Chapitre 15 : Sans rien
« Nev ? Je t'avais promis que nous nous occuperions de toi. »
Rygagagi ? Je n'ai pas de temps à perdre avec ces idioties. Je pousse un léger soupir en regardant devant moi. Qu'est-ce qu'elles me veulent ? En fait, où est-ce que je suis ? Les trois filles et la jeune femme m'observent toutes les quatre, une aura se formant autour d'elles. Une aura ténébreuse, terrifiante et inquiétante.
« Je peux savoir ce que vous faites exactement toutes les quatre ? »
« Tu ne voulais pas nous écouter. Nous allons alors te découper en morceaux et te reconstruire, non ? De toute façon, tu as l'habitude de mourir. Et puis, tu n'es qu'un simple outil. Lorsqu'il est usagé et inutile, il est alors normal de le jeter et de le remplacer non ? »
« Qu'est-ce que vous racontez toutes les quatre ? Rygagagi ! Pourquoi tes sœurs ne parlent pas ? Et c'est quoi cette blague ? Je ne me laisserai pas faire ! »
« Tu ne peux rien faire plutôt, Nev. Tu es paralysé. Viens par là. »
Je ne crois pas ça ! Elles ne m'auront pas ! Elles n'ont même pas envie de coucher avec moi ! Je sens cette aura meurtrière qui se forme autour d'elles ! Elles veulent vraiment me tuer ! J'en suis certain ! Je n'irais pas me faire tuer ! HORS DE QUESTION ! Je pousse un hurlement et je me réveille en sursaut. Giréléna ouvre aussitôt ses yeux, son visage collé au mien, me regardant de ses yeux saphir. Elle me demande :
« Qu'est-ce qui se passe, Nev ? Tu cries comme ça ? Tu as vu l'heure ? »
« Rygagagi ? Et les autres ? Où elles sont ? Elles ne veulent pas me tuer ? »
« Qu'est-ce que tu racontes donc là ? Te tuer ? Tu ...mais tu es en sueur ? Bon, attends un peu quand même, toi. Tu n'as pas l'air d'aller bien. »
« Je vais très bien ! Ne t'en fait donc pas pour moi et ... »
« Est-ce que je dois te croire, Nev ? Viens par là. »
Qu'est-ce qu'elle fait ? Je ne veux pas avoir du sexe, je ne veux pas de ça et … hein ? Elle me garde encore contre elle. Comme la dernière fois, comme il y a peu. Ma tête est logée contre sa poitrine, toujours recouverte par cette chemise de nuit.
« Voilà. Ne bouge plus et reposes-toi, d'accord ? »
« Qu'est-ce qui se passe avec moi ? Mais qu'est-ce qui se passe, Giréléna ? Qu'est-ce qui se passe hein ? Il se passe quoi ? »
« Juste un petit souci existanciel, ça arrive à tout le monde. Pourquoi je suis né ? Pourquoi est-ce que je vis ? Pourquoi est-ce que je fais ci ? Pourquoi est-ce que je fais ça ? Tant de questions sans pour autant avoir les réponses. »
« Ce n'est pas de ça dont je parle, Giréléna ! Pourquoi est-ce que les femmes-pokémon sont comme ça ? Pourquoi est-ce que les humains aussi ? Je sais bien que vous devez vous montrer fortes pour que les humains ne profitent pas de vous et inversement mais … mais … moi ? »
« Qu'est-ce qu'il y a avec toi, Nev ? Tu n'es pas différent, non ? »
« Je le suis. Je le sais parfaitement que je le suis. Pourquoi est-ce que Dyrkri voudrait de moi ? Pourquoi est-ce que la déesse Harsia veut me tuer ? Pourquoi est-ce que je possède ces pouvoirs ? Est-ce que je suis vraiment humain ? Est-ce que tu le savais ? Est-ce que tu en as profité ? Est-ce que tu voulais juste t'amuser avec moi ? Est-ce que ... »
« Tu parles beaucoup trop, Nev. Dans ces moments-là, je sais comment te faire taire. »
Et comment ça ? Je suis en train de parler à sa poitrine. C'est risible et pathétique de ma part, je le sais parfaitement mais bon … il en est ainsi et pas autrement. Je soupire et sanglote à moitié mais elle relève mon visage avec ses mains, me fixant de ses yeux bleus.
« Ferme les yeux, d'accord ? Et ne t'avise surtout pas de les ouvrir. »
Je m'exécute, tremblant de tout mon corps. Dyrkri n'est plus là, je ne vois plus rien. Est-ce qu'elle compte vraiment faire ce que je pense ? Je ne sais pas si je dois l'accepter. Est-ce que je dois l'accepter ou le refuser ? Et puis, je crois que mes doutes s'envolent puisque je sens son souffle chaud près du mien. Elle va vraiment le faire non ? Elle va ? Quelque chose se pose sur mes lèvres brièvement, ce n'est qu'un moment éphémère, vague, inexistant puis son crâne percute le mien, me faisant pousser un gémissement de douleur.
« Voilà comment je résoud les problèmes des autres. Un bon coup de boule ! »
« AIE ! Mais ça fait mal ça ?! Pourquoi est-ce que tu as fait ça? Je peux le savoir ? »
« Car tu m'as réveillée en pleine nuit alors que je dormais paisiblement ! Voilà pourquoi ! Tu as d'autres questions ou tu comptes dormir ? »
« Je me doutais bien que ça ne servirait à rien de discuter avec toi. Comme si tu étais de bon conseil. Ça se saurait si c'était le cas. »
Je marmonne cela dans ma barbe, ne disant plus rien d'autre alors que je reste logé contre son corps. Je m'installe bien et referme mes yeux, cherchant à retrouver ce sommeil que j'ai perdu. Je n'y arrive pas du tout et Giréléna commence à chantonner, ne disant aucune parole, suivant juste un rythme doux qu'elle murmure entre ses lèvres. Elle me caresse le dos et mes cheveux de ses doigts fins tandis que je me sens soulagé.
Je n'arrve pas tout de suite à dormir et quelques minutes plus tard, ma respiration se fait un peu plus lourde. Je sens que ce n'est qu'une question d'instant. Qu'après cela, je plongerai dans le sommeil. Quelque chose se pose sur mon front. La même douceur que sur mes lèvres auparavant. Les mains cessent de me caresser le dos et les cheveux en même temps que le petit chantonnement s'arrête. Je n'entend plus que la respirations de Giréléna au moment où elle me souhaite de bien dormir et qu'elle veillera sur moi, même si je devais tout perdre. Je … me sens si bien maintenant. Je crois que je vais dormir sans même me poser de question maintenant. Cela me fera le plus grand bien visiblement. Dodo … l'enfant do.
Le lendemain, je sais que je n'ai pas fait de cauchemar. C'était même tout le contraire. Je me suis imaginé une vie paisible, loin d'Harsia et de tout le reste. Mais cette vie n'aurait pas été faite en solitaire. J'aurai eu Giréléna à mes côtés et Gilitée aussi. Lorsque je me réveille, les lèvres de Giréléna sont si proches des miennes.
« Si je ne le fais pas maintenant, je ne pourrai pas le faire une autre fois. »
Voilà, mes lèvres sont sur les siennes. Pour la première fois, j'y goûte et je les savoure. Elles sont délicieuses, je m'en délecte et je n'ai pas envie de les quitter. Mais il faut éviter de trop en faire, je ne dois pas exagérer sinon …
Voilà, c'est fait. J'ai retiré mes lèvres et je me demande si je n'ai pas profité de la situation. Est-ce que Giréléna a peut-être trouvé quelqu'un d'autre entre temps ? Et entre nous, je me dis que nous ne sommes jamais embrassés, même pendant l'acte, enfin ma première fois. Enfin, la sienne aussi, d'après ce que j'ai cru comprendre.
« Hmmm, qu'est-ce qui se passe ? C'était quoi ? »
« Rien du tout, Giréléna, rien du tout. Tu as bien dormi ? »
« Oui mais c'est bizarre. J'ai eut du mal à respirer, c'est ce qui m'a réveillé. Enfin, hmmm, tu en profiterais pas un peu, Nev ? En restant contre moi alors que tu es réveillé ? »
« Évites donc de dire des sottises, tu sais bien que je ne suis pas comme ça. J'attends que tu sois bien debout et ensuite, je te demanderai de me libérer, d'accord ? »
« Pas avant que tu me dises si ça va mieux par rapport à cette nuit. »
« Ca va mieux, ça va beaucoup mieux. » marmonne-je, encore un peu gêné. J'ai pas trop envie d'en parler mais surtout, il faut que je discute avec Rygagagi et ses sœurs.
« Est-ce grâce à moi que tu vas mieux, Nev ? » me dit-elle sur un petit ton mutin.
« Bien sûr que oui. Qui voudrais-tu que ça se soit d'autre hein ? Réfléchis un petit peu, Giréléna. Tu es la seule que je connaisse actuellement dans cette tente et ... »
« Tu es bien sincère ce matin. Ce n'est vraiment pas déplaisant. Nev ? Tu veux rester un peu plus longtemps dans mes bras ? Considères ça comme une récompense pour m'avoir dit la vérité. Tu n'auras pas d'autres occasions. »
« Est-ce que j'ai le temps d'y réfléchir ? »
« Une dizaine de secondes tout au plus. Dix … neuf … huit … sept ... »
« Pff, tu connais ma réponse de toute façon. »
Elle s'apprête à me libérer mais je reste logé contre ses seins. Après ce que j'ai fait de toute façon, je n'ai pas vraiment à me mentir sur le coup. Je me sens désespérément seul. Alors bon, je ne devrai avoir aucune réticence à ça. Aucune, oui.
Lorsque je sors de la tente, je sais que je suis rouge aux joues mais Giréléna l'est encore plus. Elle est focalisée sur mon visage mais surtout sur mes lèvres. Est-ce qu'elle se doute de quelque chose ? J'espère vraiment que non. J'ai pourtant tout fait pour ne pas être repéré, ce n'est pas que pour maintenant, ça soit déjà trop tard. Je ne veux vraiment pas ça !
« Coucou maman, coucou papa. Est-ce que vous avez bien dormi ? Papa ? Tu vas mieux ? »
J'ai encore mes pouvoirs. Je peux encore vaincre cette femme-pokémon. Je peux aussi vaincre Kyouge. Je peux toutes les vaincre si je le désire. Je peux y arriver. Je réceptionne la petite fille-Giratina dans mes bras avant de lui répondre :
« Bien entendu. Je vais bien mieux. Tu peux remercier ta mère pour ça. »
Elle écarquilla les yeux puis se tourne vers Giréléna. Celle-ci n'ose pas regarder sa propre fille qui lui demande aussitôt avec entrain :
« Maman, maman, c'est vrai ? C'est bien toi qui a soigné papa ? Tu as fait comment ? »
« J'ai juste veillé sur lui, Gilitée. Rien de plus. Mais oui, papa va bien mieux. Par contre, il faudra qu'il dorme encore une nuit voire deux avec moi. »
« D'accord, maman. Je comprends. Comme ça, papa, il ira vraiment encore mieux. »
Si seulement il suffisait que je dorme avec Giréléna pour que ça se fasse ainsi. Mais bon, une telle candeur de la part de Gilitée ne me surprend pas et j'en souris.
« Ne t'en fait pas, papa ne posera plus jamais aucun problème, je te le jure, ma petite puce. »
« Si tu me le promets alors ça va beaucoup mieux papa, je m'inquiète pas alors ! »
« Hahaha, je savais que je pouvais te faire confiance, Gilitée à ce sujet. Bon, aujourd'hui, nous avons encore beaucoup de chemin à faire, je tiens à le signaler. »
« Ah bon ? Comme quoi, Nev ? » me demande finalement Niny. Je ne l'entend presque plus depuis qu'elles ont arrêté de se focaliser sur moi.
« On part trouver Kyougre et je m'en occuperai alors de son cas une bonne fois pour toutes, voilà tout. C'est aussi simple que cela. »
« Ce n'est pas très dangereux ? Il faut quand même faire attention. Et surtout, est-ce que tu vas mieux par rapport à tes pouvoirs ? Hier, tu étais totalement différent. »
« Je vais surement devoir compter sur vous pour retrouver un peu de force. Il va falloir que je m'entraîne ou que je fasse quelque chose par rapport à mon pendentif. »
« C'est tant mieux si tu te concentres dessus, oui ! Et puis, tu sais bien que tu pourras avoir toute l'aide que tu veux non ? » me dit Migacirpy, un sourire aux lèvres. Les femmes-pokémon semblent aller mieux après un rapide coup d'oeil vers leur direction. BON ! Tant mieux en un sens, je ne peux qu'apprécier cela. Mais je sais que ce n'est pas suffisant.
C'est à moi de faire des efforts. D'abord Kyourge, ensuite cette femme-pokémon aux cheveux verts puis enfin Harsia. Si j'établis un tel ordre, je pourrai alors y arriver, j'en suis certain ! Il faut juste que j'arrive à croire en mes capacités.
« Rygagagi ? Est-ce que … le pendentif est réparable ? »
« Bien sûr que oui. Et par tes propres mains si nécessaire. Tu en as la capacité. Est-ce vraiment cela que tu veux me demander ? Voire nous demander ? »
« Pas seulement mais … je pense que ça peut attendre plus tard. »
« Non, je préfère que tu me le dises maintenant. Mes sœurs écoutent aussi. Parles donc. »
« J'ai rêvé que vous alliez me trahir et chercher à me tuer. C'est fou, n'est-ce pas ? »
« Et est-ce que tu penses sincèrement que nous le ferions, Nev ? » me demande Rygagagi avec une neutralité absolu, aucun changement dans sa voix.
« Non, pas du tout … mais avec l'insécurité de ces derniers jours, je crois que j'ai fait de sacrés cauchemars si je peux me permettre de le dire. »
« Alors cela va bien. C'est mieux que ça soit de nous que tu cauchemardes plutôt que de Giréléna ou les autres non ? D'ailleurs, tu n'as jamais cauchemardé à ce sujet ? »
« Par rapport à Giréléna ou les autres ? Non, jamais. Je ne vois pas pourquoi cela devrait m'arriver. Il y aurait quelque chose de spécifique ou quoi ? »
« Tout simplement que tu leur fais une confiance aveugle, même à Giréléna. »
L'intéressée préfère ne pas répondre à la remarque de Rygagagi. Je fais de même. Je n'ai pas envisagé le cauchemar de cette façon, pas du tout. Je ne peux qu'espérer que ça ne se reproduise pas demain. Enfin, si Giréléna me refait le traitement comme ce matin, je n'ai pas de quoi être vraiment inquiet, je devrai dormir comme un bébé.
« Bon, parlons plutôt de ton pendentif. J'ai bien différentes façons de le réparer mais qu'importe la méthode utilisée, cela risque de te fatiguer d'une façon trop importante pour que l'on puisse l'ignorer. La seule chose que je peux te conseiller, c'est tout simplement d'en finir d'abord avec Kyourge, sans ton arme, pour apprendre à encore mieux manipuler tes propres pouvoirs. Dyrkri n'était plus là, tu ne peux pas compter sur elle. »
« Je le sais mais … mes propres pouvoirs ? »
« Allon bon, Nev. Tu ne t'en doutais pas ? Tu es un homme-pokémon, l'unique, d'ailleurs. »
Hein que quoi ? Qu'est-ce qu'elle raconte là ? Je me doutais bien que c'était étrange que j'ai des pouvoirs mais d'où ils provenaient ? Hein ? Je me demande si j'ai bien entendu ou non. Un homme-pokémon ? Qui ? Moi ? Giréléna me regarde d'une telle façon que je pourrai lire sur son visage « Dans le fond, cela ne faisait aucun doute. ». Je sais bien que j'étais spécial mais pas à ce point ! Je suis … un homme-pokémon ? Comme Giréléna et les autres ?
