Chapitre 19 : Un monde en paix éphémère
« Je ne sais pas comment j'y arrive … mais je peux te soigner si tu veux. »
« Me soigner ? Pourquoi est-ce que tu ferais ça à ton ennemie ? »
« Où est-ce que tu es mon ennemie ? Je pensais que nous avions été clairs à ce sujet non ? Tous les deux non ? Attention, je vais commencer à te soigner. »
Elle se laisse docilement faire, contrairement à ce que je pensais. Elle n'a plus envie de se battre, plus du tout même. Elle me regarde avec appréhension alors que moi-même, je me demande quand même ce que je sais faire. Pourtant, j'ai mes mains posées sur ses bras et peu à peu, sans que je ne sache comment je le fais, ses bras se soignent.
« Mais c'est vrai en plus ? C'est vrai ! Giréléna, depuis quand est-ce que vous êtes avec le héros Nev ? » demande Apixy en s'adressant à la femme-Giratina. Ah oui, je l'avais oubliée un peu, je dois l'avouer. Mais maintenant que je la revois, elle semble un peu en colère.
« Depuis le début, avant même qu'il ne cherche à se prétendre être un héros. »
« … … … Fais attention, Apixy, je continue à te soigner. »
Je ne me prive pas pour passer mes mains sur ses seins et le reste de son corps. Même si ça me fait rougir bêtement et que je l'entends gémir légèrement, les petits râles de colère de la part de Giréléna sont bien plus plaisants à entendre.
« Ca devrait être bon. Je peux lécher ? »
« Mon miel ? Bien entendu. Je te l'offre. »
Je commence à me lécher les doigts sur mes deux mains, regardant Giréléna brièvement Giréléna. Elle est en colère, hein ? Mais qu'importe, ce n'est pas un problème, pas du tout même. Comme ça, elle n'aura pas besoin d'être aussi virulente et méchante.
« Apixy, tu te bats pour ton peuple, n'est-ce pas ? »
« Je confirme et je réaffirme mes paroles. Je me bats pour mon peuple et je ne changerai pas de point de vue à ce sujet, c'est aussi simple que ça. »
« Est-ce que tu voudrais me confier ton peuple ? »
Je ne sais pas exactement ce que je dis. Je ne sais pas du tout. Je ne sais pas pourquoi je dis ça mais elle me regarde avec étonnement, bredouillant quelques mots :
« Je … je ne comprends pas ce que tu veux dire par là. Je ne comprends pas. »
« Est-ce que tu serais d'accord pour mettre ton peuple sur mon dos ? Que j'œuvre pour qu'il soit en paix avec les humains ? Qu'il soit le premier peuple à déclarer ouvertement vouloir la paix avec les humains ? Que vous soyez les premières à cela ? Qu'est-ce que tu en penses ? Est-ce c'est possible ? Tu me fais confiance ? »
Elle semble réticente, très réticente. Je comprends qu'elle ne veuille pas. C'est facile à comprendre. Je pousse un petit soupir avant de m'asseoir en face d'elle. Je la regarde. Pour une femme-pokémon qui n'a justement pas réellement une forme humaine, elle est quand même très jolie … psychologiquement ? J'aime beaucoup sa personnalité.
« Je suis sûr que si tu le voulais, on pourrait faire de grandes choses. »
« Le seul problème, c'est que si j'accepte, je et tu … te mettrais à dos tellement d'autres personnes. Est-ce que tu comprends ? »
« Ces personnes ne m'ont surement pas encore rencontré. J'arriverai à leur faire changer d'avis, je te le promets ! »
Je sens qu'elle a envie de croire en mes paroles mais pourquoi ne pas le faire ? Pourquoi ne pas faire le pas ? Le dernier pas ? Ce n'est pourtant pas une mauvaise chose, non ? Je veux dire, j'ai montré ma force. Pourquoi est-ce qu'elle ne veut pas ?
« Et même si j'acceptais, comment est-ce que cela se ferait ? »
« Je ne sais pas … tu pourrais peut-être m'accompagner, n'est-ce pas ? Qu'est-ce que tu en penses ? M'accompagner avec Giréléna. Si j'ai une reine, pourquoi est-ce que je n'en aurai pas une seconde ? Ça ne me semble pas si monstrueux ou étrange. »
« T'accompagner ? Alors que j'ai voulu te tuer ? »
« Si tu savais tout ce que Giréléna a tenté de faire sur moi … et a réussi en partie. »
Je pousse un profond soupir, entendant un énième grognement de la part de Giréléna. Celle-ci se place derrière moi et je fais rapidement une roulade en avant, évitant la queue de la femme-pokémon avant qu'elle ne commence à m'enserrer. Désolé pour elle mais je ne tomberai pas dans un piège aussi grossier que ça !
« Ne m'embête pas, s'il te plaît. J'ai mieux à faire. Je suis en pleine discussion sérieuse. »
Et je ne lui permets même pas de répliquer ou de me répondre. Elle me regarde avec dédain, ses bras croisés au niveau de sa poitrine. Puis subitement, elle vient m'enserrer de toutes ses forces et m'oblige à rester collé à elle.
« Toi, tu ne bouges pas compris ? T'es trop crédule. »
« HEY ! Non, tu me lâches justement ! Je ne suis pas crédule ! »
« Et qui te dit qu'elle ne risque pas de t'attaquer et de te tuer ? Tu es vraiment pathétique et idiot ! Tu ne fais même pas attention ! »
Apixy ? Vouloir me tuer ? Maintenant ? Je ne ressens même plus cette envie chez elle. Elle nous regarde tous les deux, incrédule, comme pour savoir si ce que Giréléne dit, elle le pense vraiment. Sauf que ce n'est pas le cas. Ce n'est pourtant pas bien difficile de savoir que Giréléna raconte n'importe quoi … pour ne pas changer !
« Est-ce qu'il y a des chances que Giréléna soit déjà ta femme-pokémon, Nev ? »
« Hein ? Ma femme-pokémon ? Comment ça ? »
« Certaines femmes-pokémons partagent les hommes qu'elles capturent. Pour aider à la reproduction … mais d'autres, comme moi, préfère garder jalousement un seul humain pour le reste de leurs existences. Est-ce c'est le cas ici ? »
Hein ? J'y avais jamais pensé mais est-ce que Giréléna pense ça de …
« AIIIIIIIIIIIE ! Ca fait mal ça ! »
« Tu t'imagines des imbécilités, je t'arrête tout de suite, c'est plus simple. » réplique la femme au long corps cylindrique après m'avoir donné un coup de poing sur le sommet du crâne.
« Je ne m'imagine rien ! Mais tu es obligée de me frapper visiblement ! Pour ne pas changer ! Comme d'habitude ! Tsss ! Vraiment ! T'es irrécupérable comme femme ! »
Je dis avec une pointe de colère car elle le mérite. Elle ne fait que me créer des problèmes, rien d'autre. Sauf qu'Apixy continue de nous regarder avant de dire dans un petit sourire :
« Je commence à comprendre au final. C'est vraiment très puissant. On ne le verrait pas au départ, pas du tout même mais dans le fond … c'est vrai. »
« Qu'est-ce qui est vrai ? Que tu racontes toi ? Nev te laisse peut-être en vie mais moi, il vaut mieux ne pas trop me chercher, compris ? »
« Le message est parfaitement clair. » répondit l'Apireine tout en ayant un petit rire. Elle trouve ça drôle ? Pourtant, Giréléna est vraiment menaçante bien que je ne sois pas sûr qu'elle cherche à la tuer, contrairement à ce qu'elle dit.
« Alors … euh … Apixy, est-ce que tu veux bien ? »
« Vous faites vraiment une drôle de paire tous les deux, vous le savez ? »
Je le sais parfaitement, beaucoup risquent de se moquer de moi. Comment est-ce que ça serait possible autrement ? Je pose mes yeux sur Giréléna, la regardant pendant quelques secondes. Elle est stupide comme femme-pokémon, vraiment stupide.
« Si tu veux me protéger, ne te trompes d'ennemi, Giréléna. » dis-je doucement, avec une légère tendresse que je ne me connais pas à son égard.
« Qu'est-ce que tu racontes ? Je ne cherche même pas à te protéger et puis, c'est quoi ce ton mielleux et tout gentil que tu viens de me faire ? Comme si tu parlais à une enfant. »
« Hein ? Oh, ça ne fait rien, rien du tout même. Mais je n'ai toujours pas eut la réponse d'Apixy à ce sujet. J'aimerai savoir ce qu'elle en pense. »
« Laisses-moi y réfléchir pendant une heure au grand maximum. Dans une heure … »
Dans une heure, elle ma donnera sa réponse. C'est tout ce que j'ai à savoir normalement … enfin, je crois ? Je n'en suis pas sûr du tout. Je regarde la femme-Pyrax qui n'a guère réellement parlé puis Apixy … et enfin Giréléna.
« Libère-moi, que je puisse au moins faire à manger. »
« J'ai faim ! C'est vrai ! Tu vas me préparer à manger pendant qu'elles parlent entre elles ! »
« Hein ? Mais non. Je vais aussi préparer à manger pour elles. Et non, tu peux me faire cette tête, ça ne changera VRAIMENT rien. Il faut partager dans la vie, Giréléna. »
« Oui mais pas ma nourriture ! Ma nourriture, c'est la mienne ! »
Qu'elle arrête de se comporter comme une enfant car d'abord, c'est moi qui ait acheté la nourriture grâce à la récompense obtenue. Mais la petite moue boudeuse qu'elle fait, pfff … Je caresse ses cheveux blancs argentés sur le sommet du crâne tout en disant :
« Ne t'en fait pas, tu auras la plus grosse part, d'accord ? »
« Mais qu'est … ce que tu fais un peu toi ? »
Elle me relâche finalement alors que je ne sais pas, elle est incrédule face à ma réaction. Je ne sais pas ? Y a quoi d'étrange dans ce que j'ai fait ? Rien du tout non ? J'installe déjà un peu tout avant de me mettre à cuisiner.
« Est-ce que ça sent assez bon pour toi, Giréléna ? Apixy ! Mademoiselle … Paxia ? Venez donc aussi tous les deux. »
« Nous sommes invitées aussi ? »
« Bien entendu ! Venez donc toutes les deux ! Vite, vite ! »
Heureusement que je prévois toujours plusieurs assiettes au cas où. Voilà que je me mets à nourrir trois personnes en même temps. Bon, la femme-Pyrax n'est franchement pas très ouverte à la discussion, loin de là même. C'est dommage.
« Quand même, Nev, tu ne comptes pas m'acheter avec de la nourriture hein ? »
« Si j'arrive à faire plaisir Giréléna avec ma nourriture qui est vraiment très difficile à contenter, je pense que je peux vous inciter à venir me rejoindre par ça. »
« Nous verrons donc mais moi aussi, étant une reine et ne consommant principalement que du miel, tu risques d'avoir beaucoup de mal. »
« Goûtez donc ! » dis-je avec amusement.
Elle hoche la tête alors que je commence à manger de mon côté. Bien entendu, Giréléna a double ration mais bon, elle mange sans un mot maintenant. Hahaha. Voilà, c'est mieux, c'est bien mieux même. Je ne peux pas m'en empêcher.
« Alors ? Est-ce que j'ai réussi à te faire changer d'avis ? »
« Mon avis n'a jamais changé depuis le départ, Nev. Mais au moins, je sais qu'en plus d'être un excellent combattant, tu es un très bon cuisinier. Vraiment. »
« Merci du compliment Apixy. Tant mieux si ça te plait. Quant au fait de m'accompagner, il n'y a aucun problème non ? Paxia est ta servante la plus dévouée non ? Je pense qu'elle pourra facilement te remplacer. »
« C'est vrai. Elle est là depuis que je suis toute petite. Elle a toujours été à mes côtés depuis le début. Je pense que c'est une bonne idée. Paxia, je vais revenir chez les femmes-insectes pour les prévenir de ce que je compte faire et te laisser les pleins pouvoirs. »
Paxia hoche la tête positivement, sans un mot alors que nous terminons tous de manger. Quand le repas est fini, je commence à tout nettoyer, Giréléna léchant son assiette comme le ferait une jeune enfant. Vraiment, quelle gamine … mais bon, cela m'amuse.
« Nous allons nous retirer alors. Je vous rejoindrais dans quelques jours. »
Elle dit cela avec gentillesse et tendresse alors que je me lève en premier. Apixy et Paxia font de même tant que Giréléna n'a qu'à se redresser. Tout est bien qui finit bien. Apixy s'approche de moi, se penchant en avant pour avoir son visage au niveau du mien.
« Tu es vraiment un garçon remarquable, Nev. On te l'a pas dit ? J'espère que Giréléna te chérira toute sa vie car tu le mérites. Je sais que tu arriveras ce que tu veux faire. Tu … peux juste me promettre une chose ? »
« Hein ? Pourquoi est-ce que tu parles ainsi ? »
« Tu protègera ma fille ? S'il te plaît ? Celle qui va naître … après ma mort … » me dit-elle tout en embrassant ma joue.
« Tu étais donc au courant. » murmure une voix derrière Apixy. J'entends comme un déchirement … avant de sentir quelque chose à mes pieds. Je baisse mon regard, hagard en observant la flaque de sang au sol. Et cette main qui a traversé sa poitrine.
« Attention … Nev. »
Les griffes d'Apixy me repoussent en arrière avant qu'un torrent de flammes ne vienne l'entourer. J'entends un hurlement strident alors que j'écarquille les yeux. Quelques secondes plus tard, un corps calciné tombe devant moi. Ce qu'il reste d'Apixy.
« Trahir la déesse Harsia … quelle idiote. Et dire que pourtant, malgré le fait qu'elle savait cela, elle n'a jamais hésité un seul instant. »
« Qu'est-ce que … qu'est-ce que ça veut dire ?! »
Je pousse un cri de rage, passant ma main sur la chair brûlée du visage d'Apixy. Il ne reste plus rien … de ce que j'ai trouvé beau il y a de cela quelques minutes.
