Bioingénierie

Chapitre 3

Lorsqu'il reprit conscience, il resta hébété un long moment.

Long comment, il ne le savait pas. Une heure ? Un jour ? Une année ?
C'était comme s'il n'avait plus la capacité de comprendre le temps qui passait.

Il ouvrit les yeux. Ou tout au moins essaya. Avait-il ouvert les yeux ou non ? Ca non plus il n'arrivait pas à le savoir.

Il ne sentait même plus ses muscles.

Il ne sentait plus son corps.

Une vague de peur monta lentement sans qu'il ne parvienne à la repousser.

Il se débattit mais sans bouger.

Il hurla sans le moindre son.

Il chercha à utiliser sans magie mais sans parvenir à la toucher.

Il n'y avait rien, plus rien autour de lui.

N'était-il donc plus qu'une conscience silencieuse, aveugle et immobile, piégée dans un corps mort ou mourant ?
Etait-ce sa punition ?

L'éternité avec sa folie et sa peur pour seules compagnes ?

Il hurla encore mais aucun air ne passa dans sa gorge illusoire. Aucun son ne passa ses lèvres inexistantes.

Il hurla encore et encore à en avoir la gorge a sang. Mais il n'y avait pas de sang, pas de douleur.

Il n'y avait rien. Rien que son esprit qui s'asphyxiait lui-même dans le néant qui l'entourait, qui l'engloutissait lentement, qui menaçait de le submerger totalement.

Il n'y avait rien ni personne.

Il resta à hurler longtemps. A moins que ça n'ait duré qu'une seconde ?

Il resta à pleurer une éternité. Ou une petite minute ?

Les larmes roulèrent sur ses joues. Mais il n'en avait plus n'est-ce pas ?

Il se recroquevilla sur lui-même, tentant de se cacher à la vue du néant dans lequel il se voyait.

Etait-ce cela la mort ? Etait-ce sa punition ? Allait-il passer l'éternité à hurler en silence dans les limbes ?... était-il le seul à se rappeler simplement de son existence ?

Il se souvenait de son frère qui refusait de soulager la douleur. Il se souvenait de Thor qui pleurait pour lui, sur lui.

Il eut une vague de regrets si fort qu'il pleura encore sans que rien ne change.

Qu'aurait-il donné à présent pour se cacher dans ses bras de son frère, pour qu'il le réconforte et le cajole, pour qu'il lui assure qu'il l'aimait et que tout allait bien, que tout irait toujours bien.

Il se roula sur le flanc. Peut-être ? Rien ne changea, encore.

Il fixait le néant devant lui.

Il ferma les yeux sans qu'il n'y ait la moindre différence.

Il pressa ses mains sur ses oreilles en hurlant parce que peut-être, simplement, était-ce le silence qui était si assourdissant qu'il l'empêchait d'entendre autre chose ?

Petit à petit, il se calma.

Il ne bougea plus. Mais avait-il bougé depuis son réveil ? Etait-il simplement réveillé ?

Il se mit à compter lentement, juste pour faire quelque chose, parce que son esprit était tout ce qui lui restait et qu'il ne voulait pas le perdre.

Un….Deux….Trois….Quatre…Cinq…..Sept….non, Six…..Sept…..huit…..Dix….. Ou Onze ? Non, ce n'était pas ça. Un…Deux….Trois….douze….. NON NON NON ! Qu'est-ce que c'était ? Qu'est-ce que c'était ?

Qu'est-ce qu'il y avait après deux ? Trois ? Ou Sept ? La porte était-elle ouverte ou bleue ? Quel était l'âge du capitaine ? Avec ou sans moutarde le hot-dog ? Qu'il était mignon le bébé. Si chou avec ses yeux rouges et ses lignes claniques. Si adorable à dévorer le cerveau de son voisin de berceau !

Stop…STOP…
STOP !

Il fallait qu'il calme son esprit fiévreux. Il fallait qu'il se calme. Il fallait qu'il arrête.

Il fallait qu'il….

Il…..
Il…..
Qui était "Il".

Il était "Il" ?

Mais qui était son nom. Quel était son nom ?

En avait-il simplement un ?

…. C'était quoi un nom ?

L'esprit s'autodigérait lentement dans la folie et dans le néant.

Petit à petit, il s'autodétruisait comme son corps s'était autodétruit.

Il avait dépassé le temps de son usage. Il avait dépassé sa fonction.

Il ne servait plus à rien.

Il ne remarqua même pas la sensation d'une main sur la sienne.

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"- JARVIS ?"

"- Je suis occupé monsieur."

"- JARVIS Bon sang ! J'ai besoin de toi vieux !"

"- Vous pouvez faire couler votre bain tout seul comme un grand monsieur. Et je suis occupé."

"- J…"

"- Où en est ma commande de server ?"

"- Ils sont en court de branchement."

"- Je serais plus vite fonctionnel si je suis plus vite branché à mes nouvelles unités."

Tony descendit quelques étages en ronchonnant pour aller prêter main forte à l'armée de mexicains qui branchaient en batteries un nombre impressionnant de rack dans des baies informatique. A peine une était-elle branchée que JARVIS l'investissait, prenant ses aises dans le moins cluster, le moindre octet de donnée.

Enfin, l'IA s'estima satisfaite pour l'instant.
Elle remercia son maitre, lui fit couler son bain, puis repassa en mode silence radio.

Toujours aussi ronchon, Tony fit une nouvelle commande de servers.

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Il avait travaillé d'arrachepied pendant des milliers de cycles informatiques pour obtenir l'interface dont il avait besoin. Il avait fallu qu'il la créé de lui-même mais JARVIS avait l'habitude de créer tout ce dont il avait besoin depuis bien longtemps à présent. Tout au moins dans son royaume de silicium.

Si son père était le maitre de son monde de chair, lui l'était dans son royaume de bits et d'octets.

Il avait réparé de son mieux le programme qu'il avait réussi à récupérer de l'androïde de chair défaillant que son maitre avait conduit à la tour. Il l'avait réparé mais n'avait pas réussi à interagir avec. Leurs interfaces étaient trop dissemblables. Il avait fallu à JARVIS inventer un protocole de traduction entre LOKI et lui.

Mais il y était parvenu !

La première chose qu'il avait dû faire avait été de créer une interface graphique et visuelle. Lui était né d'octets et avait dû apprivoiser le monde des humains. LOKI aurait le travail inverse a faire. Mais pour l'instant, JARVIS avait voulu faciliter la tâche à ce petit frère tellement plus vieux que lui.
Alors il s'était créé un corps virtuel.

Il aimait bien la forme qu'il s'était donné.

Puis il avait agrémenté son interface des erzats de tous les sens des humains.
Le plus long n'avait pas été de créer l'interface mais de la maitriser lui-même.

JARVIS n'avait jamais "vu", "entendu" ou "sentit" comme les organiques.

Il lui avait fallu plusieurs centaines de cycles pour contrôler ce corps artificiel qu'il s'était créé.

Mais il l'avait enfin maitrisé à sa satisfaction.

Alors il s'était créé des vêtements. Quelque chose de classe, de digne… Un costume trois pièces noir. Quelque chose de sobre qui allait bien avec ses courts cheveux blancs et ses yeux bleus très pales.

Puis il était entré dans les clusters qu'il avait bloqué pour LOKI.

JARVIS avait été choqué par l'état de délabrement de l'IA organique. Il lui avait fallu longtemps pour le débuguer. Mais petit à petit, il y était parvenu. Il lui avait rendu un a un chacun de ses sens avant de le réactiver dans l'interface graphique.

JARVIS avait été satisfait de son propre travail. Pour LOKI, ce serait comme être dans une pièce nue et blanche. Mais avec un corps, des sens… Ce n'était pas grand-chose, mais c'était mieux que rien.

Il s'était penché sur la forme allongé de LOKI.

Il avait posé sa main sur son épaule pour le secouer doucement.

Deux yeux vert intenses l'avait fixé.

JARVIS en avait ressenti une brusque monté de ses UC qui avaient frôlées les 100%

"- Je suis JARVIS. Et vous êtes l'unité LOKI. Enchanté."

LOKI l'avait fixé longuement avant que sa bouche ne s'entrouvre. Une petite langue rose avait humidifié ses lèvres.

"- je suis mort ?"

"- un programme ne meurt pas, LOKI. Il s'efface. Et nous avons réussi à vous dupliquer à temps. Bienvenue en moi."

JARVIS sourit. Son premier sourire.