Bonsoir à toutes et à tous.

Voilà -enfin!- la suite de Thermae. Je suis vraiment désolée d'avoir mis un tel délai de parution, et je ne peux vous garantir la date du suivant. L'histoire évoluant d'un registre purement humoristique à quelque chose d'un peu plus sérieux, j'ai du mal à bien gérer ma transition, mais j'espère que vous aimerez quand même. Merci de tout coeur pour vos encouragements et vos reviews absolument adorables!

J'espère que ce chapitre-ci vous plaira également!

Disclaimer: -Tous les personnages présents et cités appartiennent à Masami Kurumada.

-Le titre de ce chapitre est la devise de Poudlard, issu de l'imaginaire de J.K. Rowling.

Réponse au reviews anonymes:

-Makonino: Que te dire à part merci de ton enthousiasme touchant? Sois patiente pour Shura et Aioros, ils ont besoin de prendre leur temps les pauvres! Néanmoins ne t'en fais pas, ils ne sont pas prêts de se lâcher! Je suis contente que tu aies aimé, et je souhaite qu'il en soit de même pour la suite!

-Leia26: Merci de tout coeur!

-Callimaque: Je t'en prie, merci à toi de tout coeur! Il n'y a aucun souci, chacun commente quand il peut et c'est déjà adorable de le faire tout simplement. Je suis très touchée par tes paroles, et j'espère que la suite sera à la hauteur de tes attentes!

NB: Enormes remerciements à Talim qui, comme toujours, m'aide et me soutient dans mes écrits. Certains fait relatés ici sont grandement influencées par nos conversations, j'ose néanmoins espérer que vous y trouverez tous votre compte. Merci également à Sheraz et à Aquaria qui prennent des nouvelles bien souvent et me traitent avec bien trop d'égards, bien plus que je n'en mérite en tout cas.

Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture.


Draco Dormiens Nunquam Titillandus.

Shaka, assis dans sa position habituelle, observait de derrière ses paupières closes l'aura de l'aîné Gemini qui se tenait devant lui, drapé dans sa chère nudité qu'il aimait à conserver. Sur le visage de la Vierge, on pouvait clairement lire de la surprise : sa mèche frontale ayant glissé sur le côté lorsque ce dernier avait penché la tête sous l'incompréhension, il était évident que le sixième gardien était gravement perturbé. Et connaissant le personnage, ça n'était pas rien que de le constater, Shaka veillant à conserver en toutes circonstances un calme absolu digne de Camus, voir même au-dessus de celui de sa Majesté des Glaces millénaires (qui d'autre que lui pour rester stoïque et réclamer à corps et à cris de se faire canarder le nez à coup d'attaques puissance Big-Bang, franchement ?). Néanmoins, il semblait évident que la situation actuelle le sortait de son champ d'expertise. Mais il n'était pas le seul à avoir haussé un sourcil devant l'attitude saugrenue de l'ancien Pope: le but de leur session étant clairement dédié aux reproches, on voyait difficilement ce que Saga aurait pu reprendre chez son camarade, étant donné leur passif commun. Si l'un d'eux pouvait subir des reproches, ça n'était guère imputable à la Vierge. Le Scorpion souhaita mentalement que Saga n'ait pas le culot de reprocher à Shaka de ne pas l'avoir démasqué à l'époque : ça aurait été d'un niveau de mauvaise foi rarement égalé !

Milo ne put s'empêcher de soulever un sourcil dubitatif alors que sa main se faisait une fois de plus repousser de la cuisse de son amant, provoquant chez lui un léger couinement de labrador battu : Flûte, il avait envie de profiter de la promiscuité de Camus ! Grognant un peu, il reporta son regard sur la silhouette avantageuse du Gémeau. Etrange comportement que celui de leur aîné. Il aurait été de mauvaise foi de la part de leur cher bipolaire de venir critiquer l'Indou sur ses choix discutables en matière de politique et d'ouverture d'esprit. Clairement. Là où Aphrodite et Deathmask l'avaient suivi par conviction personnelle (et à ce titre, devaient sacrément regretter l'absence du triplé Gemini, joyeux larron et grand fêtard en temps de crise), Shaka était pour sa part resté dans un aveuglement personnel lié à son apprentissage très particulier et à sa conviction de savoir mieux que les autres en sa qualité de réincarnation de Bouddha. Ce qui remettait une fois de plus sacrément en question le jugement des dieux lorsqu'il s'agissait d'affaires humaines. A bien y réfléchir, ils avaient été choisi en partie par les déités afin de remplir leur tâche de protecteur d'Athéna. Il était censé y avoir une réflexion, une pensée venue de là-haut dans l'Olympe… C'est du moins ce que leurs maîtres leur avaient bassiné à l'époque, ressassant encore et encore les mêmes rengaines, tout ça pour leur faire faire plus d'abdos ou autres exercices de musculature insupportables à cinq ans. D'ailleurs, maintenant qu'il y pensait…
Il leva la main pour attira l'attention de l'Indou et de son vis à vis.

« Euh, Saga, excuse avant que tu n'entames ton speech mais… Shaka, je peux te poser une question ?

-Tu viens de le faire, Milo du Scorpion. Néanmoins, je t'autorise à m'en poser une nouvelle.

Le Scorpion se retint de lever les yeux au ciel. Personnalité de…

-Oui bref. Y a un truc que je me demande puis un moment…

-Qu'est-ce donc, mon ami ?

-Je peux savoir ce que tu fous au Sanctuaire d'Athéna si tu es la réincarnation d'une déité Indou ? Je veux dire, c'était quoi l'explication de ton maître pour justifier un truc aussi énorme ? « Tu es un dieu à toi tout seul mais tu vas aller en Grèce pour aller servir quelqu'un d'autre que toi-même, juste pour le fun de les voir se taper sur la gueule depuis ton piédestal, et puis tu me raconteras comment ça se passe pour ces péquenots, hein ! » … ?

Silence dans la salle. Visiblement, sa question surprenait autant qu'elle attirait la curiosité des autres. Milo regarda autour de lui : les Ors avaient tous le nez baissé, malgré leur évidente attention à la réponse que proposerait leur pair. Ah ben bravo, courageux mais pas téméraires les chevaliers d'Athéna. Il était donc le seul capable de se mouiller le premier ! (Et dans tous les sens du terme, -Haha- !). Super le soutien les potes ! Top niveau, tout ça… Pourtant, il savait par expérience que tout le monde se la posait cette fichue question ! Ils en avaient discuté dans leurs chambres d'apprentis communes de l'époque, où le sixième gardien leur collait d'ailleurs les jetons à toujours dormir cinq mètres au-dessus du lit en bon illuminé. Qu'est-ce que Shaka pouvait bien faire chez eux ? Pas qu'ils ne l'appréciaient pas, hein, attention. Leur résurrection avait peut-être été marquée par le signe de la mésentente, mais certains d'entre eux arrivaient parfaitement à s'entendre dans la plupart des cas.

De plus, quand il quittait un peu son univers métaphysique, ce pouvait être un camarade fort agréable, d'autant plus qu'il s'était largement ouvert à eux après sa défaite contre Phénix. Enfin, défaite… En y réfléchissant, c'était encore à se demander si l'un d'eux avait réellement perdu dans cette histoire… Parce qu'à en juger à la petite marque fortement explicite bien cachée dans la nuque de la Vierge la plupart du temps et à présent à découvert en raison de la coiffure de son porteur, Ikki avait gagné au change autant que Shaka en revenant un peu parmi eux. Le Scorpion haussa légèrement un sourcil : il n'aurait jamais pensé que leur camarade s'en sortirait aussi bien, et serait capable de faire comprendre au Phénix qu'il en avait après son plumage ! Bon en même temps, la Vierge avait été assez explicite lors de leur combat : il avait bien demandé au Bronze de se mettre à genoux devant lui… Même Milo ne l'avait pas tenté celle-là ! Et pourtant, Athéna seule savait à quel point en matière de propositions graveleuses, il était bien placé. Chassant le sourire grivois qui s'étalait sur son visage, il tenta de reprendre un air sérieux pour entendre la réplique de leur pair. Il attendait sa réponse avec tellement d'intérêt… Nul doute que la raison de sa présence ici était dû à une volonté hautement mystique, et que…

-Eh bien mon ami, vois-tu, c'est à peu près cela.

Attendez, quoi ?

- Répète-moi ça pour voir…?

-Pardon… ? Demanda Mû, bien plus poli que lui dans la formulation.

-Eh bien oui, Bouddha était fort curieux de voir comment de petites gens sont capables de se battre pour des raisons aussi futiles que le pouvoir. Il m'a donc envoyé parmi vous en tant que témoin, afin que je puisse observer tout cela de plus près. L'expérience fut d'ailleurs follement enrichissante, si on en juge aux combats que j'ai dû livrer, et aux batailles fratricides auxquelles j'ai pu assister. Je vous remercie d'ailleurs de tout cœur pour votre coopération et votre aide dans cette entreprise. Grâce à vous, j'ai obtenu des informations de première fraîcheur !

Un ange passa. Les Ors grommelèrent, peu réjouis d'avoir servi de cobayes à la Vierge. Non mais sans rire, il avait de ces façons de présenter les choses celui-là… Et puis flûte, on ne faisait pas les choses de cette façon, ça n'était pas poli envers les petits copains. On demandait avant d'utiliser leur naïveté et leur côté bourrin pour faire des statistiques et des études métaphysiques.

Milo soupira. C'était ça la grande raison mystique qui leur avait valu d'avoir un illuminé qui méditait toute la journée, qui n'y voyait pas plus loin que le bout de son nez et par-dessus tout, qui se targuait d'être mieux que tout le monde à tout bout de champ ? Formidable, absolument formidable. Leur rôle et leurs raisons de vivre respectives s'amenuisaient de plus en plus au travers de leurs multiples conversations, et n'avaient de cesse de disparaître au fil du temps. C'était franchement déprimant de se rendre compte à quel point l'élite de la chevalerie d'Athéna faisait pitié vue de près. Milo se demanda un moment en gonflant les jours s'il n'aurait pas mieux valu que ce soit les Argents les plus hauts gradés… Marine et Shaina en imposaient bien plus qu'eux niveau classe et maturité par bien des aspects. Oui mais… C'était sans compter la terrible propension des Argents à casser leur pipe face aux Bronzes récalcitrants. Mouais… Mauvaise idée en fait. Il faudrait continuer avec leur propre équipe de bras cassés.

Joie.

Ce fut finalement le Lion qui sortit Milo de ses pensées, et rompit la quiétude atterrée des lieux de sa voix grondante.

-Attends, je peux savoir pourquoi tu as accepté de suivre Saga alors si tu n'étais là qu'en tant qu'observateur ? S'écria Aiolia. Tu étais aveugle à ce point ou quoi ? Et en plus, tu as essayé de me cogner dessus ! Et ça faisait super mal, merde !

-Oui enfin toi aussi tu as essayé de lui abîmer le minois, hein… se permit de dire Shura, toujours bien calé dans les bras du demi-poney.

Visiblement, le fait de ne plus être le centre de l'attention des autres encourageait un rapprochement physique et psychologique pour le couple le plus discret de leur assemblée. D'ailleurs, si Aioros ne cessait pas très bientôt de sourire ainsi, il risquait d'avoir une crampe au visage relativement durable. Milo grimaça. Trop de poneys roses dans cette histoire… Sans mauvais jeu de mots.

-A force de se balader les yeux fermés, il a dû louper des infos, c'est certain… dit Aphrodite en souriant.

Angelo eut un sourire torve en caressant vaguement les cheveux de son amant. Le Poisson ferma les yeux sous la caresse agréable dans sa touchante maladresse.

-Elle était facile celle-là, Dite. Gronda gentiment le Cancer.

-Je n'y suis pour rien s'il se la joue Saint Thomas…

-Ma foi, le Grand Pope représentait l'autorité et la voix d'Athéna. Je n'allais pas discuter ses ordres…

-Il t'aurait suffi d'un coup de cosmos divin pour te rendre compte que la gamine n'était pas là ! Gronda Aiolia, agacé.

-Et pourquoi donc aucun de vous ne l'a fait avant alors… ?

-Mais parce qu'aucun de nous n'est une fichue réincarnation divine !

Silence, et froncement de sourcil virginal. Visiblement, Shaka réfléchissait assidument à la question, ce qui lui demandait un effort conséquent. Difficile de remettre les pieds dans la réalité de temps à autre.

-Ah oui, tiens. C'est exact. »

Enorme soupir dans l'assistance. Ils allaient tous finir givrés avant la fin de la séance… Au bout de quelques minutes de désespoir intellectuel, Saga se permit finalement de reprendre la parole après que Milo lui ait adressé un geste d'excuse pour lui avoir coupé l'herbe sous les pieds. Venant se replacer devant Shaka –toujours nu puisque sa serviette n'avait pas bougé de son emplacement initial, à savoir le porte-serviette, pour une raison que nul n'arrivait à comprendre- l'aîné des Gémeaux reprit la parole, prenant ce ton navré et gémissant qui lui était propre. S'inclinant devant son pair (à quoi cela servait-il, vu que l'autre avait les yeux fermés, on se le demandait bien !), le troisième gardien s'cria brusquement :

« Shaka, je suis absolument navré !

Silence, seulement rompu par le clapotement des jambes de Kanon dans l'eau, et la chanson sifflotée par Aldébaran à l'autre bout de la pièce.

-Je te demande pardon ? Demanda la Vierge, visiblement surprise.

-Je sais qu'il te sera certainement impossible de nous accorder ton pardon mais je t'en prie, nous n'avions guère le choix !

Blanc dans l'assistance, et toussotement gêné aux côtés du Scorpion. Camus et Shura, qui avaient probablement compris depuis un moment les raisons qui poussaient leur aîné à se tourner vers Shaka avec toute sa grandiloquence, baissèrent le nez, mal à l'aise depuis leur coin de bonheur matrimonial personnel. Ils ajoutèrent ainsi leurs excuses à celles de leur camarade, créant un entremêlement d'Espagnol, de français et de grec un peu incompréhensible, mais qui avait du moins le mérite d'être relativement touchant puisque certainement sincère, tant dans la démarche que dans le contenu.

Sous l'eau, Milo entrelaça ses doigts à ceux de son amant. C'était bien gentil de vouloir recréer des liens à tout prix, et que chacun vide son sac devant les autres, mais certaines mises à nu étaient moins évidentes que d'autres. A force de vouloir rouvrir toutes les plaies à la fois, ils en laissaient certaines à vif, à attendre qu'un autre vienne renverser une bouteille d'alcool dessus, dans le but de soigner… Ou de rendre le tout plus douloureux encore. Et s'il était évident que l'expérience était globalement enrichissante (voir le chamois et le poney se faire des mamours valait son pesant de boules à neige touristique !), il n'en demeurait pas moins que bien des conversations qui avaient eu lieu risquaient d'influencer ne serait-ce que très légèrement leur comportement pendant les semaines à venir.
La voix de Shaka dont le ton était légèrement plus haut que d'habitude trahissait son incompréhension. Pour les grands discours grandiloquents d'amour et d'amitié, il faudrait que les trois accusés repassent, de préférence avec un cerveau adapté à la vie en société sous le bras.

-Mais enfin, qu'est-ce que vous racontez ? Pourquoi vous excusez-vous ?

- Pour l'Athéna Exclamation, et les attaques, et ta mort…

Milo ne put réprimer une grimace. Il comprenait, en effet. Il était évident que la Vierge devait être en colère, ou peut-être même blessée. Même si c'était lui qui avait réclamé l'attaque, il n'en restait pas moins que leur amie devait certainement leur en vou…

-Ah, ça ? Mais je ne vous reproche rien.

Ou pas donc.

-Pardon ?

-Je ne vous reproche rien.

Lalala… De la joie de vivre avec des individus qui pensent et agissent sans la moindre nuance de logique. Ils allaient tous finir en asile, c'était obligatoire. Finalement, Saga n'avait été que le précurseur de leur futur commun.

-Mais enfin, c'est impossible, tu dois nous en vouloir, souffla l'aîné des Gémeaux sans comprendre.

-Eh bien, je suis au regret de te dire que non.

-Mais…

-Enfin, si c'est ce que tu souhaites, je peux toujours me mettre en colère bien évidemment, néanmoins ce comportement serait purement stérile. Puisque non, je ne vous en veux pas.

Grimace. Imaginer Shaka en colère, c'était aussi improbable que de voir Deathmask en gentleman. Et ce n'était pas peu dire…

Le pauvre Gémeau avait l'air complètement perdu. Il avait passé tellement de temps à présenter des excuses à tout va et se faire envoyer des piques bien senties dans la figure que la possibilité d'un scénario totalement inverse semblait hautement le perturber. C'était complètement improbable. A croire qu'il cherchait volontairement à se faire taper dessus à grands coups de cris afin d'alléger sa peine. Il voulait qu'on lui fasse des reproches… Après avoir lutté, il avait fini par accepter qu'on lui crache au visage ses mille et un torts, et préférait même venir les chercher de lui-même. Comme si c'était le seul moyen pour le troisième gardien de poursuivre sa route en paix. Ce qui, connaissant la personnalité de leur ami, n'était pas à exclure. Après tout, songea Milo, il se rappelait très bien du surnom de leur pair à l'époque : Saint Saga, l'homme qui était si doux et si pur qu'on se sentait apaisé en sa simple présence. Un homme si parfait qu'on le comparait à un dieu… Mais finalement, le Scorpion pensa que c'était insulter leur camarade : après tout, il suffisait de voir leur passé pour se rendre compte que les dieux avaient un sens de l'humour douteux, et souffraient pour la plupart d'égoïsme patenté. A sa façon, Saga était bien plus pur qu'eux. Et il en avait finalement payé le prix.

Il se demanda, l'espace d'un instant, si eux aussi avaient fini par changer au point qu'ils ne correspondaient plus à leur tendre image de l'époque. S'ils s'étaient tordus jusqu'à se transformer en quelque chose de complètement différent, ou de perverti. Car Saga avait changé : après les expériences vécues, et son dédoublement de personnalité, il était évident que le troisième gardien gardait des séquelles d'expériences qui l'avaient traumatisé au plus haut point. Lui-même se souvenait parfaitement du respect et de l'admiration qu'il avait eue pour Saga, le grand chevalier des Gémeaux. Que leur était-il donc tous arrivé pour finir aussi aigris… ? Pour qu'en fin de compte, la seule chose qui avait demeuré, ce soit leur propension à se méfier les uns des autres, à s'emporter pour un oui ou pour un non, et à regarder le voisin plus comme un ennemi que comme un camarade… ? Il se mordit la lèvre sous l'émotion, et baissa légèrement le nez, s'attirant un coup d'œil étonné de son amant. La chevalerie d'Athéna était décidément bien triste…

Il secoua la tête. Voilà qu'il avait le cafard ! Ca n'était guère le moment pour cela. S'il commençait à réfléchir à toutes les conséquences de leurs actes, et à tout ce qu'ils avaient manqué… Il pouvait tout de suite se tirer dans le pied immédiatement, s'arracher la peau du dos avec une cuillère avant de s'asseoir sur son ongle tueur à cinq reprises. Ce qui n'était clairement pas le but de l'expérience.

-Pourquoi vous en voudrais-je ? Reprit la Vierge. Vous n'avez fait qu'utiliser l'attaque que je vous ai ordonnée. Ne serait-ce pas plutôt à moi de vous présenter des excuses, puisque je vous ai poussé à faire usage d'une technique interdite, jetant l'opprobre sur vos noms, souillant vos âmes en peine, et étendant mon péché jusqu'à atteindre celles de Mû, Milo et Aiolia ?

Shaka avait prononcé ces paroles sans bouger de sa position initiale, et sans qu'aucune émotion particulière ne vienne troubler sa voix. Néanmoins, il était visiblement très sincère dans son questionnement et sa volonté de s'excuser. Les yeux clos, mais l'attention toute tournée vers l'aîné des Gémeaux, il avait dit ces quelques mots avec un sérieux étonnant frôlant l'émotion la plus profonde. Le Scorpion haussa un sourcil, et émit un très léger sifflement. Décidément, Ikki faisait de l'excellent travail avec leur ami. Si certaines choses telles que la subtilité ou la métaphore restaient encore abstraites pour la Vierge, il était évident qu'un grand pas avait été franchi dans la perception que ce dernier avait du monde, et des relations entre les chevaliers. Il était à présent capable de voir ses torts, mais plus encore, de prendre en compte la souffrance de ses amis dans des circonstances très particulières. Décidément, la Vierge méritait un cookies pour bonne conduite.

-Non, c'est à nous de…

-Saga, le sujet est clos. Je n'ai jamais éprouvé la moindre rancune envers l'un de vous pour ce qui est de cette période douloureuse de notre cheminement personnel. C'est à moi de vous présenter mes excuses pour les peines occasionnées par mon choix et ma demande. Ce n'est pas la peine d'y revenir. Si tu souhaites que nous poursuivions cette conversation, tu dois comprendre que je refuserais d'accepter ta culpabilité. Si tu en es incapable, nous cesserons immédiatement tout contact, jusqu'à ce que l'information soit parvenue dans ton cerveau.

-Shaka…

L'émotion dans la voix du Gémeau était palpable. Par pudeur, quelques-uns d'entre détournèrent le regard, sensibles aux émotions ressenties par leur aîné, mais également par Shura et Camus qui, s'ils restaient quelque peu en retrait, ne semblaient pas moins atteints par les paroles de leur ami. Au bout de quelques minutes silencieuses et pesantes, bourrées d'émotions que chacun préférait taire, Saga posa finalement une main sur l'épaule de son camarade, qui retint de justesse le réflexe de se dégager brusquement. Apparemment, seul le contact d'Ikki était autorisé sur la peau virginale.(Qui ne devait plus vraiment l'être d'ailleurs…) Néanmoins, il lui accorda un sourire sincère –bien que légèrement crispé-.

Milo poussa un soupir de soulagement. Enfin une bonne chose de réglée… Il retint de justesse le réflexe de cocher une case dans une liste des « conflits à régler : urgent, moyen, sans intérêt ». Cela faisait probablement partie des événements pour lesquels leur aîné se prenait le plus la tête depuis leur résurrection. Il s'en était voulu avant même d'utiliser cette attaque… Alors au vu des conséquences redoutables que cela avait eu… Le Scorpion grimaça. Avec une personnalité comme celle de Saga, nul doute que le tourment devait avoir été réel, et qu'il l'avait traîné derrière lui comme un boulet pendant tout ce temps. Si Shura et Camus en avaient eux aussi été profondément affectés, ils avaient néanmoins su retrouver un semblant d'équilibre, ou du moins, leur propre manière d'avancer dans leur travail de réhabilitation. Ce qui n'avait clairement pas été le cas du Gémeau.

Il eut une pensée émue pour Camus, et s'apprêtait à se pencher pour déposer un baiser sur sa joue quand… Un léger clapotement détourna son attention, et il ne put s'empêcher d'hausser un sourcil en observant son amant qui avait visiblement décroché de la conversation.

Il jeta un regard désabusé au Verseau qui jouait avec des cristaux de glace, à présent imperméable à l'ambiance autour d'eux, quand bien même il avait été touché directement par la scène. Il avait déjà donné tout ce qu'il pouvait en matière de sentiments, et plutôt que de s'appesantir plus encore dans une situation douloureuse, il se refermait à présent dans son silence glacial, se murant dans une expression froide de façade à laquelle il les avait tous habitué au fil du temps. Seul le contact de la main du Verseau sur son genou rassurait Milo, lui prouvant que Camus ne l'oubliait pas, même maintenant, et qu'il aurait bien le droit à quelques gestes auquel nul autre ne pourrait jamais rêver.

« On ne t'appelle pas le magicien de l'eau et de la glace pour rien toi…

-Ferme-là, insecte stupide.

-Tu grognes, donc j'ai raison.

-Ecrevisse ratée.

-Arachnide, nuance.

-Crétin. »

La dispute chuchotée se poursuivit quelques secondes, avant que Milo ne finisse par sourire doucement. Rasséréné, il jeta un autre coup d'œil à Kanon qui, pour sa part, s'était lui aussi totalement détaché de la conversation, ne la jugeant peut-être pas suffisamment intéressante pour lui. S'il était vrai que l'ancien dragon des Mers avait été stupéfait par la décision – particulièrement stupide- de son aîné, il n'avait guère eu le temps par la suite de se morfondre en songeant au sort de son frère. Sa propre mission… Infernale l'attendait, et il n'avait guère le temps de s'arrêter pour la jouer émotionnelle.

A présent, il était visiblement très occupé à s'observer sous toutes les coutures, dans une imitation peu flatteuse d'Aphrodite, cherchant apparemment à compter les… morsures, bleus et autres griffures qui lui parcouraient le corps. Milo ne put s'empêcher de ricaner devant le comportement de son ami. Certes, il ne le voyait pas si souvent que ça dans son plus simple appareil –à son grand regret !-, mais il ne fallait peut-être pas exagérer. Amusé au début, il observa le cinéma de son camarade avec un sourire indulgent. Néanmoins, au bout de plusieurs secondes, il plissa un peu les yeux, et ne put s'empêcher de noter qu'il semblait y avoir de quoi faire en effet. Car à bien y regarder… Un, deux, trois, quatre…

« Bordel ! »

Le Scorpion manqua s'étouffer. Mais il en avait des tas ! C'était quoi ce délire ? Et cette marque de dents parfaitement nette au creux du cou ?! Mais c'était un acte de propriété sauvage ça ! Il savait très bien que sa relation avec Rhadamanthe virait à la limite du masochisme, mais là… Son meilleur ami était couvert de marques en tous genres ! Le corps du Gémeau cadet était une véritable métaphore du Sanctuaire après la bataille contre les spectres ! Sans mauvais jeu de mots… Il posa son doigt sur les cinq immenses griffures qui courraient sur toute la longueur de son dos, les tapotant de son index tueur, en sifflant d'admiration, avant de faire remontrer son aiguille de long de l'un des sillons rouges. Il arrivait à percevoir la légère boursouflure des marques, et la gravité de certaines qui avait visiblement laissées s'écouler quelques gouttes de sang à présent disparues.

« Ben mon vieux… Ça ne rigole pas. Et c'est le résultat d'une seule nuit, ou… ?

Kanon grogna, mais eut la décence de baisser un peu le nez, cherchant à se débarrasser de la main intruse qui lui procurait au demeurant d'agréables sensations au niveau de la colonne vertébrale, mais lui remettait le nez en plein dans son péché de luxure avec perte et fracas. Zut, il avait bien le droit de coïter en paix avec qui il voulait, non ?

-Va voir ailleurs si j'y suis.

-Tu prévois des perfusions sanguines sur le long terme ? Juste histoire de tenir le coup, évidemment.

-Oui, bon, ça va.

-Etoile de la férocité, hein…

-Merde.

Leur dispute avait fini par attirer l'attention des autres Ors, qui eurent à leur tour l'occasion d'observer le corps du Gémeau, qui s'attira dès lors des regards navrés, choqués, concupiscents… ou indécents, en fonction du caractère de chacun.

-J'arriverai jamais à comprendre ce que tu trouves à ce spectre, dit Shura en relevant un sourcil. C'est vrai quoi, tu es devenu aveugle en ressuscitant, ou bien tes critères de sélection ont toujours été si bas?

-Jme mêle de tes futurs jeux zoophiles, la chèvre ? Cracha le Dragon.

Le concerné rougit brusquement mais ne baissa pas les yeux, soutenant le regard furieux de l'animal marin. La sensation de la main d'Aioros sur son ventre apaisa néanmoins ses velléités belliqueuses, et l'empêcha ainsi de foncer cornes les premières dans les vacheries du Gémeau. (Aldébaran devait être ravi.)

Saga, toujours en pleine émotion, se jeta sur l'occasion de changer de sujet telle la petite vérole sur le bas clergé breton, et gronda de sa voix profonde :

-Là pour le coup, on est d'accord. Va vraiment falloir que tu me sortes un argument en béton pour m'expliquer ce que tu peux trouver à ce…

Léger toussotement du Poisson. Saga posa le regard sur la plastique au demeurant charmante, tandis que ce dernier lui faisait les gros yeux avec un sourire entendu.

-Une explication, sérieusement… ?

Un regard explicite d'Aphrodite descendant de bas en haut le long de son anatomie avant de faire le chemin inverse avec moue séduisante fit office de réponse à l'aîné des Gémeaux qui en couina de désespoir.

-Mais il est moche !

-Très mature Saga… dit Dohko en levant les yeux au ciel.

-Mais c'est un demi-dieu… Ronronna le douzième gardien. Fils de Zeus, c'est pas rien… Tu m'étonnes qu'il le garde dans son pieu !

-N'y pense même pas ! Prévint l'Italien à ses côtés.

-Maiiiis ! Il paraît que ses frères sont très ouverts d'esprit eux ! Tu ne voudrais pas qu'on… ?

-Non.

-Tu n'es pas drôle.

-Euphémisme, Dite.

-Tu vas finir par nous revenir avec un truc cassé un jour… soupira Camus en passant une main fraîche sur une marque encore un peu à vif. Sérieusement, je ne serais pas toujours là pour te soulager, fais un peu attention !

-Peut-être qu'il aime ça justement… Supposa le Cancer avec un sourire grivois. La douleur…

-Ca va, je vous dérange pas ? grogna le dragon marin, agacé.

-Oh, il a déjà eu les côtes fêlées plus d'une fois, annonça Milo sans vraiment faire attention en regardant son ongle meurtrier. Son maximum, je crois que c'était quatre à la fois, hein Kanon ? C'était après le jour de l'an si je me souviens bien. Tu m'avais dit que tu voulais le fêter en sa compagnie parce qu'il a des alcools du feu de dieu et que ça décuple ses capacités.

Le Scorpion échappa au regard purement furieux de son ami, trop absorbé par ses observations manuelles. Il était peut-être temps de limer un chouia ses ongles, en particulier son index. Il ne pouvait pas risquer que son atout principal perde de son… piquant ! Pour un Scorpion, cela aurait été hautement ironique et franchement un peu honteux. Et puis on ne pouvait guère attaquer décemment avec un ongle mal aiguisé. Non décidément, il faudrait qu'il demande sa lime à Aphro'.

Sa réflexion hautement passionnante fut coupée par un cri suraigu que n'aurait pas renié le Poisson. Décidément, les deux frères se lançaient dans une imitation caricaturale ou quoi ?

-Quoiiii ?! Hurla l'aîné des Gémeaux en passant en mode « protection du petit frère, niveau maximal ».

Pour un peu, on aurait dit Ikki… Ironique quand on connaissait leur histoire, mais bon, Milo avait décidé de ne plus trop relever la subtilité. Il se contenta d'observer les changements de couleur divers et variés de l'aîné qui secouait à présent son frère par les épaules avec pertes et fracas. Bleu, vert, rouge…

« Je le savais, je savais que je n'aurais jamais dû te laisser fréquenter cet immonde animal ! Tu vas arrêter tout de suite, et…

-Non.

La réponse avait claqué, sèche et mesurée. Le Dragon marin n'avait même pas haussé le ton.

-Mais enfin Kanon ! Tu as vu dans quel état te met ce… Cette brute !

-Tu veux le voir à poil? Il n'est pas en meilleur état que moi.

-Non merci… Murmura l'aîné des Gémeaux, verdâtre. Mais ça n'est pas une raison ! Tu dois mettre fin à votre… votre… votre quoi d'ailleurs ?

-Wow, wow, wow… Tu te calmes, Saga. Je te fais des reproches sur ton fantasme ovin, moi ?

-Pardon ? Bredouilla le concerné.

-Tu m'as très bien compris. On a vingt-huit ans tous les deux aux dernières nouvelles. Mes fesses, je les gère encore comme je veux. Et le reste aussi.

-Mais par tous les dieux, pourquoi Lui ?

-De toute façon, poursuivit le cadet, tu trouverais à redire sur n'importe laquelle de mes relations, quand bien même mon amant régulier serait quelqu'un de doux, gentil, affectueux et adorablement plan-plan comme Aioros.

-Hey !

-Hein ?!

Les deux cris simultanés en provenance du couple chèvre-cheval du fond eurent pour seul résultat d'étirer la plupart des visages d'un sourire amusé. Grommelant dans leur barbe inexistante, les deux hommes s'acharnèrent dès lors à se faire de nouveau oublier dans la seconde, afin d'éviter un nouveau grand moment de gêne aux yeux de leurs pairs.

-Tu as tout de même conscience de partager ton lit avec l'ennemi ? Ne ressens-tu aucune honte ? Demanda Aiolia d'un air mauvais. Un homme qui a tabassé à mort pas moins de cinq d'entre nous avant de mourir avec toi. Une brute, un juge d'Hadès ! Un monstre !

La réplique cinglante du Lion jeta un froid dans l'assistance. Le Dragon des mers reporta sur lui son regard pers, avant de répondre d'une voix froide :

-Un homme de parole, qui a reconnu ma valeur. C'est bien plus que ce que certains dans cette pièce ont fait pour moi. Un spectre, fidèle à son dieu. C'est bien plus que ce que certains d'entre nous n'ont jamais été pour Athéna. Alors non, Aiolia, je n'ai pas honte.

Tétanisés, les Ors n'osèrent plus prononcer une parole. Et Kanon, malgré l'apparente gêne que sa tirade venait de provoquer chez lui –il en profita d'ailleurs pour pincer méchamment la cuisse du Scorpion en lui ordonnant de ne jamais « oser répéter une seule de ces paroles ou je te castre, compris ?! », - ne baissa pas les yeux et garda un air fier. Milo se contenta de ronronner doucement en frottant son nez contre la hanche du Gémeau : Kanon était ainsi, assumant toujours à 100% n'importe laquelle de ses décisions, aussi folles et incompréhensibles qu'elles pouvaient être pour le commun des mortels. C'était en partie pour ça qu'il était son meilleur ami.

Le long silence lourd de gêne demeura présent pendant plusieurs minutes, rendant l'ambiance un peu particulière et peu agré fut finalement Aphrodite qui, contre toute attente, les sortit de leur peine en posant une question pour le moins… Digne de lui.

-Mais dis-moi Kanon, je me pose une question…

-Je crains le pire.

-Si tu n'arrives pas à mettre un pied dans l'eau, comment fais-tu pour t'envoyer en l'air sous la douche ?

Un gargouillement répugnant leur annonça que Saga était officiellement en train de se noyer, ployant sous le poids de révélations qui lui retournait l'estomac et le cerveau. Dans sa grande mansuétude, Aldébaran accepta de plonger son immense paluche dans le bassin pour l'en sortir, après tout, il aurait été dommage de perdre ainsi l'un des leurs, et surtout fort peu chevaleresque.

-Dite… Soupira le Cancer.

-Ca te regarde ? grogna Kanon très irrité.

- Bah quoi, c'est un fantasme commun, non ?

-Pour toi peut-être.

-Non mais sans rire, ne me dis pas que tu… ne l'as jamais fait ! S'écria-t-il avec l'air choqué de celui qui a presque de la pitié.

-Va chier.

-C'est mignon tu me diras… Vingt-huit ans, et encore un tas de choses à découvrir !

-Je vais tellement t'étriper le thon, si tu savais… menaça Kanon en le fusillant du regard.

-Oh, merde… souffla Deathmask.

Autant Aphrodite n'était pas excessivement susceptible concernant les noms d'oiseaux que l'on pouvait lui donner, autant ce terme-ci faisait clairement partie de la gamme des proscrits. Il n'eut que le temps de ceinturer son amant avant que ce dernier ne se jette tous ongles –limés !- dehors pour essayer de lacérer le reptile marin, qui se contenta d'un geste grossier du doigt avant de se mettre à jouer avec les mèches du Scorpion. Flûte, chacun sa vie privée à la fin !

Et puis, personne d'autre que lui n'avait besoin de connaître les techniques de thérapie très personnelles anti-aqua-phobie du Juge. Vraiment personne.

Perdus dans la dispute des deux hommes, pas un seul Or –exception faite de Shaka- ne remarqua les charmantes rougeurs de l'Atlante qui tentait tant bien que mal de reprendre contenance. Pourquoi, par toutes les déités de l'Olympe aux velléités belliqueuses envers leur Déesse fallait-il qu'Aphrodite parle sans arrêt de ce genre de choses, surtout en s'adressant au jumeau de Saga ? Il n'allait pas en dormir de la nuit, c'était certain ! Enfin, bien évidemment dans l'éventualité où on les ferait libérer avant ce soir, bien évidemment. Non parce qu'à ce rythme, il semblait presque probable qu'ils soient forcés de dormir ici. Ce qui n'était pas franchement conseillé pour la santé, il fallait bien l'admettre. Et le Poisson ne l'accepterait jamais : il leur avait déjà signalé cinq ou six fois que sa peau était en train de se friper… Clairement, il ne tiendrait pas jusqu'à demain. Et eux non plus d'ailleurs. Ça allait bien cinq heures de se savonner en déblatérant sur leurs erreurs passées, mais tout le monde avait bien le droit à une petite pause syndicale. Et à ce rythme, ils allaient surtout finir par ne plus pouvoir se supporter les uns les autres ! Enfin… Plus que de coutume quoi.

Plusieurs minutes de silence s'ensuivirent, où chacun médita un peu sur ce qui avait été dit, sur ce qui avait été sous-entendu, et sur ce qui avait été passé sous silence. Clairement, du chemin avait été parcouru, et ils étaient bien forcés d'admettre, tous dans leur coin de cerveau, que la décision de leur Déesse, aussi loufoque soit-elle, avait finalement bel et bien eu des effets positifs. Finalement, une certaine quiétude s'empara du groupe, et chacun se permit de barboter tranquillement dans l'eau, en couple ou en groupe, profitant d'un moment de calme bien mérité entre deux échauffourées.

Soudain, une voix en provenance directe des thermes adjacents leur parvint, brisant leur cercle de paix et de sérénité. Milo soupira : ça n'aurait pas duré plus de cinq minutes, et c'était bien triste. Au début, ce ne fut qu'un simple murmure, des bruissements incompréhensibles et chaotiques, un bourdonnement de fond. Tout à coup, les sons gagnèrent en ampleur, jusqu'à se transformer en hurlements primaires et simiesques, tirant une grimace incontrôlable sur l'ensemble des visages des chevaliers d'Or…

« Vous pouvez détruire tout ce qu'il vous plaira, il n'a qu'à ouvrir l'espace de ses bras, pour tout reconstruire,
Pour tout reconstruireee, je l'aime à mourriiir ! »

Silence. Stupeur. Ecarquillement des yeux commun à l'ensemble du groupe, à l'exception de Shaka qui comme d'habitude se cantonnait dans son rôle de mauvais joueur. Mais qu'est-ce que… Milo jeta un coup d'œil affolé à ses amis, qui face à cette chanson qui ne leur parlait absolument pas, semblaient aussi perdu que des fourmis qu'on aurait privé de fourmilière. Ou des chevaliers auxquels on aurait piqué leur Déesse. Par tous les dieux, mais à qui appartenait cette voix de fausset ? Et surtout, qui parmi la chevalerie si noble d'Athéna pouvait chanter quelque chose d'aussi niais ?!

« Il a dû faire toutes les guerres, pour être si fort aujourd'huiii, il a dû faire toutes les guerres de la vie… »

« Sans déconner », pensa le Scorpion, amer.

« Et l'amour aussi… »

Une corde, une corde, par Athéna… Il avait osé. A l'instar de Shura, certains de ses pairs s'étaient bouchés les oreilles en grimaçant, tant pour le timbre agressif du chanteur que pour les phrases parfaitement vides de la chanson. Il vit clairement l'air perdu de ses pairs face à une telle prose. Mais bon dieu, qui pouvait écrire des trucs aussi crétins ? Et surtout, qui pouvait les chanter ?! Il chercha un instant qui pouvait avoir l'idée de gueuler à tout va des paroles niaises à souhait, vantant les mérites de l'amour sur les affres de la vie et ses possibles difficultés. Quand soudain, il comprit. Il écarquilla les yeux, prit le temps d'inspirer, puis d'expirer, puis de souffler de nouveau. Ce que ça pouvait être fatiguant d'avoir raison presque systématiquement… Maudit soit son esprit de déduction hyper sensible. Il soupira très fort en se pinçant l'arête du nez. On le poussait au meurtre, il n'y avait pas d'autres explications possibles.…

« Shun, tu vas la boucler oui ?! hurla Deathmask en cognant contre le mur comme un forcené.

Lui entre tous avait bien du mal à saisir les subtilités d'une chanson vantant l'amour à tout va, et qui les laissait tous plus froids que le cadavre de Shion laissé à pourrir au sommet d'une montagne inaccessible. Encore que la notion était légèrement à revoir si l'on considérait le fait qu'un chevalier d'Or, puis une chevalier d'argent étaient parvenus à se hisser en haut comme si c'était la dernière destination à la mode du Sanctuaire. Milo toussota légèrement, s'attirant le regard de ses pairs sur son visage et sa plastique plus que sympathique. Il fit un petit signe de dénégation avant de murmurer, au supplice :

-Ce n'est pas Andromède…

-Mais alors quel est l'abruti qui chante des conneries pareilles par Hadès ?!

Tiens, nota Milo. Deathmask avait tendance à jurer par le dieu des Enfers plus que par celle de la Justice. Intéressant… La vie était décidément curieusement faite. Et les coïncidences n'en étaient peut-être pas toutes forcément une. Il serait à peine étonnant qu'Hadès propose un travail à temps plein au Cancer une fois celui-ci mort –pour de bon-. Revenant à ce qui les occupait présentement, il jeta un coup d'œil navré à Camus, se mordillant la lèvre d'un air désolé, parfaitement explicite pour le coup.

-Non… Murmura le Verseau, désespéré.

-Si… Souffla le Scorpion.

-Bordel, c'est encore le canari ?! Mais ça ne va vraiment pas bien dans sa tête !

Doux euphémisme songèrent les autres Ors en levant les yeux au ciel. Quand on songeait que le passe-temps favori du gosse était de se rendre quarante mètres sous les glaces pour aller visiter le corps en putréfaction de sa mère afin de lui porter des fleurs et de lui confier ses pensées sous forme de bulles… Il faudrait bientôt renommer le complexe d'Œdipe pour qu'il porte correctement son nom. Décidément, le français n'avait pas été gâté avec un élève pareil…

-Au moins il a eu la gentillesse de modifier le pronom… Il parle bien de Shun, et pas de sa mère. Y a clairement du progrès ! »

L'enthousiasme du Poisson ne suffit malheureusement pas à remonter le moral de son voisin. Le onzième gardien perdit d'ailleurs du peu de couleur qu'il possédait à la base, se rapprochant cette voix de la pâleur mortelle qu'avait dû avoir le corps de leur Grand Pope décédé. Le Verseau baissa violemment le nez en grommelant : Bon dieu mais qu'est-ce qui clochait avec son disciple ? Il n'avait jamais eu ce genre de problèmes avec Isaak ! Atrocement gêné pour le coup, il eut la décence de grommeler un « je suis désolé » à peine audible –fierté oblige-.

Les autres Ors, bonnes âmes, n'eurent pas le cœur de le lui reprocher. Il y avait des choses… pour lesquelles on n'était clairement pas responsables dans la vie. Les vies. Bref, Camus n'y était pour rien. Hyôga était juste atrocement sentimental. Et complètement stupide. Et finalement, au bout de plusieurs secondes de massacre musical, les quatorze hommes éclatèrent d'un fou-rire commun et contagieux, complètement hystérique et impossible à arrêter, qui résonna pendant de longues minutes entre les murs du Palais popal.

Ce fut le moment exact où Milo songea que finalement, il n'aurait échangé sa vie pour rien au monde.