positions respectives, à savoir un canapé et une chaise. Les quatre hommes entassés les uns sur les autres, devant l'invitée surprise, toujours étroitement ligotée, la pièce transpercée de chuchotis agités.
« Tt ! Pousse-toi Sammy, tu m'écrases.
-La ferme Dean, t'as qu'à pousser Garth.
-Mais il prend pas de place, lui. Vire Gabriel, il a qu'à rejoindre son frangin.
-Vas-y toi-même, Dean-o et ton frangin me transforme en descente de lit. »
Dean grogne, « Rejoins le reste du club des « Débiles déchus » et fais pas chier pour une fois.
-Je suis déjà membre des « Faxés sur canapé anonymes », mon contrat m'interdit toute tentative de forme humaine. Désolé, conflit d'intérêts. »
Après moult négociations sans fondement et autant de vaines gesticulations, un vague terrain d'entente émerge. Garth une jambe sur l'accoudoir, instable. Dean en biais, une épaule compressée par Garth, l'autre déboîtée en avant par la carrure de son frère. Sam hérite d'un coude dans les côtes gauche – merci Dean – et à droite, de Gabriel à moitié affalé sur lui.
Sympathique et confortable, tout le monde logé à la même enseigne.
Interrogatoire.
Songeurs, les doigts de Sam pianotent l'accoudoir. « En somme, elle t' as gardé un moment dans son repaire ? Pourquoi ?
-Pour me convaincre de se joindre à elle, cafa- humain. »
Geste avorté, Sam maintient son frère. « Dean, il n'est pas en état. » Cette violence sous-jacente exacerbée, cadeau du Purgotaire.
« Elle joue avec nous depuis le début de ce putain d'interrogatoire, c'est quoi, un salon de thé, ici ? Merde ! »
-C'est notre seule source. »
Il retombe sur l'assise. « Je sais. » Le changement de pression déséquilibre Garth, qui tombe contre Dean, qui s'avachit contre Sam, qui s'avachit contre Gabriel. Sandwich humain grimaçant.
Un mince filet d'air dans les poumons, Sam articule faiblement « Ça devient complètement ridicule. » Cible de deux regards noirs immédiats, et d'un sourire désolé.
« T'as trouvé ça tout seul, petit génie ? » la réplique de Gabriel, étouffée « Putain t'es lourd, mec, vas-y mollo sur les pompes. »
Dean se débat une seconde, brève inspiration salvatrice. « Tais-toi, Gabriel et chupporte en chilence.
-À en juger par le bruit, tu baves sur quelqu'un là, je me trompe ?
-Che t'ai dit de plus caucher !
-Tant que ce n'est pas sur moi. »
Le cadet Winchester se racle la gorge, ose couler son attention sur Raphaël, aux traits froissés de dédain et répugnance, presque méconnaissables. Spectacle désolant, pitoyable que ce canapé. Il tente de trouver une meilleure posture, de limiter la compression, préserver quelques lambeaux de dignité.
Le souffle de Gabriel glisse son cou, enveloppe sa chair. À peine un effleurement, à peine une sensation. Cadence éthérée. Caresse chaude.« Ça suffit comme ça. » Sam s'extirpe avec difficulté, attrape une chaise, un poids levé du torse, du dos. « Les pitreries, on a donné. Et cette conversation n'a rien d'une pitrerie. »
Raphaël, lève le menton. Arrogance. « Vraiment ? Permets-moi d'en douter. »
Un mur intérieur craque. Le poing fuse, s'écrase sur la pommette. Le dossier du siège frappe le sol, le choc secoue les épaules de Raphaël. « Est-ce plus clair ? » Sam fait rouler ses phalanges, enflammées par l'impact. Assez de pirouettes verbales avec ce satané archange.
Toussotement pénible. « Rien d'étonnant, si vous avez effectivement perdu les Plumes. Amateurs. » Le chasseur redresse le siège sur pieds. La prisonnière tousse plus fort, la commissure des lèvres assombrie.
« Nous sommes tous un peu à cran, je crois. Cet interrogatoire n'a que trop duré. Va droit au but, qu'on en finisse. » Le ton de Dean, mortel comme une arme. « Elle a essayé de t'enrôler dans son gang de dégénérés, tu as refusé. Tu es sans doute le seul à y croire, bref ne revenons pas là-dessus. Elle t'as relâché...pourquoi ne pas t'achever à la place ?
-Elle a dû supposer que je ne survivrai pas.
-Hum. Et donc, tes infos, Trouduc ? Je mets fin à tes souffrances dans la seconde si tu continues ton manège à la con. Je te garantis que, pour ma part, je vais droit au but. Certifié et breveté.
-Élégant et raffiné, les réputations ne se démentent pas... – Inspiration sifflante – Il y a eu un incident pendant le transfert vers la ruelle où un humain m'a trouvé, me vidant de mon sang. Une interruption impromptue. Mebahiah a été obligée d'atterrir en sortant de ses quartiers. Directement en sortant de ses quartiers, un problème de passe-droit, je suppose.
-Attends...tu sais où crèche la cinglée ? Tu sais où est Castiel ? »
Le triomphe anime les yeux glacés. « Je sais, Dean Winchester. »
Épaisse chape de béton. Tension éreintée, battante.
Gabriel ricane, brise la fascination. « Très bien Rapha, où est l'embrouille ? »
La prisonnière darde lentement son attention sur lui. « Tu as perdu le droit de me nommer ainsi depuis des siècles.
-Ne fait pas mumuse, Rapha. Je t'ai posé une question me semble-t-il ? Ou - quelle était la formulation déjà ? Ah oui - ou bien sept mots dépassent tes compétences ?
-Je reconnais avoir été un peu évasif. Rien d'insurmontable ceci dit.
-C'est-à-dire ? » L'effort de Dean pour se maîtriser visible à la raideur de sa posture.
« J'ai réellement connaissance de l'emplacement où Mebahiah a établi son poste de commandement. Cette connaissance implique deux restrictions. Je vous révélerai le lieu précis lorsque je le jugerai nécessaire, autrement dit, au dernier moment. Je ne tiens pas à me faire égorger durant mon sommeil – rictus – d'autre part, je ne suis pas capable de vous faire entrer dans les bâtiments, l'endroit est protégé par un rituel extrêmement ancien.
-Lequel ?
-Je pense qu'il s'agit du Passage de Sang. » Rapide coup d'œil à l'assistance « Traduction littérale, bien entendu. »
Gabriel déglutit. « Rien que ça ? »
Sam plisse le front. « C'est mauvais à quel point ?
-Plus personne ici ne possède de Grâce, et même ainsi il faudrait être reconnu par le sortilège au préalable. Aucun d'entre vous ne s'est tapé un trip échochien ces derniers temps ? Non ? Personne ? C'est officiel, nous allons en chier, même avec votre charmante bibliothèque. »
Raphaël incline la tête. « Vous possédez une bibliothèque ?
Dean foudroie Gabriel. « Il pouvait pas se taire l'ex emplumé ? Ouais en a une. Très spécialisée sur le sujet.
-Comme je le disais, ce rituel est plus qu'ancien, même pour nous. Il n'y sera sans doute pas.
-Génial. »
Le cadet Winchester profite d'un instant de calme relatif. « Il y a quelque chose que je ne comprends pas. Pour quelle raison Mebahiah te garde en vie, même après ton refus ? Je veux la vraie raison.
-Comme quoi, il n'est pas totalement crétin, Gigantor. J'allais te demander la même chose en privé Raphou.
-La même raison pour laquelle Gabriel est toujours en vie, certainement. Je n'en sais pas plus que vous sur ce point. » L'aveu coûte, visiblement. Détestable aveu, à quoi joue Mebahiah ? Jusqu'à quel point a-t-elle prévu le déroulement des événements ?
Dean conclut, sombre. « Elle a toujours une longueur d'avance, la garce. »
Raphaël frotte délicatement ses poignets. La brûlure des liens n'a jamais été aussi vive.
Aucun bruit ne franchit les murs de la chambre, seulement cette vague impression claustrophobique. Assuré du sommeil de la majorité des occupants, il dépose une fiole au creux de sa main, réchappée de la fouille en règle. Quelqu'un toque, la fiole escamotée, le temps d'une paupière pour battre. Une tête aux cheveux fauves se faufile par l'encadrement. « Je peux entrer ?
-Tu es déjà entré.
-Presque. » Gabriel traverse la pièce, prend directement place sur le lit, sifflote. « Question placard à balais, t'es gâté. Un peu d'aménagement ne serait pas du luxe.
-Que veux-tu ?
-Ah, l'essentiel. Ton bon vieux caractère. » Le ton joyeux démenti par l'expression de son visage. « Les Winchesters ne te font pas confiance. Et moi non plus.
-Tu les apprécies n'est-ce pas ? »
Une épaule se hausse, désabusée. « Faire contre mauvaise fortune bon cœur, tu connais ? Ils sont assez sympathiques en fin de compte, passé leurs multitudes d'horripilants défauts. » Sa main volette un instant. « Mais je ne suis pas venu pour ça.
-Je me doute, mon frère. »
Gabriel se penche en avant, sérieux. « Tu hais les êtres humains. Ne le nie pas, c'est un fait. Pourquoi être ici, parmi ceux que tu hais le plus de toute la création ? Sans parler d'aider Castiel ?
-J'ai toujours su avec acuité le sens du vent. Saisir la chance au tournant, puisque tu emploies des expressions humaines désormais.
-Depuis toujours, en effet. Et c'est bien cela qui me fait douter, je te connais par cœur, mon frère. »
Regard noir, fixe. « Ne m'insulte pas.
-Je ne me permettrai jamais d'insulter ton intelligence, Raphaël, n'insulte pas la mienne. Je suis beaucoup de choses, mais pas un imbécile. » Un sourire fleurit, accentue le gouffre. L'abysse entre le visage et les yeux. Gabriel, permanente contradiction être et paraître. Il chantonne quasiment. « Bon je crois qu'on a fait le tour. Bonne nuit. Aussi horrible que cela puisse te paraître, l'humanité, on s'habitue. »
Il s'apprête à quitter la chambre, main sur la poignée de porte, entame le mouvement d'ouverture.
« Gabriel. » Ténu.
« Oui ?
-Comment le définirais-tu ?
-Être humain ? »
Gabriel se tourne à demi, l'autre archange le regarde, la confirmation réticente. Il ne la formulera pas.
« J'ai perdu ma grâce depuis quelques jours seulement. »
Les yeux de Raphaël ne le lâchent pas. Pèsent. Gabriel se dérobe, de nouveau à la porte. S'immobilise, se ravise. « Je l'ai toujours su auparavant. Nous l'avons toujours su. Mais je ne m'en rendais pas compte, pas vraiment. Aucun ange ne le peut. » Il force les mots à franchir les barrages, douloureusement. Parce que son frère écoute. C'est une conviction absolue. Raphaël écoute. D'ordinaireRaphaël ne parle pas si bas, Raphaël ne brise pas son assurance.
Raphaël a peur.
« Exister, en tant qu'être humain, est incroyablement difficile. » Pause « Incroyablement différent, aussi. »
Les gonds se referment en douceur.
L'archange déchu contemple le panneau de bois, clos sur le couloir. Sans un geste. Longtemps. Un frisson agite son omoplate, une perspective de l'avenir : tout simplement inenvisageable.
La minuscule fiole luit dans la pénombre, volutes-lumière, saphir et argent entremêlés derrière le verre. Le bouchon tombe, les chatoyances s'enroulent sur la peau mate, s'absorbent dans l'épiderme. Les paupières se serrent. Le bien-être du pouvoir, de l'énergie matière. Le retour d'une chose perdue, d'un essentiel.
Raphaël se concentre, le concert de voix assourdies est bien là. Des musiques plus que des voix, les Grâces résonnent. Chacune à sa manière, chacune unique. Harmonie parfaite, épousée. Une mélodie étrange et vibrante. Âmes de notes, âmes de sons. Indescriptiblement belles.
« Mebahiah.
-Raphaël, je commençais à m'impatienter. Tu es avec les Winchesters ?
-En effet. Actuellement je suis dans un bunker, ou un quelconque bâtiment souterrain. Ils me surveillent étroitement, toute sortie sera soldée d'un échec.
-Localisation ?
-Impossible, les lieux sont truffés de symboles anti-anges. Certains sont incomplets, de ce fait je suis capable de vous parler, rien de plus. Tous mes pouvoirs offensifs sont restreints, mes déplacements également.
-Je vois, peu surprenant. Ta première mission accomplie, passons à la deuxième étape : attirer Sam Winchester, ou son frère, aux Entrepôts. Par n'importe quel moyen. Ne grille pas ta couverture, cependant. Une préférence sur le procédé ?
-J'ai quelques idées en réserve, la manipulation et l'épuisement psychologique ont de bien meilleurs chances que les violences physiques.
-Castiel se révélera certainement utile.
-Je me dois de signaler que Gabriel est encore avec eux, ce pourrait être un problème.
-Ne supprime pas Gabriel, nous avons autant besoin de sa Grâce que de la tienne. Sois prudent, elles meurent en même temps que leur légitime propriétaire, comme tu le sais.
-Je suis au courant. » La Grâce investie par Raphaël fluctue d'agacement. « Comment se déroule la fusion des quatre Grâces ? »
La connexion de son interlocutrice crisse. « Mal. Aucune stratégie ne fonctionne pour l'heure. Les humains ne devraient pas tarder en étaler les effets secondaires dans leurs torchons journalistiques. -Les frères possèdent une immense bibliothèque, extrêmement spécialisée selon leurs dires. Je vous tiendrai au courant.
-Merci. N'oublie pas de retirer la Grâce de Reyel. Un rayonnement prolongé altère les cellules humaines, ton nouveau corps ne tiendra pas.
Ignition.
La chaire crépitante, la chair qui craque. Le sang à ébullition. Ce sang qui cloque le tissu des veines jusqu'à la rupture. Le sang fumant qui roule sur les muscles trop fragiles, roule et ravage. Magma. Ses oreilles n'entendent plus. N'entendent plus les cris de sa propre gorge. Tellement de cris, tellement, sa peau consumée plein les narines, plein les tympans.
La danse du brasier sur ses joues remontent, bordent les cils, un à un enflammé comme des constellations. Le blanc des yeux fondu de noir, bientôt. Quelques larmes s'échappent, évaporées sans soulagement. Ses globes oculaires, deux Supernovas à bord de l'éclatement. Monde de braise, Monde rouge : des flammèches jouent sur les pupilles.
La nausée veut exploser. Odeur de barbaque. De sa barbaque. C'est l'estomac qui explose. Les jambes en combustion, ravinées d'acide.
Les flammes creusent, s'engouffrent dessous. Partout. Ses tendons grésillent avant de s'éteindre, de se déliter en claquant. La souffrance est un état. Un Univers.
Des morceaux commencent le détachement, désagrégés. Purée sur le sol ou fragment racorni, échoués en bruits flasques. Des parties de lui, autrefois. La chair coule. Trop ardente pour les rares parcelles épargnées. Les petits ruisseaux, les grandes rivières.
Le feu brûle, calcine en charbon les os apparents. L'odeur de la moelle cramée.
Une ronde flambe sur la cage thoracique, infernale farandole. Le festin de son cœur entre les côtes noires.
Il crie ? Il ne sait plus. Peut-être, peut-être pas. Quelle importance. Il y a ce regard qui le suit. Ce regard qui le regarde. Cette voix, toujours. Enjôleuse et suave. Vociférante et victorieuse. Sadique, obnubilée par sa souffrance qui n'a pas de nom. Cette voix qui en veut toujours plus. Lui. Sa voix.
Sam ouvre les yeux, immenses, hantés. La poitrine saccadée, les cheveux collés à la nuque, au front. Le corps collé aux draps. Une lumière cogne ses rétines, il se croit là-bas. Encore. Des chocs dans ses bras, et un visage rassurant au milieu du chaos. « Dean. » Respiration hachée, timbre cassé.
Une main sur son épaule, une main dans la sienne. « Sammy. »
Il se redresse, assis sur le matelas. Incapable de ne pas serrer cette main dans la sienne. À en trembler, à en blanchir ses phalanges. Le cœur remonté dans la gorge. « Ça va, j'ai juste fait un cauchemar.
-Juste ? Tu hurlais à t'en péter les poumons. C'était Lui pas vrai. »
Sam écarte des mèches salées, une paume protectrice cache la moitié de son expression. « Oui. » Il la retire, accepte l'exposition. « Ça va passer. » La mâchoire de Dean se serre.
Dans la nuit du corridor, la porte entre ouverte jette la lumière en traits. Un dos s'en va. Gabriel.
J'espère que vous n'êtes pas trop déçus par rapport au souvenir qu'il vous reste de la fic xD Un petit mot peut-être ?
