Chapitre 20 : Peu à peu dévoré
« QU'EST-CE QUE TU AS FAIT ?! »
« J'ai puni la traîtresse. Quoi d'autre ? Celles qui trahissent Harsia doivent disparaître. »
« Harsia ? HARSIA ?! Qu'est-ce que la déesse a à voir avec ça ? Ne prononce pas son nom ! SALETE ! TU AS TUE APIXY ! »
« Je l'ai tué et alors ? Qu'est-ce que cela change ? Quant à ce que tu dis, saches que je suis de ton côté. Si tu veux la paix avec les femmes-pokémons, tu n'as qu'à éliminer Giréléna, cette traîtresse et rien d'autre. » me réplique la femme-Pyrax.
« JE ME CONTREFOUS DE GIRELENA ! »
Je me suis promis … je me suis promis de ne pas chercher à tuer quelqu'un, de ne pas tuer une femme-pokémon ! Et voilà ma récompense ? Voilà à ce que j'obtiens ? C'EST CA QUE J'OBTIENS ?! LA MORT D'APIXY ?!
« Tu es bien trop faible pour l'heure. Tu ne sais même pas utiliser le dernier esprit élémentaire récupéré, qu'est-ce que tu comptes faire ? »
Ce que je compte faire ? Ce que je compte faire ? Je vais lui montrer ce que je vais faire. Je vais lui montrer ce que je vais faire ! JE VAIS LE LUI MONTRER ! JE VAIS LUI MONTRER ! JE VAIS LE LUI MONTRER !
« Bien, bien, bien, à moi de rentrer en piste alors ? Qu'elle serve Harsia ou non, j'en ai vraiment strictement rien à faire de tout ça. »
C'est ma propre voix qui sort de ma bouche alors que je me relève, comme un pantin manipulé par son marionnettiste. Paxia fait quelques pas en arrière, étonnée de ma réaction avant de placer une main en avant :
« Tu n'es pas normal. Cette puissance qui émane de ton corps … je pourrais y mettre un élément si je le désire. Un élément mauvais, des plus sinistres, encore pire que tous les autres. Bien pire … Si Harsia représente la lumière, derrière celle-ci vit autre chose. »
« Ah bon ? Chaque lumière a sa parcelle … d'ombre, n'est-ce pas ? Qu'est-ce que tu attends ? Pourquoi est-ce que tu ne cherches pas à me tuer ? Même si je suis le héros, tu devrais normalement pouvoir t'en tirer, n'est-ce pas ? »
« Tu es un peu vantard … pour une abomination des ténèbres. Tu cachais ton jeu sous un autre visage, n'est-ce pas ? Puisque tu le désires tant, je vais donc t'emporter de la même façon que j'ai tué Apixy. »
Un halo de flammes m'entoure mais je sens mon corps qui se dissout et s'enfonce dans le sol, comme si de rien n'était. Quelques secondes plus tard, je suis dans le dos de la femme-Pyrax avant que je ne murmure :
« Si je suis aussi au service d'Harsia, pourquoi t'en prendre à moi, non ? Tu as quand même osé la main vers ma personne. Je devrais te punir, n'est-ce pas ? »
« Ces ténèbres … ces ténèbres … ce n'est pas des ténèbres normales ! »
« Est-ce que tu comprends maintenant que tu n'as aucune chance contre moi ? »
« Ne soit pas trop impertinent ! Comment est-ce que la déesse Harsia aurait pu te faire confiance à toi ? HEIN ? »
« Et toi ? Capable de trahir ta propre race et de la laisser se faire asservir … Tu es pathétique et ridicule. HORS DE MA VUE ! »
Le coup de poing que je donne à la femme-Pyrax résonne dans tout mon corps alors qu'elle décolle en avant, atterrissant à plusieurs mètres au loin. Une bonne quinzaine même. Encore sous le choc du coup que je viens de donner, je tente de me raisonner mais ce n'est pas mon corps qui obéit, pas du tout même. Je n'y arrive pas.
« Tu verras … tes actes ne resteront pas impunis. »
« Sache que je sers une cause bien plus grande que la tienne, espèce d'avortonne. Et ce que je ressens en ce moment même pourrait me permettre de t'éliminer en quelques secondes. Alors maintenant, tu disparais de ma vue. Je ne me répèterai pas une seconde fois. »
« Tu le payeras, que tu le veuilles ou non. Tu le regretteras, est-ce que tu comprends ? Tu le regretteras ! Je te le ferais payer ! »
Mais elle n'a pas compris ce que j'ai dit ? Elle veut que je m'approche d'elle ? Je veux la tuer ! J'ai vraiment envie de la tuer ! Elle ne comprend pas ça ? ELLE NE COMPREND PAS ?! Pourtant, non, elle déploie ses ailes orange avant de s'envoler et de quitte cet endroit. Moi, dans mon être intérieur, je demande :
« Qu'est-ce que tu es exactement ? Où est-ce que tu es ? »
« Oh si tu veux tout savoir, tu n'auras qu'à tuer Giréléna. A partir de là, peut-être que je pourrai me révéler à toi. Ce n'est pas une mauvaise chose non ? »
« C'est une mauvaise chose ! Qu'est-ce que tu es ?! Rends-moi mon corps ! »
« Je ne sais pas vraiment si j'en ai envie. Qu'est-ce que tu me donnes en échange ? Tu as quand même fait un rêve bien trop mignon à mon goût. Ce n'est pas bon, pas bon du tout même ! Je n'aime pas vraiment, tu t'en doutes ? »
« Mais j'en ai vraiment rien à faire que tu apprécies ou non ! »
« Que tu es mignon … tellement mignon. Mais il n'est pas encore l'heure de me montrer. Et par contre, je vais te laisser. Au moins que tu restes jusqu'aux derniers moments d'Apixy. Par contre, là, tu ne peux pas espérer la soigner. C'est fichu. Oh et demandes aussi à Giréléna à ce sujet. Je parie que la réponse ne risque pas de te convenir, loin de là même. Hahaha ! Qu'est-ce que ça sera plaisant de voir ce masque de douleur. »
Je ne comprends pas… je ne comprends pas ! Mon corps revient sous mon contrôle alors que je me dirige aussitôt vers Apixy. D'après ce que cette voix m'a dit, elle est encore vivante ? Elle est encore vivante ! Malgré ce qu'elle a dit, je peux la sauver, j'en suis sûr !
« Apixy ? Apixy ! Tu m'entends ? »
C'est juste un râle. Un unique râle qui sort de sa bouche. Elle est encore vivante ! Mais elle est dans un état grave. Je vais la soigner ! Je vais la soigner ! J'ai dit que j'allais la soigner, je vais le faire ! Je vais la soigner ! JE PEUX LA SOIGNER !
« Apixy, ne réponds pas. Garde ton souffle. »
« C'est inutile, elle va mourir, que tu le veuilles ou non. »
« LA FERME, GIRELENA ! LA FERME ! » hurle-je alors qu'elle hausse les épaules, faisant quelques mouvements en arrière, reprenant la parole :
« Je ne fais que te prévenir avant que tu subisses une nouvelle déconfiture. »
« Enfant … enfant … Nev … tu protègeras ? Nouvelle … Apireine ? »
« Je te le jures, Apixy. Mais si c'est ton enfant, il faut que tu tiennes bon hein ? Il faut que tu sois en vie hein ? Tu comprends ? »
« Gentil … si gentil Nev. Si gentil … tellement … gentil père. »
« Mais toi, tu seras sa maman hein ? Qu'est-ce que je lui dirai si tu n'es plus là ? »
Elle tente de sourire et moi, je lui prends sa griffe. Cette femme-Pyrax, qu'est-ce qu'elle a osé faire à sa reine ? Qu'est-ce qu'elle a fait ? QU'EST-CE QU'ELLE A FAIT ?! Ah … ah … je sais pas ce que je dois faire, je dois réagir comment ? La femme-Foretress était une ennemie mais Apixy aussi, mais ce n'est pas pareil. Apixy était vraiment … était vraiment une gentille femme-pokémon ! Même si ça n'a duré que quelques minutes, pourquoi est-ce que je suis aussi perturbé émotionnellement ? POURQUOI ? POURQUOI ? POURQUOI ?
« Merci … merci … merci … »
« Merci pourquoi ? Merci pour quelle raison ? Je n'ai rien fait qui mérite ça ! »
« Merci … de m'avoir … ouvert les yeux … on doit … on doit être … libre de nos actes … on ne doit jamais … laisser quelqu'un … décider … à notre place. Jamais. »
« Apixy, s'il te plaît, arrêtes, c'est bon, arrêtes. »
Je pleure ? Pourquoi je pleure ? C'est juste une inconnue. Une femme-pokémon que je ne connaissais pas. Une femme-pokémon qui a tenté de me tuer. Ah … ah … ah … je respire au même rythme qu'elle. Au même rythme qu'elle. Puis je retiens ma respiration, je ne respire plus. Plus du tout. Comme elle … comme elle … je fond en larmes au même moment où ma respiration reprend son rythme habituel. Apixy est morte.
« Même pas deux heures, même pas … même pas deux heures. »
« Autant dire que tu ne la connaissais pas, que tu ne savais rien de son passé, de son existence, de son être. Alors, arrête de pleurer comme une madeleine et allons-nous en de là. »
Pourtant, je reste penché vers Apixy, la regardant longuement. Elle ne ressemble plus à rien. Elle est morte. Il faut que j'aille chercher sa fille … mais dans mon rêve, elle n'en avait pas. J'avais des filles avec elle. Mais là … là … ET GIRELENA !
« GIRELENA ! JE VEUX SAVOIR ! »
« Ne me crie pas dessus, ça m'irrite. »
« Est-ce que tu aurais pu la sauver ?! Tu étais au courant que cette femme-Pyrax allait la tuer ? REPONDS ! REPONDS-MOI ! »
« Hein ? Bien entendu que j'étais au courant, qu'est-ce que tu crois ? Que j'allais faire quelque chose pour sauver une personne dont l'existence m'est inutile ? »
« Tu veux donc dire que tu aurais pu la sauver hein ? Que tu aurais pu éviter tout ça ? »
« Mais que je ne l'ai pas fait ? C'est bien le cas. Qu'est-ce que … »
Giréléna se retrouve à terre, moi au-dessus d'elle, ma main posée sur son cou, commençant à la serrer avec force. J'ai du mal à contrôler mes tremblements alors que je m'écrie :
« POURQUOI EST-CE QUE TU NE l'AS PAS FAIT ?! POURQUOI ?! POURQUOI ?! »
« Moins de compétition, aucun intérêt à ce qu'elle reste en vie. Ton petit monde utopique est inutile et pathétique, qu'est-ce que tu crois ? »
« JE NE TE PERMETS PAS ! JE NE TE PERMETS PAS ! »
Mon autre main se referme en un poing, prêt à s'abattre sur elle mais à quelques centimètres de son visage, je m'arrête. Elle se laisserait faire ? Elle a fermé les yeux ? Non, il n'y a pas que ça. J'entends du mouvement ! Apixy est encore en vie ?! Je me relève aussitôt, ne remarquant pas les traces sanguinolentes que j'ai faites autour du cou de Giréléna, ni même le fait qu'elle se touche le cou à cause de ça.
« Apixy ? Apixy ! Tu es vivante hein ? Je me disais bien que tu ne pouvais pas mourir comme ça. Je me disais bien hein ? Hein ? »
« Tsss … vraiment, les Apireines sont plus que problématiques. On dirait bien qu'elle ne racontait pas n'importe quoi. »
Giréléna s'approche de moi et du corps d'Apixy mais la rage qui m'anime me force à grogner. Un seul faux mouvement et je la tues ! JE LA TUES ! Sur le coup ! MAINTENANT ! Sans même qu'elle ne comprenne sa douleur ! C'EST COMPRIS ?! ELLE COMPREND CE QUE JE VEUX DIRE ?! ELLE LE COMPREND ?
« Maman ? Papa ? »
J'entends une petite voix juvénile de la part d'Apixy. Non ! Ca vient de l'intérieur ! Son ventre ? Son ventre ? Il est en train de gonfler. Elle était enceinte ? Non, qu'est-ce que ça veut dire ? Son ventre se déchire. Son ventre se déchire je vois une sorte d'œuf qui doit bien faire … WOW ! Il fait presque quatre-vingts centimètres !
« Tsss … donner naissance pour la survie de son espèce. Vraiment … ça ne sera qu'une petite fille-Apitrini mais elle risque de grandir rapidement, très rapidement même. »
« Je ne veux plus t'entendre. Ne m'adresse pas la parole et … »
« C'est pas moi qui devrait te coller une tarte pour ce que tu as fait ? »
« Sois encore heureuse que je te laisse en vie pour l'instant, Giréléna. La prochaine fois, je ne serai pas aussi clément. Et hors de question que tu touches à cette fille. »
Cette fille … j'attends que l'œuf commence à s'ouvrir. Des fissures … puis peu à peu, une tête apparait … une tête ornée d'un rubis. Mais pas seulement, malgré mon étonnement, je reste stoïque et de marbre, ne montrant aucune émotion quand je vois deux autres têtes collées à la première. Deux autres têtes bien vivantes. Elles ont un air à moitié insecte, comme Apixy mais ça ne fait rien. J'aperçois aussi des ailes … et juste une base de tronc. Rien d'autre, pas de bras et pas de jambes. C'est étrange … très étrange. Juste trois têtes qui volent.
« Qu'est-ce que c'est moche, une fille-Apitrini et … »
Mon poing part en arrière, percutant le visage de Giréléna et la faisant voler sur quelques mètres sur le côté. Je tourne mon visage vers elle, la fixant ardemment :
« Tout ça ne serait pas arrivé si tu avais décidé de la sauver alors mets-la en veilleuse. »
Je ne regarde même plus ses tremblements, que ça soit de colère ou de peur. Je ne lui fais surement pas peur … et je m'en contrefiche. Je viens serrer la petite fille-Apitrini contre moi, c'est étrange, au toucher, très étrange et bizarre avant de dire :
« Je suis ton nouveau papa, d'accord ? Je m'appelle Nev. »
« Pa … pa … Nev. Pa … pa Nev. Papa Nev. »
Les trois visages répètent cela en même temps alors que j'émets un petit sourire. Je dois lui montrer … sa mère avant qu'il ne soit trop tard, avant qu'elle ne pose des questions. Je la positionne en face du cadavre d'Apixy avant de reprendre :
« Ca, c'est ta maman. Ta maman qui est partie au Ciel. C'était une très gentille maman … une très gentille et belle maman. »
Les trois têtes ne font qu'hocher de haut en bas. Je dois … enterrer Apixy, lui faire une tombe descente. Ensuite … non. Je n'irai pas à m'excuser à Giréléna, je ne m'excuserai pas envers elle … et cette femme-Pyrax. Certaines personnes doivent mourir pour ce qu'elles ont fait.
