Chapitre 16 : Envie de meurtre

« Est-ce que tu veux bien répéter ? »

Mais qu'importe, elle me dit toujours la même chose. Les heures sont passées tandis que je suis couché dans la tente, tourmenté par tout ça. J'ai du mal à trouver le sommeil ce soir. Je ne crois pas que j'arriverai à dormir. Le lendemain matin, je sais que j'ai une sale tête, malheureusement. Je ne veux pas les embêter avec ça.

Un homme-pokémon ? Moi ? Est-ce que tous les héros le sont ? Est-ce différent pour moi ? Je ne sais pas du tout, je suis plus que perdu à cause de tout ça. Je suis un homme-pokémon. Un homme-pokémon. Ca existe vraiment ça ? C'est ça ? Je suis ainsi ?

« Nev ? Arrête de te tourmenter à ce sujet. »

Giréléna peut bien parler ! Elle peut me parler mais ça ne change rien à la situation ! Rien du tout ! Qu'est-ce que je dois faire hein ? Je dois faire quoi ? Je suis plus que perdu, moi ! Elle reprend avec lenteur, me disant d'une voix douce :

« Que tu sois un homme-pokémon ne change rien à ce que tu fus auparavant. Tu es toujours le même, non ? Tu te trouves si différent maintenant ? C'est vrai ? »

« Non, non ! Pas du tout ! Je sais bien que je reste Nev mais … je suis un homme-pokémon. »

« Et alors ? Je suis une femme-pokémon. Gilitée sera donc la première fille-pokémon issue de deux parents-pokémon. Rien de si étonnant non ? Enfin, plutôt le contraire. C'est très étonnant et ça la rend encore plus unique ! »

Qu'est-ce qu'elle tente de faire ? De me réconforter ? Je ne dis pas non, je suis loin de ça. Mais quand même, en même temps, enfin bon, je ne vais pas me plaindre du fait qu'elle veuille bien me réconforter. Je lui murmure :

« Je ne devrais pas penser à ça. Je veux juste m'occuper de Kyourge. On verra ça plus tard. »

« Tu fais bien. De toute façon, je suis là. Les autres aussi si vraiment tu as un souci. »

Mouais, je ne suis pas franchement convaincu par la pertinence de ses paroles mais je ne vais pas la bouder. Elle tente réellement de me réconforter. Je lui prend la main et la serre doucement entre les miennes avant de dire d'une voix lente :

« Ne te préoccupe pas de tout ça. C'est mieux. On verra quand tout sera terminé. »

« Pourquoi pas ? De toute façon, là, pour l'heure, on ne peut rien y faire. On peut juste patienter et regarder tout ce qui se passe, non ? »

J'hausse les épaules et je lui fais un petit sourire. Je vois que Gilitée n'a pas pris la parole, inquiète pour moi. Je la regarde et la prend dans mes bras, lui disant que papa est comme elle. Elle me fait un grand sourire, ne semblant pas vraiment comprendre tout ce qui se passe. Mais bon, elle n'a pas à se préoccuper de tout ça. C'est moi qui m'en charge et personne d'autre ! Hahaha ! Est-ce que j'arrive un peu à la rassurer ? Je n'en suis pas certain.

« Nev ? Tu n'as jamais été fort dans un domaine. Tu as toujours été doué pour la diversité. C'est ce qui te rend si unique et appréciable. »

Je cligne des yeux, regardant autour de moi. J'ai cru entendre la voix de Dyrkri. Je sais qu'elle me manque mais pas quand même au point de la voir n'importe où non ? Je crois que le choc émotionnel joue sur ma santé mentale.

« Où est-ce qu'il faut se rendre maintenant, Nev ? »

« Ce n'est pas bien difficile. Regarde donc. »

Je désigne un cataclysme au loin. Oui, je peux parler de cataclysme en vue des vagues gigantesques que je peux voir. Malgré la distance, elles sont visible, ce qui veut dire que leur hauteur est tout simplement démentielle. Est-ce que Kyourge n'exagérerait pas un peu ? Je ne dois pas me préoccuper de ça mais surtout trouver un moyen de battre Kyourge. Je pousse un léger soupir avant de dire qu'il faut avancer.

Nous arrivons jusqu'à une petite ville portuaire. C'est donc ça qui m'attends, n'est-ce pas ? Je regarde devant moi, les gigantesques vagues en face de nous. Les citoyens et les femmes-pokémon tentent de fuir, certains tentent d'aider et tout le reste mais bon, pas de soucis.

« Est-ce que je peux compter sur toi, Géréci ? »

« OUIIIIIIIIII ! On y va tout de suite ! On gèle tout tout tout ? »

« Oui mais avant … QUE TOUT LE MONDE SE POUSSE ET SORTE DE L'EAU ! JE M'ADRESSE SURTOUT AUX FEMMES-POKEMON DE LA VILLE ! »

Je me doute que certaines ne vont pas m'écouter mais en même temps, s'il le faut, j'irai dégeler tout ça plus tard ! Du genre quand Kyourge sera complètement mise hors d'état de nuire, ce qui n'est pas prêt d'arriver si je ne me dépêche pas.

Mais voilà, je tends tout simplement la main en direction des vagues et je ne sais pas pourquoi, tout me semble bien plus naturel maintenant. L'eau se gèle subitement, sur sa globalité. C'est aussi simple que ça en fait ?

« Qui a fait ça ? QUI A PUT FAIRE UNE TELLE CHOSE ?! Et celles qui ont décidé de venir ravager cette ville aussi ? Gelées ? »

Cette voix, je ne l'ai entendue que très rarement mais je n'ai aucun mal à la reconnaître. Kyourge est là, je le sais, je le sens et … Le sol tremble subitement alors qu'une entité s'est écrasée devant mes yeux. Je dis aussitôt :

« Gilitée, recule donc. Ne reste pas trop loin de Titonée et des autres, d'accord ? On ne sait pas qui risquerait de se trouver dans les autres ruelles. »

« D'accord, papa ! Mais mais mais … quand est-ce que je pourrai vous aider ? »

« D'ici quelques années mais pas maintenant, tu es beaucoup trop jeune pour ça ! »

D'ici quelques années ? Je n'aurai pas la patience que cela dure aussi longtemps. Je me chargerai d'éliminer Harsia dans les semaines qui viennent. Mais pour le moment, je fixe Kyourge qui se redresse. Elle est aussi imposante que sa consoeur.

« Nev. Le héros qui a réussi à battre cette faible de Graudan. »

« Elle n'était pas si faible que ça. Elle a eut quelques soucis avec cette folle de Ganasia mais sinon, elle aurait été bien plus difficile à affronter. »

« HAHAHAHA ! Oh bon sang, vous vous êtes donnés le mot, n'est-ce pas ? Elle a prétendu exactement la même chose. Quel ennemi ose dire du bien de son adversaire ? »

« Celui qui estime que tout n'est pas blanc ou noir. Je ne suis pas forcément votre ennemi mortel mais si vous m'y forcez, je n'aurai aucun regret et je n'hésiterai pas alors à utiliser la force pour arriver à mes fins. Vous êtes prête ? »

Je me dois de la vouvoyer car elle est une adversaire aussi forte voire plus que Graudan. Je pense juste que c'est la méthode pour la battre qui diffère de l'autre. Je me tourne vers Giréléna et les autres, leur disant :

« On fait comme pour Graudan, d'accord ? Sauf que cette fois-ci, pas de Ganasia pour nous déranger donc on y va toutes. »

« Tu serais donc prêt à sacrifier ces femmes-pokémon pour espérer me battre ? »

Kyourge tente la manipulation mentale ? C'est pathétique de sa part. Ca ne marchera pas comme ça. Je sais parfaitement que Titonée, Niny et Migacirpy sont capables de tenir tête à cette femme-pokémon mais surtout de reculer si elles sont trop blessées. Je ne me fais pas d'illusions, elles sont fortes, très fortes ! Qu'importe ce que cette femme-pokémon tente de me dire. Je ne tomberai pas dans un piège aussi grossier !

Comme si c'était aussi simple. Mais bon, elles ne me répondent pas et hochent juste la tête pour me dire qu'elles ont parfaitement compris mon message. Tant mieux, on va pouvoir y aller alors. Je n'ai pas à retenir mes coups.

Alors que je me déplace en direction de Kyourge, je me retrouve soudainement projeté sur les ruines d'une maison. Je tente encore de saisir ce qui vient de se passer mais Rygagagi me ramène rapidement à la réalité, me disant :

« Pouvoirs psychiques, Nev ! Tu n'as rien put faire puisque Dyrkri n'est plus là ! »

« Pouvoirs psychiques ? Il n'y a qu'une personne qui est capable de faire ça. Enfin, de réussir à pouvoir me projeter de la sorte. »

Je ne veux pas y croire mais elle serai déjà de retour ? Je cligne des yeux, cherchant à retrouver mes cinq sens avant de regarder autour de moi. Rien du tout ? Je lève les yeux et je peux finalement l'apercevoir. Tyaunev est dans les airs mais sans son masque habituel de neutralité. Non, elle me regarde avec rage et colère. Elle me hait, n'est-ce pas ? Elle me hait de tout son cœur, je crois bien. Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ?

« Père … vous voilà donc. Nous nous retrouvons. »

« Disons plutôt que tu cherchais à me revoir, non ? Et tu as retrouvé ta forme d'auparavant, je suis un peu soulagé quand même, je le reconnais. »

« Père ? Je suis lasse de tout cela. La déesse Harsia n'a pas voulu répondre à mes questions, personne n'a jamais voulu me dire ce que je voulais. J'en ai assez. Je veux que l'on en termine une bonne fois pour toutes, vous et moi. »

« Je ne comprends pas du tout ce que tu racontes, Tyaunev. Qu'est-ce que tu veux dire par là exactement hein ? » demande-je, espérant que les autres ne sont pas trop inquiètes. Normalements, elles sont déjà prises dans le combat.

« Vous êtes mon père et rien d'autre. Vous êtes la seule personne rattachée à moi. Le reste importe peu. Je ne m'y attacherai pas. Je veux juste éradiquer toute présence autour de vous, pour briser toutes vos relations. Une seule suffit : la mienne. Vous n'avez pas besoin du reste. Vous ne croyez pas, père ? Qu'en pensez-vous ? »

« Qu'il faut que tu arrêtes ça, maintenant. Il n'y aura bientôt plus de retour en arrière. »

« Père ? Vous me semblez si différent. Pourquoi me dites-vous ça ? Je veux juste tuer quiconque se placera entre vous et moi. »

« Tu entends quand même ce que tu dis ? Je voulais te révéler quelque chose mais ... »

« Père, vous êtes un homme-pokémon. J'ai vraiment un père exceptionnel. Pourquoi est-ce que je devrai alors le partager ? Pourquoi devrais-je le prêter ? »

« Ce n'est pas une question de prêt ou non. Mais visiblement, tu peux lire dans mes pensées et tu sais parfaitement que je n'aime pas ça, non ? »

« NEV ! Est-ce que tu es là ? Nev ! » crie Titonée. Elle peut me retrouver grâce à ses pouvoirs psychiques. Le souci, c'est Tyaunev. C'est un gros problème.

« Encore une intruse. Je vais m'en occuper dès maintenant. »

Tyaunev disparaît devant moi alors que Titonée apparaît. Elle a juste le temps de me regarder, soucieuse et inquiète qu'une rafale psychique tente de l'atteindre. Mais elle se téléporte avec moi, m'extrayant des gravats avant de dire :

« Je ne m'attendais à une telle attaque. C'est ce que je devrais dire ? »

« Comment est-ce que tu as su, Titonée ? C'était plus que dangereux ! »

« Disons que pour une femme-pokémon psychique, laisser s'échapper autant de haine permet de repérer très facilement sa personne. Je peux lire en elle comme dans un livre ouvert. Le souci, c'est que si je fais ça, je risque de ne pas m'en sortir. »

« C'est si dangereux que ça? Et les autres ? Elles vont comment ? »

Est-ce qu'elles se battent ? Titonée me répond que oui tandis que Tyaunev se retrouve derrière elle, les deux mains au niveau de sa tête. Qu'est-ce que ? ELLE NE VA PAS FAIRE CA ! Titonée se téléporte une nouvelle fois avant de me dire :

« Je vais me charger d'elle ! Je t'emmène chez les autres ! »

Hein quoi ? Et j'ai le droit de donner mon avis sur le fait que c'est complètement fou et aberrant de réagir de la sorte ? Non non ! Je ne veux pas de ça ! Il en est hors de question ! Ça ne doit pas se passer comme ça ! Je n'en ait pas la moindre envie ! Puis quoi encore ? STOP ! Je ne me laisserai pas faire !

Mais je n'ai pas le droit de donner mon avis hein ? Car lorsque je retrouver à peu près conscience, la seule chose que je peux voir, c'est le fait que je n'ai plus grand chose maintenant. Je suis juste devant Kyourge mais surtout aux côtés de Giréléna, Migacirpy et Niny. Gilitée est cachée derrière un mur mais ne bouge pas, regardant juste ce qui se passe.

« Te voilà de retour ! Qu'est-ce que ça veut dire, Nev ? » me demande Niny, inquiète.

« Un problème assez grave. Tyaunev est là … et il semblerait que Titonée veut s'en occuper. Il faut que l'on se dépêche d'en terminer avec Kyourge pour aller l'aider car Titonée n'arrivera pas à la battre. Je ne me fais pas d'illusions. »

« Si seulement tu pouvais te montrer plus rassurant et ... »

« HEY ! VOUS CROYEZ QUE JE NE VOUS ENTENDS PAS ?! Cette Tyaunev est une vraie plaie ! De là à croire qu'elle est plus importante que moi ? Plus puissante ? Et puis quoi encore ! JE NE ME LAISSERAI PAS MARCHER SUR LES PIEDS ! »

Et voilà que j'ai énervé Kyourge. Je suis vraiment pas en bonnes relations avec les femmes aujourd'hui, on dirait bien. Je me demande ce que j'ai fait pour mériter une telle chose. Je pousse un petit soupir avant de répondre à la femme-Kyogre :

« Simplement que oui, je considère Tyaunev plus importante que toi. »

« Hahaha ! C'est vrai qu'il s'agit de ta fille, crée de toutes pièces par la déesse Harsia. »

« C'est l'une des raisons, oui. Mais si tu as le temps de parler, viens donc te battre. »

« Oh mais je n'attends que ça ! Je ne voulais pas commencer avant que tu ne reviennes ! De plus, avec une personne en moins dans ta troupe, tu dois te sentir bien moins imposant maintenant, non ? Hahahaha ! »

Je n'ai pas vraiment envisagé la chose de ce point de vue mais peut-être ? Sans Titonée, je n'aurai plus de pouvoirs psychiques à mes côtés … mais moi-même, je sais que je suis capable d'en produire. Je le sens parfaitement depuis que Dyrkri n'est plus là.

Ma seule préoccupation n'est pas de savoir comment battre Kyourge mais combien de temps est-ce que Titonée tiendra face à Tyaunev. Car oui, si cette dernière décide de modifier son corps comme auparavant, autant dire que je ne donne pas cher de la peau de Titonée.