Chapitre 3 : Disparaître sous les flots

« Giréléna ? Giréléna ? Il faut que tu te réveilles. »

« J'en ai pas envie. Je veux juste dormir et qu'on ne me réveille plus, c'est tout. »

Je commence doucement à la secouer, j'ai encore en mémoire ses dernières paroles. Ça me perturbe toute cette histoire. Qu'est-ce que je dois faire ? J'ai l'impression de passer pour un enfoiré de bas étage. Je soupire avant de dire :

« J'ai voulu te préparer à manger, tu es sûre que tu n'as pas faim ? »

« Ca peut attendre. Les autres ne mangeront jamais tout, de toute façon. » dit Giréléna. Hum, ça a l'air vraiment plus grave que je ne le pensais. Mais voilà, j'aime aussi me battre pour des causes qui semblent perdues et désespérées. Je lui chuchote doucement dans l'oreille.

« Tu ne sais pas ce que tu rates. Surtout que je l'ai préparé rien que pour toi. »

Une réaction de sa part, hahaha. Je la vois qui gesticule un peu, sans pour autant ouvrir les yeux. Elle ne me regarde pas et me tourne toujours le dos. Elle marmonne :

« Pour moi ? Pourquoi est-ce que tu ferais ça ? J'ai rien fait pour toi et inversement. Où est le piège ? Qu'est-ce que tu veux de moi et … »

« Manges donc et tais-toi avant que ça refroidisse. Gilitée et Titonée sont encore endormies. Niny et Migacirpy sont parties se promener. Je ne pensais pas ça. »

Je m'exprime mal, très mal mais je pense que j'ai réussi à éveiller son attention. Elle renifle un peu puis décide d'ouvrir ses yeux. Elle regarde le petit plateau que je lui tends. Bon, normalement, une boisson chaude, quelques viennoiseries que j'avais décidé de cacher pour qu'elle ne les trouve pas et voilà, elle a un faible sourire avant de dire :

« C'est pour moi ? Ça ? Pourquoi tu le ferais ? »

« Pour aucune raison. Peut-être juste parce que tu n'étais pas la poitrine à l'air cette nuit pour dormir ? Ça me semble légitime non ? »

« Je suis sûre que tu as entendu ce que j'ai dit hier, tu peux avouer. »

Non, je n'avouerai rien. Je ne lui dirai rien. Son sourire devient un peu triste alors qu'elle commence à manger, en silence. D'abord avec lenteur, puis de plus en plus vite, comme à son habitude. Voilà, c'est mieux, beaucoup mieux. C'est une goinfre, ne l'oublions jamais.

« C'est toujours aussi bon quand tu cuisines. Je ne sais pas comment tu fais. »

« De l'expérience, des années maintenant, dans ce domaine. Après, je ne suis pas un maître cuisinier, n'exagérons pas non plus hein ? »

« Je n'ai pas dit ça mais ... merci. C'est très bon. » termine-t-elle de dire alors que je la laisse manger en silence. Voilà qu'elle oublie un peu ses peines, ça ne peut que lui faire du bien.

Ailleurs, dans un endroit aux mille fleurs et au marbre blanc se dessinant sur le sol, une femme-pokémon était à genoux sur ce dernier. Des écailles rouges lui parcourant le corps gigantesque, elle avait la tête baissée, le front posé sur le sol tout en disant :

« Déesse Harsia ! Je vous en prie ! Cette folle de Ganasia s'est mêlée de ce combat ! »

« Est-ce que tu insinuerais alors que tu es incapable de la contenir en même temps que le héros ? Est-ce cela que tu insinues envers moi ? Est-ce une preuve de ta faiblesse ? »

« Non ! Non ! Je ne veux pas dire cela, déesse Harsia ! Je n'oserai pas ! »

« Alors, pourquoi te présentes-tu devant moi en cherchant de telles excuses ? »

« Ce n'était pas des excuses, je, je ne faisais qu'établir des faits ! »

Visiblement, la déesse ne semble pas se contente de telles paroles. Tapotant doucement du pied sur le sol, le marbre se fissure néanmoins à chaque battement alors que Graudan n'arrive pas à relever la tête pour tenter de faire face à la femme-pokémon qui règne sur le monde. Finalement, une autre voix se fait entendre :

« Déesse Harsia, Graudan n'est pas à punir. Même si sa faiblesse est une preuve que le héros est encore plus puissant qu'on ne le croyait, le fait qu'elle fût dérangée par Ganasia est ce qui lui a fait se déconcentrer malheureusement. »

« Qu'insinues-tu par-là ? Que je ne dois rien lui faire malgré son échec ? »

« Je n'ai guère dit cela, déesse Harsia. Néanmoins, laissez-la se reposer pour qu'elle ait une seconde chance, qu'en pensez-vous ? »

« Et pendant ce temps, je dois laisser Nev se promener librement dans ce monde et empêcher tout ce que je prépare pour ravager ce monde ? »

« Non, je vous rappelle qu'il y a quelqu'un d'autre qui peut aller l'arrêter. »

La femme qui s'adressait à la déesse Harsia avait tout d'une humaine. De longs cheveux verts, des yeux dorés et brillants comme des étoiles, elle était recouverte de la tête aux pieds, ne laissant guère réellement paraître son corps. Néanmoins, une telle chevelure pouvait paraître anormale en vue de la longueur. Elle reprit la parole :

« Pourquoi ne pas lui demander de venir ? Elle sera à même de se présenter. »

« Je la connais déjà mais oui, appelles-là. »

Autant que cela soit fait, n'est-ce pas ? La femme à la chevelure verte hoche la tête avant de s'éloigner. Quelques minutes plus tard, le sol se remet à trembler avant qu'un rire ne se fasse entendre, tourné en direction de Graudan toujours à genoux :

« Ben alors Graudan ? Il paraitrait que tu t'es prise une branlée de la part du héros ? Comme quoi, tu fais la fière, tu fais la fière mais rien du tout hein ? On voit les résultat, hahah ! »

« La ferme ! KYOURGE ! SINON JE TE … »

« Tututut, tu devrais éviter de crier lorsqu'il y a la déesse Harsia non-loin hein ? Tu ne voudrais quand même pas la mettre en colère en réagissant de la sorte, hein ? »

Elle était en train de jouer avec ses nerfs. L'unique solution possible dans un tel cas, c'était de l'ignorer mais impossible, c'était tout simplement impossible ! Mais comment faire pour lui clouer le bec à cette garce ? Elle ne pouvait pas lever les yeux. Si elle faisait cela, c'en était fini d'elle et la voix d'Harsia résonna à ses oreilles :

« Kyourge, dois-je te rappeler où tu te trouves ? »

« Pardonnez-moi, déesse Harsia. C'est juste que la situation est tellement plaisante à voir. »

« Tellement plaisante ? Est-ce que tu insinuerais que voir ton alliée se faire battre aussi violemment est une bonne chose ? Plaisanteras-tu à ce sujet ? »

« Non, non ! Nullement ! Ooooh. Comment est-ce que je peux dire ça ? Graudan est une brute sans cervelle, qui ne réfléchit jamais. Elle pensait réussir à battre le héros si facilement. Je trouve ça bien dommage de voir que ce n'est pas du tout le cas. »

« Et tu trouves donc que tu peux rire de la sorte devant moi ? » demande la déesse Harsia alors que Graudan exulte intérieurement. OUI ! Qu'elle paye ! Qu'elle se fasse violentée par la déesse Harsia ! C'est tout ce que mérite Kyourge ! Elle ne peut pas comprendre ce qui s'est passé ! Toute cette puissance qui émanait de Nev ! Et Rygagagi !

« Pardonnez-moi, déesse Harsia. Que désirez-vous de moi ? »

Kyourge avait posé un genou au sol, ne disant rien du tout. Il valait mieux maintenant attendre que la déesse Harsia prenne la parole pour donner ses ordres :

« La même chose qu'avec Graudan, tu dois t'en douter. »

« Exterminer le héros ? Cela me semble un peu basique non ? Ce n'est pas parce que Graudan n'y est pas arrivée que moi-même, je dois me … »

« Est-ce que tu mettrais en doute ma parole ? »

Oooooh ! Elle est vraiment de mauvaise humeur la déesse. Hum ! Puis à voir l'état de Graudan, ça ne peut pas être qu'à cause de cette histoire avec Ganasia. Il doit quand même être assez puissant. D'après ce qu'elle avait dit, Rygagagi s'en était mêlée aussi.

« Elle est si puissante que ça, Graudan ? » demanda-t-elle en se tournant vers la femme toujours à genoux, le visage baissé, le ton étant beaucoup moins amusé.

« Terrifiante. Vraiment terrifiante. Elle est plus forte que nous deux. Elle est au moins à son niveau … peut-être même à celui non … ce n'est pas possible pour ça. »

« Du niveau de la déesse Harsia ? Tu ne raconterais pas des conneries devant elle, c'est que tu le penses sincèrement. Alors si c'est comme ça, déesse Harsia ? »

« Hum ? J'avais l'impression que tu m'ignorais. Oui ? » demande la déesse Harsia, fixant la femme-Kyogre avec une lueur de soupçon dans le regard.

« J'accepte même si vous ne me laissez pas le choix d'aller éliminer le héros ! Je me chargerai de le faire disparaître de la surface de la planète ! »

« Rien que ça, n'est-ce pas ? Amusant, très amusant. Et n'hésite pas à utiliser les flots et à balayer les continents si nécessaire. »

« Hahaha, un combat aquatique serait très intéressant comme concept, déesse Harsia, mais j'ai envie de le battre sur sa surface, pour encore plus le ridiculiser. Ça sera bien mieux. Graudan a eu la mauvaise idée de croire qu'en étant sur son propre domaine, elle pouvait régner en maîtresse et pouvoir le battre facilement. »

« Je n'ai pas été trop présomptueuse ! Je gagnais aisément avant que ça dégénère ! »

Kyourge eut un petit rire amusé avant de tapoter de son pied griffu le sommet du crâne de Graudan. Celle-ci poussa un râle de colère, se redressant avant de lui présenter son poing. Comprenant qu'elle venait de désobéir à la déesse Harsia, elle hoqueta de surprise mais ce fut Kyourge qui vint lui dire d'une voix amusée :

« Soignes-toi. Car quand je reviendrai en tant que grande vainqueur, faudra que je t'éclate la face une bonne fois pour toutes. Pendant ce temps, tu me fais plus pitié qu'autre chose. »

« Tu verras ! Tu ne reviendras même pas en vie ! J'en ai donc plus rien à faire ! »

« Ne plus revenir en vie ? HAHAHAHA ! Je ne suis pas aussi faible que toi ! Déesse Harsia, je m'en vais dès maintenant. »

« Fais donc et ne reviens pas avec une défaite. Je ne tolèrerai guère cela. »

Pour toute réponse, Kyourge hoche la tête positivement avant de quitter la scène. La déesse Harsia reporte son regard sur Graudan, celle-ic le remarquant, se remettant à genoux.

« Tu peux te relever. Voir Kyourge réagir de la sorte a annulé mon courroux. Néanmoins, si cela devait se résulter par un échec, je ne donnerai pas cher de votre peau à toutes les deux. J'envisage déjà un combat à mort entre vous. La gagnante ? Elle sera tuée de mes propres mains, ce qui est en quelque sorte une récompense, n'est-ce pas ? »

« Com, compris, déesse Harsia. Je vous demande l'autorisation d'aller panser mes blessures dans un coin. Je vous remercie de votre clémence. »

« Fais donc maintenant. J'ai à faire et à discuter. » déclare Harsia en se retournant vers la femme aux cheveux verts. Celle-ci hoche la tête, laissant partir Graudan, restant seule alors avec la déesse Harsia. La femme à l'imposant anneau dorsal la fixe, comme pour lire dans son esprit bien que celui-ci était complètement fermé. Quelques instants plus tard, les voilà toutes les deux qui discutent d'un seul et même sujet : le héros de la déesse, Nev.

« Oh ! Maman ! Tu es déjà réveillée ? Et papa aussi ? »

« Bien entendu, par contre, toi, il va falloir que je dise quelques mots à Titonée. Il me semble que tu as été très tard au lit, non ? »

Comme gênée, la petite fille détourne le regard pour ne pas avoir celui de sa mère en face d'elle. Puis subitement, elle lui demande d'une voix amusée :

« Maman, maman ! Est-ce que toi et papa, vous avez fait la paix hier ? T'as l'air toute contenter et joyeuse, encore plus que d'habitude ! »

« Disons que, c'est un peu compliqué, ma petite Gilitée. Mais ça va un peu mieux, je peux te le promettre. Tu me fais confiance ma puce ? A ce sujet ? »

« Ben oui, maman ! Je te fais toujours confiance car tu es ma maman, voilà tout. »

« Alors tu as parfaitement raison. Viens par là. Nev ! »

Voilà qu'elle m'appelle. Je m'approche de Giréléna qui a Gilitée dans ses bras. Qu'est-ce qu'il y a ? Je n'ai pas le temps de penser plus longtemps que Gilitée vienne vers moi. Giréléna me fait un petit sourire presque tendre. Qu'est-ce qui se passe ?

« Elle n'est pas belle notre fille, non ? »

« Bien sûr que si, Gilitée est la plus belle fille-pokémon qui existe dans ce monde. » dis-je, un peu toujours étonné. Il faut dire que je ne pensais pas avoir un tel sourire mais aussi une telle question. Enfin, je ne vais pas mentir.

« J'aime bien quand maman et papa me disent que des gentilles paroles. »

« Car nous le pensons tous les deux, n'est-ce pas ? Nev ? »

« Si je ne le pensais pas, je ne lui ferai pas de petits bisous partout à ma petite fille adorée. »

Et voilà que je l'embrasse sur les joues alors qu'elle rigole, tentant de les esquiver en mettant ses mains. Est-ce que je donne vraiment l'impression d'être une famille unie avec Giréléna et Gilitée ? Je me le demande. Est-ce qu'il y a vraiment une chance que ça soit possible ?

« Papa ? Est-ce que tu m'aimes ? Et est-ce que tu aimes maman ? »

« Bien entendu que je t'aime ma puce, tu ne devrais jamais poser la question si tu connais la réponse, d'accord ? Tu es mon trésor à moi. »

« Et pour maman ? Est-ce que tu l'aimes aussi ? » me demande-t-elle. Je pensais avoir réussi à détourner la question. Je ne sais pas du tout. Je n'arrive pas à la haïr concrètement. Et Giréléna semble aussi attendre une réponse. Je ferai mieux de ne pas trop faire durer ça.

« Je ne la détestes pas, Gilitée. Ta maman restera une personne unique pour moi. » admets-je avec lenteur. Je n'ai pas envie de faire souffrir Giréléna pour le moment, c'est mieux.