Chapitre 2 : Agacement
« J'aimerai bien comprendre le cœur des femmes, un jour. »
« Bien entendu, Nev, bien entendu. Comme si c'était possible en vue de ton incapacité à comprendre déjà ce qu'elle dit ou ce qui se fait. »
Je ne réponds pas à la petite provocation de Dyrkri. Je n'en vois pas le moindre intérêt. Qu'elle me cherche et me titille, tant mieux pour elle. J'ai beaucoup mieux à faire de toute façon, oh que oui ! Bien mieux même ! J'ai eu une nouvelle « psychique » de la part de Titonée. Elle s'est renseignée pour savoir où nous étions. La ville étant sauvée et les femmes-pokémon étant prêtes à la défendre.
« Dire qu'elle va arriver, je n'imagine même pas la bagarre que ça va être. Ah… »
Je pousse un petit soupir. Je n'ai pas envie que ça tourne en une rixe, un peu comme d'habitude. J'ai beaucoup mieux à faire de mes journées que ça, franchement. Je ne vois même pas pourquoi je continuerai sur ce sujet. Bon, Titonée, Titonée, Titonée !
« C'est vrai qu'elle voulait absolument me voir. Je me demandais presque si c'était elle qui est venue me soigner ou non. Je ne sais toujours pas en fait. »
« Et pourquoi ça serait elle ? Comme elle était exténuée, elle n'a rien pu faire. »
« Et toi ? Tu ne veux pas me le dire plutôt ? Tu as pu voir non ? »
« Comme si j'avais que ça à faire de regarder toutes celles qui décident de te toucher. J'ai une tête à faire ça ou quoi ? Vraiment, non mais je te jure. »
« Roh, ne le prends pas mal, je voulais juste me renseigner, rien de plus hein ? Faut quand même pas exagérer non plus. Y a quelques limites. »
Des fois, je trouve qu'elles abusent. Les femmes-pokémon sont comme les vraies femmes. Elles s'offusquent pour un rien et se prennent la tête pour pas grand-chose. J'en ai vraiment assez qu'elles se comportent comme ça. Je ne suis pas leur chien non plus.
« Désolée Nev. Juste, non, je n'ai pas vu qui était cette personne qui t'a soigné. C'est tout. Est-ce que ça répond à ta question ? »
« Oui, oui. Euh, oui, ça répond à ma question. Merci beaucoup, Dyrkri. »
« De rien. Si tu en as d'autres, j'y répondrai, comme convenu. » me dit-elle alors que je reste un peu sous le choc. Bon ben, sur le coup, je ne sais pas trop quoi dire en fait. Je réfléchis longuement aux questions que je pourrai poser mais non, il ne vaut mieux pas.
« Je vais me remettre en route, ça sera mieux, je crois. »
« C'est le cas. Tu ne vois pas que tout le monde a déjà pris de l'avance sur toi ? Pendant que tu réfléchissais à cela ? Il faut que tu accélères maintenant, Nev. Dépêches-toi, il vaut mieux. » continue de me dire Dyrkri, toujours sur un ton plus doux.
« J'y vais, j'y vais. Je me dépêche, oui. »
La journée va se passer tranquillement. Pendant que nous mangeons tous ensemble autour du feu, je réfléchis à ce que je dois faire maintenant. D'après ce que je sais, j'ai encore beaucoup de chemin à accomplir, énormément. Si j'ai réussi à battre Graudan, il ne reste plus que l'autre femme-pokémon. Mais ensuite, est-ce que ça sera réellement terminé ? Je me le demande sincèrement avant de réfléchir à tout ça.
« Devine qui c'est ! » s'écrie une voix derrière moi alors que deux mains me cachent la vue. Je n'ai pas vraiment besoin de deviner hein ? Des mains aussi douces, une voix toujours aussi belle à l'écoute, il n'y a qu'une femme pour cela.
« Titonée, tu as réussi à me trouver aussi facilement que ça ? »
Oui, une femme-pokémon. Je sens sa poitrine qui se presse contre ma nuque avant que la voix ne reprenne sur le même ton enjoué et tendre qu'avant :
« Bien entendu. Tu sais que depuis que l'on se connait, j'ai toujours gardé un lien très spécial avec toi. Qu'importe la distance qui nous sépare, je sais où te trouver, je sais ce qui t'arriver. Je sais tout ce qui se passe pour toi, Nev. »
Wowow. Ce n'est pas un peu le rôle d'une rôdeuse ? Ou d'une espionne ? Je me retourne pour la fixer mais j'ai juste sa poitrine en face des yeux, relevant la tête aussitôt. Non, ce n'est pas l'heure d'apprécier la vue. Elle me fait un grand sourire tandis que j'entends quelques grognements de la part de Giréléna. Je demande à Titonée :
« Tu peux m'expliquer un peu plus en détail ce que tu veux dire par ce lien ? »
« En tant que femme-Gardevoir, je peux décider d'avoir un lien jusqu'à la mort avec une personne de mon choix. Même auparavant, je n'étais jamais sûre qu'il soit le bon, malgré tout ce que je pensais. Je n'ai jamais pensé à ça. »
« Et là ? Tu t'es dit qu'avec moi, ça serait le cas ? Je ne comprends pas pourquoi. »
« Car tu es spécial, Nev ! Très spécial ! Je sais que tu es immortel, que tu ne mourras jamais, je sais que l'amour que je te porte sera éternel et rien d'autre ! »
Ça, c'est elle qui le dit. J'ai souvent faillit y passer. Elle exagère et pas qu'un peu. Mais bon, elle semble plus qu'enjouée et je me demande donc si ça passe ou pas. Hahaha, bon … pfiou, j'ai encore beaucoup de boulot à faire normalement.
Je pousse un petit soupir amusé alors que je lui demande ensuite si elle a faim. Elle me signale que oui, que la téléportation, ça use et qu'elle a aussi pris de quoi dormir. Ca sera sa première fois qu'elle dormira dans une tente et elle est excitée comme une enfant. Elle se tourna vers les autres femmes-pokémon puis vers Gilitée, tendant les bras.
« Coucou Gilitée ! Devine qui c'est ! »
« Ben c'est toi, Titonée ! Tu l'as dit à papa ! » réplique la jeune fille-pokémon tout en rigolant, Titonée faisant de même de son côté. Ah … deux grandes enfants visiblement. Mais bon, je n'ai pas trop à me plaindre à ce sujet.
Le repas se termine enfin et je regarde où se trouve alors Titonée. Où est-ce qu'elle va dormir ? Elle tente difficilement de monter sa propre tente. Elle a vraiment tout préparé ? Je trouve ça mignon et attendrissant bien qu'elle n'y arrive pas Malgré ses pouvoirs psychiques, elle n'est vraiment pas très douée tandis que je reprends la parole :
« Besoin d'aide, mademoiselle ? Je vous vois qui peine. »
« Un petit peu, monseigneur. Je n'arrive guère à planter tout cela dans le sol et à faire que la tente soit bien tendue. Pourriez-vous m'aider ? »
Hahaha, elle rentre dans mon jeu, j'aime bien cela. J'accepte en hochant la tête, amusé et attendri avant de me reconcentrer sur ce que je vois. Hmm, d'accord ? Aucun souci pour ça. Je commence à faire cela sans aucun problème.
« Oh ! C'est comme ça ? Il faut que ça ressemble à un carré ou un truc du genre. Et la tente me semble un peu trop grande même. »
Niny et Migacirpy sont déjà parties dormir. Mais bon, ce n'est pas bien grave, elles m'ont dit bonne nuit et je sais qu'elles ne veulent pas me déranger. Gilitée me regarde faire, toujours ravie de me voir monter une tente. Giréléna est là aussi tandis que Titonée regarde à l'intérieur de la tente, me disant doucement :
« Elle est trop grande pour une seule personne. Nev ? »
« Titonée, ce n'est pas vraiment possible. Pas besoin de savoir lire dans tes pensées pour comprendre ce que tu veux me proposer, je tiens à te le dire tout de suite. »
« Oh s'il te plaît, j'ai envie de voir aussi ta propre tente, après tout ce temps. »
Je refuse poliment. Je ne dois pas me laisser berner par cela. Gilitée nous regarde tous les deux, sans comprendre avant de s'exclamer :
« Bon ben alors, moi je dors avec Titonée ! Comme ça, elle n'est pas toute seule ! Papa préfère dormir avec Maman, c'est normal. Maman ? Est-ce que je peux dormir avec Titonée ? Elle me racontera tout plein d'histoires ! »
« Il est vrai que pendant tout ce temps où j'étais une noble de ma ville, j'avais un grand loisir qui consistait à lire bon nombre de livres. »
« Humpf. Tu peux y aller, Gilitée. » répond Giréléna. Et moi ? Je n'ai pas mon mot à dire ? Bon, Titonée apprécie grandement la petite et inversement. Je ne vais pas les empêcher de parler entre elles non plus. Je ne suis pas un monstre, loin de là.
« Tu peux y aller aussi, Gilitée. Par contre, Titonée, tu … »
« Oui, oui, je sais parfaitement. Je ne la fais pas trop tarder cette nuit. Je ne suis pas bête. »
Question de bon sens. Elle doit avoir son quota de sommeil tandis que je me pose la question, ça veut dire quoi ? Ce que je pense ? Je regarde Gilitée avant d'y penser :
« Est-ce que ça veut dire que je dormirai seul avec toi ? »
« Il semblerait bien, Nev. Ou alors, est-ce que ça te dérange tant que ça ? »
Je préfère ne pas y répondre. Nos nuits sont assez ombragées, je dois l'avouer. Mais bon, il vaut mieux que ça se passe ainsi. Gilitée vient m'embrasser sur la joue en me remerciant d'avoir accepté alors que je la regarde rentrer dans la tente avec Titonée.
« Je sens que je vais aller me coucher. J'ai eu une dure journée. »
« A ne rien faire pour ne pas changer, Nev. » me rétorque Giréléna. Oh, qu'elle ferme sa grande gueule. Même si nous n'avançons pas dans recherches, ça ne veut pas dire qu'on ne fait rien du tout. Il va falloir qu'elle se rentre ça dans le crâne.
Je me couche dans la tente, sans même chercher à savoir si elle vient dormir ou non. Trentes minutes passent et Giréléna n'est toujours pas là. Je me demande ce qu'elle fait. Une petite voix rigole en moi, une voix que je reconnais facilement. Quelques secondes plus tard, le rire disparait pour laisser place à la voix de Rygagagi :
« Ta fille est partie, il est l'heure de jouer pour les grands, n'est-ce pas ? »
Qu'est-ce qu'elle… je n'ai pas le temps de terminer ma phrase que déjà une fumée s'échappe de mon corps, prenant alors la forme d'une personne que je connais bien. Rygagagi ! Et ce n'est pas une adolescente que j'ai mais une femme sous toutes ces formes et avec ces dernières. Gloups, vraiment ?
« Rygagagi, vraiment, non, non, si j'ai dit non à Titonée, c'est non à toi. »
« Tu es sûr de ça ? Je connais tous tes points faibles et sans avoir besoin de lire dans tes pensées, tu t'en doutes, n'est-ce pas ? »
« Oui et ma réponse reste non quand même. Je ne suis pas un morceau de viande hein ? Pourquoi est-ce que toutes les femmes-pokémon veulent ça ? »
Je connais la réponse. Elles ont des envies, des besoins, tout ça. Et je n'ai pas le temps de réagir que Rygagagi est à quatre pattes au-dessus de moi, sa poitrine généreuse ballotant devant mes yeux, dans ce tissu qui est moulant, beaucoup trop pour moi.
« Oh, il y aurait tellement d'explications que cela prendrait une éternité pour te répondre. Mais nous savons aussi bien l'un que l'autre que l'éternité, c'est long ? Donc ne perdons pas trop de temps par rapport à cela. »
« Je peux savoir ce que vous foutez tous les deux ? »
Giréléna ! Je tente de sursauter mais ma tête s'engouffre dans la poitrine de Rygagagi. Snif, snif … c'est moi ou il y a une bonne odeur ? De lavande ? Ca sent bon, très bon même. Hmm … mais ça ne vient pas de Rygagagi. Je tourne un peu ma tête pour regarder Giréléna.
Elle a une fleur dans les cheveux et hum ? Je remarque d'ailleurs que ses cheveux sont secs mais … bien peignés. Un peu comme si elle avait été se laver. Ah oui, surement, ça doit être pour ça l'odeur. Elle a décidé d'aller se laver. C'est normal et logique en soi.
Hum ? Elle a aussi quitté son bustier noir pour une robe de chambre blanche qui met bien en valeur sa poitrine. Elle a d'ailleurs deux boutons ouverts sur les cinq, laissant place à l'imagination sans pour autant trop en dévoiler. Mais en fait, c'est surtout ça. Une robe de chambre sur une femme-Giratina. Je n'y avais jamais pensé auparavant.
Mais ça lui va plutôt bien. En fait, là, elle a la tenue pour dormir et je la trouve plutôt belle et très charmante. Wow, je suis vraiment sous le charme, je dois avouer. Mais depuis quand elle avait cette robe de chambre ? Je ne l'ai jamais vue auparavant.
« Rygagagi, dégages de là et retourne dans le corps de Nev. »
« Sinon, quoi ? Que comptes-tu faire exactement ? » demande Rygagagi. HEY ! Je ne veux vraiment pas de bagarre maintenant ! Hors de question ! Je m'exclame :
« Stop. Je ne veux rien de tout ça. Giréléna, tu sens très bon. Ca sent la lavande. Rygagagi, s'il te plaît, je t'ai pourtant dit que… »
« Oui, que tu ne me donnerais rien mais qu'il fallait que je vienne chercher par moi-même. Ne t'en fait pas. Giréléna parlait que je rentre en toi. Je trouve cela trop basique. Nous devrions plutôt inverser les rôles, non ? »
Qu'est-ce qu'elle raconte ? HEY ! Je suis en train de rougir encore une fois car je sais de quoi elle parle mais non ! NON ET NON ! J'ai dit non ! Je ne veux pas de ça ! Je commence à prendre une profonde respiration puis dit sur un ton intimidant :
« Rygagagi, rentres en moi. Giréléna, ne t'emporte pas. Tu peux venir dormir aussi. »
« Ne me dit pas ce que je dois faire ou ce que ce que je ne dois pas faire ! »
Rygagagi a un petit rire avant de disparaître à moi comme si de rien n'était. Giréléna vient se coucher dans mon dos. Ne la regardant pas, je ferme les yeux, cherchant alors le sommeil. Vraiment, ces femmes-pokémon, elles sont obligées de se disputer.
« Nev, est-ce que tu dors ? » me chuchote Giréléna. Je ne suis pas d'humeur à lui répondre. Les disputes incessantes ont eu raison de moi pour la journée.
Pourquoi est-ce que je lui parlerai ? Pourquoi est-ce que je le ferai ? Je ne vois pas de raison. Elle ne le mérite pas. Elle est venue m'agresser directement en rentrant dans la tente pour ne pas changer de son habitude. Un moment, il ne faudrait pas trop pousser.
« Fais chier, Rygagagi. Dire que j'avais fait exprès de mettre cette tenue et de me faire propre et belle puisque pour une fois, Gilitée n'était pas là. Et voilà le résultat ! » dit-elle en s'exclamant, ravalant un sanglot avant que je n'entende plus rien. J'ai un peu mal au cœur. Elle a vraiment fait ça pour moi ? Est-ce qu'elle pense vraiment que c'est encore possible ?
